ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 43
ARTICLE ORIGINAL
Connaissance et pratique de la consommation de l’alcool chez la femme enceinte à
Brazzaville
Knowledge and practice of alcohol consumption by pregnant women in Brazzaville
Gickelle Bintsene-Mpika1, Gabriel Jean Danick Oddet-Oba1, Antemy Aristia Ramelle Ollita Kentoula1, Lourdes
Hermande Kifouani Ngounga1, Ange Antoine Abena2
1. Service de Gynécologie Obstétrique- Centre hospitalier Universitaire de Brazzaville (Congo),
2. Faculté des Sciences de la Santé- Université Marien Ngouabi (Congo)
Auteur correspondant : BINTSENE MPIKA Gickelle,
Email: bmgickelle@yahoo.fr
Reçu le 19/02/2021 ; Accepté le 14/04/2021
RESUME
Introduction : la consommation de l’alcool chez la
femme enceinte constitue un problème de santé publique.
Au Congo sa prévalence était de 23,3% en 2013. Cette
étude travail avait pour objectif d’analyser la
consommation de l’alcool chez la femme enceinte à
Brazzaville.
Population et méthode : Etude analytique qui s’est
déroulée du 1er Mai au 31 Juillet 2019 à Brazzaville dans
les formations sanitaires offrant un ensemble d’activités
appelées « Paquet minimum d’activités" à savoir les
centres de santé: Bissita, confessionnel Sœur Martin,
Plateau des 15 ans, Jane Viale, Marien Ngouabi et
Kibouendé. L’étude portait sur les femmes enceintes
reçues en consultation de suivi de grossesse, réparties en
deux groupes : les consommatrices d’alcool et les non
consommatrices d’alcool. L
analyse statistique
s’e
st faite
à l’aide du logiciel Epi-info 7.2.
Résultats : Nous avons recensé 309 gestantes. Le taux
de prévalence de la consommation d’alcool chez les
femmes enceintes était de 50,02%. Les tranches dâges
comprises entre 20 - 24 ans, 25 - 29 ans étaient les plus
représentées. Les consommatrices avaient souvent un
niveau d’instruction secondaire (78,2%), exerçaient une
activité informelle (43,5%), étaient congolaises (87%),
vivaient en concubinage (95,2%), avec un niveau
socioéconomique bas (79,4%). Elles étaient multigestes
(45,2%) et paucipares (34,1%). Le niveau de
connaissance sur la consommation de l’alcool au cours
de la grossesse était mauvais (67%). Trois facteurs ont
été associés à cette consommation à savoir : être de
nationalité congolaise, exercer une activité dans le
secteur privé et avoir une consommation antérieure à la
grossesse.
Conclusion: La consommation de l’alcool chez la
femme enceinte constitue un problème de sanpublique
à travers le monde. Son taux de prévalence à Brazzaville
est largement croissant. L’Etat congolais doit élaborer
des stratégies pour lutter contre ce problème.
Mots clés : alcool - grossesse - Brazzaville
ABSTRACT
Introduction: The consumption of alcohol by pregnant
women is a public health problem. In Congo, its
prevalence was 23.3% in 2013. The objective of this
study was to analyze the consumption of alcohol among
pregnant women in Brazzaville.
Population and method: Analytical study which took
place from May 1st to July 31st, 2019 in Brazzaville in
health facilities offering a set of activities called
"Minimum package of activities" namely health centers:
Bissita, denominational Sister Martin , Plateau des 15
ans, Jane Viale, Marien Ngouabi and Kibouendé The
study focused on pregnant women received for
pregnancy follow-up consultations, divided into two
groups: alcohol users and non-alcohol users. statistical
analysis was carried out using the Epi-info 7.2 software.
Results: We identified 309 pregnant women. The
prevalence rate of alcohol use among pregnant women
was 50.02%. The age groups between 20 - 24 years old,
25 - 29 years old were the most represented. The
consumers often had a secondary education level
(78.2%), exercised an informal activity (43.5%), were
Congolese (87%), lived in cohabitation (95.2%), with a
low socioeconomic level. (79.4%). They had multiple
pregnancies (45.2%) and few children (34.1%). The level
of knowledge about alcohol consumption during
pregnancy was poor (67%). Three factors were
associated with this consumption, namely: being of
Congolese nationality, exercising an activity in the
private sector and having a consumption prior to
pregnancy.
Conclusion: The consumption of alcohol by pregnant
women is a public health problem around the world. Its
prevalence rate in Brazzaville is greatly increasing. The
Congolese state must develop strategies to combat this
problem.
