ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°001/Avril 2024 - 27
ARTICLE ORIGINAL
Affections naso-sinussiennes au Centre Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth
Domitien
Nasal and sinus disorders at the Centre Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth
Domitien
Frédéric Kossinda1, Stéphane Aimé Kouzou2, Francky Kouandongui Bangué Songroué3, Antoine Doui Doumgba4
1. Service d’oto-rhino-laryngologie (ORL) du Centre Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth Domitien
(CHUMED), Centrafrique
2. Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale du Centre Hospitalier universitaire Communautaire de Bangui
(CHUC), Centrafrique
3. Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale du Centre Hospitalier universitaire Maman Elisabeth Domitien
(CHUMED), Centrafrique
4. Service de Chirurgie générale et digestive du CHU de l’Amitié Sino-Centrafricaine de Bangui, Centrafrique
Auteur correspondant : Frédéric KOSSINDA, BP : 2792 Bangui. RCA. Tél : (00236)72722789
E-mail : frederickossinda@yahoo.fr
Reçu le 06/12/2023 ; Accepté le 25/01/2024
RESUME
Objectif : Décrire les aspects épidémiologiques,
cliniques et tomodensitométriques de la pathologie
naso-sinusienne en ORL à Bangui.
Patients et méthodes : Il s’est agi d’une étude
transversale d’une période de 10 mois (1er Mars au
31 Décembre 2022) réalisée au service d’ORL et
Chirurgie Cervico-Faciale du Centre Hospitalier
Maman Elisabeth Domitien de Bimbo. Les patients
présentant une pathologie naso-sinusienne
confirmée par l’imagerie médicale ont été retenus.
Ces données étaient saisies avec le logiciel Excel et
analysées avec SPSS versions 22.
Résultats :
Au total 230 patients ont été inclus, parmi lesquels
69 présentaient une pathologie naso-sinusienne
(30,0%). Le sexe masculin était le plus représenté
(59,4%). L’âge moyen des patients était de 42,2 ±
19,3 ans. Les fonctionnaires représentaient 31,8%
suivi des élèves/étudiants (29,0%). Dans 88,4% des
cas, les patients résidaient à Bangui. Les principaux
motifs de consultation étaient les céphalées (31,8%)
et les rhinorrhées postérieures (23,2 %). Plus de
81,2% des examens tomodensitométriques étaient
réalisés sans injection du produit de contraste. Les
principales pathologies naso-sinusiennes objectivées
étaient la rhino-sinusite (39,2%) et la rhinite
hypertrophique (23,2%).
Conclusion : La pathologie naso-sinusienne est
courante dans le service de CHUMED. Elle
s’observe fréquemment chez les sujets de sexe
masculin. Les principales étiologies sont les rhino-
sinusites et les rhinites hypertrophiques. La
tomodensitométrie est important pour le diagnostic
de ces affections.
Mots clés : Prévalence, Rhino-sinusite,
Tomodensitométrie, Bangui.
ABSTRACT
Objective: To describe the epidemiological,
clinical, and computed tomography (CT) features of
naso-sinus diseases in the ENT department in
Bangui.
Patients and methods: This was a cross-sectional
study conducted over a 10-month period (from
March 1 to December 31, 2022) in the Department
of Otorhinolaryngology and Cervico-Facial Surgery
of the Maman Elisabeth Domitien Hospital Center in
Bimbo. Patients presenting with naso-sinus
pathology confirmed by medical imaging were
included. Data were entered using Excel software
and analyzed with SPSS software version 22.
Results: A total of 230 patients were included,
among whom 69 had naso-sinus pathology (30.0%).
Males were the most represented (59.4%). The mean
age of patients was 42.2 ± 19.3 years. Civil servants
accounted for 31.8% of cases, followed by students
school/university (29.0%). In 88.4% of cases,
patients resided in Bangui. The main reasons for
consultation were headaches (31.8%) and postnasal
drip (23.2%). More than 81.2% of CT scans were
performed without contrast injection. The main
naso-sinus pathologies identified were rhinosinusitis
(39.2%) and hypertrophic rhinitis (23.2%).
Conclusion: Naso-sinus pathology is common in the
CHUMED department. It occurs more frequently in
male patients. The main etiologies are rhinosinusitis
and hypertrophic rhinitis. Computed tomography
plays an important role in the diagnosis of these
conditions.
Keywords: Prevalence, Rhinosinusitis, Computed
Tomography, Bangui.
