ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°001/Avril 2023 - 54
CAS CLINIQUE
Adénocarcinome du sinus sphénoïdal : Considérations cliniques et apport du scanner et
de l’histologie
Sphenoid sinus adenocarcinoma: clinical considerations and contribution of CT and
histology
Frédéric Kossinda1, Germain Piamale2, Barbara Esther Ouansaba3, Guy Roger Dotte4, Jean Michel Mbaikoua5,
Francky Kouandongui Bangue Songrou6, Antoine Doui Doumgba7
1. Service d’ORL, Centre Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth Domitien de Bimbo (Centrafrique)
2. Ecole Doctorale des Sciences de la Santé Humaine et Vétérinaire (République Centrafricaine)
3. Service d’anatomie pathologique, Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique, Bangui
(Centrafrique)
4. Service d’oncologie gynécologique, Centre Hospitalier Universitaire Communautaire (Centrafrique)
5. Service d’ophtalmologie du Centre National Hospitalier Universitaire de Bangui (Centrafrique)
6. Service de Radiologie du Centre Hospitalier Univzrsitaire Maman Elisabeth Domitien de Bimbo (Centrafrique)
7. Service de Chirurgie générale du Centre Hospitalier Universitaire de l’Amitié Sino-Centrafricaine de Bangui
(Centrafrique)
Auteur correspondant : Frédéric Kossinda, Service d’ORL du CHU Maman Elisabeth Domitien de Bimbo
(Centrafrique) ; BP 2792 ; Tél (00236)72722789/75345320 ; Email : frederickossinda@yahoo.fr
Reçu le 03/11/2022 ; Accepté le 25/01/2023
RESUME
Les adénocarcinomes primitifs du sinus sphénoïdal
sont des affections rares. Leur symptomatologie
n’est pas spécifique, marquée souvent par une
obstruction nasale, une épistaxis, une rhinorrhée et
des névralgies de l’hémiface. L’examen histologique
et la tomodensitométrie permettent d’en confirmer le
diagnostic. Leur évolution peut être marquée par le
décès en l’absence d’un diagnostic et d’un traitement
précoces. Nous rapportons un cas d’adénocarcinome
à localisation sphénoïdale chez un homme de 42 ans
à Bangui, afin de décrire les aspects cliniques, et
l’intérêt du scanner et de l’histologie dans le
diagnostic de cette affection.
Mots clés : cancer primitif sphénoïde,
tomodensitométrie, Centrafrique.
ABSTRACT
Primary adenocarcinomas of the sphenoid sinus are
rare conditions. Their symptoms are not specific,
often marked by nasal obstruction, epistaxis,
rhinorrhea and hemifacial neuralgia. Histological
examination and CT scan can confirm the diagnosis.
Their progression can be marked by death in the
absence of early diagnosis and treatment. We report
a case of adenocarcinoma with sphenoidal
localization in a 42-year-old man in Bangui, in order
to describe the clinical aspects, and the interest of
histology in the diagnosis of this affection.
Key words: sphenoid primary cancer, computed
tomography, Central African Republic.
INTRODUCTION
Avec une incidence annuelle de 1/100.000, les cancers
primitifs des sinus de la face sont des affections rares
[1,2]. Les adénocarcinomes primitifs du sinus
sphénoïdal sont exceptionnels, caractérisés par leur
rareté et le risque d’extension à la base du crâne [3,4].
La classification OMS de 2005 distingue les
adénocarcinomes de type intestinal (ITAC) et les
adénocarcinomes non intestinaux de bas grade [5]. La
symptomatologie souvent banale, comprend une
obstruction nasale, une épistaxis, une rhinorrhée, une
névralgie hémifaciale et parfois des signes d’extension
loco-régionale (hypoesthésie dans le territoire de la
cinquième paire crânienne, une masse faciale, une
épiphora ou une diplopie) [6]. L’histologie et la
tomodensitométrie cérébrale sont les principaux
examens qui permettent de poser le diagnostic de ce
cancer. Le traitement associe classiquement la
radiothérapie et la chirurgie, on peut y adjoindre une
chimiothérapie surtout dans les stades avancés [7,8].
Nous rapportons l’observation clinique d’un cas
d’adénocarcinome à localisation sphénoïdale, pris en
charge à Bangui. Le but de l’étude était de décrire les
aspects cliniques et l’intérêt du scanner et de
l’histologie dans le diagnostic de cette affection.
OBSERVATION
Il s’agissait d’un homme de 42 ans, peintre de
profession, de nationalité centrafricaine, qui a consulté
dans nos services le 07 février 2022 pour des signes
d’obstruction nasale avec des troubles de la phonation,
une épistaxis, une dysphagie aux solides, une douleur
oculaire gauche et des céphalées intenses.
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L’interrogatoire avait révélé un terrain alcoolo-
tabagique et un antécédent de sinusite maxillaire
unilatérale gauche drainée en 2021. L’examen oto-
rhino-laryngologique (ORL) du patient, au fauteuil
avec un éclairage au miroir de Clar, n’avait révélé
aucune anomalie au niveau des cavités nasales ni de la
cavité buccale. La palpation rétro-vélaire au doigt, avait
retrouvé une masse bien circonscrite, ferme, saignant
au contact. Les aires ganglionnaires cervicales étaient
libres. L’examen des autres appareils était sans
particulier. Par contre, l’état général du malade était
altéré. Le Scanner cérébral réalisé avait révélé un
processus tumoral du sinus sphénoïdal, fait d’une masse
tissulaire, hétérogène responsable d’une lyse complète
de la selle turcique et des apex pétreux, avec extension
au niveau des cellules ethmoïdales postérieures, le
rachis cervical et le cavum (figures 1 et 2).
