ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°001/Avril 2024 - 18
ARTICLE ORIGINAL
Etiologies des parasitoses intestinales chez les enfants de 0 à 59 mois à l’Hôpital
Régional Universitaire de Bossangoa
Etiologies of intestinal parasitoses in children aged 0 to 59 month at the Bossangoa
Regional University Hospital
Mireille Cornelia Ingrid Dénissio Nalingbo Morissi1, Edgar Tchoumateu2, Daniel Wea Youngaï3, Germain
Piamalet4, Simplice Cyriaque Kango2, Daniel Gonessa5, Edgard Djimbele6, Christian Diamant Mossoro-Kpinde6†
1. Centre Hospitalier Universitaire de l’Amitié Sino-Centrafricaine (CHUASC)
2. Complexe Hospitalier Universitaire Pédiatrique de Bangui
3. Direction de la Surveillance Epidémiologique
4. Ecole Doctorale des Sciences de la Santé Humaine et Vétérinaire, Université de Bangui
5. Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique
6. Centre Hospitalo-Universitaire de Maman Elisabeth DOMITIEN (CHUMED).
Auteur correspondant : Mireille Cornelia Ingrid Denissio Nalingbo Morissi, Centre Hospitalier Universitaire de
l’Amitié Sino-Centrafricaine à Bangui ; Tel : (00236)75052060. E-mail : denissiomir@yahoo.fr
Reçu le 14/11/2023 ; Accepté le 25/01/2024
RESUME
Objectifs : identifier les étiologies des parasitoses
intestinales chez les enfants de 0 à 59 mois, à
l’Hôpital Régional Universitaire de Bossangoa
(HRUB).
Patients et Méthodes : C’est une étude transversale
à données antérieures, allant du 1er janvier 2021 au
31 décembre 2022, réalisée au sein du laboratoire de
l’HRUB en Centrafrique. Etaient inclus les enfants
de moins de 5 ans suspects de parasitose intestinale,
chez qui un examen parasitologique des selles (EPS)
par examen direct a été réalisé. Les données
sociodémographiques, cliniques et parasitologiques
étaient collectées à partir des registres du
laboratoire, de consultation et d’hospitalisation. Les
données ont été traitées par Excel 2013 et l’analyse
faite par Epi info 7.
Résultats : Au cours de l’étude, 1024 enfants étaient
inclus. L’âge moyen des enfants était de 57 mois. Il
a été trouvé chez les enfants de 48 à 57 mois, 987
cas suspects, soit 96,3%. Le sexe ratio était de 1,2.
La prévalence de la parasitose dans notre étude était
de 22,17% avec une prédominance masculine,
51,10%. La tranche d’âge la plus infestée était celle
de 48 à 57 mois avec une prévalence de 96,92%. Les
signes caractéristiques de la parasitose étaient
représentés par la diarrhée 93,83%, l’asthénie
93,83% et les vomissements 89,42%. Les principaux
parasites identifiés dans notre étude étaient,
l’Entamoeba histolytica 44,93% et le Giardia
lamblia 23,79.
Conclusion : Les parasitoses intestinales sont
endémiques à Bossangoa, prédominées par les
protozoaires. Le parasitisme constitue un réel
problème de santé publique à considérer dans les
actions thérapeutiques en Centrafrique.
Mots clés : Parasitose, enfants, Bossangoa,
Centrafrique.
ABSTRACT
Objectives: to identify the etiologies of intestinal
parasitic infections in children aged 0 to 59 months
at the Bossangoa Regional University Hospital
(BRUH).
Patients and Methods: This is a retrospective
cross-sectional study conducted from January 1,
2021 to December 31, 2022 in the laboratory of
BRUH in the Central African Republic. Children
under five years of age suspected of having intestinal
parasitic infection and who underwent a
parasitological stool examination (PSE) by direct
microscopy were included. Sociodemographic,
clinical, and parasitological data were collected
from laboratory, consultation, and hospitalization
records. Data were processed using Excel 2013, and
analysis was performed with Epi Info 7.
