ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°001/Avril 2024 - 31
ARTICLE ORIGINAL
Aspect épidémiologique et pronostique de la myocardiopathie du péripartum au Centre
Hospitalier Universitaire Communautaire (Centrafrique)
Epidemiological and prognostic aspects of peripartum cardiomyopathy at the Centre
Hospitalier Universitaire Communautaire (Central African Republic)
John Francis Onambélé1, Lex Léonard Lénguébanga1, Siméon Matoulou Mbala Wa-Ngogbe2, Cédric Patrick le
Grand Ouanekponé3, Gertrude Rose de Lima Kogboma-Wongo2, Alida Koroikpi2, Landry Agbolan3, Norbert
Richard Ngbale2, Abdoulaye Sépou2
1. Service de médecine interne et réanimation CHU communautaire
2. Service de gynécologie obstétrique chu Communautaire
3. Centre d’hémodialyse au CNHUB
Auteur correspondant : John Francis Onambélé, Médecine Interne, CHU Communautaire
Tel : 236 75158066 ; E-mail : jfonambele@gmail.com
Reçu le 16/02/2024 ; Accepté le 20/03/2024
RESUME
Introduction : La cardiomyopathie du péripartum
(CMPP) est une forme rare d’insuffisance cardiaque
(IC) souvent confondue à des signes d’une
prééclampsie. L’objectif de l’étude était de décrire
l’aspect épidémiologique de la maladie, la forme
clinique fréquente, identifier les facteurs de risques
et décrire l’évolution à court et moyen terme.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
transversale sur une période de 3 ans allant du 1er
janvier 2021 au 31 décembre 2023 au Centre
Hospitalier Universitaire Communautaire. La
population d’étude était constituée de gestantes d’au
moins huit mois de grossesse et de celle qui ont
accouché il y’a moins de cinq mois et qui
présentaient des signes cliniques d’insuffisance
cardiaque. Les paramètres étudiés étaient :
caractéristiques sociodémographiques et
économiques (âge, niveau socioéconomique) ; les
facteurs de risques identifiés et les circonstances de
découverte de la maladie (âge avancé, diabète,
gémellité, alcoolisme, anémie, surpoids, Niveau
Socio-économique (NSE) faible et sur une période
de six mois au minimum. Toutes les patientes
suivaient le traitement de l’insuffisance cardiaque à
(Fraction d’éjection du Ventricule Gauche (FEVG)
réduite associant un inhibiteur de l’enzyme de
conversion de l’angiotensine 1 (IEC) ou les
antagonistes des récepteurs de l’angiotensine 2
(ARA2) ou du sacubitril/valsartan, un bêtabloquant,
du spirinolactone, du furosémide. Une échographie
cardiaque était réalisée sur un échographe de marque
SONOSCAPE E3 pour le diagnostic, au moment de
la sortie de la patiente et six mois plus tard au
contrôle.
Résultats : au total 41 patientes ont été colligées. La
fréquence de la CMPP était de 1/239 naissances.
L’âge moyen des patientes était de 27,2±8 ans avec
des extrêmes de 15 et 43 ans. La catégorie
socioéconomique la plus représentée était celle à
faible revenue. La forme clinique la plus fréquente
était le syndrome d’insuffisance cardiaque globale
51,2%. Les manifestations se faisaient souvent en
période postpartum 53,65%. Le pronostic à moyen
terme : IC chronique 90,25%, deux cas de guérison
et de décès enregistrés, soit 4,87% chacun.
Conclusion : la CMPP a encore un pronostic trop
sombre avec une morbidité élevée en forme d’IC
chronique. Un dépistage précoce pourrait améliorer
ce pronostic car certaines patientes en guérissent.
Mots clés : cardiomyopathie, péripartum,
insuffisance cardiaque, Bangui
ABSTRACT
Introduction: Peripartum cardiomyopathy (PPCM)
is a rare form of heart failure (HF) that is often
confused with signs of preeclampsia. The objective
of this study was to describe the epidemiological
profile of the disease, the most common clinical
presentation, to identify risk factors, and to describe
short- and medium-term outcomes.
