ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°003/Décembre 2023 - 58
orale) et restriction sodée, ainsi qu’un anticoagulant
(xarelto, 20 mg par jour en per os). Vu la gravité du
tableau clinique, le traitement de l’hypertension
artérielle, à base d’Indapamide 2,5 mg par jour, a été
remplacé par un inhibiteur calcique (dilthiazem, 240
mg par jour en per os). La mauvaise réponse au
traitement instauré a orienté vers l’administration
d’un inhibiteur des récepteurs de l’endotheline,
Bosentan 62,5 mg en comprimé, mais qui n’était pas
disponible dans le pays. La patiente était
réhospitalisée deux fois de suite pour des
décompensations cardiaques droites, puis globale
qui était devenue réfractaire malgré l’optimisation
du traitement qui n’était pas spécifique. Elle était
décédée neuf mois après. La charge virale était restée
indétectable et les lymphocytes T étaient stables
jusqu’au décès.
DISCUSSION
L’incidence de l’hypertension artérielle pulmonaire
est plus élevée chez les patients séropositifs pour le
VIH que dans la population générale (1/200 versus
1/200000) [1]. La majorité des cas concerne les
hommes [1,2]. Il s’agit des patients toxicomanes
dans environ 40% des cas [1], mais la patiente de
notre étude ne l’était pas. Le point d’appel clinique
est souvent la dyspnée d’effort [2,3], d’où la
nécessité de rechercher l’HTAP chez un patient VIH
qui présente ce signe sans une cause infectieuse
apparente. Le cliché thoracique est anormal dans
plus de 80 % des cas, montrant le plus souvent une
cardiomégalie et une hypertrophie des artères
pulmonaires [2]. Le cathétérisme cardiaque est
l’examen de référence pour confirmer l’HTAP et
distinguer l’HTAP pré et post capillaire, examen qui
n’avait pas été réalisé chez notre patiente. Cet
examen permet en outre de réaliser un test au
monoxyde d’azote (NO). L’échocardiographie est
une alternative pour le dépistage d’HTAP, selon
Raymond qui a utilisé cette méthode non invasive
dans une étude réalisée chez 392 patients VIH+ [4].
L’observation de notre patiente souligne la rapidité
de l’évolution de l’HTAP chez le patient VIH, avec
une survie de 11 mois. Ceci corrobore les données de
la littérature, selon lesquelles la médiane de survie
est inferieure à un an chez ces patients (4,5).
L’HTAP peut survenir à tout stade de l’infection à
VIH et le stade clinique de l’infection VIH ne semble
pas modifier son évolution [3,5,6]. Le traitement
antirétroviral ne semble pas non plus influer sur
l’évolution de l’HTAP, puisque le pronostic a été
défavorable chez notre patiente qui était sous une
quadrithérapie antirétrovirale et avait une charge
virale indétectable. Les données de la littérature ne
permettent pas de conclure quant à l’éventuelle
efficacité des antirétroviraux sur le pronostic de
l’HTAP des patients VIH+, même si ce traitement
est recommandé par certains auteurs [2,7].
L’absence d’amélioration de la survie, en dépit d’un
traitement rendant la charge virale indétectable,
comme le cas de notre patiente, suggère que le VIH
n’est pas directement en cause dans l’HTAP.
D’autres facteurs devraient intervenir dans la
survenue de l’HTAP. L’HTAP est multifactorielle et
le rôle de l’hépatopathie, souvent due à l’hépatite B,
n’est pas à exclure, co-infection que nous avions
retrouvée dans les antécédents de notre patiente
[8,9]. Le traitement est en général symptomatique
sur le plan cardiaque, comprenant des mesures
générales associant une réduction des efforts, une
oxygénothérapie, une restriction hydrosodée, des
diurétiques et pour certains patients, des digitaliques
[10]. Les inhibiteurs calciques, par analogie avec
d’autres HTAP, sont discutés, mais n’ont pas montré
leur efficacité et dépend de la réponse vasodilatatrice
[11,12]. Les anticoagulants ont leur place comme
dans toute HTAP, mais ne semblent pas modifier le
pronostic péjoratif de cette pathologie au cours de
l’infection à VIH. Les analogues de prostacycline
(vérifier l’orthographe), les antagonistes des
récepteurs de l’endothéline et le sildénafil ont
amélioré la survie des patients ayant une HTAP
primitive et représentent actuellement une
alternative à la transplantation poumon-cœur qui est
contre indiquée chez les patients vivant avec le VIH
[13]. Les antirétroviraux, s’ils ne semblent pas
modifier l’évolution de l’HTAP, ont en revanche
amélioré le pronostic de l’infection VIH et sont
recommandés devant une HTAP chez un patient
VIH+ quels que soient le taux de lymphocytes T et
de la charge virale. Notre patiente était décédée,
malgré les traitements instaurés. Le décès est dans
plus de 80% lié directement à l’HTAP, avec le plus
souvent des tableaux de décompensation cardiaque
réfractaire [2,5].
CONCLUSION
L’hypertension artérielle pulmonaire, plus fréquente
chez les patients vivant avec le VIH est de pronostic
plus sévère. L’association de l’infection à VIH et
l’HTAP doit être recherchée chez un patient qui
présente une HTAP d’apparence primitive ou chez
un patient VHI + qui présente une dyspnée
inexpliquée. Le traitement des HTAP qui associe
plusieurs médicaments sans traitement spécifique ne
modifie pas le pronostic.
REFERENCES
1. Esa RA, Dell ES, Dwards WD. Human
immunodeficiency virus infection and
pulmonary hypertension : two new cases and
review of 86 reported cases. Mayo Clin
Proc 1998;73:37-45.
2. Olp R, Hernandez-I Nfante B, Ernandez-R
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3. Etureau F, Scamillar R, Erman C, Ourlanette P,
Erjaud J, Rempf M. Hypertension artérielle
pulmonaire chez le toxicomane VIH+. Rev Mal
Respir 1998;15:99-102.
4. Raymond RJ. Echocardiographic predictors of
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