ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 10, N°003/Décembre 2024 - 4
ARTICLE ORIGINAL
Apport du myélogramme dans le diagnostic des hémopathies à Bangui
Contribution of myelograms to the diagnosis of haemopathies at Bangui
Dieu-le-veut Saint-Cyr Sylvestre Packo1,2, Ebenezer Sossongo1, Clotaire Donatien Rafai2, Barbara Esther
Ouansaba2, Eva Elémence Tapande Yakossa2, Merlyne Tatiana Belkpi Dango2, Yannick Danzi2, Daniel Gonessa2,
Boniface Koffi2.
1. Service d’hématologie clinique, Centre National de Transfusion Sanguine.
2. Laboratoire Nationale de Biologie Clinique et de Santé publique, Bangui.
Auteur correspondant : Packo Dieu-le-veut Saint-Cyr Sylvestre, Service d’hématologie clinique, Centre
National de Transfusion Sanguine. BP 677, Bangui (RCA), Tél : 72 42 12 16, Email : stcyrpacko@yaho.fr
Reçu le 18/05/2024 ; Accepté le 25/09/2024
RESUME
Objectifs : étudier l’apport du myélogramme dans le
diagnostic des hémopathies à Bangui.
Patients et méthodes : il s’agissait d’une étude
transversale portant sur des données antérieures à la
collecte. Elle a couvert la période de 4 ans, du 1er janvier
2019 au 31 décembre 2022. Les données ont é
collectées au Laboratoire National de Biologie Clinique
et de Santé Publique. Etaient inclus, tous les patients
dont les résultats de myélogramme avaient évoqué une
mopathie maligne. Les paramètres
sociodémographiques, les indications et les résultats
descriptifs du myélogramme étaient étudiés. Un
questionnaire avait permis de recueillir les données qui
étaient analysées avec le logiciel Epi Info7.2.
Résultats : sur 630 patients chez qui un myélogramme
a été réalisé, 61 résultats étaient en faveur d’une
mopathie, soit une fréquence de 9,68%. Il y’avait 31
hommes soit un sex-ratio de 1,03. L'âge moyen était de
23 ans avec des extrêmes de 2 ans et 77 ans. Les centres
demandeurs du myélogramme étaient la pédiatrie
(50,82%), les CHU adultes (34,43%) et les cliniques
privées (14,75%). Les indications étaient dominées par
les anémies normochromes normocytaires
arégénératives. (96,75%). Les hémopathies trouvées
étaient le syndrome d’activation macrophagique
(45,90%), le syndrome myélodysplasique (21,31%), les
leucémies aiguës lymphoblastiques (14,75%), les
leucémies aigues myéloblastiques (9,84%), la leucémie
myéloïde chronique (4,92%) et les leucémies
lymphoïdes chroniques (3,28%).
Conclusion : le myélogramme reste un examen de
pratique courante en hématologie. Il apporte des
éléments de diagnostic cytologique des hémopathies.
La bonne lecture et l’interprétation sont liées à la
rigueur de sa réalisation.
Mots clés : myélogramme, hémopathies, Bangui.
ABSTRACT
Objectives: To evaluate the contribution of the
myelogram in the diagnosis of hematological disorders
in Bangui.
Patients and Methods: This was a cross-sectional
study based on retrospectively collected data. It covered
a four-year period from January 1, 2019, to December
31, 2022. Data were collected at the National
Laboratory of Clinical Biology and Public Health. All
patients whose bone marrow examination results
suggested a malignant hematological disorder were
included. Sociodemographic characteristics,
indications, and descriptive results of the myelogram
were analyzed. Data were collected using a
questionnaire and analyzed with Epi Info version 7.2
software.
Results: Among 630 patients who underwent a bone
marrow examination, 61 cases were suggestive of
hematological disorders, representing a frequency of
9.68%. There were 31 males, with a sex ratio of 1.03.
The mean age was 23 years, ranging from 2 to 77 years.
The main referring departments were pediatrics
(50.82%), adult university hospitals (34.43%), and
private clinics (14.75%). The primary indications were
predominantly normochromic normocytic
aregenerative anemia (96.75%). The hematological
disorders identified included macrophage activation
syndrome (45.90%), myelodysplastic syndrome
(21.31%), acute lymphoblastic leukemia (14.75%),
acute myeloid leukemia (9.84%), chronic myeloid
leukemia (4.92%), and chronic lymphocytic leukemia
(3.28%).