Results: A total of 1,024 children were included in
the study. The mean age was 57 months. Among
children aged 48 to 57 months, 987 suspected cases
were recorded, representing 96.3%. The sex ratio
was 1.2. The overall prevalence of intestinal
parasitic infection was 22.17%, with a male
predominance (51.10%). The most affected age
group was 48 to 57 months, with a prevalence of
96.92%. The main clinical manifestations were
diarrhea (93.83%), asthenia (93.83%), and vomiting
(89.42%). The most frequently identified parasites
were Entamoeba histolytica (44.93%) and Giardia
lamblia (23.79%)
Conclusion: Intestinal parasitic infections are
endemic in Bossangoa and are predominantly
caused by protozoa. Parasitism represents a
significant public health problem that should be
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taken into account in therapeutic strategies in the
Central African Republic. Keywords: Parasitic infection, children, Bossangoa,
Central African Republic
INTRODUCTION
Les parasitoses intestinales constituent un problème
de santé publique en milieu tropical [1]. Plus de 1,5
milliard de personnes, soit près de 24% de la
population mondiale, sont infestées par des
géohelminthes à l’échelle mondiale selon l’OMS en
2022. Il est estimé à environ 1 milliards d’enfants
dont plus de 270 millions d’enfants d’âge
préscolaire, ainsi que 600 millions d’enfants d’âge
scolaire, touchés par les parasites intestinaux [2-3].
L’amoebose, l’ascaridiose, l’ankylostomose et les
trichocéphaloses comptent parmi les dix infections
parasitaires les plus fréquentes au monde [2]. La
République centrafricaine (RCA) a mis en place le
programme national de lutte contre les Maladies
Tropicales Négligées (MTN). Ce programme est à
l’origine d’une enquête ayant mis en évidence des
prévalences très variées de géohelminthiases par site
et par préfecture. Ces prévalences varient de 90%
selon les sites et les zones géographiques [3].
Toutefois, ces données collectées sur quelques sites
ne reflètent pas la situation réelle du pays. Elles sont
insuffisantes et méritent d’être actualisées à travers
des études supplémentaires afin d’ajuster les
interventions de ce programme. C’est dans ce
contexte que nous avons mené cette étude afin
d’identifier les étiologies des parasitoses intestinales
chez les enfants de 0 à 5 ans, à l’Hôpital Régional
Universitaire de Bossangoa (HRUB).
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale à données
antérieures, allant du 1er janvier 2021 au 31
décembre 2022. La population d’étude était
constituée de patients venant faire leurs examens
parasitologiques des selles (EPS) au laboratoire de
lHRUB. Ils étaient sélectionnés à partir du registre
de laboratoire. Etaient inclus dans l’étude, les
enfants de moins de 5 ans suspects de parasitose
intestinale chez qui un EPS a été réali au
laboratoire de l’HRUB. N’étaient pas inclus, tout
enfant ayant réalisé un EPS dont certaines données
étaient manquantes sur le registre. Aussi, les enfants
venus faire un EPS de contrôle après traitement
n’étaient pas inclus dans l’étude. Le principe de
l’EPS consistait à rechercher au microscope optique
entre lame et lamelle, les œufs, larves, kystes, et
formes végétatives des parasites adultes, dans une
suspension de selles avec de l’eau physiologique,
puis après coloration au Lugol. Les données
sociodémographiques, cliniques et parasitologiques
ont été collectées à partir des registres du
laboratoire, des registres de consultation et
d’hospitalisation, afin de remplir un questionnaire
structuré et pré-testé à l’HRUB. Le logiciel Excel
2013 a permis la saisie des données qui ont été
analysées avec Epi info 7.0.
RESULTATS
Dans notre étude, 1024 enfants ayant moins de 59
mois ont été retenus. L’âge moyen des enfants était
de 57 mois. L’ESP avait permis d’identifier les
parasites dans 227 cas. La prévalence de la
parasitose dans notre étude était de 22,17%. Le sexe
ratio était de 1,04 chez les enfants présentant une
parasitose intestinale.
