ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 37
ARTICLE ORIGINAL
Cytodiagnostic au Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique,
Bangui (République Centrafricaine)
Cytodiagnosis at the National Laboratory of Clinical Biology and Public Health, Bangui
(Central African Republic)
Barbara Esther Ouansaba1, Eva Elémence Tapandé Epouse Maka1, Foxy Vivia Nalimo Epouse Mbalanga1, Yannick
Henri Danzi1, Merline Dango Belkpi1, Virginie Angèle Pengossou Epouse Gbatoumba1, Clotaire Rafaï2, Boniface
Koffi1
1. Service d’Anatomie pathologique
2. Direction du Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique
Auteur correspondant : Ouansaba Barbara Esther, service d’Anatomie pathologique au Laboratoire national de
biologie clinique et de santé publique, Bangui, BP1426, République Centrafricaine. Tél : 00236 75031992
Email : ouansababarbaraesther@yahoo.com
Reçu le 23/01/2021 ; Accepté le 10/03/2021
RESUME
Objectif : Rapporter la pratique du cytodiagnostic
dans le service d’anatomo-cytopathologie de la
République Centrafricaine, situé à Bangui.
Matériels et méthodes : Cette étude rétrospective
descriptive de 12 ans incluait tous les prélèvements
cytologiques ayant abouti à un compte rendu.
L’exploitation des bulletins d’examen, des registres,
des résultats d’analyse ont permis de recueillir les
renseignements sur l’origine de la demande,
l’identité du malade, la qualité de la prescription, le
type de prélèvement, le diagnostic retenu et le délai
de rendu des résultats. Les données recueillies sur
des fiches ont été analysées sur logiciel Epi-info7.
Résultats : Sur 16.096 prélèvements, nous avons
colligé 11412 prélèvements cytologiques (70,92%),
soit 951 prélèvements cytologiques par an. Les
prescripteurs étaient des médecins spécialistes
(64,78%), des médecins généralistes (20,59%), des
étudiants en médecine (4,44%) et des paramédicaux
(3,95%). Les patients provenaient des services de
gynécologie (50,94%), de médecine (18,55%), de
pédiatrie (11,32%) de chirurgie (6,42%), d’anatomie
pathologique (4,49%) et autres formations sanitaires
(8,77%). Les données absentes des bulletins étaient
les renseignements cliniques (49,08%), le service
demandeur (46,91%), la profession du patient
(16,89%), la résidence du patient (16,72%) et le nom
du prescripteur (6,25%). Les patients étaient souvent
de sexe féminin 93,61%, âgés en moyenne de
36±12ans. Les prélèvements provenaient
majoritairement de Bangui (92,70%). Les sites de
prélèvement étaient le col utérin (80,42%), les
ganglions lymphatiques (9,66%), le sein (4,71%).
Les prélèvements étaient réalisés principalement par
desquamation (80,52%), cytoponction (18,79%). Le
dépistage était le principal but de l’examen
(79,28%). Les prélèvements étaient ininterprétables
dans 3,53 % des cas. Les lésions étaient retrouvées
dans 83,4% des cas. Le délai moyen de rendu des
résultats était de 24,5 ±15 jours.
Conclusion : Le cytodiagnostic est la première
activité du service d’anatomie pathologique. Il est
orienté vers le dépistage et concerne surtout les
pathologies de la femme.
Mots clés : Cytodiagnostic, Dépistage, Anatomie
pathologique, Bangui
ABSTRACT
Objective: To report on the practice of cytodiagnosis
in the anatomocytopathology department of Central
African Republic, located in Bangui.
Materials and methods: This descriptive
retrospective study reports the results of 12 years of
activity included all reports of cytological
samples. The use of examination reports, registers,
analysis results made it possible to gather
information on the origin of the request, the identity
of patient, the quality of the prescription, the type of
sample, the diagnosis retained and the deadline for
rendering the results. Data collected on the cards
were analyzed using Epi-info software 7.