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INTRODUCTION
La pathologie naso-sinusienne regroupe l’ensemble
des affections touchant les fosses nasales et les sinus
para-nasaux. Elle est de nature diverse : infectieuse,
inflammatoire, traumatique, tumorale, malformative
ou dégénérative. Elle s’observe à tout âge et
constitue un problème de santé publique [1]. La
prévalence hospitalière des affections naso-
sinusiennes varie d’un pays à l’autre : 5% au Canada,
19,4% à l’Hôpital Laquintinie de Douala, 12,62 %
au Mali et 30,85% à l’Hôpital National Ignace Deen
de Conakry [1-4]. Le diagnostic des affections naso-
sinusiennes est orienté par la clinique et confirmé par
la tomodensitométrie [5,6]. En Centrafrique, aucune
étude n’a été faite sur ces affections, car la
tomodensitométrie n’était pas disponible avant l’an
2020. L’accès à ce moyen diagnostic nous amené à
réaliser cette étude dont l’objectif était de déterminer
la fréquence de ces affections et le profil des patients
affectés.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agit d’une étude transversale réalisée au service
d’Oto-Rhino-Laryngologie (ORL) et de chirurgie
cervico-faciale du CHU Maman Elisabeth Domitien
du 1er Mars au 31 Décembre 2022. La population
d’étude était constituée des patients reçus en
consultation externe ou hospitalisés, quel que soit
l’âge, le sexe et présentant au moins une pathologie
ORL. Les patients inclus étaient ceux qui avaient
présenté une affection naso-sinusienne confirmée
par la tomodensitométrie. Les patients dont les
dossiers étaient incomplets n’ont pas été retenus
pour l’étude. Le moyen d’exploration radiologique
utilisé était la tomodensitométrie des sinus de la face
ou du massif facial. Les examens scanographiques
étaient réalisés à l’aide d’un scanner de type
HITACHI 16 barrettes, avec ou sans injection du
produit de contraste. Les données collectées à partir
des dossiers médicaux des patients et des registres
d’hospitalisation du service. Les paramètres
recueillis comportaient les caractéristiques
sociodémographiques (âge, sexe, profession et
résidence), les caractéristiques cliniques (signes
cliniques, type de la pathologie) et les résultats de la
tomodensitométrie. Les informations recueillies ont
été saisis sur un fichier Excel, puis analysés au
logiciel SPSS version 22.
RESULTATS
Durant la période d’étude, nous avons retenu 230
patients ayant présenté une affections ORL, parmi
lesquels 69 cas de pathologie naso-sinusienne. La
fréquence des affections naso-sinusiennes parmi ces
patients était de 30,0%. L’effectif des patients de
sexe masculin était de 41, soit 59,4% et celui des
femmes 28, soit 40,6%. Le sex-ratio était de 1,4.
L’âge moyen était de 42,2 ans 19,3) avec des
extrêmes de 2 et 68 ans. Les des patients de la
tranche de 31 à 40 ans étaient les plus représentés
(tableau I).
Tableau I : Répartition des patients selon les
tranches d’âge
Tranche
d’âge
Effectif
(n=69)
Pourcentage
0 - 10 ans
4
5,7
11 - 20 ans
7
10,2
21 - 30 ans
12
17,4
31 - 40 ans
27
39,2
≥ 50 ans
19
27,5
Les fonctionnaires (31,8%) et les élèves/étudiants
(29,0%) étaient les catégories sociales les plus
représentées (tableau II).
Tableau II : Répartition des patients selon les
activités professionnelles
Profession
Effectif
Pourcentage
Fonctionnaire
22
31,8
Elève/Etudiant
20
29,0
Ménagère
12
17,4
Ouvrier
7
10,2
Commerçant
4
5,8
Retraité
4
5,8
Total
69
100
Dans 88,4% des cas les patients provenaient de la
ville de Bangui et ses environs. Dans 11,6% des cas,
les patients provenaient des villes de province.
Les motifs de consultation étaient dominés par les
céphalées (31,8%) et la gêne pharyngée (23,2 %)
(figure 1).
Figure 1 : Répartition selon les signes fonctionnels
des patients
Les signes physiques étaient représentés par
l’épaississement muqueux dans 29 cas (42,1%), le
comblement des fosses nasales, 21 cas (30,4%), la
tuméfaction maxillaire, 10 cas (14,5%), la masse
endonasale 6 cas (8,7%) et l’hypertrophie des
cornets inférieurs, 3 cas (4,3%).
La tomodensitométrie a été réalisé chez tous les
patients. Elle était faite sans injection du produit de
contraste chez 56 patients (81,2%) et avec injection
chez 13 patients (18,8%).
