ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 49
ARTICLE ORIGINAL
Condylomes acumines : profil sérologique et prise en charge thérapeutique à Bangui,
République Centrafricaine
Acumine condylomas: serological profile and therapeutic management at Bangui,
Central African Republic
Peggy Mboli-Goumba Guéréndo1, Falmata Lénguébanga Gabouga1, Crépin Kizima2 François II Kognombi1, Léon
Kobangué1.
1. Service de dermatologie-Vénérologie du CNHU Bangui
2. Département de santé Publique de la Faculté des Sciences de la santé de l’Université de Bangui
Auteur correspondant : Dr Peggy Mboli-Goumba Guérendo ; Tél : 75505010 ;
E-mail : pguerendo@yahoo.com
Reçu le 24/02/2021 ; Accepté le 14/04/2021
RESUME
Objectifs de l’étude
Le but cette étude était de décrire le profil
sérologique et la prise en charge thérapeutique des
condylomes en milieu hospitalier de Bangui.
Patients et Méthodes
Il s’agissait d’une étude rétrospective descriptive
allant du 1er janvier 2019 au 31 Décembre 2020 sur
les cas de condylomes acuminés pris en charge dans
le service de dermatologie-vénérologie du Centre
National Hospitalier Universitaire de Bangui. Un
questionnaire avait permis de recueillir les
informations épidémiologiques, sérologiques (HIV
et Syphilis) et thérapeutiques qui étaient saisies sur
le logiciel Excel 2013 et analysées sur le logiciel Epi
info 7.
Résultats
Les cas de condylomes représentaient 2,69% des
consultations en Dermatologie. Les condylomes
acuminés étaient les formes cliniques les plus
fréquentes de localisations ano-génitales. La
sérologie lentivirose réalisée chez 19 patients
(39,58%) était positive dans 53% des cas et négative
dans 47% des cas. L’électrocoagulation était le
traitement de choix.
Conclusion : L’électrocautérisation reste le
traitement des condylomes, une maladie des jeunes
sexuellement actifs en RCA. Des efforts sont à
fournir afin de doter le pays en dermatologues et en
moyens thérapeutiques variés.
Mots clés : Condylome, traitement, évolution,
Bangui
ABSTRACT
Objectives
This study aimed to describe the serological profile
and the treatment of condyloma in a hospital
environment in Bangui.
Patients and methods
It was a descriptive retrospective study from January
1st, 2019 to December 31st, 2020 on the cases of
condyloma acuminata treated. A questionnaire made
it possible to collect epidemiological and therapeutic
information which was entered on the Excel 2013
software and analyzed using the Epi info software 7.
Results
Condyloma cases represented 2.69% of dermatology
consultations. Condyloma acuminata were the most
frequent clinical form of anogenital localization.
HIV serology performed in 19 patients (39.58%) was
positive in 53% of cases and negative in 47% of
cases. Electrocoagulation was the treatment of
choice.
Conclusion: Electrocautery remains the treatment
for condyloma, a disease of sexually active young
people in CAR. Efforts must be made to provide the
country with dermatologists and various therapeutic
means.
Keywords: Condyloma, treatment, evolution,
Bangui
INTRODUCTION
Le condylome acuminé ou verrue génitale est défini
comme étant une tumeur bénigne de l’épithélium
malpighien. Il s’agit des lésions induites par le
papilloma virus de type 6 et 11[1]. D’après l’OMS,
l’incidence mondiale des infections au
papillomavirus humain (HPV) est estimée à 660
millions de personnes infectées [2]. Les prévalences
moyennes retrouvées dans les quatre régions du
monde (tous les âges et types de HPV confondus)
sont : pour l’Afrique : 25,6%, pour l’Amérique du
Sud : 14,3%, pour l’Asie : 8% et pour l’Europe :
10,5% [3]. En RCA, parmi l’ensemble des
papillomatoses virales, les verrues étaient les plus
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fréquentes avec 34,26%, suivies des condylomes
acuminés, 28,08 % [3]. Selon Mossoro-Kpinde et al,
la co-infection HPV et VIH représentait 31,7% [4].
