ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 47
associé à la consommation de l’alcool, à savoir :
l’activité exercée dans le secteur privé, la nationalité,
la paucigestité, le mauvais niveau de connaissance et
la consommation avant la grossesse. Selon
Leonardson et al, les femmes mariées sans
profession sont moins susceptibles de consommer
l’alcool pendant la grossesse, car ces deux facteurs
sont révélateurs d’un environnement familial stable
avec un soutien socio-économique adéquat, et que ce
dernier est un déterminant important dans la
réduction ou l’arrêt de la consommation d’alcool
chez les femmes [18]. À l’opposé, Saurel-cubizolles
et al [12] rapportent que l’emploi protège les femmes
enceintes de la consommation d’alcool. Dans notre
série, exercer dans le secteur privé protégeait les
enquêtées de la consommation d’alcool pendant la
grossesse. Cela pourrait résulter du fait que dans le
secteur privé, pour la sécurité des employés, des
règles de conduites, en l’occurrence l’interdiction de
consommer de l’alcool, sont mises en place et
observées avec rigueur. La nationalité congolaise a
multiplié par 14 le risque de consommer l’alcool
chez les femmes enceintes dans notre série.
Concordant avec nos résultats, une étude menée en
France [12] rapporte une consommation d’alcool
plus fréquente parmi les femmes nées en France que
parmi les migrantes, ceci en rapport avec un fort
ancrage culturel de l’alcool, et particulièrement du
vin dans la population française [12, 19]. Dans notre
contexte, il est reconnu que le Congo est l’un
des grands pays consommateurs d’alcool en
Afrique centrale [20,21]. Avoir plus de grossesse
augmente le risque de consommation d’alcool
pendant les grossesses ultérieures [22]. Notre étude
rejoint cette observation. En effet, les conduites des
femmes enceintes à l’égard de la consommation
d’alcool pendant leur grossesse sont souvent
influencées par leurs expériences sur leurs
grossesses antérieures et celles de leur entourage.
Elles peuvent se rappeler d’une consommation
d’alcool lors de leurs grossesses antérieures ou de
celles de leur entourage et avoir l’impression qu’il
n’y avait pas d’effets négatifs sur la santé de l’enfant
[22]. La familiarisation avec la situation de grossesse
peut conduire à minimiser le risque de
consommation d’alcool lors des grossesses
ultérieures. Peu d’études ont exploré la connaissance
des femmes enceintes sur la consommation de
l’alcool pendant la grossesse et son influence sur
cette pratique. Certains auteurs rapportent que les
femmes qui savent que l’alcool est nocif pour le
fœtus sont moins susceptibles de consommer de
l’alcool pendant la grossesse [23]. Leonardson et al,
quant à eux, trouvent que les femmes enceintes qui
indiquent une consommation journalière acceptable
sont à risque de consommer pendant la grossesse
[18]. Dans notre série, le mauvais niveau de
connaissance sur la consommation de l’alcool
pendant la grossesse était significativement associé à
la pratique de consommation d’alcool chez les
femmes enceintes à Brazzaville. En effet, il a été
prouvé qu’il existe une relation inverse entre la
perception du risque de l’utilisation d’une substance,
et plus particulièrement d’une substance nocive
(cannabis, alcool et tabac), et le niveau de
consommation de cette substance ou drogue dans un
groupe social [24]. Comme retrouvée dans la
littérature [22,23], la consommation antérieure à la
grossesse a fortement influencé la consommation
pendant la grossesse dans notre étude. Cela peut
s’expliquer par le fait que les brazzavilloises,
habituellement consommatrices d’alcool auraient
développé une dépendance vis-à-vis de cette
substance. La consommation d’alcool pose un
problème majeur de santé publique. Son taux de
prévalence chez la femme enceinte à Brazzaville est
largement croissant.
CONCLUSION
Les femmes enceintes consommatrices d’alcool sont
jeunes, de niveau secondaire, congolaises, de niveau
socio-économique bas, vivant en concubinage avec
leurs conjoints, multigestes et paucipares. Elles ont
un mauvais niveau de connaissance sur la
consommation de l’alcool pendant la grossesse et
des pratiques de consommation antérieure à la
grossesse qui se perpétuent au cours d’elles. La bière
était l’alcool le plus consommé, de façon
occasionnelle et l’envie était la raison de cette
consommation. La consommation de l’alcool était
influencée par la nationalité congolaise, l’exerce une
dans le secteur privé, la paucigestité, le mauvais
niveau de connaissance sur la consommation de
l’alcool pendant la grossesse et la consommation
antérieure à la grossesse.
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