ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°002/Août 2024 - 42
112 enfants âgés de 6 à 59 mois atteints d’une
malnutrition aigüe. S’agissant des caractéristiques
sociodémographiques des enfants pris en charge,
notre étude a montré que la majorité appartenait à la
tranche d’âge de 6 à 23 mois, qui représente 93,70 %
de l’ensemble des enfants inclus. Au sein de ce
groupe, plus de la moitié (56,20%) étaient âgés de
moins d’un an. Cette prédominance des enfants de 6
à 23 mois est comparable aux résultats rapportés par
Maïga [6] au Mali, qui retrouvait 86% d’enfants dans
cette même tranche d’âge. En effet, les enfants ayant
une tranche d’âge comprise entre 6 à 23 mois sont
plus enclins à la malnutrition aigüe. Cela pourrait
s’expliquer par le fait que c’est à cette tranche d’âge
que se situe la période de sevrage alimentaire qui
correspond au passage progressif d’une alimentation
exclusivement lactée à un régime comportant
d’autres aliments [1,7,8]. C’est une période à haut
risque dans la vie du nourrisson car une mauvaise
alimentation chez le nourrisson peut provoquer des
retards de croissance avec des séquelles physiques et
parfois mentales. Pour ce qui est du profil
sociodémographique des mères des enfants
malnutris aigus, l’analyse a indiqué que ces mères
étaient majoritairement dans la tranche d’âge de 18 à
30 ans (61,10 %) avec une moyenne de 25,72 ± 4,87
ans. Maïga [6], et Aké et al [9] ont rapporté des
résultats similaires aux nôtres. Ces mères
relativement jeunes et inexpérimentées éprouvaient
des difficultés pour assumer la responsabilité à la
fois d’un ménage et du bien-être de l’enfant
favorisant ainsi la survenue d’une malnutrition. Dans
62,50% des cas, les mamans étaient instruites.
L’instruction de ces mères pourrait contribuer
rapidement à la réhabilitation nutritionnelle des
enfants. Ce résultat est contraire à ceux observés par
Aké et al où la moitié des mères n’étaient pas
instruites [8]. Nous notons dans notre étude une part
non négligeable des mères analphabètes (37,5%) ce
qui pourrait également favoriser la malnutrition des
enfants à cause du manque d’informations sur les
mesures de prévention contre celle-ci. En effet, le
plus souvent les messages de sensibilisation sont
véhiculés en langue française. Parmi les enfants
malnutris aigus pris en charge au sein de l’unité de
réhabilitation, plus de la moitié soit 52,70% avaient
une malnutrition aigüe sévère et 47,30 % atteints
d’une malnutrition aigüe modérée. Le marasme était
la forme de malnutrition aigüe sévère la plus
répandue parmi ces enfants avec 96,6% des cas
contre seulement 3,4 % pour le Kwashiokor-
marasme. Concernant le type d’alimentation reçu
depuis la naissance, près de la moitié des enfants soit
48,20% étaient nourris au sein avec 22,30% de façon
exclusive. Ce résultat est inférieur à la moyenne
nationale (34%) [3]. Le traitement ayant abouti à une
guérison était suivi jusqu’au bout par des enfants
admis au programme de réhabilitation dont 34%
étaient malnutris aigus modérés ayant reçu le régime
PASLoc MAM 1 et 18,6% avaient la forme sévère
avec le régime PASLoc MASsc 2. Par contre, parmi
les abandons on notait que 66% de ces enfants étaient
du groupe des malnutris modérés et 81,4% de celui
des malnutris sévères. Les forts taux d’abandon
peuvent s’expliquer par le fait que, d’une part, les
mères ne respectaient pas les rendez-vous et ne
s’impliquaient pas assez dans le suivi et le traitement
de l’enfant et d’autre part, par la cherté des produits
pris en compte dans le traitement de la malnutrition
proposé par le guide national de réhabilitation
nutritionnelle. Il serait intéressant que l’on se penche
sur une subvention pour amoindrir le coût de prise
en charge. Pour la mesure de la performance des
différents PASLoc, nous avons la durée moyenne de
séjour et surtout le gain de poids moyen. Aussi, le
PASLoc MAM 1 a-t-il obtenu un gain de poids
moyen égal à 4,58 g/Kg /jour sur une durée moyenne
de séjour égal à 33,5 jours (environ 5 semaines) ce
qui est largement inférieur au seuil d’acceptabilité (<
8 semaines) définies par le protocole national [4]. Ce
résultat est semblable à celui de Kouadio dont le gain
moyen de séjour est de 4,49 g/kg/jour mais pour une
durée moyenne de séjour des guéris plus courte de
19 jours pour le PASLoc 2B et également semblable
à celui de Assoumou qui a trouvé un gain de poids
moyen de 5,69 g/Kg/jour, sur une durée moyenne de
séjour égal à 18,66 jours (environ 3 semaines) pour
le PASLoc 1 AV [10,11]. Concernant le PASLoc
MASsc 2, le gain de poids moyen est de 4,92
g/Kg/jour avec une durée moyenne de séjour égal à
58,72 jours (environ 8 semaines). Les différentes
valeurs du gain de poids moyen sont supérieures au
taux moyen définit par le protocole national (> 4
g/Kg /jour) et la durée de séjour ≤ 12 semaines. Ces
données confirment l’importance des Pasloc dans la
réhabilitation nutritionnelle des malnutris aigus.
Leur utilisation permet d’améliorer dans les délais
requis l’état nutritionnel des enfants malnutris
modérés et sévères.
En sommes, ces farines composées, combinant au
moins quatre groupes d’aliments (céréales,
légumineuses ou lait en poudre, produit sucré et
matières grasses) sur les sept recommandés peuvent
contribuer en termes de qualité à la diversité
alimentaire minimale préconisée pour les enfants de
6 à 24 mois [12].
CONCLUSION
Cette étude avait pour objectif d’évaluer l’état
sanitaire des enfants soumis au traitement diététique
avec la formulation PASloc-MAM 1 et PASLoc-
MASsc 2 à travers les critères de performance
énoncé dans le guide national de prise en charge. Elle
a montré que le traitement diététique avec ces deux
produits donne un résultat satisfaisant si le traitement
est suivi jusqu’au bout. En perspective, il serait
intéressant d’approfondir les recherches sur les forts
taux d’abandon des patients. Une subvention des
sous-produits locaux en faveur des enfants malnutris
permettrait à un grand nombre d’entre eux de
bénéficier d’une prise en charge adéquate.