Results: Out of 16,096 samples, we collected 11,412
cytological samples (70.92%), ie 951 cytological
samples per year. Prescribers were specialists
(64.78%), general practitioners (20.59%), medical
students (4.44%) and paramedics (3.95%). The
patients came from the departments of gynecology
(50.94%), medicine (18.55%), pediatrics (11.32%),
surgery (6.42%), pathological anatomy (4.49%) and
other health facilities (8.77%). Data missing from
the bulletins were clinical informations (49.08%),
requesting service (46.91%), patient's profession
(16.89%), patient's residence (16.72%) and name of
the prescriber (6.25%). Patients were often 93.61%
female, with a mean age of 36 ± 12 years. The
samples came mostly from Bangui (92.70%).
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Sampling sites were the cervix (80.42%), lymph
nodes (9.66%), breast (4.71%). The samples were
taken mainly by desquamation (80.52%), fine needle
aspiration (18.79%). Screening was the primary goal
of the exam (79.28%). The samples were
uninterpretable in 3.53% of the cases. Lesions were
found in 83.4%. The mean time to results was 24.5 ±
15 days.
Conclusion: The cytodiagnosis is the first activity of
the pathological anatomy department. It is oriented
towards screening and mainly concerns pathologies
in women.
Keywords: Cytodiagnosis, Screening, Pathological
anatomy, Bangui
INTRODUCTION : L’anatomie pathologique est
une spécialité médicale qui étudie les modifications
morphologiques des organes au cours des processus
pathologiques [1-4]. Elle se sert des connaissances
fondamentales d’anatomie, d’histologie et de
cytologie normales pour reconnaître des anomalies
morphologiques liées à la maladie. Elle s’appuie sur
des techniques de macroscopie, de chimie,
d’immunochimie, de cytogénétique et de biologie
moléculaire [1,3,5]. Elle utilise deux moyens
techniques pour parvenir à ses fins, l’histologie et la
cytologie. La cytologie est l’étude microscopique
des cellules [1]. Dans un grand nombre de cas, elle
peut s’appliquer aux cellules spontanément
desquamées et ses applications se sont
considérablement étendues grâce aux progrès
techniques de l’endoscopie et des ponctions sous
contrôle radiologique ou échographique. La
morbidité associée aux méthodes invasives de
prélèvements cytologiques est significativement
plus basse que celle des méthodes de biopsie
conventionnelle. Par ailleurs la cytologie est plus
rapide et moins couteuse [6]. Son avantage est de
pouvoir donner un résultat urgent le jour même,
voire dans l’heure qui suit le prélèvement car les
méthodes et les techniques sont rapides [1]. Pour les
pays à faible revenu, le cytodiagnostic reste un
examen de première intention et permet ainsi une
présélection des cas nécessitant un examen
histologique. La République Centrafricaine ne
dispose que d’un seul service d’anatomie
pathologique situé à Bangui la capitale. Le
cytodiagnostic constitue la première activité réalisée
dans ce laboratoire notamment le dépistage des
cancers du col utérin. L’objectif de cette étude est de
décrire la pratique du cytodiagnostic dans le service
d’anatomo-cytopathologie de Bangui. De manière
spécifique, il s’agissait de déterminer la proportion
des examens cytologiques parmi les examens
anatomo-pathologiques, le profil des prescripteurs et
des patients, les types de prélèvement, les organes
prélevés et les groupes lésionnels diagnostiqués.
MATERIEL ET METHODES : Il s’agissait d’une
étude rétrospective descriptive sur une période de 12
ans, allant de janvier 2008 à décembre 2019, réalisée
à Bangui en République Centrafricaine, dans le
service d’anatomie pathologique du Laboratoire
National de Biologie clinique et de Santé Publique
(LNBCSP). Le matériel d’étude était constitué des
prélèvements quel que soit leur provenance, analysés
dans ledit service durant la période de l’étude. La
taille de notre échantillon était déterminée par le
nombre de prélèvements colligés durant la période
d’étude. Etaient inclus, tous prélèvements
cytologiques confondus sans distinction de l’âge ou
du sexe du patient, prélevés ou reçus dans le service
d’anatomie pathologique durant la période de l’étude
et accompagnés d’une demande d’examen et ayant
abouti à un compte rendu. Les prélèvements n’ayant
pas abouti à un compte rendu et ceux dont les
bulletins étaient illisibles n’ont pas été inclus. Les
sources de données exploitées étaient constituées des
bulletins de demande d’examen cytologique, des
registres cytologiques, des répertoires de comptes
rendus d’examens, et des fiches de recueil des
données. Pour chaque prélèvement, nous avons
étudié le profil des prescripteurs, le service
demandeur, l’identité du malade (y compris l’âge et
le sexe, profession, la provenance), l’existence ou
non de renseignements cliniques, l’organe prélevé et
la technique de prélèvement, les fixateurs utilisés, le
diagnostic retenu et le délai de rendu des résultats.