Patients and Methods: This was a cross-sectional
study conducted over a three-year period from
January 1, 2021 to December 31, 2023 at the
Community University Hospital Center. The study
population consisted of pregnant women of at least
eight months’ gestation and women who had
delivered within the previous five months and who
presented with clinical signs of heart failure. The
parameters studied included sociodemographic and
economic characteristics (age, socioeconomic level),
identified risk factors, and circumstances of disease
onset (advanced maternal age, diabetes, twin
pregnancy, alcoholism, anemia, overweight, and low
socioeconomic status), with a minimum follow-up
period of six months. All patients received standard
treatment for heart failure with reduced left
ventricular ejection fraction (LVEF), including an
angiotensin-converting enzyme inhibitor (ACEI) or
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angiotensin II receptor blocker (ARB) or
sacubitril/valsartan, a beta-blocker, spironolactone,
and furosemide. Cardiac echocardiography was
performed using a SONOSCAPE E3 ultrasound
system for diagnosis, at patient discharge, and at six-
month follow-up.
Results: A total of 41 patients were included. The
frequency of PPCM was 1 in 239 peripartum births.
The mean age was 27.2 ± 8 years, with a range from
15 to 43 years. The most represented socioeconomic
category was low income. The most frequent clinical
presentation was global heart failure syndrome
(51.2%). Symptoms most often occurred in the
postpartum period (53.65%). Medium-term
prognosis showed chronic heart failure in 90.25% of
cases; two cases of recovery and two deaths were
recorded, representing 4.87% each.
Conclusion: PPCM still carries a poor prognosis
with high morbidity in the form of chronic heart
failure. Early screening could improve outcomes, as
some patients do recover.
Keywords: cardiomyopathy, peripartum, heart
failure, Bangui.
INTRODUCTION
La cardiomyopathie du péripartum (CMPP) est
définie par la Société Européenne de Cardiologie
(ESC), comme « une cardiomyopathie dilatée se
manifestant dans la période péripartum chez une
patiente préalablement en bonne santé ». Elle
consiste en une dysfonction ventriculaire gauche
systolique avec diminution de la fraction d’éjection
ventriculaire gauche (FEVG)<45% attestée en
échocardiographie [1]. Elle se manifeste dans le
dernier mois de grossesse, ou dans les 5 mois suivant
l’accouchement [1-2]. Sa prévalence dans la
population générale est comprise entre 2 à 3% et est
à l’origine d’un nombre important de décès, autour
de 50% [3]. Sur le plan physiopathologique, le rôle
du syndrome inflammatoire systémique et de l’auto-
immunité dans le développement de cette CMPP a
été évoqué, ainsi que des possibilités génétiques [4].
Son incidence est diversement appréciée dans la
sous-région, au Togo 1/362 naissances [4], au
Gabon quelques séries de cas ont été rapportés [6,7].
Le traitement est celui de l’insuffisance cardiaque à
fraction d’éjection réduite[1]. Le risque de récidive
lors des grossesses ultérieures est non gligeable,
rendant parfois une grossesse ultérieure non
autorisée [1,7]. La rapidité d’évolution et la gravité
de cette pathologie imposent une bonne
connaissance des moyens diagnostiques et
thérapeutiques utilisables dans la pratique courante
d’où l’intérêt de cette étude dont l’objectif général
était de contribuer au diagnostic et à la prise en
charge rapide de la CMPP.
PATIENTES ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale réalisée dans le
service de médecine interne et de gynécologie du
Centre Hospitalier et Universitaire Communautaire,
à Bangui, du 1er Janvier 2021 au 31 Décembre 2023.
Critères d’inclusion : étaient concernés par cette
étude, toutes les gestantes ou accouchés présentant
une insuffisance cardiaque clinique (dyspnée
d’effort, ou de décubitus, tachycardie, râles
pulmonaires, œdèmes des membres inférieurs,
turgescence spontanée des veines jugulaires,
hépatalgie ou hépatomégalie, bruit de galop) ; dans
le dernier mois de grossesse ou au cours des cinq
mois du post-partum. Les signes recherchés à
l’échographe SONOSCAPE E3 sont la dysfonction
systolique du ventriculaire gauche (VG) avec une
fraction d’éjection (FEVG) < 45% et/ou un diamètre
télédiastolique VG (DTDVG) supérieur à 57 mm ou
supérieur à 2,7cm/m2. L’altération de la fonction
ventriculaire est considérée comme irréversible si
elle persiste après 6 mois. Les patientes devraient
subir une échographie cardiaque à la sortie de
l’hôpital et six mois plus tard.
