ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°002/Août 2024 - 38
ARTICLE ORIGINAL
Réhabilitation nutritionnelle des enfants malnutris à base d’aliments locaux au service
de nutrition de l’Institut National de Santé Publique, te d’Ivoire
Nutritional rehabilitation of malnourished children using local foods at the Nutrition
Department of the National Institute of Public Health, Ivory Coast
Loukou Gilbert Konan 1,2, Kaudjhis Kouassi Regine Hermione Assi 1, Kunindjani Adou Koffi 1, Salomé Agnimel-
Seka1
1. Université Félix Houphouët Boigny, UFR Sciences Médicales, Département de Santé Publique et Spécialités
2. Institut National de Santé Publique
Auteur correspondant : Konan Loukou Gilbert
Tél : +225 0707136638 ; E-mail : loukoukonanklg@gmail.com
Reçu le 15/04/2024 ; Accepté le 24/07/2024
RESUME
Introduction/Objectif : Afin de pallier les pénuries
des produits alimentaires spécialisés, le Ministère de
la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture
Maladie Universelle (MSHPCMU), à travers le
Programme National de Nutrition (PNN), a élaboré
un guide de formules alimentaires à base d’aliments
locaux dénommés Produits Alimentaires Spécialisés
à base d’aliments locaux (PASloc). Depuis sa sortie,
le service de nutrition, à l’instar des autres centres,
utilise ces produits locaux. Cette étude a eu pour
objectif d’évaluer l’état sanitaire des enfants soumis
au traitement diététique avec la formulation PASloc-
MAM 1 et PASLoc-MASsc 2 à travers les critères
de performance énoncés dans le guide national de
prise en charge.
Matériels et méthodes : Une étude transversale avec
recueil de données antérieures a été menée en vue
d’évaluer la performance nutritionnelle des
formulations locales PASLoc (Produits Alimentaires
Spécialisés à base d’aliments locaux) administrées aux
enfants malnutris aigus âgés de 6 à 59 mois en
réhabilitation nutritionnelle de janvier 2022 à décembre
2023.
Résultats : L’enquête a concerné 112 enfants
majoritairement âgés de 6 à 23 mois dont plus de la
moitié (66,80%) était des filles et provenaient en grande
majorité de la commune d’Adjamé. Les deux types de
malnutrition aiguë ont été identifiées avec une nette
prédominance de la Malnutrition Aiguë Sévère (MAS)
à 52,70% sur la Malnutrition Aiguë Modérée (MAM)
(47,30%). En outre, le marasme était la forme sévère
sans complication (MASsc) la plus représentée parmi
les enfants MAS. Plus de la moitié des mamans de ces
enfants (62,50%) étaient instruites. Elles vivaient en
couple pour 57% d’entre elles et étaient principalement
ménagères (42%). La formulation PASLoc MASsc 2
caractérisée par les plus fortes densités protéique,
lipidique et énergétique de 14,6±1,7% ; 13,00±0,5% et
441,48±5,3 kcal/100 g respectivement, a permis de
réhabiliter les enfants malnutris MASsc avec une durée
moyenne de séjour de 8 semaines inférieure au seuil
recommandé de 12 semaines. Quant à la formulation
PASloc MAM 1, avec sa faible teneur en lipide (6,6 ±
0,22%) et sa valeur énergétique élevée (407,12 ± 3,4
kcal/100 g) a permis de réhabiliter les enfants MAM sur
une durée de séjour inférieur au seuil recommandé.
Conclusion : le traitement diététique avec ces deux
produits donne un résultat satisfaisant si le traitement
est suivi jusqu’au bout.
Mots-clés : Malnutrition infantile, formulation
alimentaire, réhabilitation nutritionnelle, Côte d’Ivoire
ABSTRACT
Introduction/Objective: To address shortages of
specialized food products, the Ministry of Health,
Public Hygiene, and Universal Health Coverage
(MSHPCMU), through the National Nutrition Program
(PNN), developed a guide to food formulas based on
local foods, called Specialized Food Products based on
local foods (PASloc). Since its release, the nutrition
service, like other centers, has been using these local
products. This study aimed to evaluate the health status
of children undergoing dietary treatment with the
PASloc-MAM 1 and PASLoc-MASsc 2 formulations,
using the performance criteria outlined in the national
guidelines.
