ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°002/Août 2024 - 29
ARTICLE ORIGINAL
Lichen plan : Aspects sociodémographiques, cliniques et thérapeutiques au Centre
National Hospitalier Universitaire de Bangui
Lichen planus : Sociodemographic, clinical and therapeutic aspects at the Centre
National Hospitalier Universitaire de Bangui
Falmata Lénguébanga Gabouga1, Deva Clémence Tapandé épouse Maka2, Peggy Mboli-Goumba Guéréndo1
Eliette Daaisy Belly-A-Kassa1 Dibéré Kamba Linet GD,1 Benedicte Yassingou-Mawa1, Kondissoh Idelle Ornella
Pacelli, Dieu Magloire Callot Zaorozob1 Léon Kobangué3 Boniface Koffi2,3.
1. Service de Dermatologie-Vénérologie du CNHU de Bangui
2. Service d’Anatomie pathologique de Bangui
3. Département de médecine de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Bangui
Auteur correspondant : Lénguébanga Gabouga Falmata, service de Dermato-Vénérologie au CNHU de Bangui
Tél : (236)75 322050 ; E-mail : gabougaf@gmail.com
Reçu le 18/03/2024 ; Accepté le 26/06/2024
RESUME
Introduction : Le lichen plan est une maladie
cutanéomuqueuse inflammatoire, chronique,
d’étiologie indéterminée avec une prévalence mondial
estimée entre 1 et 2% cependant méconnu de la
population centrafricaine. Le but de notre étude, c’est
de contribuer à l’amélioration de la prise en charge du
lichen plan dans le service de Dermatologie-
Vénérologie du CNHU de Bangui.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
transversale à visée descriptive avec une collette
rétrospective des données d’une durée de deux ans (2
ans) allant du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020.
Etaient inclus les cas de lichen plan diagnostiqués dans
le service de Dermatologie nérologie du CNHUB.
Les données étaient saisies et analysées à l’aide des
logiciels Excel et EPI info7.
Résultats : 46 cas de lichen plan sur un effectif de 4696
patients suivis, soit une fréquence hospitalière de
0,98%. L’âge moyen était de 35,13 avec un sex-ratio de
0,53. Les problèmes socioprofessionnels représentaient
26,09 (12 cas). Trois cas (6,52%) de comorbidités avec
une hypertension artérielle étaient retrouvés. L’atteinte
était entièrement cutanée (100 %) et les lésions étaient
généralisées dans 67,39% (30 cas). La biopsie cutanée
était réalisée chez 9 patients, soit 19,57%. L’analyse
anatomopathologique des biopsies avait conclu à un
lichen plan classique dans 66,67% (6 cas). Le
traitement était basé sur les dermocorticoïdes dans
56,52% (26 cas) et la corticothérapie générale dans
43,48%) (20 cas). 25 patients étaient perdus de vue au
premier mois de suivi.
Conclusion : Pathologie rare avec une prédominance
féminine et juvénile. L’atteinte était entièrement
cutanée. Le suivi médical des patients constituait un
réel problème.
Mots clés : Lichen plan, épidémiologie, clinique,
traitement, Bangui
ABSTRACT
Introduction: Lichen planus is a chronic inflammatory
cutaneous and mucosal disease of unknown etiology,
with a worldwide prevalence estimated between 1%
and 2%. However, it remains poorly known among the
Central African population. The aim of our study was
to contribute to improving the management of lichen
planus in the DermatologyVenereology Department
of the National Community University Hospital Center
of Bangui.
Patients and Methods: This was a descriptive cross-
sectional study with retrospective data collection over
a two-year period, from January 1, 2019 to December
31, 2020. It included all cases of lichen planus
diagnosed in the DermatologyVenereology
Department of the National Community University
Hospital Center of Bangui. Data were entered and
analyzed using Excel and Epi Info 7 software.
Results: Of a total of 4,696 patients followed during
the study period, 46 had lichen planus, representing a
hospital frequency of 0.98%. The mean age was 35.13
years, with a sex ratio of 0.53. Social and occupational
concerns were reported in 26.09% (12 cases). Three
cases (6.52%) had comorbid hypertension. The
involvement was exclusively cutaneous (100%), and
lesions were generalized in 67.39% (30 cases). Skin
biopsy was performed in 9 patients (19.57%).