Les données ont été saisies et analysées sur logiciel
Epi-info7. La confection des tableaux et figures a été
faite sur Excel 2013.
RESULTATS : En douze ans, nous avons enregistré
16096 prélèvements dont 11412 pour la cytologie,
soit 70,92% des activités du service. Le nombre
annuel des examens variait de 694 à 1.719 avec une
moyenne annuelle de 390,33 en histologie et 951 en
cytologie. Le ratio cytologie/histologie est passé de
0,83 en 2008 à 2,53 en 2019, comme illustré dans la
figure 1. Selon l’ordre de fréquence décroissant, les
examens étaient prescrits par des médecins
spécialistes dans 64,78% des cas, les médecins
généralistes, 20,59% (2350/11412), les étudiants en
médecine, 4,44% et les infirmiers et sage-femmes
3,95% (451/11412). Dans 713 cas (6,24%), le nom
du prescripteur n’était pas mentionné. Les patients
provenaient du service de gynécologie dans 50,94%
des cas, de médecine (18,55%), de pédiatrie
(11,32%), de chirurgie (6,42%), d’anatomie
pathologique (4,49%) et des centres de santé urbains
et autres cabinets privés dans 8,77% des cas.
L’évaluation de la qualité de la prescription reposant
sur la présence ou non des renseignements figurant
sur le bulletin d’examen est présenté dans le tableau
I.
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Figure 1 : répartition annuelle des examens réalisés cytologiques et histologiques au cours de la période d’étude
(n=16 096).
Tableau I : répartition des examens cytologiques
selon les informations contenues dans les bulletins
Informations figurant
sur le bulletin
d'examen
Informations
présentes
n=11412 (%)
Informations
absentes
n=11412 (%)
Nom du patient
100,00
0,00
Nom du prescripteur
93,75
6,25
Date de prélèvement
99,58
0,42
Type de prélèvement
99,93
0,07
Age du patient
97,72
2,28
Sexe du patient
98,40
1,60
Renseignements
cliniques
50,92
49,08
Profession des patients
83,11
16,89
Résidence des patients
83,28
16,72
Service demandeur
53,09
46,91
Les patients, âgés en moyenne de 36±12 ans étaient
de sexe masculin dans 6,39% contre 93,61% de sexe
masculin ; soit un sex-ratio de 0,07. Les
prélèvements provenaient de Bangui dans 92,70%
des cas, de la périphérie de Bangui, 2,99%, des
provinces, 3,86%, de l’étranger 0,45% des cas. La
répartition des examens cytologiques selon les sites
de prélèvements et l’âge des patients est rapporté
dans le tableau II.
Selon les techniques de prélèvements, il s’agissait de
prélèvement par grattage dans 80,52% des cas , de
cytoponction (18,79%), de liquide d’épanchements
(0,63%) et d’apposition d’organe (0,06%). La
répartition des cas selon le but de l’examen
cytologique sollicité et le site de prélèvement est
présentée dans le tableau III.
Les prélèvements étaient ininterprétables dans
3,53 % des cas, ne comportaient pas de lésion dans
13,12% des cas. A l’inverse, des lésions ont été
retrouvées dans 9512 (83,35%) des cas. Ces sions
sont répertoriées dans le tableau IV.
Tableau II : répartition des examens cytologiques selon les sites de prélèvements et l’âge des patients.