Conclusion: Bone marrow examination remains a
routine test in hematology. It provides essential
cytological diagnostic information for hematological
disorders. Accurate reading and interpretation depend
on the rigor of its performance.
Keywords: myelogram, hematological disorders,
Bangui.
INTRODUCTION
Le myélogramme est l’étude quantitative et
qualitative des cellules hématopoïétiques
médullaires [1]. C’est l’un des examens les plus
pratiqués en hématologie de nos jours. Son intérêt est
capital dans les démarches diagnostiques,
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pronostiques et thérapeutiques des hémopathies.
L’aboutissement à un bon diagnostic cessite une
bonne lecture qui est conditionnée par une bonne
maîtrise de la réalisation d’un frottis [2]. Les
hémopathies sont classées en deux sous-groupes : les
hémopathies bénignes telles que le syndrome
d’activation macrophagique (SAM), et les
hémopathies malignes telles que les syndromes
myélodysplasiques, les syndromes
myéloprolifératifs et les syndromes
lymphoprolifératifs [3,4]. En Afrique 60,7% des
myélogrammes effectués trouvent une hémopathie
maligne [5,6] En Centrafrique, la pratique du
myélogramme a commencé en 2015. Aucune étude
antérieure n’a été effectuée sur le myélogramme en
particulier son apport dans le diagnostic des
hémopathies à Bangui. Ceci a justifié l’étude menée
pour déterminer l’apport de cet examen dans le
diagnostic des hémopathies à Bangui.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale portant sur des
données antérieures à la collecte, couvrant la période
du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2022, soit une
durée de 4 ans. La population d’étude était constituée
de l’ensemble des patients dont les résultats de
myélogrammes étaient réalisés au Laboratoire
National de Biologie Clinique et de Santé publique
(LNBCSP). Etaient inclus dans cette étude, tous les
patients dont les résultats du myélogramme réalisés
par l’étude cytologique étaient en faveur d’une
hémopathie. L’échantillon de convenance avait porté
sur tous les patients répondant aux critères
d’inclusion. Pour chaque patient retenu, nous avions
étudié au plan socio-épidémiologique, l’âge, le sexe
et les services demandeurs ; au plan clinique, les
indications du myélogramme et les renseignements
cliniques ; au plan biologique, les anomalies
observées au frottis médullaire. Ces anomalies
pouvaient être la présence des blastes, de corps
d’Auer, le degré de la richesse médullaire, la
dysmyélopoïèse, la présence ou non des
mégacaryocytes, les anomalies morphologiques. Ces
anomalies étaient par la suite quantifiées. Le
diagnostic de myélome était retenu en présence de
nombreux plasmocytes dysmorphiques supérieur à
10%. Le SAM était retenu par la présence d’une
image d’hémophagocytose. Lorsque le SAM était
associé à une hémopathie, cette dernière était retenue
comme diagnostic étiologique. Lorsque le SAM était
isolé, sans pathologie associée, nous avions retenu le
diagnostic de SAM. Les leucémies étaient définies
par la présence des blastes de plus de 30%. Le
lymphome était suspecté lorsqu’il y’avait une
lymphocytose. Pour le recueil des données, nous
avons exploité les bulletins d’examens, les registres
des examens de myélogramme, le répertoire des
comptes rendus du myélogramme et les dossiers des
patients dans les services demandeurs. Le traitement
et l’analyse des données statistiques ont été réalisés
à l’aide du logiciel Epi-info version 7.2
RESULTATS
Sur une période de 4 ans, 630 patients ont réalisé un
examen de myélogramme dont 61 résultats étaient en
faveur d’une hémopathie, soit une prévalence de
9,68%. Le sexe masculin était majoritaire avec un
sex- ratio de 1,03. L’âge moyen des patients était de
23 ans, avec des extrêmes de 2 ans et 77 ans. Les
sujets de moins de 5 ans étaient les plus représentés.
La plus forte demande de myélogramme venait du
Complexe Hospitalier Universitaire Pédiatrique de
Bangui (CHUPB). Quant aux indications, l’anémie
normochrome normocytaire arégénérative (ANNA),
suivie du syndrome tumoral étaient les plus
représentés. Ces indications étaient souvent
associées (tableau I).