Materials and Methods: A retrospective study was
conducted to evaluate the nutritional performance of
local PASLoc (Specialized Food Products based on
local foods) formulations administered to acutely
malnourished children aged 6 to 59 months undergoing
nutritional rehabilitation from January 2023 to
December 2024.
Results: The survey involved 112 children, mostly
aged 6 to 23 months, more than half of whom (66.80%)
were girls and came mainly from the commune of
Adjamé. Both types of acute malnutrition were
identified, with a clear predominance of severe acute
malnutrition (SAM) at 52.70% over moderate acute
malnutrition (MAM) (47.30%). In addition, marasmus
was the most common form of severe acute
malnutrition without complications (SAMsc) among
SAM children. More than half of the mothers of these
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children (62.50%) were educated. Fifty-seven percent
of them lived as couples and were mainly housewives
(42%). The PASLoc MASsc 2 formulation,
characterized by the highest protein, lipid, and energy
densities of 14.6±1.7%; 13.00±0.5% and 441.48±5.3
kcal/100 g respectively, enabled the rehabilitation of
MASsc malnourished children with an average stay of
8 weeks below the recommended threshold of 12
weeks. As for the PASloc MAM 1 formulation, with its
low lipid content (6.6 ± 0.22%) and high energy value
(407.12 ± 3.4 kcal/100 g), it enabled MAM children to
be rehabilitated in less than the recommended length of
stay.
Conclusion: Dietary treatment with these two products
gives a satisfactory result if the treatment is followed to
the end.
Keywords: Childhood malnutrition, food formulation,
nutritional rehabilitation, Ivory Coast
INTRODUCTION
La malnutrition aiguë ou émaciation est une forme
de dénutrition causée par une diminution de la
consommation alimentaire et/ou une maladie qui
entraîne une perte de poids soudaine ou un œdème.
Les enfants souffrant de malnutrition aiguë ont un
faible rapport poids/taille. C’est le type le plus
dangereux de la dénutrition [1]. Selon l’OMS, pour
l’année 2022, ce sont 45 millions d’enfants de moins
de 5 ans qui étaient émaciés (trop maigres pour leur
taille) dans le monde. La malnutrition aiguë se
décline sous deux formes, la sévère et la modérée [1].
Les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère
(MAS) sont 9 fois plus susceptibles de mourir que
les enfants en bonne santé, tandis que les enfants
souffrant de malnutrition aiguë modérée (MAM) le
sont 3 fois plus [2]. Chaque minute, environ dix
enfants malnutris meurent, soit près de cinq millions
chaque année dans le monde. La dénutrition joue un
rôle dans près de la moitié des décès d’enfants âgés
de moins de 5 ans et ces décès surviennent
principalement dans les pays à revenu faible ou
intermédiaire. En Afrique subsaharienne et en Asie
du Sud, la malnutrition est la cause fondamentale de
décès des enfants de moins de 5 ans [2]. En côte
d’Ivoire, l’enquête EDS 2021 a relevé que 8% des
enfants de moins de 5 ans sont émaciés ou souffrent
de malnutrition aiguë dont 2% le sont sous la forme
sévère [3]. Les résultats de l’enquête à indicateurs
multiples (MICS 4) au niveau national montrent
pour la tranche d’âge de 0 à 59 mois, une prévalence
de 6% de malnutrition aigglobale dont 1,2% de
forme sévère. Celle de la malnutrition chronique est
de 21,6% avec des disparités régionales dépassant
les seuils d’urgence de l’OMS [3]. La fourniture de
Produits Alimentaires Spécialisés (PAS), qui
s’inscrit dans le volet soins et soutien nutritionnels et
alimentaires du paquet d’action défini et mis en place
en Côte d’Ivoire, est un élément essentiel pour les
services de nutrition et tous les individus souffrant
de malnutrition. Le traitement de la malnutrition