22
16
14
8
6
3
0 5 10 15 20 25
Céphalée
Gêne pharngée
Obstruction nasale
Tuméfaction maxillaire
Anosmie
Sensation de corps étranger
endonasale
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Les rhino-sinusites (39,2%) et les rhinites
hypertrophiques (23,2%) constituaient les
principaux types d’affections naso-sinusiennes
(tableau III).
Tableau III : Répartition des patients selon le
type de la pathologie naso-sinusienne
Type de pathologie
naso-sinusienne
Pourcentage
Rhino-sinusite
39,2
Rhinite
hypertrophique
23,2
Hemosinus
4,3
Polypose endonasale
8,7
Fracture des os
propres du nez
5,8
Tumeur primitive
sinusienne
2,9
Déviation de la
cloison nasale
7,2
Pan sinusite
7,3
Fracture des os du
sinus
1,4
Total
100
DISCUSSION
Nous avons réalisé cette étude dans l’un des centres
de prise en charge en ORL, ce qui justifie le faible
effectif des patients de notre étude. La prévalence
des patients présentant une affection naso-sinusienne
de notre étude, 30,0% est supérieure de plusieurs
auteurs [1-3]. Elle est identique à celle de à celle de
Diallo Alpha et al [4].
Le profil des patients présentant une pathologie
naso-sinusienne était caractérisé par le jeune âge et
la prédominance des sujets masculins. L’âge moyen
des patents était de 42,2 ans. La tendance de la
prédominance des patients de sexe masculin est
retrouvée dans d’autres études en Afrique [2,7,8],
sans que l’on puisse avoir des éléments
d’explication. Selon les catégories socio-
professionnelles les fonctionnaires (31,8%) et les
élèves/étudiants (29%) étaient les plus touchés.
Njifou Njimah et al. [2], au Cameroun ont rapporté
une prédominance des élèves et étudiants (42,74%)
suivie des ménagères (26,85%). Dans notre étude, la
majorité des patients résident à Bangui (88,4%). Le
faible taux de patients venant des villes de provinces
s’expliquerait pas le niveau socio-économique bas
qui ne leur permet pas d’effectuer les déplacements
pour accéder aux soins qui nécessite des examens
complémentaires dont le scanner. La précarité de la
vie qui constitue un obstacle pour accéder aux soins
est relevé par Sakiko des habitants dans nos
provinces [9]. Dans notre étude, les symptômes
majeurs sont les céphalées 31,8% et la rhinorrhée
postérieure 23,2 % des cas. Le même constat a été
fait par certains auteurs Africains [7,10-13]. Les
signes fonctionnels dans ces affections ne sont pas
spécifiques. Ils étaient dominés dans notre étude par
la céphalée et la gêne pharyngée. La céphalée est le
principal signe trouvé par d’autres auteurs [2,5,6].
Sur le plan physique, l’épaississement muqueux et le
comblement des fosses nasales étaient les signes les
plus fréquemment trouvés. Ces signes sont aussi
rapportés par Diawara et al [6]. Pendant le temps de
l’examen tomodensitométrique, le protocole sans
injection du produit de contraste (PDC) a été
pratiqué dans 81,2% de cas, protocole adopté par
plusieurs auteurs [2,5,6]. Cette méthode permet de
recueillir des renseignements satisfaisants pour le
bilan lésionnel et également la recherche des
complications. Les résultats de l’examen
tomodensitométriques ont permis de retrouver les
rhino-sinusites qui étaient l’étiologie la plus
fréquente de la pathologie naso-sinusienne. Le
même constat a été fait par certains auteurs [3,8].
Pour Bouraïma et al [8] à Parakou au Bénin, le
facteur favorisant ces rhino-sinusites est la conduite
de taxi-motos dans un contexte de climat
atmosphérique sec avec la poussière. La fréquence
élevée de rhino-sinusite s’explique selon plusieurs
auteurs par la proximité des fosses nasales et la
brièveté de leurs canaux de drainage qui les exposent
à la répercussion des affections rhinogènes
[8,12,14]. Les rhinites hypertrophiques incriminées
comme 2ème cause dans notre série, seraient à
l’exposition aux allergènes.
CONCLUSION
La pathologie naso-sinusienne occupe une place
importante dans la pratique ORL à Bangui. Elle
s’observe fréquemment chez les sujets jeunes de
sexe masculin. Les principales étiologies restent
dominées par les rhino-sinusites et les rhinites
hypertrophiques. La tomodensitométrie est un
moyen diagnostique important permettant la prise en
charge de ces affections.
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