Figure 1 : Scanner cérébral en coupe axiale, fenêtre
osseuse montrant un comblement et une lyse des
cellules ethmoïdales postérieures, de la selle turcique
(tête flèche rouge).
Source : Centre national d’imagerie médicale, Bangui.
Figure 2 : Scanner cérébral en coupe sagittale, fenêtre
des parties molles confirmant un processus d’allure
tumorale développé aux dépens du sinus sphénoïdal
(tête flèche bleue) avec inflammation des parties molles
pré-vertébrales.
Source : Centre national d’imagerie médicale, Bangui.
Une biopsie de la masse fut réalisée par voie rétro-
vélaire. L’examen histologique des fragments
biopsiques utilisant les méthodes classiques avait
conclu à un adénocarcinome de type non intestinal.
Le traitement prescrit comportait une chimiothérapie
associant Doxorubicine + 5-Fluorouracile, des
antidouleurs (Tramadol) et une vitaminothérapie
(Bécozyme injectable) afin de réduire la masse
tumorale. Ce traitement n’avait pas été réalisé pour des
raisons financières, le traitement étant à la charge du
patient. Face à cela, une gastrostomie d’alimentation a
été réalisée mais, le patient est décédé au 14ème jour
d’hospitalisation.
COMMENTAIRE
L’adénocarcinome représente l’un des cancers rares du
sinus sphénoïdal. Il s’agissait du premier cas observé
dans notre pratique, depuis l’installation très récente du
scanner à Bangui. Ce cancer s’observe chez l’adulte
autour de la quarantaine quel que soit le sexe. En effet,
Souha et al ainsi que Youssef et al ont rapporté
respectivement un âge de 42 et 45 ans chez deux
patients de sexes différents [4,9]. Notre patient était un
homme de 42 ans. Selon certaines études, ces tumeurs
malignes primitives du sinus sphénoïdal représentent
1% à 2% des tumeurs des sinus de la face avec une
extension à la base du crâne [4,10,11]. Les
manifestations cliniques de ce type de tumeur maligne
ne sont pas spécifiques. La symptomatologie est
souvent unilatérale à type d’obstruction nasale, une
épistaxis, une rhinorrhée, des céphalées et une baisse de
l’acuité visuelle qui traduit le stade avancé de la
maladie. Youssef et al [9] ont décrit un tableau clinique
fait de céphalée rétro-orbitaire isolée, alors que Souha
et al [4], ont rapporté une symptomatologie unilatérale
droite faite d’une obstruction nasale, d’une diplopie et
de névralgies de l’hémiface avec à l’examen clinique,
une paralysie des Vème et VIème paires de nerfs crâniens.
Dans notre cas, la symptomatologie prédominait à
gauche. Le scanner cérébral a un intérêt particulier dans
la prise en charge des tumeurs naso-sinusiennes car il
apporte les informations sur la localisation de la tumeur
et précise l’extension au niveau cérébral. Les aspects
tomodensitométriques de l’adénocarcinome du sinus
sphénoïdal ne semblent pas spécifiques, probablement
à cause des stades évolutifs et des degrés d’agressivité
de la tumeur différents. Pour Souha et al [4], le scanner
cérébral a montré une volumineuse masse hétérogène
sphénoïdale et clivable atteignant le sinus caverneux
droit, avec une composante tissulaire périphérique au
niveau du sinus sphénoïdal. A l’inverse Youssef et al
[9], ont décrit un processus tumoral occupant le sinus
sphénoïdal avec une lyse osseuse. Dans notre cas, le
processus tumoral occupait tout le sinus sphénoïdal
avec lyse complète de la selle turcique, des apex
pétreux et une extension aux cellules ethmoïdales
postérieures gauches, le rachis cervical et le cavum
(figures 1 et 2). L’aspect tomodensitométrique décrit
chez notre patient démontre un stade avan et
probablement une agressivité de la tumeur. Cependant,
l’examen histologique a conclu à un adénocarcinome
de type non intestinal qui est habituellement de bas
grade. Selon Mills et al [12], il n’y pas de facteurs de
risque identifiés dans la survenue des adénocarcinomes
de bas grade. Quant à Poizat et al [11], les
adénocarcinomes de bas grade occupent par ordre de
fréquence l’ethmoïde dans 30% des cas, les cavités
nasales (22%), le septum nasal (17,5%), le maxillaire
(13%) et sont d’origine indéterminée dans 17,5% des
cas. Dans notre observation, la tumeur n’a pas été
classée car il n'existe pas de classification TNM
spécifique pour les sinus sphénoïdaux [13]. Le
traitement nécessite souvent une association radio-
chirurgicale [9]. Le recours à la chimiothérapie se fait
selon les stades évolutifs ou en cas de récidive [14].
Dans notre cas, la chimiothérapie n’a pas été réalisée
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pour des raisons de difficulté financière. Au plan
pronostic, bien que les adénocarcinomes de type non
intestinal soient connus pour être moins agressifs
[15,16]. L’absence d’introduction de la chimiothérapie
ne nous a pas permis d’observer une rémission.
CONCLUSION
Les adénocarcinomes du sinus sphénoïdal sont rares.
Ces tumeurs malignes primitives s’observent à tout âge
sans distinction du sexe. Ils sont d’une agressivité
moindre. Le scanner cérébral contribue au diagnostic en
précisant le siège et l’extension. Le diagnostic et le
traitement doivent être précoces afin d’éviter
l’évolution vers le décès par inanition.
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