Keywords: alcohol - pregnancy - Brazzaville
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Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 44
INTRODUCTION
La consommation d’alcool est un problème majeur
de santé publique [1]. Au cours de la grossesse elle
peut être responsable de lésions cérébrales
permanentes pouvant entrainer une vaste gamme de
déficits cognitifs, d’anomalies motrices et de troubles
du comportement chez l’enfant à naitre [2].
Actuellement, aucune donnée scientifique ne nous
permet de fixer un seuil de sécurité, au-dessous
duquel la consommation d’alcool serait sans risque
pendant la grossesse [3,4], d’où il est recommandé de
s’en abstenir au cours de cette période [5]. En
République du Congo, une étude réalisée en 2011
visant à évaluer un outil de dépistage de
l’alcoolisation prénatale, a rapporté un taux de 23,3%
de consommation d’alcool chez les femmes
enceintes à Brazzaville [6]. A ce jour, aucune donnée
supplémentaire n’a été établie sur la consommation de
l’alcool chez la femme enceinte. Nous avons
entrepris ce travail avec pour objectif de décrire le
profil socio démographique des gestantes
consommatrices d’alcool et analyser les
connaissances et la pratique sur la consommation de
l’alcool au cours de la grossesse.
POPULATION ET METHODE
Il s’est agi d’une étude transversale multicentrique
allant du 01er mai au 31 juillet 2019. Elle a été menée
à Brazzaville, dans les formations sanitaires offrant
un ensemble d’activités appelées « Paquet minimum
d’activités" à savoir les centres de santé: Bissita,
confessionnel Sœur Martin, Plateau des 15 ans, Jane
Viale, Marien Ngouabi et Kibouendé. La population
d’étude constituée de femmes enceintes venues en
consultation de suivi de grossesse, était repartie en
deux groupes : les consommatrices d’alcool et les
non consommatrices d’alcool. Nous avons étudié les
variables socio démographiques et reproductives,
celles liées à la grossesse et celles liées à la
connaissance et la pratique de la consommation
d’alcool pendant la grossesse. Les données ont été
recueillies, après un entretien, sur la base d’une fiche
d’enquête préétablie, comprenant les variables
étudiées. Chaque entrevue durait 20 à 25 minutes. Le
niveau de connaissance des femmes enceintes était
apprécié en fonction d’un score établi de 1 à 5 et a
permis de classer les connaissances en trois
modalités: bonne, lorsque les connaissances étaient
exactes, assez bonne pour un niveau de connaissance
moyen et mauvaise lorsque les connaissances étaient
erronées. L’analyse statistique a été effectuée à l'aide
du logiciel statistique Epi-Info 7.2 et SPSS 23. La
connaissance sur la consommation d’alcool pendant
la grossesse a été croisée avec les variables
sociodémographiques et reproductives, ainsi que les
connaissances sur l’alcool et la consommation
antérieure à la grossesse. Le test de Khi-deux de
Pearson a été utilisé pour réaliser ces analyses.
Toutes les variables dont la p-value était inférieure
ou égale à 20% étaient inclues dans un modèle de
régression logistique pour l’identification des
facteurs associés à la consommation d’alcool
pendant la grossesse. Le seuil de significativité de
toutes ces analyses a été fixé à 5%.
RESULTATS
Nous avons mené l’enquête auprès de 309 femmes
enceintes, parmi lesquelles 170 consommatrices
d’alcool et 139 non-consommatrices d’alcool. La
prévalence de la consommation d’alcool chez la
femme enceinte à Brazzaville était de 55%. L’âge
médian dans la population étudiée était de
27,07±6,45 ans avec les extrêmes de 15 à 42 ans. Les
femmes enquêtées avaient un niveau d’instruction
secondaire [n=113(78,2%) vs n=104 (74,8%);
p=0,915], vivaient en couple [n=162(95,3%) vs
n=127(91,4%) ; p=0,085], étaient congolaises
[n=148(87,1%) vs n=131(94,2%) ; p=0,009],
chrétiennes [n= 169(99,4%) vs n=136(97,8%);
p=0,33] et avaient un bas niveau socioéconomique
[n=135 (79,4%) vs n=109(78,4%); p=0,689].
Concernant les caractéristiques reproductives, elles
étaient multigestes [n=77(45,3%) vs n=33(23,7%);
p=0,246] et nullipares [n=55(32,4%) vs n=50(36%);
p=0,512]. Toutes les femmes enquêtées étaient
suivies par des sages-femmes. La connaissance sur la
consommation de l’alcool pendant la grossesse, la
dose seuil et la période de consommation sans risque
sont représentées dans le tableau I.
