ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°001/Avril 2023 - 31
ARTICLE ORIGINAL
Analyse de la mortalité aux urgences médicales du Complexe Hospitalier Universitaire
Pédiatrique de Bangui
Analysis of mortality in medical emergencies at the "Complexe Hospitalier Universitaire
Pédiatrique de Bangui"
Simplice Cyriaque Kango1,2, Victoire Ngatimo1, Pétula Waraka Tabo1, Judith Carine Kiteze Nguizanémo1,2, Rostand
Kombaya1, Jess Elio Kosh Komba Palet1,2, Marie Christine Awa Sépou Yanza1,2, Jean Chrysostome Gody1,2.
1. Service de la Clinique Médicale Infantile Raymond Max Siopathis, Complexe Hospitalier Universitaire
Pédiatrique de Bangui ;
2. Faculté des Sciences de la Santé (FACSS), Bangui, République Centrafricaine ;
Auteur correspondant : Kango Simplice Cyriaque ; Tel : (+236) 75506124 ; Email : kango.cyriaque@yahoo.fr
Reçu le 17/12/2022 ; Accepté le 22/02/2023
RESUME
Objectif : Déterminer le taux de mortalité et
identifier les causes de survenue aux urgences
pédiatriques du CHUP de Bangui.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale
et descriptive, allant de Janvier 2021 à Décembre
2022. Elle avait inclu tous les enfants admis aux
urgences pédiatriques et décédés en dehors des
nouveau-nés.
Résultats : Au total, 24752 patients ont été admis au
service des urgences pédiatriques du CHUPB. Parmi
eux, 109 enfants étaient décédés, soit une prévalence
de 0,44%. Le sex-ratio était de 1,7. L’âge moyen était
de 36 mois (extrêmes 30 jours et 15 ans). Les enfants
de 12 mois à 5 ans représentaient 55,4%. Les enfants
résidaient à Bangui dans 94,5% des cas. Les
principales étiologies au moment du décès étaient le
sepsis (45%), les méningo-encéphalites (15%), le
paludisme grave (11%), la gastroentérite aiguë
(10%), la cardiopathie (3%) et les intoxications (8%).
La plupart des décès (51%) survenaient entre 4 à 24
heures après l’admission.
Conclusion : Le taux de mortalité aux urgences du
CHUPB est relativement important. Le sepsis, la
méningo-encéphalite, le paludisme dans sa forme
grave et la gastro-entérite aigue étaient les principales
étiologies. L’éducation pour la santé et le recours à
temps aux services de santé aideraient à faire baisser
d’avantage la mortalité infantile dans nos structures
hospitalières.
Mots clés : Mortalité, urgences pédiatriques,
Centrafrique
ABSTRACT
Objective: To determine the mortality rate and
identify the causes of death in paediatric emergency
department at the CHUP de Bangui.
Methodology: This was a cross-sectional and
descriptive study, running from January 2021 to
December 2022. It included all children admitted to
pediatric emergency department and who died other
than newborns.
Results: A total of 24752 patients were admitted to
the CHUPB pediatric emergency department. Out of
these, 109 children had died, which is a prevalence of
0.44%. The sex ratio was 1.7. The mean age was 36
months (extremes 30 days and 15 years]. Children
aged 12 months to 5 years represented 55.4%. The
children lived in Bangui in 94.5% of cases. The main
etiologies at the time of death were sepsis (45%),
meningoencephalitis (15%), severe malaria (11%),
acute gastroenteritis (10%), heart disease (3%) and
poisoning (8%). Most deaths (51%) occurred between
4 and 24 hours after admission.
Conclusion: The mortality rate in the emergency
department of the CHUPB is relatively high. Sepsis,
followed by meningoencephalitis, malaria in its
severe form and acute gastroenteritis were the main
etiologies. Health education and timely use of health
services would help to further reduce infant mortality
in our hospital settings.
Key words: Mortality, pediatric emergencies,
Central African Republic
INTRODUCTION
La mortalité infantile est un véritable problème de
santé publique dans les pays en voie de
développement, particulièrement en Afrique sub-
saharienne. Selon l’OMS en 2022, le taux de
mortalité infantile dans la région se situe à 72 décès
pour 1000 naissances vivantes. Les principales causes
retrouvées sont les maladies infectieuses, notamment
le paludisme [1,2]. En République Centrafricaine peu
de données existent sur la mortalité infanto-juvénile.
Dans notre contexte, de nombreux facteurs ont été
incriminés dans le retard de prise en charge des
patients, notamment des ressources financières
limitées, un accès géographique difficile et un plateau
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technique insuffisant [3,4]. Les enfants et adolescents
arrivent d’emblée dans un état grave ou décédés aux
urgences pédiatriques. L’étude de la mortalité sert à
évaluer l’efficience des soins dans le service d’accueil
des urgences. Dans notre pays, aucune étude n’a été
faite à ce jour sur les décès des enfants aux urgences
pédiatriques en dehors des cas de néonatologie. Notre
étude a pour objectif de décrire la prévalence des
décès aux urgences pédiatriques du Complexe
Hospitalier Universitaire Pédiatrique de Bangui
(CHUPB) de notre pays et d’identifier les principales
causes de ces décès.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude rétrospective et descriptive
menée pendant 24 mois, du 1er janvier 2021 au 31
décembre 2022. Notre enquête avait concerné tous les
enfants et adolescents âgés de 1 mois à 15 ans
hospitalisés et décédés dans le service des urgences
pédiatriques. Nous n’avons pas pris en compte les
enfants décédés à l’arrivée. Une fiche de collecte de
données a été confectionnée pour chaque patient. Les
principaux supports d’informations reposaient sur les
registres du service et les dossiers des patients.
