
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°003/Décembre 2023 - 31
INTRODUCTION
La naissance d’un mort-né est souvent mal vécue par
l’accouchée et l'équipe obstétricale. Cette situation
est d'autant plus grave que la mère qui jusqu'à
l'entrée en salle de travail avait son enfant vivant,
apprend pendant le travail ou après l'accouchement
que ce dernier ne l'est plus. Les mortinaissances
peuvent être regroupées en deux grandes catégories
: les mortinaissances antépartum, qui surviennent
avant le début du travail, et les mortinaissances
intrapartum, qui surviennent pendant le travail. Pour
le diagnostic de mortalité fœtale intrapartum, il est
indispensable d’avoir entendu les bruits du cœur du
fœtus lors de l’admission à l’hôpital [1,2]. Selon
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la
majorité des 2,6 millions de mortinaissances
annuelles qui sont survenues en 2020 ont eu lieu en
Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud et près de
40% pendant le travail [2]. La Centrafrique faisant
partie des 8 pays en Afrique Subsaharienne où il est
le plus dangereux de naître [3], le risque de mortalité
intra-partum y est important. Toutefois, aucune
étude n’a été faite pour évaluer l’ampleur du
problème, d’où l’initiation de celle que nous avons
réalisé. L’amélioration de la prise en charge des
accouchements est indispensable pour mettre fin aux
morts fœtales intrapartum évitables.
PATIENTS ET MÉTHODES
Il s’agissait d’une étude cas-témoins portant sur la
période de 3 ans allant du 1er janvier 2020 au 31
décembre 2022 (3 ans) à la maternité du Centre
Hospitalier Universitaire Communautaire (CHUC).
La population d’étude était constituée par les
femmes qui avaient accouché dans le service de
gynécologie-obstétrique du CHUC durant la période
d’étude. Ont été incluses comme cas, toutes les
parturientes ayant accouché d’un mort-né frais à
terme dont les bruits du cœur fœtal étaient perçus à
leur entrée en salle de travail. Pour chaque cas, nous
avons sélectionné deux témoins que nous avons
appariés aux cas. Ces témoins qui étaient recrutées
juste après le cas devaient accoucher d'un nouveau-
né vivant, à terme avec un Apgar normal (≥ 7) à la
1ère minute. Les variables étudiées étaient en rapport
avec le profil sociodémographique de la mère : âge,
statut socioprofessionnel, statut matrimonial, niveau
d’instruction, mode d’admission et parité ; le nombre
de suivis prénatal réalisés ; le déroulement de
l’accouchement (présentation fœtale, hémorragie
antépartum, prééclampsie-éclampsie, asphyxie
fœtale, accouchement instrumental). Les données
ont été saisies puis analysées à l’aide du logiciel Epi
info 7. Les tests statistiques utilisés pour la
comparaison étaient le Khi2 de Yates et le test de
Ficher. La différence était significative si p<0,05.
Nous avons utilisé l’Odd’s Ratio (OR) avec
l’intervalle de confiance à 95% pour apprécier
l’impact des différentes variables sur le risque de
décès fœtal intrapartum.
RESULTATS
Durant la période d’étude, nous avions enregistré
9.689 accouchements dont 9378 naissances vivantes.
Nous avions dénombré 311 cas de mort-nés parmi
lesquels 93 cas de décès fœtaux intrapartum. La
fréquence de la mortalité fœtale intrapartum était de
9,9 pour 1.000 naissances vivantes et 0,96% des
accouchements. Les accouchées concernées par le
décès fœtal intra-partum étaient majoritairement
jeunes (72,9%), n’exerçant pas une activité
génératrice de revenu (74,2%), vivant en union libre
(40,9%) et ayant atteint le niveau secondaire pour
plus de la moitié d’entre elles (61,3%). Le décès
fœtal intrapartum était aussi fréquent chez les
primipares (38,7%) que chez les multipares (33,3%)
(tableau I).
La majorité (75,3%) des accouchées concernées par
le décès fœtal intrapartum avait effectué moins de 4
contacts au cours de leur suivi prénatal (Figure 1).
Figure 1 : Répartition des patientes selon le suivi
de la grossesse
Les caractéristiques obstétricaux liées au risque de
mort fœtal intrapartum, nous avions : le nombre de
suivi prénatal inférieur à 4 (OR=3,9[2,3-6,9],
X2=23,7 ; p<0,001) ; l’hémorragie antépartum
(OR=4,1[1,7-9,7], X2=10,2 ; p=0,0014), la
préclampsie/éclampsie (OR=4,9 [1,92-12,53] ;
X2=11,4 ; p<0,001) alors que la parité, la
présentation fœtale et la voie d’accouchement
n’étaient pas liés à ce risque (tableau II).
Les caractéristiques obstétricales pendant la
parturition qui étaient liées au risque de mort fœtale
intrapartum étaient : l’asphyxie fœtale (OR=3,6 [1,9
-6,9] ; X2=14,6 ; p<0,001) ; la phase d’expulsion
supérieure à 30 minutes (OR=3,61 [1,4-9,5] ;
X2=7,0 ; p<0,001) et la rupture utérine (OR=12,8
[1,5-107,6] ; X2=6,6 ; p<0,001) (tableau III).
31 39 23
19
62
105
0
20
40
60
80
100
120
Aucun < 4 contacts ≥ 4 contacts
Cas Témoins