aiguë existe et disponible conformément aux
directives de l’OMS. Ces produits utilisés ont fait la
preuve de leur efficacité dans la réhabilitation des
personnes vulnérables [4]. Cependant la
disponibilité régulière de ces produits subi des
ruptures de stock récurrentes. Cet état de fait
confronte les centres de santé à des difficultés
d’accès aux services laissant place à des abandons en
cours de traitement [5]. Afin de pallier les pénuries
des produits alimentaires spécialisés, le Ministère de
la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture
Maladie Universelle (MSHPCMU), à travers le
Programme National de Nutrition (PNN), a élaboré
un guide de formules alimentaires à base d’aliments
locaux (céréales, racines, tubercules, poissons,
oléagineux, et autres) dénommés Produits
Alimentaires Spécialisés à base d’aliments locaux
(PASloc). Depuis sa sortie, le service de nutrition, à
l’instar des autres centres, utilise ces produits locaux
en cas de rupture des PAS de référence (Plumpynut)
dans la prise en charge des malnutris aiguës modérés
et sévères sans complication. Deux produits sont
essentiellement utilisés dans ledit service pour la
prise en charge des cas de MAS et MAM. Ce sont les
formules PASloc-MAM 1 et PASLoc-MASsc 2 [5].
La prise en charge des enfants malnutris au service
de nutrition de l’Institut National de Santé publique,
avec des aliments locaux, améliore-t-elle l’état
nutritionnel de ces derniers ? Pour répondre à la
question, cette étude a eu pour objectif d’évaluer
l’état sanitaire des enfants soumis au traitement
diététique avec la formulation PASloc-MAM 1 et
PASLoc-MASsc 2 à travers les critères de
performance énoncés dans le guide national de prise
en charge.
MATERIELS ET METHODES
Le matériel gétal est constitué de farines
préparées, les formulations PASLoc MAM 1 et
PASLoc MASsc 2. La formulation PASLoc MAM 1
est une formule améliorée de trois céréales et une
légumineuse. Elle a été obtenue à partir d’un
mélange de 10 g de farine de maïs (Zea mays), 15 g
de farine de riz (Oriza sativa), 15 g de farine de mil
(Panicum miliaceum) et 20 g de farine de soja
(Glycine max), auquel ont été ajoutés du sucre et de
l’huile de commerce. La formulation PASLoc
MASsc 2 est composée de 30 g de maïs (Zea mays),
30 g de lait en poudre (1er âge, 2ème âge ou de
croissance), 20 g de sucre et 5 g d’huile de
commerce. Le matériel technique utilisé est
essentiellement constit d’ustensiles de cuisine
(casserole à manche, de cuillère à soupe, de cuillère
à café, de spatule en bois, de gobelet en plastique
avec une capacité de 200 ml d’eau, d’une assiette
creuse) pour la préparation des farines. La bandelette
de Shakir, une toise (Shorr) et une balance
électronique ont été utilisées pour les mesures
anthropométriques. La table Poids/Taille (abaque) a
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été utilisée pour l’interprétation des données
anthropométriques.
Type et durée de l’étude : Il s’est agi d’une étude
transversale avec recueil de données antérieures dans
les dossiers médicaux des enfants malnutris. La
période de l’étude s’étendait du 1er janvier 2022 au
31 décembre 2023, soit deux ans.
Zone d’étude : L’étude s’était déroulée à l’unité de
réhabilitation nutritionnelle du service de Nutrition
de l’Institut National de Santé Publique, situé dans la
commune du Plateau en Côte d’Ivoire.
Population d’étude : La population détude a été
constituée des enfants âgés de 6 à 59 mois consultés
dans l’unité de réhabilitation nutritionnelle et
diagnostiqués malnutris aigus.
Critère d’inclusion : Les enfants âgés de 6 à 59
mois, consultés et diagnostiqués malnutris aigus
dans l’unité de réhabilitation nutritionnelle et ayant
respecté les critères d’admission dans l’unité ont été
inclus dans cette étude.