Les variables retenues étaient les données
sociodémographiques (âge, sexe, domicile des
parents et provenance), les données administratives
factuelles (date et heure d’admission, délai de prise en
charge), les données cliniques (diagnostic ou
diagnostic présumé) et les données évolutives (heure
du transfert dans les autres unités d’hospitalisation ou
de décès).
Les données collectées dans le strict respect de la
confidentialité et de l’anonymat ont été analysées à
l’aide du logiciel Epi-info 7. Nous avons obtenu
l’accord de la Direction médicale du CHUPB avant le
démarrage de l’étude.
RESULTATS
Durant la période de l’étude, 24752 patients ont été
admis au service des urgences du CHUPB. Parmi ces
patients, 109 étaient décédés dans cette unité
d’hospitalisation, soit une prévalence de 0,4%. Les
garçons étaient les plus nombreux avec un effectif de
68 (62,4%) contre 41 filles (37,6%). Le sexe ratio
était de 1,7. L’âge moyen était de 36 mois avec des
extrêmes de 1 et 15 ans. Les enfants d1 an à 5 ans
représentaient 55,4% de tous les décès. L’analyse du
lieu de résidence montre que 94,5% des parents des
patients décédés résidaient à Bangui.
Les caractéristiques des enfants décédés sont décrites
dans le tableau I.
Tableau I : Caractéristique des enfants décédés
Caractéristiques
Effectif
(n=109)
Pourcentage
Tranches d’âge en année
1 à 5
60
55,4
6 à 10
32
29,1
11 à 14
17
15,5
Sexe
Masculin
68
62,4
Féminin
41
37,6
Lieu de résidence
Urbain
103
94,5
Rural
6
5,5
En 2021, la courbe de variation mensuelle des décès
après hospitalisation oscillait entre 1,1% et 10,1%
avec un pic au mois de septembre. La courbe en 2022
a montré une variation entre 1,8% et 8,2% avec un pic
au mois d’octobre. La courbe de variation mensuelle
est présentée dans la figure 1.
Figure 1 : Variation mensuelle des décès à l’unité des urgences
Les principales étiologies au moment du décès étaient
le sepsis (44,9%), les méningo-encéphalites (14,7%), le paludisme grave (11,2%), la gastroentérite aiguë
(10,1%) (tableau II.)
43
12 2
6
4
2
11
7
5
1
543
6
2
45
7
5
98
3
Nombre du déces
Période en mois
2021 2022
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Tableau II : Les principales étiologies des décès au
cours d’hospitalisation
Causes de décès
Effectif
Sepsis sévère
49
Méningo-encéphalite
16
Paludisme grave
12
Gastro-entérite aigue
11
Intoxication
9
Cardiopathie
3
Autres
9
La plupart des décès 56 (51,4%) survenaient entre 4 à
24 heures après l’admission. Les horaires des décès
sont représentés dans la figure 2.
Figure 2 : Délai de survenue des décès après
l’admission dans le service
DISCUSSION
L’analyse de la mortalité d’un service permet
d’apprécier la performance de la structure de santé du
pays. Un taux de décès élevé dans une structure est le
reflet de la qualité des soins et de l’organisation. La
prévalence de la mortalité infantile dans cette étude
est de 0,4%. Selon certaines études réalisées au
Maroc et en République Démocratique du Congo, elle
varie entre 0,3 à 13,4% [1,5,6,7]. Les enfants de 1 à 5
ans payent le lourd tribut de la mortalité infantile. Nos
données corroborent avec celles d’autres études qui
retrouvent des proportions plus élevées de décès dans
cette tranche d’âge [1,6]. L’analyse des décès par
rapport au sexe montre une prédominance du sexe
masculin. Le sexe-ratio de 1,7 est similaire à ceux des
autres auteurs qui ont trouvé une prédominance
masculine [6,7,8,9], mais contraire à celui rapporté
par ASSE [10]. La proportion élevée de décès
survenant en journée est certainement liée aux
difficultés de déplacement la nuit, compte tenue de
l’insécurité dans certains quartiers de Bangui. La
majorité des patients de notre étude provenait de
Bangui. Les références des autres structures de san
ne constituaient que 7% des cas. Le CHU Pédiatrique
de Bangui est une structure de référence mais la
majorité des patients consultait directement sans
passer par les structures périphériques. Ceci confirme
l’inefficacité du système de référence et contre-
référence dans notre pays. Cette situation est en partie
le corollaire de l’arrivée tardive pour une meilleure
prise en charge dans la structure sanitaire adéquate
[4,8,11]. Le développement d’un réseau de références
et de contre-références est indispensable pour
impacter positivement sur la survenue des décès.
Les décès survenant souvent dans un délai de 24
heures sont relevés par plusieurs auteurs [1,5,6,8]. Le
sepsis, méningo-encéphalique, paludisme grave sont
des facteurs corrélés à ces décès précoces chez nos
patients. Le paludisme est la première cause
d’admission retrouvée par la majorité des auteurs
[1,6,8,10]. Cette parasitose constitue la première et la
deuxième cause de décès de certaines séries, alors
qu’elle ne constitue que la troisième cause de décès
de nos patients [12-15].
CONCLUSION
La mortalité aux urgences médicales chez les enfants
de 1 mois à 15 ans reste dominée par le sepsis, les
méningo-encéphalites et le paludisme grave. La
promotion de la prévention par la sensibilisation et
l’éducation pour la santé, l’efficience d’une pyramide
sanitaire expliquée aux populations aideraient à
baisser d’avantage la mortalité infantile dans nos
structures hospitalières.
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17,4%
51,4%
19,3% 11,9%
0
10
20
30
40
50
60
0-3h 4h-24h 25h-48h 49h et plus
Nombre de décès
Délai de séjour dans le service
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