Histopathological examination confirmed classic
lichen planus in 66.67% (6 cases). Treatment was based
on topical corticosteroids in 56.52% (26 cases) and
systemic corticosteroid therapy in 43.48% (20 cases).
More than half of the patients (25 out of 46) were lost
to follow-up during the first month.
Conclusion: A rare condition predominantly affecting
women and children. The involvement was entirely
cutaneous. Medical follow-up of patients presented a
significant challenge.
Keywords: Lichen planus, epidemiology, clinical
features, treatment, Bangui.
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°002/Août 2024 - 30
INTRODUCTION
Le lichen plan est une maladie inflammatoire
cutanéomuqueuse d’étiologie inconnue. La peau et
la muqueuse buccale sont les zones les plus
fréquemment atteintes [1]. D’autres muqueuses,
notamment les organes génitaux, l’œsophage, les
conjonctives et les phanères (cuir chevelu et les
ongles) peuvent également être touchés. Les
corticostéroïdes topiques sont le traitement de
première intention pour toutes les formes du lichen
plan, y compris les lésions érosives cutanées.
L’évolution du lichen plan en particulier cutané, est
le plus souvent favorable spontanément après 1 à 2
ans, avec cependant un risque de récidive. La
prévalence du lichen plan dans la population
mondiale est estimée entre 1 et 2% [2]. En Afrique,
la prévalence varie de 0,5% à 0,7% selon les études
réalisées à Dakar au Sénégal et à Pretoria en Afrique
du Sud avec une prédominance chez le sujet jeune de
15-35 ans [3,4]. A Bamako au Mali la fréquence du
lichen plan est de 0,7% [5]. Le manque de données
relatives au lichen plan en République Centrafricaine
a justifié notre étude. L’objectif fixé était de décrire
les aspects socio-démographiques, cliniques et
thérapeutiques du lichen plan dans le service de
Dermatologie et nérologie du Centre National
Hospitalier Universitaire de Bangui.
PATIENTS ET METHODES : Il s’agissait d’une
étude transversale, descriptive avec une collette
rétrospective menée dans le Service de dermatologie
et vénérologie au Centre National Hospitalo-
Universitaire de Bangui sur une période de 2 ans
allant de 1er Janvier 2019 au 31 Décembre 2020.
Etaient inclus tous les patients de tout sexe consulté
durant la période de notre étude et chez lesquels le
diagnostic de lichen plan avait été retenu sur
arguments cliniques ou anatomopathologiques. Les
variables étudiées étaient socio-démographiques
(âge, sexe, profession, provenance), les antécédents
(hypertension artérielle, diabète, prise
médicamenteuse, hépatite, psychique, notion de
contage familial du lichen plan), cliniques (prurit,
état général, aspect clinique des lésions),
paracliniques (glycémie, biopsie cutané) et
thérapeutiques (dermocorticoïdes, corticothérapie
générale) ont été recueillies à partir du registre de
consultation et des dossiers des patients, consignés
sur une fiche d’enquête à administration directe. Les
données ont été saisies et analysées à l’aide des
logiciels Excel et Epi Info 7.2.
RESULTATS
Données sociodémographiques
Pendant la période d’étude, 4696 patients avaient
consulté au service de Dermatologie et Vénérologie
du CNHUB, parmi lesquels 46 cas de lichen plan
diagnostiqués (0,98%). L’âge moyen était de 35,13
ans (±17,47) avec des extrêmes de 2 et 75 ans. Parmi
les 46 cas, on comptait 30 femmes (65,22%) et 16
hommes (34,78%) avec un sexe ratio de 0,53. La
majorité de nos patients résidaient à Bangui 82,62%
(38 cas) et 17,38% (8) venaient de province (tableau
I).
Tableau I : le profil sociodémographique des
patients présentant un lichen plan
Variables
Effectif
(n=46)
Pourcentage
Tranches d’âges en année
[2-15]
6
13,04
[16-30]
14
30,43
[31-45]
14
30,43
[46-60]
9
19,57
60 et plus
3
6,52
Sexe
Masculin
16
34,78
Féminin
30
65,22
Provenance
Bangui
38
82,61
Province
8
17,39
Les sans-emplois (17 cas) étaient plus représentés
soit 36,96% suivis des élèves/étudiants (15 cas) soit
32,61% et les fonctionnaires (11cas) soit 23,91%.