Critère de non-inclusion : Les enfants âgés de 6 à
59 mois, consultés et diagnostiqués malnutris aigus
dans l’unité de réhabilitation nutritionnelle et
souffrant d’un retard psychomoteur ou de
malnutrition aiguë vère avec complication n’ont
pas été pris en compte dans cette étude.
Préparation des bouillies consommées par les
enfants : Les farines ont été préparées selon la
méthode indiquée dans le guide de réhabilitation
nutritionnelle des Malnutris Aiguë par des produits
alimentaires spécialisés à base d’aliments locaux du
Programme National de Nutrition [5]. Pour la
préparation d’une ration de bouillie de 50 g avec la
formule PASLoc MAM 1, 30 g (2 cuillères à soupe
bombées) du mélange des réales et légumineuse
sont délayés dans 200 ml d’eau potable, auxquels 15
g de sucre et 25 g d’huile ont été ajoutés. Faire le
mélange homogène à l’aide de la spatule, porter
ensuite le mélange à ébullition à feu doux pendant 3
à 5 mn et retirer du feu, laisser tiédir et servir. La
préparation de la bouillie avec la formule PASLoc
MASsc2 a été faite avec 30 g (2 cuillères à soupe
bombée) du mélange, délayés dans 200 ml d’eau
potable, auquel 20 g de sucre et 5 g d’huile ont été
ajoutés.
Détermination des valeurs nutritionnelles des
bouillies consommées par les enfants : La Valeur
énergétique de la formule PASLoc MAM 1 est de
481 kcal/100g alors que celle de la formule PASLoc
MASsc2 est de 367 kcal /100g soit 432 kcal/100 g.
Fréquence de consommation des bouillies par les
enfants : La bouillie préparée à base de la formule
PASLoc MAM 1 a été consommée deux fois par
jour, le matin et le soir, par les enfants, en raison de
deux (2) repas de 50 g en plus des repas familiaux.
Concernant, la bouillie préparée à l’aide de la
formule PASLoc MASsc2, elle était consommée 6 à
8 fois par jour en fonction du poids, avec le respect
de la quantité journalière recommandée.
Suivi et critères de sortie : Les critères de sortie
pour la MAM sont l’indice P/T ≥ -1,5 Z score durant
deux pesées consécutives ou PB 12,5 cm durant
deux pesées consécutives. Les critères de sorties de
la MASsc sont l’indice P/T- 1,5 z-score à 2 visites
consécutives ou PB > 12,5 cm pour les enfants et
l’absence d’œdèmes nutritionnels pendant 14 jours.
Les indicateurs de performance relatifs aux taux de
guérison, de décès, d’abandon, à la durée du séjour
et au gain de poids pour comparer aux standards
sphères sont consignés dans le tableau ci-dessus.
(tableau I)
Tableau I : Valeurs de références pour les
principaux indicateurs de performance
Indicateurs
En cas MAM
En cas de
MAS sans
complication
Acceptable
Alarmant
Taux de guérison
> 70 %
< 50 %
> 75 %
Taux de décès
< 3 %
> 10 %
< 10 %
Taux d’abandon
< 15 %
> 30 %
< 15 %
Durée de séjour
< 8
semaines
> 16
semaines
12
semaines
Gain de poids
moyen
> 4 g/kg/j
< 4 g/kg/j
> 4 g/kg/j
Collecte et analyse des données : Pour la prise en
charge de la malnutrition aigüe modérée (MAM) et
de la malnutrition aiguë sévère sans complication
(MASsc), une fiche d’enquête a été conçue pour
recueillir les caractéristiques sociodémographiques
de l’enfant et de sa mère, les données
anthropométriques de l’enfant, le diagnostic et
l’issue de la prise en charge.
Analyse des données : Toutes les mesures sur la
caractérisation des formulations PASLoc ont été
enregistrées en triplicata et les résultats ont été
exprimés en moyenne ± écart type. Le logiciel SPSS
version 20.0 a aidé au traitement des données du
suivi des malnutris.
Considérations éthiques : Nous avons pour cette
étude obtenu l’autorisation du chef de service de
nutrition. Les données ont été collectées dans le strict
respect de la confidentialité.
RESULTATS
Nous avions enregistré 112 enfants répondants aux
critères d’inclusion.
