ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°001/Avril 2024 - 51
Dans certaines régions d’Asie, d’Amérique du sud et
d’Afrique tropicale, plusieurs parasites sont
incriminés (Enterobius vermicularis, Taenia spp
Ascaris lumbricoides et Schistosoma spp) [4], mais le
Schistosome est plus souvent impliqué [5]. Les
travaux réalisés en Centrafrique sur les appendicites
n’ont pas abordé spécifiquement les formes
bilharziennes [6,7]. Ainsi nous rapportons 3 cas
d’appendicite bilharzienne diagnostiqués au service
d’anatomie et de cytologie pathologiques du
Laboratoire National de Biologie Cliniques et de
Santé Publique.
PRESENTATION DES CAS
1er cas : Il s’agissait d’un patient de 13 ans, sans
antécédent particulier, reçu aux urgences
pédiatriques, pour douleur de la fosse iliaque droite
(FID), nausées et de vomissements. L’examen
clinique en urgence a mis en évidence une fièvre à
38,7°C, une vive douleur à la palpation de la FID, au
point de Mac Burney, faisant suspecter une
appendicite aigue. L’hémogramme a montré une
hyperleucocytose à 12600 éléments/mm3.
L’échographie abdominale a objectivé un appendice
augmenté de taille, sensible au passage de la sonde.
Une appendicectomie en urgence était réalisée. La
macroscopie de la pièce opératoire reçue au
laboratoire d’anatomie pathologique a mise en
évidence un appendice vermiforme de 8 cm de long
et 1,5 cm de diamètre, non perforé et recouvert des
fausses membranes. A la microscopie la muqueuse
appendiculaire était en partie érodée, tapissée par un
enduit fibrino-leucocytaire. Toute l’épaisseur de la
paroi était le siège d’un granulome lympho-
épithélioïde et giganto-cellulaire, associés un infiltrat
à polynucléaire éosinophile entourant des œufs morts
de bilharzie. Ce qui a permis de conclure à une
appendicite phlegmoneuse d’origine bilharzienne.
2éme cas : Il s’agissait d’un patient de 30 ans, admis
aux urgences chirurgicales, pour douleur abdominale
diffuse accentuée par les mouvements. L’examen
clinique a montré une fièvre à 38,20 C, une langue
saburrale. La palpation au point de Mac Burney
déclenche une douleur vive avec une défense
abdominale. L’hémogramme a montré une
hyperleucocytose à 12000 éléments/mm 3. A
l’échographie abdominale, l’appendice était
augmenté de taille avec une image hyperéchogène
évoquant un stercolithe. Une appendicectomie
d’urgence a été réalisée. L’examen macroscopique de
la pièce a mis en évidence un appendice mesurant 11
cm de long et 2cm de diamètre et non perforé. A la
microscopie, la paroi appendiculaire était le siège
d’une hyperplasie folliculaire, la muqueuse était
mince témoignant une atrophie glandulaire, la
musculeuse comportait une fibrose, associée à un
granulome à cellules géantes entourant de nombreux
œufs de schistosome a éperon terminal, dont certains
sont calcifiés. Le diagnostic d’une appendicite
chronique d’origine bilharzienne a été posé (figure 1).
Figure 1 (HE X 20) : Image microscopique de
granulome entourant les œufs de bilharzie (Source
LNBCSP).
3ème cas : Sujet de sexe féminin âgée de 28 ans, qui a
consulté aux urgences chirurgicales, pour douleur
abdominale siégeant à la FID, irradiant vers l’ombilic,
des nausées, vomissement bilieux et un arrêt des
matières et des gaz. L’examen clinique réalisé avait
mis évidence, une fièvre à 39,4C°, un ballonnement
abdominal et une sensibilité de la fosse iliaque droite.
L’échographie abdominale a montré un appendice
hypertrophique et un épanchement péri
appendiculaire, faisant évoquer une appendicite
suppurée. L’examen macroscopique de la pièce
d’appendicectomie a montré un appendice de 13 cm
de long et 2,3 cm de diamètre, recouvert de fausses
membranes, non perforé. A la microscopie la
muqueuse est érodée remplacée par un enduit fibrino-
leucocytaire à prédominance polynucléaires
neutrophiles dont certains sont altérés. Cet infiltrat
dissèque les tuniques pariétales sous-jacentes. La
paroi appendiculaire était le siège d’un infiltrat
polymorphe avec de la fibrose autour des œufs de
bilharzie. La séreuse était également infiltrée
d’éléments inflammatoires. Ces signes ont permis de
conclure à une appendicite aigue suppurée, avec péri
appendicite aigue compliquant une bilharziose
appendiculaire.
DISCUSSION
Nous avons recensé 3 cas d’appendicite bilharzienne,
sur 168 pièces d’appendicectomies reçues en quatre
ans. Ce nombre serait sous-estimé, car toutes les
pièces d’appendicectomie ne sont pas
systématiquement soumises à un examen
histologique [6,7]. L’âge jeune des patients est