Le traitement peut être dical ou chirurgical et
subdivisé en deux méthodes : les méthodes
destructrice et non destructrice. La méthode
destructrice peut être physique ou chimique [5]. Le
traitement physique comporte la chirurgie
conventionnelle, l’électrocoagulation, la
cryothérapie et le laser CO2. Le traitement chimique
comprend la podophylline, le 5 fluoro uracile et
l’acide trichloracétique. La méthode non destructrice
comprend : l’interféron A et B et l’imiquimod [5,6].
Vue l’absence de données spécifiques centrées sur
les condylomes à Bangui, ce travail avait pour but de
déterminer le profil sérologique et décrire les
schémas thérapeutiques des condylomes dans le
service de dermatologie et de vénérologie de Bangui.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude rétrospective à visée
descriptive qui s’était déroulée du 1er janvier 2019
au 31 Décembre 2020 dans le service de
dermatologie-vénérologie du Centre National
Hospitalier Universitaire de Bangui sur tous les
dossiers des patients venus consulter dans le service
pendant la période d’étude. La taille de l’échantillon
dépendait du nombre des patients ayant consulté
pour condylome pendant la période de l’étude et
répondant aux critères d’inclusion. Les cas de
condylome dont les dossiers étaient exploitables
étaient inclus. Les données étaient
sociodémographiques (l’âge, sexe) paracliniques
(sérologie lentivirose, sérologie syphilitique) et
thérapeutiques. Les données étaient saisies sur
EXCEL 2010. Les résultats étaient analysés à l’aide
du logiciel Epi info 7. Les dossiers des patients
étaient traités dans la stricte confidence.
RESULTATS
Les informations recueillies au terme de l’enquête
ont concerné 1783 dossiers inclus dans notre étude.
Parmi ces dossiers, 48 cas de condylome ont été
retrouvés ; ce qui représente 2,69 % des
consultations en dermatologie dont plus de la moitié
étaient de sexe féminin avec 52,1% (sex-ratio H/ F
de 0,92). La moyenne d’âge des patients était de 33
ans avec un écart type de 18 ans. La tranche d’âge de
21 à 30 ans est la plus représentée avec 35,4% des
cas (tableau I).
Tableau I : Répartition selon l’âge
Tranche d’âge
Effectif
Fréquence en %
15-19 ans
11
23
20-29
17
35,4
30-39
15
31,2
40-49
04
8,3
≥ 50
01
2,1
Total
48
100
Sur les 48 patients (39,58%), 19 avaient réalisé leur
sérologie VIH.
Plus de la moitié des patients (53%) avait une
sérologie positive. Seuls 6 patients sur 48 (12,5%)
avaient réalisé la sérologie syphilitique qui était
positive chez 66,67% des cas.
Tableau II : Répartition selon les sérologies
réalisées (VIH et syphilis)
Syphilis
VIH
Total
Positive
Négative
Total
4
2
6
10
9
19
14
11
25
Le traitement de choix était l’électrocoagulation
(91,7%), suivi du 5 fluoro-uracile topique
(EFUDIX) (8,3%), appliqué une à deux fois par jour
jusqu’à la guérison (3 à 4 semaines habituellement)
[7]. Des cas de récidives ont été signalés chez 6,3%
de patients traités.
DISCUSSION
Nous avons réalisé une étude rétrospective portant
sur les dossiers et le registre des malades ayant été
suivis au Centre National Hospitalier Universitaire
de Bangui, dans le service de Dermatologie du 1er
janvier 2019 au 31 décembre 20120 Le but de ce
travail était de déterminer le profil sérologique et
décrire les schémas thérapeutiques des condylomes
dans le service de dermatologie et de vénérologie de
Bangui. La collecte des données était laborieuse,
plusieurs dossiers incomplets étaient exclus.