Caractéristiques sociodémographiques des
participants
Selon les tranches l’âge, celle de 6 à 11 mois était la
plus représentée (56,20%). Les enfants âgés d’au
moins 2 ans représentaient 6,30 % de l’effectif total.
Ces enfants malnutris étaient de sexe féminin dans
68,80% des cas. Les mamans sans niveau
d’instruction représentaient 37,50% et celles qui
n’exerçaient aucune activité, 42,90% (tableau II).
Tableau II : Caractéristiques sociodémographiques
des enfants pris en charge et de leurs parents
Variables
Caractéristiques
Pourcentage
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Tranche
d’âge des
enfants
6-11 mois
63
56,20
12-23 mois
42
37,50
24 -35 mois
4
03,60
36 mois et +
3
02,70
Sexe des
enfants
Féminin
77
68,80
Masculin
35
31,20
Niveau
scolaire
des
mamans
Analphabète
42
37,50
École coranique
2
1,80
Primaire
22
19,6
Secondaire
31
27,7
Supérieur
15
13,4
Profession
des
mamans
Salariée
8
7,10
Ménagère
48
42,90
Commerçante
28
25,00
Métier informel
13
11,60
Élève/étudiant
15
13,40
Tranches
dâge des
mamans
Moins de 18 ans
1
0,90
18-25 ans
46
41,10
26-30 ans
23
20,50
31-35 ans
22
19,60
Plus de 36 ans
20
17,90
Les enfants provenaient majoritairement (63,40%)
des communes d’Adja(49,10 %) et de Yopougon
(14,30 %), les autres enfants (36%) provenaient des
autres communes d’Abidjan et de certaines villes de
l’intérieur du pays avec des pourcentages en dessous
de 10 %, la majorité des patients admis dans l’unité
de réhabilitation venaient en référé dans 74,1 % des
cas et 25,9 % restants sont venus d’eux même en
consultation.
Antécédents nutritionnels des patients suivis en
réhabilitation : L’allaitement maternel était le plus
pratiqué (48,20%). Dans le cas de la diversification
alimentaire, c’est à l’âge de 6 mois que cela a été fait
pour 76,80% des enfants. Les aliments de
complément donnés à ces enfants étaient pour
46,40% préparés à base de farines locales. Au
moment de la prise en charge, 40,20% des enfants
avaient le même régime alimentaire que celui de leur
famille (tableau III).
Tableau III : Répartition des patients selon leurs
antécédents nutritionnels
Variables
Caractéristiques
Effectifs
Pourcentage
Régime
alimentaire à
la naissance
AME
25
22,30
AMP
29
25,90
AM
47
42,00
AR
11
9,80
Âge de la
diversification
alimentaire
Moins de 6 mois
26
23,20
A partir de 6 mois
74
66,10
Dépassé 6 mois
12
10,70
Type
d’aliment de
complément
donné
Farine locale
52
46,40
Farine instantanée
40
35,70
Autre
20
17,90
Régime au
moment de la
prise en
charge
Repas familial
45
40,20
Farine locale
24
21,40
Farine instantanée
14
12,50
Purée de pomme
de terre
8
7,10
AME : allaitement maternel exclusif ; AMP : allaitement
maternel prépondérant ; AM : allaitement mixte ; AR :
alimentation de remplacement
Type et forme de malnutrition des enfants pris en
charge au sein de l’unité de réhabilitation
Parmi les enfants malnutris aigus pris en charge au
sein de l’unité de réhabilitation, plus de la moitié soit
52,70% avaient une malnutrition aigüe sévère
contrairement aux autres enfants (47,30 %) atteints
d’une malnutrition modérée. Le marasme est la
forme de malnutrition aigüe sévère la plus répandue
parmi ces enfants puisqu’elle concerne 96,6% des
cas contre seulement 3,4 % pour le Kwashiokor-
marasme.