Critères de non inclusion : n’étaient pas incluses
dans l’étude les patientes dont la cause de
l’insuffisance cardiaque (IC) était connue,
notamment un cœur anémique (taux d’hémoglobine
< 7 g/dl), une cardiopathie rhumatismale, une
embolie pulmonaire, une hypertension artérielle
aigue ou chronique, une immunodépression au VIH,
une hypothyroïdie ou une hyperthyroïdie. Les
variables quantitatives ont été exprimées en
moyenne et écarts-types avec des extrêmes et les
variables qualitatives en effectifs et pourcentages.
Procédure : toutes les patientes consultées et
suspectées de CMPP dans le service de gynécologie-
obstétrique étaient examinées par le gynécologue
référant puis orientées chez le cardiologue qui
confirme le diagnostic de CMPP avant d’inclure la
patiente dans l’étude. Celles qui ont été vues au
service de Service de médecine interne et en
réanimation par les médecins du service ont été
également orientées chez le cardiologue référant
pour la confirmation du diagnostic et la collectes des
données (sur la fiche d’enquête). Toutes les patientes
suivaient le traitement de l’insuffisance cardiaque à
FEVG réduite associant un inhibiteur de l’enzyme
de conversion de l’angiotensine 1 ou un antagoniste
des récepteurs de l’angiotensine 2 ou du
sacubitril/valsartan, un bêtabloquant, du
spirinolactone, du furosémide. Une échographie
cardiaque est réalisée à la sortie de la patiente et six
mois plus tard au contrôle. Des examens
complémentaires sont réalisés afin d’éliminer
d’éventuelles causes connues d’IC. Les patientes qui
ont développé une insuffisance rénale ont été
orientées chez le néphrologue participant à l’étude
pour la prise en charge.
Les paramètres suivants ont été étudiés : Les
caractéristiques sociodémographiques et
économiques (âge, niveau socioéconomique) ; les
facteurs de risques identifiés (âge avancé, diabète,
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gémellité, alcoolisme, anémie, surpoids, NSE faible)
et les circonstances de découverte de la maladie.
L’évolution sur six mois au minimum
Les données étaient collectées avec Excel 2021 et
analysées avec le logiciel Epi info 7.0.
RESULTAT
Pendant notre étude, nous avons recruté 41 patientes
dont l’âge moyen était de 27,2±8 ans avec des
extrêmes de 15 et 43 ans (tableau I).
Tableau I : Répartition des patientes selon les
tranches d’âge
Tranche d’âge
Effectif
(n=41)
Pourcentage
15 à 19 ans
6
14,60
20 à 24 ans
5
12,20
25 à 29 ans
2
4,90
30 à 34 ans
10
24,40
35 à 39 ans
9
21,95
≥ 40 ans
9
21,95
Total
41
100,0
Parmi les facteurs de risques, l’âge maternel avancé
(> 30 ans) et la situation socioéconomique
défavorable étaient les facteurs de risque les plus
représentés (68,30% et 51,20%) (tableau II).
Tableau II : Répartition en fonction des facteurs
de risque retrouvés chez les patientes
Facteurs de risque
Effectif
Pourcentage
Age ≥ 30 ans
28
68,30
Situation socioéconomique
défavorable
21
51,20
Pré éclampsie
17
41,50
Obésité
13
31,70
Anémie maternelle
11
26,80
Diabète
9
21,95
Grossesse gémellaire
6
14,60
Consommation d’alcool
6
14,60
Les signes d’insuffisance cardiaque globale étaient
les manifestations cliniques les plus retrouvées chez
les patientes 51,20%. Cependant le diagnostic était
posé pour la plupart en post-partum 70,73%.