Les tranches d’âge les plus infestées étaient celle de
48 à 59 mois avec une prévalence de 98,24%, soit
223 enfants (Tableau I).
Tableau I. Caractéristiques sociodémographiques
des cas de parasitoses
Tranche d’âge
(mois)
Effectif
(n=227)
Pourcentage
(%)
[0 - 12[
0
0
[12 - 24[
3
1,32
[24 - 36[
3
1,32
[36 - 48[
1
0,44
[48 - 59
220
96,92
Les signes cliniques prédominants de la parasitose sont
la diarrhée 93,83%, l’asthénie 93,83% et les
vomissements 89,42% et l’anorexie 88,99% (Figure 1).
Figure 1. Répartition des symptômes de parasitoses.
Les principaux parasites identifiés étaient
l’Entamoeba histolytica : 102 cas (44,93%) et
Giardia lamblia 54 cas (23,79%) (Tableau II).
Tableau II : Fréquences de parasites mise en
évidence chez les enfants
Parasites
Effectif
(n=227)
Pourcentage
(%)
Entamoeba (E) histolytica
102
44,93
Giardia (G) lamblia
54
23,79
Autres
71
31,25
L’évolution des cas diagnostiqués de parasitoses
durant les 2 années montre qu’elles étaient
globalement plus élevées en début d’année, avec un
pic de 3,3% en 2018 et un pic de 4,3% en août en
2019 (Figure 2).
118
160
161
195
198
208
208
0 100 200 300
Fièvre
Douleur abdominale
Selles glaireuses
Anorexie
Vomissement
Asthénie
Diarrhée
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Figure 2 : Evolution de la fréquence (%) des
parasitoses durant les 2 années d’étude
DISCUSSION
Nous avons mené une étude rétrospective
descriptive qui avait pour objectif d’identifier les
étiologies des parasitoses intestinales chez les
enfants de moins de 5 ans adressés à l’HRUB pour
un EPS. Cette étude avait des limites du fait que les
patients malades sont en général plus nombreux
parmi les personnes qui fréquentent l’hôpital, la
fréquence des parasitoses dans notre population
sélectionnée en milieu hospitalier était donc plus
importante. En outre, l’aspect descriptif et
rétrospectif de notre étude fait que nous ne pouvons
pas identifier les facteurs de risques de parasitoses.
La prédominance des cas suspect d’infestation
parasitaire est observée dans la tranche d’âge de 48
à 57 mois, avec un taux de 96, 39%. Cette
observation est différente de celle de Mostafo au
Maroc qui objectiva un taux élevé de 39,2% dans la
tranche d’âge de 2-4 ans [4]. Guamri au Kenitra
avait prouvé que plus l’âge diminue, plus le risque
d’infestation n’augmente [5]. Cela peut s’expliquer
par le fait que leur technique de diagnostique soit
probablement plus sensible et plus spécifique que la
nôtre. Au plan sémiologique nous observons une
prédominance d’asthénie physique et diarrhée,
contrairement à Nundu Sabiti et Belkessa qui ont
montré une prédominance de douleurs abdominales
[6-7]. La différence peut s’expliquer par le fait que
les travaux de ces auteurs étaient menés chez les
enfants d’âge scolaire capables de bien décrire les
signes fonctionnels, tandis que chez les petits
enfants les symptômes sont souvent les plus
objectifs, c’est-à-dire ceux que le clinicien relève en
examinant l’enfant. Entamoeba histolytica et
Giardia lamblia était les plus fréquemment
retrouvés. Ce profil est semblable à celui retrouvé
par Adou-bryn et collaborateur à Tomoudi en 2001
et Ayadi et collaborateur en Tunisie en 2014 [8-9].
Pour ce dernier, la prédominance était en faveur de
Giardia lamblia. Aussi, il est important de
s’interroger sur les activités de lutte contre les
parasitoses intestinales basées sur l’administration
de l’Albendazole. me si l’albendazole est actif
sur Giardia lamblia, la prise doit être pétée sur 5
jours pour obtenir une efficacité optimale [10-11].