Performance du traitement reçu par les enfants
malnutris aigus modérés et sévères dans l’unité
de réhabilitation nutritionnelle
Concernant le taux de guérison, 33,93% des enfants
malnutris modérés ayant reçu le régime PASLoc
MAM 1 ont été guéris contre 18,75 % des enfants
malnutris aigus sévère avec le régime PASLoc
MASsc 2 à l’issue des différents traitements. Par
contre, cette guérison a été obtenue pour une durée
moyenne de séjour de 33,5 jours dans le cas des
enfants malnutris aigus modérés et de 58,72 jours
pour les enfants malnutris aigus vères. En outre,
le gain de poids moyen enregistré par les enfants
guéris était sensiblement le même pour les enfants
malnutris modéré (4,58 g/kg/j) avec PASLoc MAM
1 que pour les malnutris sévères (4,92 g/kg/j). Le
taux d’abandon était très élevé dans les deux groupes
(tableau IV).
Tableau IV : Répartition de la performance du traitement reçu par les enfants malnutris aigus modérés et sévères
au sein de l’unité n fonction du type de mélange
Régime
Taux de
guérison
Taux
d’abandon
Durée moyenne
séjour des guéris
Gain de poids moyen
des guéris (g/kg/j)
PASLoc MAM 1
33,93 %
66,07%
33,5 jours
4,58
PASLoc MASsc2
18,75%
81,25%
58,72 jours
4,92
MAM : malnutrition aigüe modérée ; MAS : malnutrition aigüe sévère
DISCUSSION
L’objectif de cette étude était d’évaluer l’état
nutritionnel des enfants soumis au traitement
diététique avec la formulation PASloc-MAM 1 pour
la malnutrition aigüe modérée et PASLoc-MASsc 2
pour la malnutrition aigüe sévère. Elle a concerné
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112 enfants âgés de 6 à 59 mois atteints d’une
malnutrition aigüe. S’agissant des caractéristiques
sociodémographiques des enfants pris en charge,
notre étude a montré que la majorité appartenait à la
tranche d’âge de 6 à 23 mois, qui représente 93,70 %
de l’ensemble des enfants inclus. Au sein de ce
groupe, plus de la moitié (56,20%) étaient âgés de
moins d’un an. Cette prédominance des enfants de 6
à 23 mois est comparable aux résultats rapportés par
Maïga [6] au Mali, qui retrouvait 86% d’enfants dans
cette même tranche d’âge. En effet, les enfants ayant
une tranche d’âge comprise entre 6 à 23 mois sont
plus enclins à la malnutrition aigüe. Cela pourrait
s’expliquer par le fait que c’est à cette tranche d’âge
que se situe la période de sevrage alimentaire qui
correspond au passage progressif d’une alimentation
exclusivement lactée à un régime comportant
d’autres aliments [1,7,8]. C’est une période à haut
risque dans la vie du nourrisson car une mauvaise
alimentation chez le nourrisson peut provoquer des
retards de croissance avec des séquelles physiques et
parfois mentales. Pour ce qui est du profil
sociodémographique des mères des enfants
malnutris aigus, l’analyse a indiqué que ces mères
étaient majoritairement dans la tranche d’âge de 18 à
30 ans (61,10 %) avec une moyenne de 25,72 ± 4,87
ans. Maïga [6], et Aké et al [9] ont rapporté des
résultats similaires aux nôtres. Ces mères
relativement jeunes et inexpérimentées éprouvaient
des difficultés pour assumer la responsabilité à la
fois d’un ménage et du bien-être de l’enfant
favorisant ainsi la survenue d’une malnutrition. Dans
62,50% des cas, les mamans étaient instruites.