Les femmes enquêtées affirmaient que la
consommation d’alcool au cours de la grossesse
étaient responsables d’anomalies physiques du
nouveau- (n=176 ; 56,9%), de petit poids de
naissance (n=50;16,1%) et la source d’information
sur les risques associés à la consommation de l’alcool
au cours de la grossesse étaient les croyances
personnelles (n=57; 51,5%) et l’entourage (n=32 ;
33,3%). Le niveau de connaissance sur la
consommation de l’alcool au cours de la grossesse
est représenté par le tableau II.
Le type d’alcool consom était la bière (n=155;
91,1%) à une quantité de un à deux verres standards
(n=122; 71,8%) par semaine (n=50 ; 29,4%). Les
facteurs liés à la consommation de l’alcool sont
présentés dans le tableau III.
DISCUSSION
La prévalence de la consommation d’alcool chez la
femme enceinte dans notre étude était plus élevée
que celles enregistrées par certains auteurs [7,8] mais
similaires à ceux rapportés par d’autres [8]. Ce taux
assez élevé dans notre série, reflète le niveau de
consommation habituellement rencontré chez les
femmes (53,9%) dans une enquête générale réalisée
à Brazzaville en 2014 [6]. Ceci montre que les
femmes enceintes ne prennent aucune disposition
particulière par rapport à la consommation de
l’alcool pendant la grossesse. Aussi, la pullulation
des débits de boissons, la forte promotion que
connait les boissons alcoolisées, rendent facile
l’accessibilité à ces produits.
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Variables socio démographiques et suivi de
grossesse
La consommation d’alcool était plus pratiquée dans
les tranches d’âge de 20-24 ans, 25-29 ans comme
l’ont rapporté certains auteurs [7,8]. A l’inverse dans
les pays industrialisés, les femmes étaient plus âgées,
du fait que dans ces régions, l’évolution
démographique tend vers des grossesses tardives [9].
Les femmes enceintes de niveau d’instruction
secondaire étaient les plus représentées telles que
dans l’étude d’Adusi et al [8] avec une fréquence de
45,7%. A l’inverse, d’autres auteurs [9] retrouvent
une prédominance des femmes enceintes ayant un
niveau d’instruction supérieur. D’après le MICS5
2014-2015 et le taux d’alphabétisation en
République du Congo, la proportion d’adolescentes
capables de lire une phrase courte et simple sur la vie
quotidienne ou qui sont allées à l’école secondaire ou
plus est de plus de 80% [10].
L’activité dans la fonction publique, les secteurs
privé et informel étaient les plus représentées comme
rapporté par Skagestrom et al, et Adusi et al [8,11] ;
cela pourrait s’expliquer par le fait que les femmes
enceintes exerçant une activité auraient plus de
ressources financières justifiant la capacité de
s’acheter des boissons alcoolisées. De même, le coût
peu onéreux de ces boissons en rapport avec les
promotions régulières de vente, justifie
l’accessibilité.
Les congolaises étaient les plus représentées du fait
que l’étude s’est déroulée à Brazzaville, et que les
lieux d’étude sont majoritairement fréquentés par
elles. Concordant avec ce résultat, une étude menée
en France [12] auprès des femmes accouchées en
post- partum observe une consommation d’alcool
plus fréquente parmi les femmes nées en France que
parmi les migrantes.
La majorité des femmes enceintes consommatrices
vivaient avec leur conjoint, car la gestité est une
période délicate d’attention pendant laquelle les
hommes doivent assumer leurs responsabilités. A
l’opposé Assanangkornchai et al [13] en Thaïlande,
dans une population incluant les femmes enceintes
consommatrices d’alcool ou non, trouve une
prédominance de femmes enceintes vivant avec les
parents et amis. Cette différence s’explique par le fait
qu’en Thaïlande, les femmes sont monolithiques,
sans dépendance particulière vis-à-vis de l’homme
[14].
Le suivi de la grossesse était assuré par les sages-
femmes. La consultation est un moment
d’information sur les pratiques de consommation
d’alcool des femmes enceintes, nos résultats
remettent donc en cause la qualité du message
divulgué par les sages-femmes sur la consommation
de l’alcool au cours de la grossesse.
