ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°003/Décembre 2024 - 46
prise en charge des facteurs de risque
cardiovasculaires [12-14]. Elle est en hausse en
Afrique et en Asie à cause des facteurs de risque pris
en charge tardivement [16,17].
L’âge moyen des patients était de 45 ans dans notre
étude, il est de 52 ans au Djibouti[18], 55 ans au
Kenya[19] et de 57 ans au Burkina Faso en 2014
[20]. En Europe et aux États-Unis, l’âge moyen est
plus élevé, entre 60 et 70 ans, en raison d’une
meilleure espérance de vie et de facteurs de risque
qui s’expriment plus tardivement [11].
La situation économique défavorable semble être le
facteur constant trouvé dans plusieurs études en
Afrique et d’autres pays en voie de développement.
[21,22]. En Centrafrique la classe économique la
plus faible représente 65-70% de la population selon
la Banque Mondiale [8].
Facteurs de risque et comorbidités : l’HTA et le
diabète, avec une proportion respective de 30,8%
étaient les facteurs de risque les plus fréquents. Ces
facteurs sont trouvés par plusieurs auteurs.[4,23,24].
En Afrique, l’obésité, le diabète et l’HTA sont en
augmentation due à la transition épidémiologique
selon laquelle les maladies non transmissibles
deviennent graduellement la première cause de
mortalité devant les maladies infectieuses selon
l’OMS [25].
Motif de consultation : dans notre étude la dyspnée
était le principal motif de consultation, probablement
dû à l’arrivée tardive des patients, alors qu’en
occident le principal symptôme est souvent la
douleur thoracique témoignant de l’arrivée dans un
délai court, 2 à 6 heures, lié à une meilleure
connaissance de la symptomatologie et des
infrastructures hospitalières, et d’urgences
optimisées [24].
Le temps d’arrivée moyen de nos patients à l’hôpital
était d’environ 19 heures (extrêmes 2h à 48h). Ce
délai très long prive de la possibilité de recevoir une
éventuelle thrombolyse (avant la 12ème heure). Ce
délai est le plus souvent dû à des barrières
géographiques et économiques des patients, associé
à une méconnaissance des symptômes chez le
personnel soignant[23]. Une autre problématique est
celle de la disponibilité des médicaments
thrombolytiques, nos structures n’en disposent pas
en quantité suffisante. En effet seulement deux
patients ont été thrombolysés alors que 8 étaient
éligibles. Dans les pays occidentaux tous les centres
sont bien dotés de médicaments de ce type [12-14].
Signes cliniques et pression artérielle : la détresse
respiratoire était le signe le plus fréquent car les
patients arrivaient tardivement dans les centres de
soins pour leur prise en charge.
Evolution et pronostic : après 12 mois de suivi des
patients, le pronostic était sévère avec la survenue de
l’insuffisance cardiaque (IC) dans 59,3%, le décès
dans 22,2% corroborant les résultats de Fuad Adem
et al. qui ont décrit une mortalité élevée, souvent dus
à un retard de prise en charge, une absence ou un
faible accès aux centres de cathétérisme pour la
reperfusion vasculaire, des traitement
médicamenteux inadaptés ou insuffisants [26]. Nous
avions enregistré une guérison chez 3 patients, dont
2 avaient reçu de la thrombolyse, soulignant
l’importance de ce moyen de traitement dans la prise
en charge de ces patients En Occident, la mortalité
hospitalière est autour de 5 à 10%, la mortalité à 12
mois varie de 10 à 20% en fonction des
comorbidités. L’insuffisance cardiaque post-IDM y
est aussi fréquente, mais dans une moindre
proportion, car la prise en charge spécialisée
(angioplastie, médicaments modernes) est souvent
précoce [16,27].
CONCLUSION : L'infarctus du myocarde en
République centrafricaine se caractérise par une
incidence faible mais probablement sous-estimée,
une population plus jeune touchée, des comorbidités
marquées par un fort taux de diabète, et HTA, une
prise en charge tardive avec un pronostic très sévère
(fort taux d'insuffisance cardiaque, mortalité élevée).
Comparativement, les pays développés bénéficient
de meilleures infrastructures, d’une détection plus
rapide, de traitements modernes (angioplastie,
thrombolyse) conduisant à un meilleur pronostic,
même si l’IDM reste une cause majeure de morbi-
mortalité. Il est donc important que les autorités
sanitaires se penchent sur ce fléau, qui prend de
l’ampleur dans notre population afin d’améliorer le
pronostic.
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