ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°003/Décembre 2024 - 31
de 33,39 ans et 38 ans. L’âge moyen élevé dans notre
étude est lié au fait que les patients d’âge pédiatrique
sont pris en charge par le service d’oncologie
pédiatrique en cas de pancytopénie. Concernant la
situation matrimoniale, beaucoup des patients étaient
des célibataires (43,80%), constat fait par Assomon
et al [11]. En ce qui concerne les antécédents, la
majorité des patients avait pratiqué une
automédication par la prise des décoctions
traditionnelle (44,52%) et étaient pour la plupart
polytransfusés (32,85%). Achour et al. ont fait le
même constat [15]. La barrière financière pour
accéder aux services de santé pousse souvent les
patients à faire une automédication ou à faire recours
aux soins traditionnels. La toxicité des médicaments
traditionnels sur la moelle osseuse est décrite par
certains auteurs [2,15]. De plus, les maladies du sang
en Centrafrique sont considérées comme du domaine
des sorciers où le traitement médical serait considéré
comme dangereux. Quant aux antécédents de la
transfusion sanguine, il pourrait s’agir des mêmes
patients suivis antérieurement pour des pathologies
récidivantes. La pratique de la transfusion sanguine
est l’une des thérapies les plus courantes au service
d’hématologie. Tenant compte de nos plateaux
techniques insuffisants, la transfusion sanguine
demeure une problématique dans nos milieux du fait
des complications immunologiques qui pourraient
être responsables d’une cytopénie dont la
pancytopénie. Au plan clinique, le statut de
performance de l’OMS était au stade 3-4 dans
85,40% des cas. Ce résultat est superposable à ceux
de Malam et al. [17] à Niamey ainsi que Nafil et al.
[18] à Marrakech. Le stade 3-4 est corrélé à une
altération de l’état général. Le manque d’information
sur la maladie et la méconnaissance de la population
de se faire consulter dès l’apparition des premiers
signes d’appels pourraient contribuer au retard de
consultation. Les patients sont souvent vus au stade
de complication avec une altération de l’état général.
De plus, la mise en place récente du service
d’hématologie n’est pas connue par la population et
les praticiens hospitaliers. Les malades se font
consulter dans d’autres services dès l’apparition des
premiers signes où la mise en route de traitement non
spécifique avant leurs références dans notre service
souvent à un stade avancé de la maladie. L’examen
physique avait trouvé principalement la pâleur des
téguments (71,7%), les vertiges (28,3%) et les
ecchymoses (18,26%). La pâleur et les vertiges sont
les éléments du syndrome anémique tandis que les
ecchymoses, l’élément du syndrome hémorragique.
Reddy al. [19] ont fait le même constat en rapportant
l’anémie et le syndrome hémorragique dans
respectivement 61% et 21% des cas. L’anémie est en
rapport avec une baisse de l’hémoglobine et les
ecchymoses sont consécutives à une thrombopénie
sévère. Au plan biologique, nous avons constaté que
62 patients (45,88%) présentaient une valeur de
l’hémoglobine entre 8-10 g/dl, corrélée à une anémie
modérée. Ce résultat est similaire à ceux rapporté par
des auteurs qui ont trouvé que l’anémie était au plan
biologique modérée [13,17,19]. Par contre, dans la
série de Nafil et al [18] à Marrakech, l’anémie ne
représentait que 11% des cas. A cette valeur de
l’hémoglobine entre 8 et 10 g/dl, apparaissent
souvent les signes neurologiques tels que l’asthénie
physique et la céphalée. Ces signes amènent souvent
les patients à consulter. La neutropénie modérée
avec un nombre de polynucléaire neutrophile entre 5
à 7 g/l était fréquent avec 46,71% des cas, plus faible
que celui de Malam et al. [17] à Niamey (56,8%).
Pour les plaquettes, nous avons constaté que 58
patients avaient un taux de plaquette modéré entre 50
à 75 g/l soit 42,34%, différents des données de Nafil
et al. [18] ainsi que Savith et al. [20] chez qui les
thrombopénies étaient sévères. La variabilité du
degré des cytopénies est fonction de l’évolution de
la maladie sous-jacente et de l’étiologie de cette
cytopénie. Dans certaines pathologies, les
cytopénies sont d’apparition lente [6]. A ce stade les
cytopénies sont souvent modérées, contrairement à
ces auteurs qui ont travaillés sur les patients
hospitalisés, ceux de notre série étant vus en
consultation externe. Ce qui pourrait expliquer la
sévérité des valeurs des plaquettes. Au plan
étiologique, les causes centrales dominaient avec
59,12%. Nos résultats sont contraires à ceux de
Savith et al [20] ainsi que Nabada et al [21] qui ont
trouvé majoritaire les causes périphériques avec
respectivement 51,23% et 47,4%. La différence
s’expliquerait par le fait que nos patients étaient
recrutés au service d’hématologie ou la majorité des
cas référés sont des hémopathies ou les carences
vitaminiques. Les causes centrales les plus
fréquentes étaient la carence en vitamine B12
(37,50%) et des lymphomes (25%). Ce résultat est
similaire à ceux rapporté par Nafil et al. [18] qui a
trouvé une dominance des carences en vitamine B12
(32,2%). Par contre Reddy et al [19] ainsi que
Boukhris et al [22] ont révélé dans la majorité de cas
les leucémies aigues. La carence en vitamine B12 est
fréquente chez les sujets de plus de 15 ans [18]. Il
s'agit de la cause la plus fréquente de pancytopénie
en Asie et en Afrique [14,22]. Sa fréquence de 49%
en Afrique [23], varie de 38 à 74 % en Asie [3,5,7-
9]. Quant aux étiologiques périphériques, la
tuberculose pulmonaire et la coinfection TB-VIH
étaient plus observés avec respectivement 24,56% et
14,03% des cas. Ces données sont superposables aux
travaux de Ansoman-Sayon et al [11]. Ceci
s’expliquerait par l’émergence des infections à VIH
en Afrique, facilité par un niveau de vie défavorable
de la population. Les infections opportunistes sont
observées dans cette affection virale et seraient la
cause de mortalité la plus fréquente.
CONCLUSION
La pancytopénie est fréquente dans le service
d’hématologie clinique à Bangui. Elles sont
retrouvées en majorité chez les hommes d’âge
adulte. Les signes d’anémies dominent les
manifestations cliniques. Les étiologies sont la