Données cliniques. L’antécédent médical retrouvé
chez nos patients, était l’hypertension artérielle dans
3 cas soit 6,52%, le prurit représentait le principal
symptôme avec 42 cas soit 91,30%. Les lésions les
plus représentées étaient les papules brillantes avec
38 cas soit 82,61% (tableau III).
Tableau III : Répartition des patients selon les
aspects des lésions
Aspects des lésions
Effectifs
(n=46)
Fréquence
Papules brillantes
38
82,61
Macules hyperpigmentées
3
6,52
Plaques hyperpigmentées
3
6,52
Eruptions bulleuses
2
4,35
Total
46
100
La localisation la plus fréquente était la forme
généralisée avec 31 cas (67,39%) et les membres 12
cas soit 26,09%. (Tableau IV).
Tableau IV : Répartition des patients selon la
localisation des lésions
Effectif
(n= 46)
Fréquence
31
67,39
12
26,09
2
4,35
1
2,17
46
100
Données paracliniques : la biopsie cutanée était
réalisée chez 9 patients soit 19,57%. L’analyse
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anatomopathologique des biopsies avait conclu à un
lichen plan classique dans 6 cas (66,67%), un lichen
plan bulleux dans 2 cas (22,22%) et un lichen plan
scléreux dans 1 cas (11,11%). La glycémie était
dosée chez 7 patients (15,22%) avec le résultat
normal.
Données thérapeutiques : les principaux
médicaments utilisés dans les protocoles de prise en
charge sont présentés dans le tableau V).
Tableau V : Répartition des patients selon le
traitement
Médicaments
Effectif (n=46)
Pourcentage
Dermocorticoïde
26
56,52
Corticoïde voie générale
20
43,48
Antihistaminique
36
78,26
Anxiolytique
4
8,7
Evolution à 3 mois et à 6 mois : dans notre étude 6
patients étaient revus au 3ème mois dont 5 évoluaient
favorablement et 2 patients étaient revenus au 6ème
mois avec une évolution favorable.
DISCUSSION
Au cours de notre étude, 4696 patients étaient vus en
ambulatoire dans le service de Dermatologie-
Vénérologie du Centre National Hospitalo-
Universitaire de Bangui pour diverses pathologies,
parmi lesquelles 46 cas de lichen Plan soit une
fréquence hospitalière de 0,98%. Ce résultat est
inférieur à celui retroupar Alabi et coll. au Nigéria
avec 95 cas en 2 ans [6] et par Diop et coll. au
Sénégal qui ont trouvé 76 cas en 6 mois [3] ainsi que
Coulibaly au Mali qui a trouvé 106 cas en 1 an [5].
Par contre, notre résultat est supérieur à celui de
Mehdi et coll. en Tunisie avec 61 cas sur une période
de 19 ans [7]. La variation des fréquences résiderait
dans les contextes socio-économiques,
environnementaux et la méthodologie des études.
L’âge moyen des patients au cours de notre étude
était de 35,13 ans±17,47 avec des extrêmes de 2-75
ans. La tranche d’âge de 16-45 ans représentait
60,85%. La population infantile touchée représente
13,04%. Cette fréquence pédiatrique retrouvée au
cours de notre étude est significativement élevée. De
même Diop et coll. quant à eux ont rapporté 7,7% de
cas de lichen plan pédiatrique [3]. Par contre, 10,2%
des cas ont été retrouvés chez les enfants mexicains
sur une période de 22 ans et 7mois [8]. Selon la
littérature, le lichen plan touche préférentiellement
les adultes de 30- 60 ans et atteint rarement les
enfants (moins de 5%) dans le monde occidental [9].
Notre résultat pourrait s’expliquer par le fait que la
population centrafricaine est majoritairement jeune.
La prédominance féminine (65,22%) observée dans
notre étude était également rapportée dans les études
africaines, européennes et américaines [10,11].