Tableau I : répartition des femmes enceintes en fonction des connaissances sur la consommation de l’alcool
pendant la grossesse, la dose seuil et la période de consommation sans risque
Consommatrices
Non
consommatrices
Population
totale
p-value
N = 170 (55,0%)
N = 139
(45,0%)
N(%)
< 0,001
Abstention
49(28,8)
82(59)
131(42,4)
Consommation
121(71,2)
57(41)
178(57,6)
Dose seuil sans risque
< 0,001
Aucune
16(9,4)
36(25,9)
52(16,8)
1 ou 2 verre dans le mois
33(19,4)
22(15,4)
55(17,8)
1 ou 2 verre dans la semaine
73(42,9)
27(19,4)
100(32,4)
1 ou 2 verre tous les jours
4(2,4)
4(2,9)
8(2,6)
Autres*
2(1,2)
-
2(0,7)
Je ne sais pas
43(25,3)
50(36)
93(30,1)
Période de consommation sans risque
< 0,001
Aucune
16(9,4)
42(30,2)
58(18,8)
Pendant toute la grossesse
20(11,8)
7(5)
27 (8,7)
1er trimestre
33(19,4)
15(10,8)
48(15,5)
2e trimestre
25(14,7)
14(10,1)
39(12,6)
3ème trimestre
14(8,2)
10(7,2)
24(7,8)
Je ne sais pas
62(36,5)
51(36,7)
113(36,6)
*Autres : autres quantités que celles mentionnées dans le tableau
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Tableau II : répartition des femmes enceintes en fonction du niveau de connaissance sur la consommation de
l’alcool pendant la grossesse
Niveau de connaissance
Consommatrices
Non consommatrices
Population totale
p-value
N=170
%
N=139
%
N=309
%
< 0,001
Mauvais
136
80
71
51,1
207
67
Assez-bon
33
19,4
57
41
90
29,1
Bon
1
0,6
11
7,9
12
3,9
Tableau III : facteurs associés à la pratique de la consommation d’alcool chez les femmes enceintes à Brazzaville
Variables
Consommation d'alcool
OR (IC95%)
p-value
Oui
Non
Age
15 à 19
17
22
0,999
20 à 24
47
37
0,999
25 à 29
41
33
0,999
30 à 34
38
27
0,999
35 à 39
20
20
0,999
40 à 44
7
-
Réf
Profession
Fonctionnaire
6
2
0,52 (0,04-6,10)
0,601
Employée secteur privée
12
10
0,14 (0,03-0,76)
0,022**
Elève/étudiante
28
38
0,76 (0,27-1,84)
0,54
Activités informelles
74
55
0,78 (0,26-2,35)
0,666
Ménagère
50
34
Réf
Nationalité
Congolaise
148
131
15,03 (2,86-78,89)
0,001**
Etrangère
22
8
Réf
Gestité
Primigeste
36
40
2,04 (0,61-6,84)
0,246
Paucigeste
57
66
2,31 (1,09-7,13)
0,032**
Multigeste
77
33
Réf
Niveau de connaissance
Faible
136
71
3,84 (1,79-8,27)
0,001**
Moyen
33
57
22,23 (0,94-521,38)
0,054
Elevé
1
11
Réf
Consommation avant la grossesse
Oui
163
43
90,21 (27,05-300,86)
0,000**
Non
7
96
Réf
Consommation du partenaire
Oui
145
89
0,64 (0,25-1,65)
0,36
Non
25
50
Réf
Connaissances sur la consommation de l’alcool au
cours de la grossesse
Plus de la moitié de la population enquêtée a affirmé
qu’on pouvait consommer de l’alcool pendant la
grossesse. Dans une étude en Côte d’Ivoire [15]
86,9% de gestantes n’ont aucune information
relative à la consommation d’alcool pendant la
grossesse et seulement 13,1% de femmes enceintes
affirment s’abstenir de toute consommation. A
l’opposé, selon Ordinoha et al [9] 80,5% de
gestantes affirment ne pas consommer d’alcool afin
de ne pas nuire à leur bébé. De même, selon Maalouf
et al [16], 37% de gestantes interrogées continuent à
croire qu’il existe un seuil de consommation d’alcool
acceptable pendant la grossesse. Ces différences
s’expliquent par un manque de sensibilisation au
sein des services de santé sur la consommation
d’alcool au cours de la grossesse. Smail et al [17]
rapportent que 68% de gestantes pensent que les
risques liés à la consommation de l’alcool sont
identiques pendant toute la grossesse, contrairement
à notre étude où nous avons une faible proportion.
De même, selon Maalouf et al 31% de gestantes
croient que la bière et le vin sont des alcools « peu
forts » et donc autorisées durant la grossesse [16]. Il
est si important de souligner le rôle primordial des
professionnels de santé quant à la diffusion des
recommandations d’abstinence totale à l’alcool
durant la grossesse et durant toute la période péri
conceptionnelle, et de procurer a toutes femmes
enceintes l’information adéquate [17].