Par ailleurs, si ce déparasitage peut être à l’origine
de la réduction des helminthes, il convient de noter
l’importance de ces protozoaires afin de susciter une
réflexion. La prévalence de 22,2% est supérieure à
celle d’Imane au Marrakech en 2016 (19,6%) [12].
La RCA est un pays à ressources limités avec une
hygiène précaire tandis que le Maroc est un pays à
revenu intermédiaire avec un niveau
d’assainissement élevé : les risque de contamination
sont réduits. Elle est cependant inférieure aux
prévalences observées en Côte d’Ivoire par Menan
et collaborateurs (36,5%). Cela s’explique par la
technique de concentration qu’il a utilisée plus
performante qu’il a utilisé (Kato) [13].
Conclusion : Les parasitoses intestinales étaient
endémiques à Bossangoa durant les années 2021 et
2022 avec une prévalence de 22,2% parmi les
enfants de 0-57 mois. La prédominance de sexe était
légèrement masculine, avec le ratio homme/femme
à 1,04 parasités. Les parasites prédominants étaient
les protozoaires (78%), le plus fréquent étant
l’amibe (44,9%). Le parasitisme constitue donc un
réel problème de santé publique à considérer dans
les actions thérapeutiques en République
centrafricaine.
REFERENCES
1. Collège des Universitaires de Maladies
Infectieuses et Tropicales. ePilly : Maladies
Infectieuses et Tropicales. 23ème Edition Alinéa
Plus 2012;928p.
2. Organisation mondiale de la Santé.
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2015;336p. Consulté le 17/04/2022 à partir du
site :
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs366/fr/
3. Ministère de la Santé Publique et de la
Population de la RCA. Plan de transition du
secteur santé en République centrafricaine
2015-2017. MSP,2017;103p.
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l’Hôpital Moulay Abdellah de Salé. World J
Biol Res. 2011;004(1):1-5.
5. El Guamri Y, Belghyti D, Achicha A, Tiabi M,
Aujjar N, Barkia A et al. Bilan de dix ans sur les
parasitoses intestinales au Centre Hospitalier de
Kénitra. Science Lib. Editions Mersenne.
2011;3(110601):1996-2005
6. Nundu Sabiti S, Ntetani Aloni M, Linsuke S,
Nani-Tuma Situakibanza H, Polman K,
Lutumba P. Prévalence des géohelminthiases
chez les enfants à Kinshasa. Arch Pediatr
2014;21(6):1-7.
7. Belkessa S, Elhosseyn AS, Laatamna A, Houali
K, Sönksen UW, Hakem A, et al. Prevalence
and Clinical Manifestations of Giardia
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8. Adou-Bryn D, Kouassi M, Brou J, Ouhon J,
Assoumou A. Prévalence globale des parasitses
à transmission orale chez les enfants à Toumodi
(Cote d’ivoire). Med Afr Noire
2001;48(10):394-7.
9. Ayadi A, Mahfoudh F, Mahjoubi Mahjoubi F.
Parasitoses intestinales chez l’enfant : Bilan de
2 ans dans le Centre HospitaloUniversitaire de
Sfax. Med Afr Noire 2014;38(8/9):557-560.
10. Aubry P, Gaüzière BA. Giardiose et syndrome
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12. Imane EH. Profil du portage parasitaire
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2014;44p.
13. Menan EIH, Nebavi NGF, Adjetey TAK,
Assavo NN, Kiki-Barro M, Kone PC. Profil des
helmeinthiases intestinales chez les enfants
d’âge scolaire dans la ville d’Abidjan. Institut
Pasteur de Côte d’Ivoire. Santé Publique
1997:4.
Remerciements
Nous remercions les professionnels de l’Hôpital Universitaire de Bossangoa et sa population, pour leur aide tout
au long du travail
Conflit d’intérêt : aucun