Tranche d’âge
(ans)
Col utérin
Ganglion
Sein
Total
N
%
N
%
N
%
N
%
<20
88
0,96
582
52,81
88
16,39
97
16,30
855
2039
5260
57,31
303
27,50
252
46,93
268
45,05
6083
4059
3378
36,81
130
11,79
147
27,38
112
18,82
3767
≥60
347
3,78
48
4,36
39
7,26
13
2,19
447
Non précisé
105
1,14
39
3,54
11
2,04
105
17,64
260
Total
9178
100
1102
100
537
100
595
100
11412
Age moyen
37,7ans
20 ans
35,06 ans
--
*Autres : thyroïde, foie, ovaire, cavités cœlomiques, tissu sous cutané
380 392 449 428 320 374 424 349 344 361 376 487
315 319
491
846
614
985
1381 1549
1067
1369 1244 1232
0
200
400
600
800
1000
1200
1400
1600
1800
2000
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Histologie Cytologie
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Tableau III : répartition des examens cytologiques selon le but de l’examen et le site de prélèvement
But de l’examen
Col utérin
Ganglion
Sein
Autres
Total
N
%
N
%
N
%
N
%
N
%
Dépistage
8791
95 ,78
47
4,27
210
39,11
0
0
9048
79,28
Diagnostic
104
1,13
1051
95,37
307
57,16
595
100
2057
18,02
Contrôle
179
1,95
1
0,09
0
0
0
0
180
1,58
Non précisé
104
1,14
3
0,27
20
3,73
0
0
127
1,12
Total
9178
100
1102
100
537
100
595
100
11412
100
Tableau IV : répartition des examens cytologiques
selon le type des diagnostics retenus
Type de diagnostic
Nombre
%
Inflammations non spécifiques
2853
30,00
Inflammations spécifiques
2611
27,45
Lésions dystrophiques
2004
21,07
Lésions dysplasiques
1001
10,52
Tumeurs malignes
477
3,22
Tumeurs bénignes
307
3,22
*Autres lésions
229
2,40
*Non précisés
30
0,32
Total
9512
100
*Autres lésions : cytologie de controle normal
*Non précisés : plusieurs hypothèses diagnostics
Le délai de rendu des résultats variait entre 0 et 153
jours, avec une moyenne de 24,5 ±15 jours.
DISCUSSION
Cette étude rétrospective couvrant une période de 12
années de pratique de cytodiagnostic comporte des
limites. En effet, la disparition des classeurs liée à la
mauvaise conservation des archives a contribué à
une mauvaise évaluation de la taille des activités du
service d’anatomie pathologique de Bangui. Au
point de vu épidémiologique, nos données sur les
groupes lésionnels ne sauraient être extrapolées à
l’échelle nationale du moment notre travail a été
fait dans un laboratoire d’anatomie pathologique. De
plus, ces résultats sont vraisemblablement biaisés
par une présélection des pathologies par les
cliniciens. Ainsi donc les lésions comme les adénites
aigües et les mastites sont rarement prélevées et
envoyées au laboratoire alors que les lésions
suspectes de malignités sont orientées au laboratoire.
Néanmoins ce travail a atteint les objectifs que nous
nous sommes fixées et a contribué à améliorer depuis
deux ans l’organisation du service et la qualité des
recueils de données. Durant la période de notre étude
nous avons colligé 16 096 prélèvements dont
70,10% de prélèvement cytologique. L’incidence
annuelle des examens cytologiques variait de 315 à
1 549 examens cytologiques avec une moyenne
annuelle de 951 examens. Ainsi le ratio
cytologie/histologie qui était initialement de 0,83 en
2008 est passé à 2,53 en 2019 faisant de la cytologie
la principale activité du service. Le dépistage du
cancer du col et du sein qui a augmenté ces dernières
années du fait de la sensibilisation de la population
[7] justifie ce constat. De plus, la cytologie est un
examen simple par rapport à l’histologie qui utilise
des moyens invasifs de prélèvement. De ce fait elle
est plus préférée et facilement prescrite. Elle est par
ailleurs rapide et peu couteuse (5000 FCFA), par
conséquent plus accessible à la population
centrafricaine dont le niveau socio-économique reste
faible. Dans le cas du sein par exemple en
Centrafrique, les prélèvements histologiques tels que
la macro-biopsie ne sont pratiqués du fait du prix des
matériels et leur indisponibilité sur le marché local.