L’instruction de ces mères pourrait contribuer
rapidement à la réhabilitation nutritionnelle des
enfants. Ce résultat est contraire à ceux observés par
Aké et al la moitié des mères n’étaient pas
instruites [8]. Nous notons dans notre étude une part
non négligeable des mères analphabètes (37,5%) ce
qui pourrait également favoriser la malnutrition des
enfants à cause du manque d’informations sur les
mesures de prévention contre celle-ci. En effet, le
plus souvent les messages de sensibilisation sont
véhiculés en langue française. Parmi les enfants
malnutris aigus pris en charge au sein de l’unité de
réhabilitation, plus de la moitié soit 52,70% avaient
une malnutrition aigüe sévère et 47,30 % atteints
d’une malnutrition aigüe modérée. Le marasme était
la forme de malnutrition aigüe sévère la plus
répandue parmi ces enfants avec 96,6% des cas
contre seulement 3,4 % pour le Kwashiokor-
marasme. Concernant le type d’alimentation reçu
depuis la naissance, près de la moitié des enfants soit
48,20% étaient nourris au sein avec 22,30% de façon
exclusive. Ce résultat est inférieur à la moyenne
nationale (34%) [3]. Le traitement ayant abouti à une
guérison était suivi jusqu’au bout par des enfants
admis au programme de réhabilitation dont 34%
étaient malnutris aigus modérés ayant reçu le régime
PASLoc MAM 1 et 18,6% avaient la forme sévère
avec le régime PASLoc MASsc 2. Par contre, parmi
les abandons on notait que 66% de ces enfants étaient
du groupe des malnutris modérés et 81,4% de celui
des malnutris sévères. Les forts taux d’abandon
peuvent s’expliquer par le fait que, d’une part, les
mères ne respectaient pas les rendez-vous et ne
s’impliquaient pas assez dans le suivi et le traitement
de l’enfant et d’autre part, par la cherté des produits
pris en compte dans le traitement de la malnutrition
proposé par le guide national de réhabilitation
nutritionnelle. Il serait intéressant que l’on se penche
sur une subvention pour amoindrir le coût de prise
en charge. Pour la mesure de la performance des
différents PASLoc, nous avons la durée moyenne de
séjour et surtout le gain de poids moyen. Aussi, le
PASLoc MAM 1 a-t-il obtenu un gain de poids
moyen égal à 4,58 g/Kg /jour sur une durée moyenne
de séjour égal à 33,5 jours (environ 5 semaines) ce
qui est largement inférieur au seuil d’acceptabilité (<
8 semaines) définies par le protocole national [4]. Ce
résultat est semblable à celui de Kouadio dont le gain
moyen de séjour est de 4,49 g/kg/jour mais pour une
durée moyenne de séjour des guéris plus courte de
19 jours pour le PASLoc 2B et également semblable
à celui de Assoumou qui a trouvé un gain de poids
moyen de 5,69 g/Kg/jour, sur une durée moyenne de
séjour égal à 18,66 jours (environ 3 semaines) pour
le PASLoc 1 AV [10,11]. Concernant le PASLoc
MASsc 2, le gain de poids moyen est de 4,92
g/Kg/jour avec une durée moyenne de séjour égal à
58,72 jours (environ 8 semaines). Les différentes
valeurs du gain de poids moyen sont supérieures au
taux moyen finit par le protocole national (> 4
g/Kg /jour) et la durée de séjour 12 semaines. Ces
données confirment l’importance des Pasloc dans la
réhabilitation nutritionnelle des malnutris aigus.
Leur utilisation permet d’améliorer dans les délais
requis l’état nutritionnel des enfants malnutris
modérés et sévères.
En sommes, ces farines composées, combinant au
moins quatre groupes d’aliments (céréales,
légumineuses ou lait en poudre, produit sucré et
matières grasses) sur les sept recommandés peuvent
contribuer en termes de qualité à la diversité
alimentaire minimale préconisée pour les enfants de
6 à 24 mois [12].
CONCLUSION
Cette étude avait pour objectif d’évaluer l’état
sanitaire des enfants soumis au traitement diététique
avec la formulation PASloc-MAM 1 et PASLoc-
MASsc 2 à travers les critères de performance
énoncé dans le guide national de prise en charge. Elle
a montré que le traitement diététique avec ces deux
produits donne un résultat satisfaisant si le traitement
est suivi jusqu’au bout. En perspective, il serait
intéressant d’approfondir les recherches sur les forts
taux d’abandon des patients. Une subvention des
sous-produits locaux en faveur des enfants malnutris
permettrait à un grand nombre d’entre eux de
bénéficier d’une prise en charge adéquate.
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°002/Août 2024 - 43
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Conflit d’intérêt : aucun