ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°003/Décembre 2024 - 11
cultivateurs et les peintres étaient les plus
représentés, car ils sont souvent exposés au soleil.
Affleck et al au Congo Brazzaville [6] ont trouvé que
les professions les plus affectées sont les élèves et
étudiants, les fonctionnaires et les sans emploi. Cette
différence peut s’expliquer par le vécu des patients
dans chacun de ces pays. La survenue du Lupus chez
les sans emploi dans notre étude pourrait s’expliquer
par le stress lié à leurs conditions de vie (charge
familiale, manque de ressource, et autres). Selon
certains auteurs, le stress peut occasionner la
survenue d’un lupus [2].
La population de Bangui, la capitale, était plus
représentée (68%) que celle des provinces. Affleck
et al à Brazzaville [6] ont trouvé un résultat similaire.
La fréquence élevée des patients dans la capitale
pourrait s’expliquer par la présence des spécialistes
pouvant poser le diagnostic. Concernant le mode
d’admission, plusieurs de nos patients étaient venus
d’eux-mêmes à la consultation, comme ceux de
Affleck et al. [6].
Le lupus est décrit par certains auteurs une maladie
de la femme jeune due à une susceptibilité liée à la
prise d’œstrogène et aux grossesses [12,8]. Dans
notre étude, la prise de pilule contraceptive avait été
trouvée chez environ 52% de nos patientes. Ceci
suggère que les femmes prenant les œstro-
progestatifs seraient plus susceptibles de développer
un lupus.
Concernant les manifestations cutanées spécifiques,
l’érythème était présent chez tous les patients et
principalement observé au niveau des mains, du
vertex et en aile de papillon par rapport au tronc et
aux lèvres. L’atrophie, quant à elle, était présente
chez quatre patients, plus fréquente au vertex et au
tronc. Nous avons rencontré les squames chez
quatorze patients avec une prédilection à la région
malaire. Gauzere et al [13] avaient noté un
exanthème chez 43% des malades. A Niamey Daou
et al [5] avaient trouvé l’érythème malaire chez
70,8% des patients.
S'agissant des manifestations non spécifiques,
l’atteinte cutanée était dominée par la
photosensibilité, suivie de l’alopécie. L’ulcération
et les lésions vésiculobulleuses étaient plus
marquées dans une étude menée à Niamey par Daou
et al [5]. Gauzere et al [13,14] avaient trouvé
l’exanthème, l’alopécie et les ulcérations.
L’importance et la diversité des manifestation
cutanéo-muqueuses peuvent s’expliquer par
l’intensité de la lumière solaire dans nos régions
tropicales aggravant la photosensibilité.
Les manifestations extracutanées étaient dominées
par les atteintes rhumatologiques, principalement les
arthrites (61,54%) et les atteintes hématologiques
(anémie dans 81,82% des cas). Un cas de
néphropathie lupique était rapporté. L’atteinte
immunologique était présente chez 02 patients
transférés dans d’autres pays pour une meilleure
prise en charge. Chez ces patients, il avait été détecté
des anticorps anti-ADN natif et anticorps anti-
nucléaires. Camara Toumin et al [4] ont rapporté
85,19% de cas de manifestations rhumatologiques à
type d’arthrite et de ténosynovite. Certaines études
ont rapporté, sur le plan immunologique, la présence
d’anticorps anti-nucléaires chez des patients
(titre > 1/80) de type anti-ADN, anti-SSA, anti-RNP,
anti-Sm, et anti-SSB [12,13]. Le plateau technique
en Centrafrique étant limité, la recherche de ces
anticorps n’a pu se faire.
Les antipaludéens de synthèse (la chloroquine et de
l’hydroxychloroquine) et la corticothérapie générale
étaient les principaux traitements relevés lors de
notre étude. Au bénin, la corticothérapie générale est
plus utilisée que la chloroquine ou
l’hydroxychloroquine [9]. L’étude de la cohorte
LBBR avait trouvé le même résultat [15]. Pour
Gauzere et al., l’utilisation des antipaludéens de
synthèse prédominait sur la corticothérapie générale
et les autres traitements [13]. Le choix thérapeutique
est guidé par les formes cliniques. Au plan évolutif,
après un recul de 6 mois de traitement, 17 patients
étaient perdus de vue et 08 cas étaient en rémission.
Au 12ème mois, il restait 08 patients dont 05 étaient
toujours en bonne rémission et un cas de nouvelles
poussées. Au Bénin [9], avec un recul de 6 mois,
Zomalheto et al., ont observé que sur 34 malades, la
majorité était stabilisée, 4 étaient décédés et 08
perdus de vue. Le nombre important de perdus de
vue de notre étude se justifie par la chronicité du
lupus érythémateux, l’absence d’accompagnement
psychologique et d’éducation thérapeutique. Nous
pouvons également évoquer la non disponibilité de
certains traitements et les effets secondaires liés aux
traitements au long cours.
Conclusion : Le lupus érythémateux est une maladie
relativement rare mais présente à Bangui. Le
diagnostic immunologique reste difficile à établir,
faute de plateau technique. L’éducation
thérapeutique et le soutien psychologique sont
indispensables à l’adhésion au traitement.
RÉFÉRENCES
1. Pitche P, Tchangai-Walla K. Dermatologie en
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2. Aractingi S, Aubin F, Avril MF, Bachelez H,
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édition. Rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-
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3. Amoura Z, Bader-Meunier B, Antignac M,
Bardin N, Belizna C, Belot A. Protocole
National de Diagnostic et de Soins : Lupus
Systémique de l’adulte et de l’enfant.
2024;(14):15p.
4. Camara T, Diakité M, Camara M, Konan M,
Touré B, Kaba L et al. Présentation Clinique,
Traitement et Évolution du Lupus Systémique