Tableau I : répartition des patients selon l’âge, les
services demandeurs et les indications de
myélogrammes
Variables
Effectif (n=61)
Pourcentage
Tranches d’âges
≤ 15 ans
23
37,71
16 à 35 ans
16
26,23
36 à 55 ans
12
19,67
> 55 ans
10
16,39
Service demandeur
CHUPB
31
50,82
Autres CHU (adultes)
21
34,43
Cliniques privées
09
14,75
Indications
ANNA
59
96,75
Syndrome tumoral
58
95,08
Syndrome hémorragique
27
44,26
Douleur osseuse
03
4,91
ANNA : anémie normochrome normocytaire arégénérative
Aucun cas de moelle aplasique n’était trouvé. Les
mégacaryocytes étaient présents dans la plupart des
frottis médullires. Il existait une variabilité
cytologique médullaire (tableau II).
Tableau II : répartition des patients selon les
anomalies de la moelle et les pathologies associées
Variables
Effectif (n=61)
Pourcentage
Richesse cellulaire (grade)
≤ 1
00
00,00
2 à 3
11
18,03
> 3
50
81,97
Mégacaryocytes
Absent
05
8,20
Présents
56
91,80
Anomalies cellulaires
Blastose
23
37,70
Plasmocytose
04
6,56
Dysmyéopoièse
21
34,43
Images d’hémophagocytes
13
21,31
En ce qui concerne les hémopathies objectivées, le
SAM était dominant, suivi des cas de leucémies
lymphoblastiques (tableau III).
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Tableau III : répartition des patients selon le
diagnostic retenu
Diagnostic
Pourcentage
Syndrome d’activation macrophagique
45,90
Syndrome myélodysplasique
21,31
Leucémie aigüe lymphoblastique (LAL)
14,75
Leucémie aigüe myéloblastique (LAM)
9,84
Leucémie myéloïde chronique
4,92
Leucémie lymphoïde chronique
3,28
Total
100
DISCUSSION
Cette étude était limitée par le fait que certains
dossiers des patients étaient incomplets, ce qui a
affecté la taille de l’échantillon. Le manque de
cytologistes en hématologie n’avait pas permis de
confronter les avis avant l’établissement du
diagnostic final. Cependant, elle a permis de fournir
des données en prélude à d’autres études
prospectives. Durant la période de l’étude, nous
avions colligé 61 cas d’hémopathies sur 630
myélogrammes, soit une fréquence de 9,68% et une
moyenne annuelle de 15 cas. Hamdaoui et al ainsi
que Khibri et al ont recensé respectivement 50 cas
par an et 33 cas par an [7,8]. La fréquence des
hémopathies dans notre étude est similaire à celle de
Ouattara et al qui avaient observé 10,6% [9]. Elle est
inférieure à celles rapportées par deux équipes qui
ont trouvé respectivement 17,14% et 28% [7,10]. La
faible fréquence s’expliquerait par le fait que plus de
la moitié de notre échantillon était constituée des
enfants et des jeunes d’une part, d’autre part, faute
de connaissance sur le myélogramme, la plupart des
prescripteurs ne demandaient le myélogramme
qu’en cas de suspicion d’une hémopathie maligne.
Pour d’autres auteurs, les indications sont élargies et
évoquent les demandes de myélogramme dans le but
de suivi thérapeutiques et autres affections sans
rapport avec les hémopathies malignes [7,10]. Les
patients de notre étude étaient jeunes, âgés en
moyenne de 23 ans. Plusieurs auteurs ont rapporté un
âge moyen variant de 36 à 47 ans [8,9,11]. Comme
dans notre étude, Pondy Ongotsoyi et al [12] ont noté
une forte proportion des sujets d’âge pédiatrique.
Bachir-Bouladjra et al et Khalki et al quant à eux ont
enregist en majorité des sujets dont les tranches
d’âges sont respectivement de 40 à 65 ans et de 50 à
59 ans [13,14]. La jeunesse de la population de notre
étude pourrait s’expliquer par le fait que la plus forte
demande de myélogramme provenait du milieu
pédiatrique qui dispose d’un service d’oncologie et
qui se trouve à proximité de nos centres d’étude. La
distribution des malades selon le sexe montrait une
prédominance du sexe masculin avec un sex-ratio de
1,03. Nos résultats sont identiques à ceux de certains
auteurs [3,10,14]. Par contre Nikiema et al ont trouvé
une prédominance féminine [4]. Dans le contexte
africain, l’homme est le maitre de la famille, ses
activités professionnelles l’exposent aux facteurs de
risques environnementaux, impliquant le contact aux
organophosphorés, le Benzène et ses dérivés dans les
activités agricoles. Ces facteurs sont incriminés dans
la genèse des hémopathies malignes [2]. En ce qui
concerne les indications du myélogramme, l’ANNA
et le syndrome tumoral étaient les principales
indications (96,75% et 95,08%). La prédominance
du syndrome anémique comme indication est
trouvée par Rhafal et al dans une proportion de 61%
[15]. Par contre Moueleu Moulagapou al n’avaient
observé que 35% des indications liées à l’anémie
[11]. Dans la série de Besson et al, le syndrome
hémorragique était l’indication la plus observée avec
37% [16]. Dans notre étude il existe une disparité
dans les indications du myélogramme, sans rapport
avec les hémopathies malignes. Les anomalies
médullaires retrouvées dans notre série étaient
diversifiées. Concernant la richesse, la majorité des
moelles était riche. Les mégacaryocytes étaient
présents dans la majorité des cas (91,80%). On avait
noté une blastose médullaire dans 47,54% des cas et
une plasmocytose dysmorphique dans 9,83% des
cas. Nous n’avons pas trouvé une étude similaire
dans la littérature faisant le point sur les différents
niveaux de richesse du myélogramme et la
variabili des anomalies morphologiques.