Le cytodiagnostic remplace également l’examen
extemporané dans ce cas. Les médecins étaient les
signataires des bulletins d’examen dans la majorité
des cas (85,37 %), il s’agissait particulièrement des
médecins spécialistes (64,78 %) comme l’ont déjà
signalé Barbara et al [8] en 2015. Ceci cadre bien
avec les recommandations du service d’anatomie
pathologique de Bangui selon laquelle la demande
doit être formulée par un médecin capable de lire et
interpréter un résultat anatomopathologique. En
outre, les infirmiers figurant parmi les prescripteurs
remplissaient les bulletins dans la plupart des cas sur
instructions du médecin souvent occupés.
Cependant, cette délégation de tâche a des
répercussions sur la qualité des informations figurant
sur les bulletins d’examen quoique l’association
entre prescripteur et qualité de la prescription n’a pas
été analysée dans notre étude. Toute demande
d’examen notamment anatomo-pathologique est une
prescription médicale [4,9]. Malheureusement, la
qualité des prescriptions reste un souci permanent du
service d’anatomie pathologique de Bangui.
L’analyse des bulletins d’examen a montré qu’à part
le nom, les autres paramètres sont mal renseignés
avec une prédominance des renseignements
cliniques qui ne sont précisés que dans 49,08 % des
cas. A cela s’ajoute l’absence de l’origine du
prélèvement et du service demandeur ; le tout ayant
souvent contribué à des difficultés d’interprétation et
un retard dans le rendu des résultats. En effet, le délai
moyen de rendu des résultats qui était de 24,5 jours
rend compte ici de la nécessité pour le service de
recueillir des informations manquant sur le bulletin
ou la nécessité de reprise de l’examen. Pour cela, les
patients étaient convoqués au laboratoire pour des
compléments d’information. Ce remplissage
insuffisant des bulletins de demande d’examen a été
également noté par Ouansaba et al en 2015 [8]. Dans
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Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 41
son cas, la profession des patients n’était pas précisée
dans 97,94 % des cas. Concernant le profil des
patients, l’âge moyen de nos patients était de 36 ans
avec des extrêmes de 1 mois et 99 ans. La majorité
des patients prélevés était âgée de 20 à 49 ans avec
un pic de fréquence à 30 – 39 ans. Les sujets de sexe
féminin étaient 15 fois plus prélevés que ceux de
sexe masculin avec un sex-ratio de 0,07. Ce constat
sied avec le fait que la majorité de nos prélèvements
sont des FCU qui concernent beaucoup plus les
femmes en âge de procréer. Par ailleurs, nous avons
noté la faible représentativité des sujets âgés de plus
de 60 ans. Ceci s’expliquerait par la faible espérance
de vie de la population centrafricaine qui est de 51,35
ans en 2014 [10]. Les sujettes ayant bénéficié de
FCU étaient relativement jeunes, avec un âge médian
de 37,7 ans, corroborant les constats de Serdouma et
Koffi [7,11] dans des études sur le dépistage des
cancers du col utérin. Dans le groupe des
cytoponctions ganglionnaires, les patients de 0 39
ans étaient plus représentés avec un pic de fréquence
des moins de 20 ans et une moyenne de 20 ans.
Ouansaba [12] à Bangui avait obtenu un âge moyen
de 38 ans dans une étude sur la cytoponction
ganglionnaire. El Graoui et al. au Maroc [13],
avaient relevé une prédominance des sujets de moins
de 20 ans. Dans le groupe des ponctions mammaires,
la tranche d’âge de 20 – 39 ans était la plus prélevée
avec un âge moyen de 35,06 ans. Une étude
antérieure réalisée à Bangui par Serdouma et
al. [14], ainsi que Hassouna et al à Tunis. [15]
avaient noté une prédominance de la tranche d’âge
30 -39 ans, corroborant ainsi ce constat. La
prédominance des patients résidant à Bangui dans
notre étude (77,20% des cas) traduit le faible rayon
de couverture des laboratoires d’anatomie
pathologique en Afrique sub-saharienne [12,16]. Le
faible niveau socio-économique des patients rend
difficile leur déplacement vers la capitale se
trouve l’unique service d’anatomie et cytologie
pathologiques. L’état des infrastructures routières
ainsi que la crise militaro-politique en cours depuis
2012 rendent les déplacements quasiment
impossibles pour certaines zones géographiques de
la RCA. Concernant le but de l’examen, dans
95,78 % de cas, le but des FCU est le dépistage.
