ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 9, N°001/Avril 2023 - 7
l’immunohistochimie. Le choix du LNBCSP
comme site de l’étude a permis de ne prendre en
compte que les cas histologiquement confirmés. De
ce fait, notre étude ne pouvait fournir des données
exhaustives sur les CGM. Mais elle a permis
d’atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés.
En sept ans d’étude, nous avons colligé 347 cas de
CGM soit une fréquence de 39,89%. Nos résultats
sont similaires à celles de Sando et al à Yaoundé et
Hounkponou et al au Bénin [7,8] qui ont eu
respectivement 38,15% et 40,05%. Par contre
Bagnan et al [9] à Cotonou ont répertorié 210 de
CGM en 9 ans d’étude. Nous avons constaté une
nette augmentation du nombre de ces cancers
durant les 3 dernières années. Ceci pourrait
s’expliquer par l’intensification des campagnes de
sensibilisation et de dépistage des CGM [6], mais
aussi probablement au recours systématique au
diagnostic anatomopathologique. Dans notre série,
l’âge moyen des femmes était de 48,5±11 ans,
superposable à ceux de Hounkponou et al au Bénin
et Diop et al au Mali [8,10] qui avaient eu
respectivement des âges moyens à 48,15 ans et
47,31 ans. De plus, nous avons noté une
prédominance relative des CGM chez des femmes
en âge de procréer (58,21%). Ces constats montrent
que les cancers se développent souvent avant le
3ème âge en Centrafrique, comme précédemment
rapporté [6]. L’âge moyen de survenue des cancers
du sein était de 50,50 ans, proche de celui de Darré
et al à Lomé (49,7 ans) [11], mais supérieur à celui
de Sando et al à Yaoundé [7] qui avait enregistré
une moyenne d’âge de 46,08±4 ans. Il faut noter
que l’âge moyen des cas de cancers du sein observé
en 2002 dans le même service par Koffi et al était
de 46,7 ans [12]. Quant au cancer du col, l’âge
moyen de survenue dans notre série était de 54,00
ans. Par ailleurs, une étude antérieure réalisée dans
le service sur une période de 11 ans avait noté un
âge moyen largement inférieur, de l’ordre de
47,7±12 ans [13]. Ainsi, l’âge moyen de cette série
nous amène à suggérer que l’intensification des
activités de dépistage organisées dans les années
antérieures a eu un effet bénéfique, celui de reculer
l’âge de survenue des cancers invasifs du col utérin.
Dans notre série, le cancer du sein était plus
fréquent chez les multipares, comme l’a rapporté
Diop et al à Dakar [10]. Epsie et al [14], ont montré
que la maternité serait considérée comme un
facteur protecteur contre le cancer du sein. D’où
l’intérêt de réaliser des études prospectives
analytiques afin d’expliquer cette différence. Par
contre, la fréquence élevée des cancers du col
observé chez les multipares corrobore les données
de certaines études [7,12] qui avaient constaté que
la multiparité était un facteur de risque connu du
cancer du col de l’utérus.
Les localisations cancéreuses les plus fréquentes
étaient le sein (59,08%) suivi du col utérin
(22,19%). Ce résultat confirme ceux de certains
auteurs [8-10], bien que pour d’autres [7,15] le
cancer du col utérin occupe le premier rang devant
le cancer mammaire. En effet, si la prévention des
cancers du col utérin est mieux développée et
moins couteuse, il n’en est pas de même pour les
cancers du sein où les facteurs de risque sont plus
difficiles à maîtriser rendant complexe la
prévention primaire.
Dans notre étude, nous avons noté une
augmentation progressive des cas de cancers du
corps utérin en fonction de la parité, passant ainsi
de 28,57% chez les nulligestes à 39,29% chez les
femmes ayant une parité supérieure ou égale à 4. Il
s’agit là d’un résultat déroutant dans la mesure où
les cancers de l’endomètre sont considérés comme
des cancers des nullipares. Cependant, la moyenne
d’âge de ces cas de cancers était de 59 ans dans
notre série, une moyenne relativement supérieure à
celle de Hounkponou et al au Bénin (54 ans) [8]
mais nettement inférieure à celle observée par
Sancho-Garnier [16].
Dans le cas des cancers de l’ovaire, 2 principales
tranches d’âges étaient observées dans notre série :
l’une entre 25-34 ans et l’autre entre 55-64 ans. La
1ère tranche concernerait les tumeurs
embryonnaires chez les sujets jeunes alors que les
carcinomes étaient observés à un âge avancé.
Les tumeurs placentaires observées concernaient
essentiellement les femmes jeunes comme
habituellement décrite dans la littérature [17]. Les
types histologiques les plus fréquents des cancers
du sein était le carcinome infiltrant de type non
spécifique (87,8%) suivi du lobulaire (6,87%)
comme rapporté par certains auteurs [18-20].
Au niveau du col, il s’agissait essentiellement du
carcinome épidermoïde (94,8%) comme l’ont
souligné certains auteurs [21,22] alors qu’en
France, Hamers et al ont signalé la prédominance
de l’adénocarcinome [23]. Nous n’avons pas noté
de particularité histologique pour les autres
localisations notamment les cancers de
l’endomètre, du vagin, de la vulve et du placenta
[7].
CONCLUSION
Les CGM sont fréquents à Bangui et surviennent
chez des femmes relativement jeunes avec au
premier rang le cancer du sein suivi de celui du col
utérin. Les types histologiques prédominants étaient
respectivement le carcinome invasif de type non
spécifique et le carcinome épidermoïde. Pour faire
baisser considérablement le taux de ces cancers à
Bangui, un accent doit être mis sur les moyens de
lutte, basés surtout sur les activités de prévention
(sensibilisation et dépistage de masse) qui restent,
dans notre contexte, un moyen efficace de lutte.
REFERENCES
1. Dem A, Traoré B, Dieng MM, Diop PS, Ouajdi
T, Lalami MT et al. Les cancers gynécologiques
et mammaires à l’Institut du Cancer de Dakar.
Cahiers Santé 2008;18(1):25-9.