Toutefois, dans la série de Msayryb et al [10], la
moelle était hypoplasique dans 36% des cas, les
mégacaryocytes étaient absents dans 24% des cas, la
blastose médullaire était retrouvée dans 34% des cas
et une plasmocytose dysmorphique dans 24% des
cas. Ce volet n’a pas été cité dans les différentes
publications qui traitent des hémopathies malignes
vu qu’il n’a aucun impact diagnostique, ni
pronostique ou thérapeutique. Cependant, la
présence d’un hiatus leucémique présente un intérêt
capital car elle signe une leucémie aigüe. Concernant
les hémopathies trouvées dans notre série, le SAM
était l’hémopathie la plus fréquente avec 45,90% des
cas, corroborant ainsi les données de Arber et al avec
45,5% de cas [17]. Les résultats de Moueleu
Ngalagou et al donnent une proportion relativement
faible du SAM avec 15,6%. [11]. Les autres
hémopathies malignes trouvées étaient le syndrome
myélodysplasique (21,31%), les leucémies aiguës
lymphoblastiques (14,75%), les leucémies aiguës
myéloblastiques (9,84%). Rhafel et al avaient
enregist les LAL dans 61% des cas et les LAM
dans 39% de cas [15]. La plus forte représentation
des SAM s’explique par la forte prévalence des
maladies infectieuses dans nos milieux. En effet, les
principales étiologies des SAM sont les infections,
qui sont responsables d’une activation des
macrophages médullaires. Les leucémies aigues
représentent 24,59% dans notre étude. Ce sont des
hémopathies malignes attribuées à
l’industrialisation. Dans nos pays en voie de
développement, une telle affection est rare d’une part
et sous-diagnostiquée du fait des moyens
d’investigations limis d’autre part. La
reconnaissance d’une leucémie sur une cytologie
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médullaire nécessite la convergence de la lecture de
la lame par plusieurs spécialistes. Ces derniers
manquent dans notre pays, car en effet, seuls deux
médecins dont un hématologue réalisent le
myélogramme dans les deux sites de notre étude.
Selon une étude réalisée en 2021 dans un seul centre
de prise en charge des maladies du sang à Bangui, la
prévalence de la leucémie aigüe était de 2,6% [18].
Notre étude était mee aux services d’hématologie
clinique et au LNBCSP, ce qui expliquerait cette
différence. Cette augmentation du nombre des cas
constatés dans notre étude pourrait être liée
également à l’amélioration de notre plateau
technique et à la mise en place d’un registre de
cancer destiné aux collectes des cas. Dans notre
étude, le SMD représentait 21,31%. D’autres auteurs
ont trouvé une fréquence plus faible variant entre 6,8
et 17% [2,5,10,14], La proportion des LMC dans
notre série 4,92% est proche des résultats de Besson
et al [16] qui est de 4,1%, alors que Bachir Bouladjra
et al ont trouvé 10% [13]. Nous avons remarqué que
les femmes font plus de SMD que les hommes
(40%), tandis que le SAM est plus fréquent chez les
hommes que chez les femmes (61,12%).
CONCLUSION
Le myélogramme est un examen important dans le
diagnostic des mopathies à Bangui. Son apport
diagnostique repose sur une réalisation, une lecture
et une interprétation rigoureuses. Cela ne peut être
possible qu’à travers une collaboration entre le
clinicien et le biologiste.
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Remerciements : Nos remerciements à tous les membres de l’équipe du Laboratoire National de Biologie Clinique
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