Facteurs associes à la consommation de l’alcool
chez la femme enceinte
Certains facteurs ont été identifiés comme étant
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Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 47
associé à la consommation de l’alcool, à savoir :
l’activité exercée dans le secteur privé, la nationalité,
la paucigestité, le mauvais niveau de connaissance et
la consommation avant la grossesse. Selon
Leonardson et al, les femmes mariées sans
profession sont moins susceptibles de consommer
l’alcool pendant la grossesse, car ces deux facteurs
sont révélateurs d’un environnement familial stable
avec un soutien socio-économique adéquat, et que ce
dernier est un déterminant important dans la
réduction ou l’arrêt de la consommation d’alcool
chez les femmes [18]. À l’opposé, Saurel-cubizolles
et al [12] rapportent que l’emploi protège les femmes
enceintes de la consommation d’alcool. Dans notre
série, exercer dans le secteur privé protégeait les
enquêtées de la consommation d’alcool pendant la
grossesse. Cela pourrait résulter du fait que dans le
secteur privé, pour la sécurité des employés, des
règles de conduites, en l’occurrence l’interdiction de
consommer de l’alcool, sont mises en place et
observées avec rigueur. La nationalité congolaise a
multiplié par 14 le risque de consommer l’alcool
chez les femmes enceintes dans notre série.
Concordant avec nos résultats, une étude menée en
France [12] rapporte une consommation d’alcool
plus fréquente parmi les femmes nées en France que
parmi les migrantes, ceci en rapport avec un fort
ancrage culturel de l’alcool, et particulièrement du
vin dans la population française [12, 19]. Dans notre
contexte, il est reconnu que le Congo est l’un
des grands pays consommateurs d’alcool en
Afrique centrale [20,21]. Avoir plus de grossesse
augmente le risque de consommation d’alcool
pendant les grossesses ultérieures [22]. Notre étude
rejoint cette observation. En effet, les conduites des
femmes enceintes à l’égard de la consommation
d’alcool pendant leur grossesse sont souvent
influencées par leurs expériences sur leurs
grossesses antérieures et celles de leur entourage.
Elles peuvent se rappeler d’une consommation
d’alcool lors de leurs grossesses antérieures ou de
celles de leur entourage et avoir l’impression qu’il
n’y avait pas d’effets négatifs sur la santé de l’enfant
[22]. La familiarisation avec la situation de grossesse
peut conduire à minimiser le risque de
consommation d’alcool lors des grossesses
ultérieures. Peu d’études ont explola connaissance
des femmes enceintes sur la consommation de
l’alcool pendant la grossesse et son influence sur
cette pratique. Certains auteurs rapportent que les
femmes qui savent que l’alcool est nocif pour le
fœtus sont moins susceptibles de consommer de
l’alcool pendant la grossesse [23]. Leonardson et al,
quant à eux, trouvent que les femmes enceintes qui
indiquent une consommation journalière acceptable
sont à risque de consommer pendant la grossesse
[18]. Dans notre série, le mauvais niveau de
connaissance sur la consommation de l’alcool
pendant la grossesse était significativement associé à
la pratique de consommation d’alcool chez les
femmes enceintes à Brazzaville. En effet, il a été
prouvé qu’il existe une relation inverse entre la
perception du risque de l’utilisation d’une substance,
et plus particulièrement d’une substance nocive
(cannabis, alcool et tabac), et le niveau de
consommation de cette substance ou drogue dans un
groupe social [24]. Comme retrouvée dans la
littérature [22,23], la consommation antérieure à la
grossesse a fortement influencé la consommation
pendant la grossesse dans notre étude. Cela peut
s’expliquer par le fait que les brazzavilloises,
habituellement consommatrices d’alcool auraient
développé une dépendance vis-à-vis de cette
substance. La consommation d’alcool pose un
problème majeur de santé publique. Son taux de
prévalence chez la femme enceinte à Brazzaville est
largement croissant.
CONCLUSION
Les femmes enceintes consommatrices d’alcool sont
jeunes, de niveau secondaire, congolaises, de niveau
socio-économique bas, vivant en concubinage avec
leurs conjoints, multigestes et paucipares. Elles ont
un mauvais niveau de connaissance sur la
consommation de l’alcool pendant la grossesse et
des pratiques de consommation antérieure à la
grossesse qui se perpétuent au cours d’elles. La bière
était l’alcool le plus consommé, de façon
occasionnelle et l’envie était la raison de cette
consommation. La consommation de l’alcool était
influencée par la nationalité congolaise, l’exerce une
dans le secteur privé, la paucigestité, le mauvais
niveau de connaissance sur la consommation de
l’alcool pendant la grossesse et la consommation
antérieure à la grossesse.
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Conflit d’intérêt : aucun