Malgré les progrès réalisés en matière de dépistage
des cancers du col par les méthodes visuelles, la
cytologie reste déterminante dans la prévention
secondaire des cancers du col [17,19]. Cependant,
beaucoup d’effort reste à fournir dans ce volet car la
majorité des femmes dépistées résidaient à Bangui et
dans ses périphéries. De plus le niveau socio-
économique étant très faible avec 67% [12] de la
population vivant avec moins de 1 Dollar US par
jour. L’unique service d’anatomie pathologique n’est
pas accessible à une femme rurale qui en plus de
devoir payer 5000FCFA pour l’analyse du FCU, doit
aussi assurer son transport de la province à Bangui.
Une politique de dépistage systémique des femmes
rurales reste à élaborer afin de réduire réellement
l’incidence du cancer du col utérin en Centrafrique.
Les autres examens étaient à visée diagnostique et
même dans la plupart des cas, le cytodiagnostic
nécessite une confirmation histologique. Un examen
histologique coûte en moyenne (21.000 FCFA)
quatre fois plus qu’un examen cytologique simple.
Ce qui explique la forte proportion des examens
cytologiques par rapport aux examens histologiques.
Le faible coût de la cytologie honorable pour une
population à niveau socio-économique très bas fait
qu’elle est facilement demandée par le prescripteur.
Durant la période de 2000 à 2011, 9 512 (83,35%)
lésions ont été diagnostiquées en cytopathologie.
Dans 13,12% des cas il n’y avait pas de lésions et
3,53% de résultats étaient ininterprétables. La grande
majorité des prélèvements cytologiques se font dans
le service d’anatomie pathologique notamment les
FCU et les cytoponctions ganglionnaires et
mammaires. Néanmoins le service reçoit aussi de
différentes formations sanitaires de Bangui un faible
nombre de prélèvements en l’occurrence des liquides
d’épanchement, des liquides spontanément émis et
quelques FCU. Ces prélèvements sont souvent
accompagnés des bulletins de demande d’examen
mal renseignés ou n’étant pas fixés, ces
prélèvements arrivent souvent dans le service dans
un état de cytolyse. Par conséquent les absences de
lésions et les résultats ininterprétables pourraient
s’expliquer par le fait que soit, le prélèvement était
fait dans une zone extra-lésionnelle, soit les
prélèvements extra-laboratoires sont souvent
défectueux. Ce constat permet de nous rappeler que
la qualité du prélèvement conditionne [2] la qualité
de l’étude anatomopathologique. Le médecin
préleveur et prescripteur ont une responsabilité dans
l’acte anatomopathologique en s’assurant de la
bonne réalisation technique du prélèvement et son
acheminement dans de bonnes conditions au
laboratoire (dans des délais brefs, en respectant les
règles de fixation, accompagné d’une demande
d’examen correctement renseignée). Le tableau IV
rapporte les principaux groupes lésionnels retrouvés,
montrant une prédominance des lésions
inflammatoires (57,45%) suivies des lésions
dystrophiques. Ce travail a été réalisé dans un pays
tropical où la proportion des sujets vivant avec le
VIH est l’une des plus élevée au monde (3,7%), cela
explique la prédominance des lésions
inflammatoires. Toutefois, les 3,22% de tumeurs
malignes montrent l’intérêt du cytodiagnostic dans le
dépistage des cancers et rend compte également du
rôle joué par le VIH dans la survenue des pathologies
cancéreuses.
CONCLUSION
La principale activité de la cytologie dans l’unique
service d’anatomie pathologique de la République
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Centrafricaine est le dépistage des cancers du col
utérin. Ce dépistage est prescrit par des médecins
spécialistes au profit des femmes résidant à Bangui.
A côté du dépistage, la cytologie intervient dans le
diagnostic des lésions des organes superficiels et peu
profonds, accessibles aux prélèvements cytologiques
en particulier les lésions ganglionnaires,
mammaires, et séreuses. Le faible coût et les
méthodes non invasives des prélèvements
cytologiques font que la cytologie est plus préférée
que l’examen histologique. Cependant la mauvaise
qualité de prescription des examens cytologiques et
la faiblesse en ressources restent un obstacle majeur
à la qualité des prestations de ce service notamment
dans le délai de rendu des résultats.
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Conflit d’intérêt : aucun