
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°003/Décembre 2023 - 50
débit de filtration glomérulaire égal à 18 ml/minute.
Le diagnostic retenu était une communication inter-
atriale associée à une fenêtre aorto-pulmonaire
proximo-distale, une hypertension artérielle
pulmonaire (45 mmHg), une insuffisance cardiaque
globale (FE 27% TAPSE à 13) et une insuffisance
rénale sévère. Le traitement médical instauré était à
base de Furosémide à raison de 3 mg/kg/jour et
Aldactone 2 mg/kg, associées au salbutamol en
nébulisation et l’oxygénothérapie, à raison de 5 litres
par minute. Le traitement antibiotique, à base
d’ampicilline a été poursuivi. Une restriction
hydrique était instaurée. L’évolution était marquée au
5ème jour par un arrêt cardio-respiratoire. La patiente
était réanimée sans succès.
DISCUSSION
La fenêtre aorto-pulmonaire est une cardiopathie
congénitale rare à shunt gauche/droit. Elle est
retrouvée dans 0,1% à 0,6% des cas chez les patients
atteints de cardiopathie congénitale [8,9]. La
découverte a été faite tardivement, à 2 ans de vie,
après des hospitalisations récurrentes avec des prises
en charge visant, dans un premier temps, la
bronchiolite aigue surinfectée, puis l’asthme du
nourrisson. Cette erreur diagnostique s’expliquerait
par non seulement l’âge, les saisons mais surtout les
sibilants perçus à l’auscultation pulmonaire. Ces
signes fonctionnels et physiques correspondent à
ceux des bronchiolites aigues survenant en moyenne
au cours des 24 premiers mois de vie avec un pic entre
novembre et décembre [10]. Les bronchiolites
représentent 20,9% des infections respiratoires basses
qui entrainent 1,7% d’hospitalisations [6]. Les
affections respiratoires restent l'antécédent médical
d'hospitalisation le plus fréquent avec 50% des cas
[11]. En cas d’association d’une cardiopathie
congénitale et d’une bronchiolite, les enfants de 0 à
24 mois ont en moyenne 2,8 fois plus de risque
d'hospitalisation que ceux n’ayant pas de
cardiopathies congénitales [12] tel était le cas de notre
patiente qui avait d’abord sa cardiopathie sous-
jacente et la survenue de la bronchiolite a fait révéler
les signes cardiaques. Dans certaines cardiopathies
congénitales, l’hyperdébit pulmonaire provoquant
une surcharge vasculaire peut réduire grandement le
calibre des bronchioles provoquant des râles sibilants.
Ceci constitue le diagnostic différentiel d’une
bronchiolite. De manière générale, les manifestations
pulmonaires des cardiopathies à shunt gauche/droit
sont liées à la compression des voies respiratoires ou
à une atélectasie pulmonaire émanant des surcharges
de l’arbre pulmonaire. La perturbation des forces de
Starling dans le système vasculaire pulmonaire
entraîne des lésions de la membrane alvéolo-
capillaire et un œdème pulmonaire avec pour
conséquence des difficultés d’échange gazeux, des
troubles ventilatoires avec détresse respiratoire, râles
crépitants et/ou wheezing et hypoxémie [13].
L’hypertension artérielle pulmonaire et l’insuffisance
cardiaque qu’elle entraine, parachève la scène
clinique [14]. Elle entraîne des remaniements
anatomo-pathologiques progressifs et irréversibles de
la membrane alvéolo-capillaire [15]. Par ces troubles
ventilatoires, le lien avec la bronchiolite et sa prise en
charge apparaît dans la mesure où l’obstruction
bronchiolaire entraine le wheezing et/ou des sibilants
[9]. L’étude de Cherian sur 114 nourrissons atteints
de bronchiolite a retrouvé en majorité les sibilants,
suivis de wheezing [14]. La similitude sémiologique
entre la bronchiolite du nourrisson et la cardiopathie
congénitale est source d’erreur en pratique clinique,
d’où retard de diagnostic et parfois de prise en charge.
Dans notre cas, ce retard était lié au manque
d’investigation paraclinique en dépit d’une répétition
d’hospitalisations et une persistance de détresse
respiratoire. Le souffle, signe annonciateur, de la
cardiopathie peut être absent. Il faut insister sur la
nécessité de refaire les explorations cliniques au-delà
de la période néonatale afin de poser rapidement le
diagnostic et d’éviter ainsi les conséquences
dramatiques voire fatales liées aux complications
[15]. Du point de vue pronostique, les étapes
cliniques établies chez la patiente se rapportent à
l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) suivie
du syndrome d’Eisenmeiger dont le témoin serait la
désaturation (86%) notée au cours de l’évolution et
l’insuffisance cardiaque globale avec une fraction
d’éjection systolique sévèrement réduite à 27%, une
dilatation importante du ventricule droit avec TAPSE
à 13 et oligurie. Les complications rénales sont
souvent associées à la défaillance cardiaque. Ce profil
clinique est compatible aux observations de Blaysat
avec une grande proportion de décès d’enfants par
insuffisance cardiaque congestive [15]. Selon Chaw
et al. le risque de décès est majoré de 73% par la
cohabitation de bronchiolite aigue et d’hypertension
artérielle pulmonaire, cependant avec une
insuffisance cardiaque, le risque est de 37%, ce qui
explique un pronostic réservé pour ce malade.
CONCLUSION
Ce cas clinique, montre une cardiopathie congénitale
qui a induit les cliniciens en erreur en présentant le
tableau d’une bronchiolite persistante. Devant une
détresse respiratoire persistante, il faut éliminer une
cardiopathie à shunt gauche/droit, d’où l’intérêt de
réaliser une échocardiographie.
REFERENCES
1. Diop M, Camara E, Barry I, Barry M, Barry A,
Doukoure M et al. Facteurs Associés à la
Survenue des Infections Respiratoires Aigües
chez les Enfants de 0 à 5 Ans Hospitalisés à
l’Hôpital National Donka à Conakry. Health
Sciences and Disease 2020;21(3):35-8.
2. Ghazi IE, Berni I, Menouni A, Kestemont MP,
Amane M, Jaafari SE. Profil épidémiologique
des pathologies respiratoires chez les enfants
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de Meknès (Maroc). European Scientific Journal,
ESJ 2019;15(27):5-150.