Toutefois, ce travail représente le premier du point
de vue épidémiologique et clinique dans le pays et
pourra constituer une banque de données. Les cas de
condylomes représentaient 2,69% des consultations
en dermatologie. Ce qui confirme l’étude de Chanal
[8] aux Etats Unis qui retrouvait un résultat presque
similaire (2%). Dans notre étude la prédominance
était féminine avec un sex-ratio égal à 0,92. Ceci va
dans le même sens que Kourouma [9] qui avait
retrouvé 51,3% en faveur des femmes en Côte
d’Ivoire. Plus de la moitié des sujets avaient moins
de 30 ans. Ces tranches d’âge représentent les
patients sexuellement actifs ; les condylomes
apparaissent donc comme une affection du sujet
jeune. Ghedamsi et al. [10] dans son étude en
Tunisie a fait le même constat. Dans notre étude, sur
les 39,58% de patients qui ont réalisé la sérologie
VIH, 53% avaient une sérologie positive. Cette
positivité est nettement supérieure à celle retrouvée
par MossoroKpindé et al. [4] en 2012 qui était de
31,7%. Ce travail concernait toutes les
papillomatoses et non spécifiquement les
condylomes. La sérologie syphilitique réalisée chez
12,5% des patients était positive dans deux tiers des
cas. Ces résultats confirment l’étude de Kourouma et
al. [9] qui avaient retrouvé respectivement 65% et
30%. L’électrocoagulation était le traitement de
choix avec 91,7%. Ceci rejoint l’étude de Higuero
[11] en France qui a retrouvé 93%. En effet, ce
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traitement traumatisant semble le plus disponible et
le moins cher dans les pays les moins avancés. Notre
étude a objectivé 6,3% des cas de récidive, une
valeur différente de celle de l’étude de Kourouma et
al. [9] qui a plutôt retrouvée 10%. Cela
s’expliquerait-il par la bonne maîtrise de la pratique
de l’électrocoagulation de la part du spécialiste.
CONCLUSION
Les condylomes sont des infections fréquentes du
jeune avec une prédominance féminine. La présence
de cette maladie doit faire rechercher les autres
infections sexuellement transmissibles, car ils sont
fréquemment associés à l’infection à VIH et à la
syphilis. Le traitement de choix,
l’électrocoagulation, permet de minimiser les
risques de récidives régulièrement observés dans
cette maladie. La formation des dermatologues et
l’acquisition des moyens thérapeutiques permettront
une meilleure prise en charge et une meilleure lutte
contre les cancers du col.
REFERENCES
1. Querreux C. Condylome. 2ème Edition, Paris,
Masson; 2016:100p.
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virolologiques. 1ère édition, Paris, Masson;
2007:45p.
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épidémiologiques et cliniques au service de
Dermatologie et Vénérologie de Bangui, République
Centrafricaine. Rév Cames Santé 2013;25:1-4.
4. Mossoro-Kpinde CD, Kobangué L, Mossoro-
Kpinde HD, Dibéré G, Koffi B, Sépou A et al.
Prévalence de la co-infection au papillomavirus
humain et au VIH au Centre National Hospitalier
Universitaire de Bangui, Centrafrique. Med Afr
Noire. 2012;59(01):23-27.
5. Orth G. Human papillomavirus. 2ème édition.
London, Encyclopedia of virology; 2003:105p.
6. Gentilini M, Duflo B, Danis M, Lagardère B.
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1986:350p.
7. Berrebi A, Ayoubi J, Cohen M, Reme JM.
Infection cervicale à HPV et dysplasie chez la
femme porteuse du VIH. Med Afr Noire 1997;13:
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8. Chanal J. Place des Infections à HPV en
dermatologie. Médecine du Québec 2015(6):1-7.
9. Kourouma HS, Kouassi E, Yao A, Diabaté A,
Elidie J, Kaloga M et al. Etudes et épidémio-
cliniques des condylomes vénériens dans un service
de Dermatologie et vénérologie (CHU de
Treichville). Rév Cames Santé 2018;11:1-42.
10. Ghedamsi S, Mokhtar I, Tekaya B, Kharfi M,
Zghal M, Kamounu M et al. Profil épidémio-clinique
des condylomes dans un service de Dermatologie. A
propos de 232 cas. Tunis Med 2000;12(78);723-6.
11. Higuero T. Prise en charge pratique des
condylomes. Rev POST’U 2015;9:1-10.
Conflit d’intérêt : aucun