(tableau III).
Tableau III : Répartition des cas de CMPP selon
la période d’apparition des signes cliniques et les
formes cliniques observées
Signes cliniques/ période de
survenue
Effectif
(n=41)
Période de manifestation
Post partum
29
Pré partum ≥ (37-41) SA
12
Signes cliniques ou
symptômes
Insuffisance cardiaque globale
21
Insuffisance cardiaque gauche
7
Toux hémoptoique
6
Palpitation
5
Autres signes
2
L’insuffisance cardiaque chronique est l’évolution
la plus représentée 90,24%. Le décès a été enregistré
dans 2 cas (4,87%), suite à une insuffisance rénale
aigue dialysés sans succès. Deux cas de guérison,
sans séquelles ont été enregistrées (tableau IV).
Tableau IV : Répartition des cas de CMPP selon
l’évolution dans les 6mois du diagnostic
Evolution
Effectif
Pourcentage
Chronicité
37
90,24
Guérison
2
4,88
Décès maternel
2
4,88
DISCUSSION
Caractéristiques sociodémographiques : La
fréquence semble variée en fonction des régions
géographiques. Ainsi nous avons eu une fréquence de
1/239 naissances. Elle est de 1/362 naissances au Togo
[10], de 1/1000-1500 naissances en Allemagne [11],
1/3200 naissances aux USA [12]. Cette fréquence
élevée dans notre étude est probablement au fait que
la collecte des données ait été faite dans l’hôpital
principal et de référence du pays. Elle reste tout de
même proche de celle obtenue au Togo et supérieure
comparée celle obtenues dans d’autres pays validant les
données de plusieurs études qui affirment que cette
pathologie touche plus les femmes de race noire et ces
dernières sont également susceptibles de développer
les formes plus sévères de la maladie [1,13-15]. L’âge
maternel avancé et la situation économique
défavorable semble être un facteur constant retrouvé
dans toutes ces études. Il et est de 27,2 ans dans notre
étude, de 31,1 ans à Lomé [10].
Manifestations Cliniques : la plus fréquente est le
syndrome d’insuffisance cardiaque globale du fait du
diagnostic souvent tardif. Le diagnostic se fait le plus
souvent après l’accouchement 70,73%. Ce constat est
unanime dans plusieurs études réalisées [1 ;10-12].
Pronostic à six mois : marqué par deux cas de guérison
soit 4.87% de la population d’étude. Ce taux est très
faible comparé à ce obtenu aux Etats-Unis 45 à 78%
[12] suggérant un apport significatif de la prise en
charge précoce.
L’insuffisance cardiaque chronique a été relevée dans
37 cas, soit 90.3%. Ce taux est supérieur à celui du
Togo 47,9% [10] Niger 75%[22] probablement le fait
de l’errance diagnostic et la prise en charge tardive. La
mortalité en moyenne dans les pays en voie de
développement (PED) est élevée 14% [17]. Elle est de
8.3% à Lomé [10] et de 4.87% dans notre étude
respectivement par IC réfractaire et insuffisance rénale
aigue. Ce taux de mortalité moindre à la moyenne des
PED malgré un diagnostic tardif est probablement dû à
notre échantillon qui est petit. Un reflet plus proche de
la réalité serait obtenu par un échantillon plus
important. Cette morbidité importante dans les études
confirme la gravité potentielle de la CMPP [10,17,18-
21].
CONCLUSION
La cardiomyopathie du péri partum est une affection
grave, dont la cause reste incertaine. A Bangui l’âge
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maternel avancé et la situation socioéconomique
défavorable semblent constants dans les facteurs de
risque. Elle se présente souvent comme une
insuffisance cardiaque classique faisant confondre le
diagnostic à une prééclampsie en gynéco-obstétrique.
Le pronostic à moyen terme est souvent sévère avec
une IC chronique mais une prise en charge adéquate et
précoce pourrait faire guérir certaines patientes d’où
nécessitées d’y penser à chaque fois que nous recevons
une patiente en période péri-partum avec des signes
d’insuffisance cardiaque.
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