ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°001/Avril 2023 - 55
L’interrogatoire avait révélé un terrain alcoolo-
tabagique et un antécédent de sinusite maxillaire
unilatérale gauche drainée en 2021. L’examen oto-
rhino-laryngologique (ORL) du patient, au fauteuil
avec un éclairage au miroir de Clar, n’avait révélé
aucune anomalie au niveau des cavités nasales ni de la
cavité buccale. La palpation rétro-vélaire au doigt, avait
retrouvé une masse bien circonscrite, ferme, saignant
au contact. Les aires ganglionnaires cervicales étaient
libres. L’examen des autres appareils était sans
particulier. Par contre, l’état général du malade était
altéré. Le Scanner cérébral réalisé avait révélé un
processus tumoral du sinus sphénoïdal, fait d’une masse
tissulaire, hétérogène responsable d’une lyse complète
de la selle turcique et des apex pétreux, avec extension
au niveau des cellules ethmoïdales postérieures, le
rachis cervical et le cavum (figures 1 et 2).
Figure 1 : Scanner cérébral en coupe axiale, fenêtre
osseuse montrant un comblement et une lyse des
cellules ethmoïdales postérieures, de la selle turcique
(tête flèche rouge).
Source : Centre national d’imagerie médicale, Bangui.
Figure 2 : Scanner cérébral en coupe sagittale, fenêtre
des parties molles confirmant un processus d’allure
tumorale développé aux dépens du sinus sphénoïdal
(tête flèche bleue) avec inflammation des parties molles
pré-vertébrales.
Source : Centre national d’imagerie médicale, Bangui.
Une biopsie de la masse fut réalisée par voie rétro-
vélaire. L’examen histologique des fragments
biopsiques utilisant les méthodes classiques avait
conclu à un adénocarcinome de type non intestinal.
Le traitement prescrit comportait une chimiothérapie
associant Doxorubicine + 5-Fluorouracile, des
antidouleurs (Tramadol) et une vitaminothérapie
(Bécozyme injectable) afin de réduire la masse
tumorale. Ce traitement n’avait pas été réalisé pour des
raisons financières, le traitement étant à la charge du
patient. Face à cela, une gastrostomie d’alimentation a
été réalisée mais, le patient est décédé au 14ème jour
d’hospitalisation.
COMMENTAIRE
L’adénocarcinome représente l’un des cancers rares du
sinus sphénoïdal. Il s’agissait du premier cas observé
dans notre pratique, depuis l’installation très récente du
scanner à Bangui. Ce cancer s’observe chez l’adulte
autour de la quarantaine quel que soit le sexe. En effet,
Souha et al ainsi que Youssef et al ont rapporté
respectivement un âge de 42 et 45 ans chez deux
patients de sexes différents [4,9]. Notre patient était un
homme de 42 ans. Selon certaines études, ces tumeurs
malignes primitives du sinus sphénoïdal représentent
1% à 2% des tumeurs des sinus de la face avec une
extension à la base du crâne [4,10,11]. Les
manifestations cliniques de ce type de tumeur maligne
ne sont pas spécifiques. La symptomatologie est
souvent unilatérale à type d’obstruction nasale, une
épistaxis, une rhinorrhée, des céphalées et une baisse de
l’acuité visuelle qui traduit le stade avancé de la
maladie. Youssef et al [9] ont décrit un tableau clinique
fait de céphalée rétro-orbitaire isolée, alors que Souha
et al [4], ont rapporté une symptomatologie unilatérale
droite faite d’une obstruction nasale, d’une diplopie et
de névralgies de l’hémiface avec à l’examen clinique,
une paralysie des Vème et VIème paires de nerfs crâniens.
Dans notre cas, la symptomatologie prédominait à
gauche. Le scanner cérébral a un intérêt particulier dans
la prise en charge des tumeurs naso-sinusiennes car il
apporte les informations sur la localisation de la tumeur
et précise l’extension au niveau cérébral. Les aspects
tomodensitométriques de l’adénocarcinome du sinus
sphénoïdal ne semblent pas spécifiques, probablement
à cause des stades évolutifs et des degrés d’agressivité
de la tumeur différents. Pour Souha et al [4], le scanner
cérébral a montré une volumineuse masse hétérogène
sphénoïdale et clivable atteignant le sinus caverneux
droit, avec une composante tissulaire périphérique au
niveau du sinus sphénoïdal. A l’inverse Youssef et al
[9], ont décrit un processus tumoral occupant le sinus
sphénoïdal avec une lyse osseuse. Dans notre cas, le
processus tumoral occupait tout le sinus sphénoïdal
avec lyse complète de la selle turcique, des apex
pétreux et une extension aux cellules ethmoïdales
postérieures gauches, le rachis cervical et le cavum
(figures 1 et 2). L’aspect tomodensitométrique décrit
chez notre patient démontre un stade avancé et
probablement une agressivité de la tumeur. Cependant,
l’examen histologique a conclu à un adénocarcinome
de type non intestinal qui est habituellement de bas
grade. Selon Mills et al [12], il n’y pas de facteurs de
risque identifiés dans la survenue des adénocarcinomes
de bas grade. Quant à Poizat et al [11], les
adénocarcinomes de bas grade occupent par ordre de
fréquence l’ethmoïde dans 30% des cas, les cavités
nasales (22%), le septum nasal (17,5%), le maxillaire
(13%) et sont d’origine indéterminée dans 17,5% des
cas. Dans notre observation, la tumeur n’a pas été
classée car il n'existe pas de classification TNM
spécifique pour les sinus sphénoïdaux [13]. Le
traitement nécessite souvent une association radio-
chirurgicale [9]. Le recours à la chimiothérapie se fait
selon les stades évolutifs ou en cas de récidive [14].
Dans notre cas, la chimiothérapie n’a pas été réalisée