Tandis que d’autres études ont montré des cas
touchant plus les hommes que les femmes. Il s’agit
de Dilip Kachhawa et coll. en Inde [12], Khondker
et coll. au Bangladesh [13] qui avaient trouvé
respectivement 58,66% et 66,66%. Les sans-emplois
représentaient 36,96%, suivi des élèves/étudiants
(32,61%). Notre résultat est similaire à ceux de
Sanjeev et coll. [14] en Inde qui ont retrouvé 34%
chez les ouvriers, 30% chez les ménagères et 12%
chez les étudiants. De même Kouassi et coll. [15]
avaient démontré que la majeure partie des patients
(46,9%) travaillaient dans le secteur informel suivi
des élèves et étudiants (31,1%). La majorité des
patients (86,96%) avaient consulté dans un autre
service avant de se rendre au service de
Dermatologie-Vénérologie du Centre National
Hospitalo-Universitaire de Bangui. Cela moigne
une méconnaissance du lichen plan par les patients.
Dans notre étude, 26,09% des patients avaient des
problèmes sociaux ou professionnels avant le début
de la maladie. Notre résultat est supérieur à celui de
Diop et coll au Sénégal [3] qui ont trouvé 25,6% et
inférieur à celui de Diabaté et coll. à Abidjan [16]
qui ont rapporté 92%. Cette différence pourrait
s’expliquer par le fait que nos patients venaient
tardivement en consultation et pourraient avoir la
difficulté de livrer leur sentiment ou de se souvenir
du problème. Le prurit était la principale plainte
(91,3%). En Afrique, notre résultat est similaire à
ceux de Coulibaly [5] ainsi que de Diop et coll. [3]
qui avaient retrouvé respectivement 92,2% et 96,2%.
En Asie, Palakurthi et coll. [17] avaient trouvé 74%.
Seule la localisation cutanée était retrouvée chez
tous nos patients et la forme généralisée prédominait
(67,39%). Ce résultat est semblable à celui de
Coulibaly au Mali [5] et Alabi et coll. [6]. Par contre
le siège de prédilection des lésions retrouvées dans
d’autres études était les membres et tronc [3,10,17].
Notre résultat pourrait s’expliquer par le fait que les
patients viennent tardivement en consultation ; ce
qui met en jeu le pronostic esthétique par la
généralisation des sions. Aucune atteinte des
muqueuses n’était retrouvée. Nous pourrions
justifier par le fait que ces patients peuvent consulter
dans d’autres services notamment en gynécologique
pour les lésions génitales chez les femmes et en
stomatologie pour les lésions buccales. Sur le plan
histologique, le lichen plan classique représentait
66,67% des biopsies et le lichen plan bulleux
22,22%. Notre résultat est semblable à celui de
Medhi et coll. [7] avec 62,30% pour le lichen
classique et supérieur à ceux de Diop et coll. [3] ainsi
que de Tickoo et coll. [18] qui avaient quant à eux
trouvé respectivement 52,6% et 58,9%. Pour le
lichen bulleux, notre résultat est supérieur à celui de
Shehu et coll. [19] qui ont trouvé 1,2%. Nous
n’avons pas trouvé d’explication à cette variation.
Les dermocorticoïdes étaient les plus prescrits
(56,52%) par rapport à la corticothérapie générale
(43,48%). Notre prise en charge diffère de celle de la
littérature car normalement la forme néralisée
devait être traitée par la corticothérapie générale.
Cela pourrait s’expliquer par le fait que la
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corticothérapie générale était contre indiquée chez
certains de nos patients.
La majeure (53,32%) partie de nos patients étaient
perdus de vue lors de leur suivi médical. Cela
pourrait se justifier par un manque de moyen
financier aux fins de se procurer les médicaments ;
étant donné que la plupart était des sans-emplois, des
élèves ou étudiants. Malgré tout, ceux qui venaient
régulièrement en suivi avaient une évolution
favorable sous traitement. Ce résultat est également
rapporté par Medhi et coll. [7] ainsi que Diop et coll.
[3]. Les cas stationnaires observés pourraient se
justifier par la mauvaise observance du traitement.
CONCLUSION : le lichen plan est rare mais existe
dans notre contexte. Il est l’apanage de l’adulte jeune
avec une prédominance féminine. Les
dermocorticoïdes et la corticothérapie générale sont
les options thérapeutiques apportant une évolution
favorable. Un suivi régulier et une sensibilisation de
la population sont nécessaires pour éviter les perdus
de vue et les récidives.
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Conflit d’intérêt : aucun
Remerciements
Je remercie notre institution le Centre National Hospitalier Universitaire de Bangui qui a permis à ce que cette
étude soit réalisée ainsi que tous nos maîtres et à toute l’équipe du service de Dermatologie Vénérologie