ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 13
précédentes, menées au Tchad par Rimtebaye
rapportent la forte prévalence des femmes victimes
de FO ayant comme résidence la zone rurale. Ce
constat est en parfaite harmonie avec les résultats du
Recensement General et de l’Habitat du Tchad de
2009. Les femmes victimes de FVVO sont jeunes
comme le témoigne la moyenne d’âge, et mieux la
forte prévalence de celles appartenant à la tranche
d’âge de 14 à 17 ans faisant d’elles des « filles
mères ». Ces « filles mères » mariées précocement
sont exposées aux accouchements dystociques. En
effet, au plan physiologique, leur bassin est
immature et, par voie de conséquence
physiologiquement inapte à un accouchement
eutocique. À ce handicape physiologique, il faudrait
ajouter l’ignorance des accoucheuses traditionnelles
qui abreuvent immodérément ces « filles mères »
durant le travail d’accouchement sans penser à vider
leur vessie en état de réplétion complète. À propos
du mariage précoce et selon l’EDST III, 30% des
jeunes filles de 14-19 ans sont déjà mères ou
enceintes de leur premier enfant ; cela est lié aux
pesanteurs socioculturelles qui sont beaucoup
accentuées en milieu rural [10] où 64,6% des
femmes sont analphabètes. Il faut noter avec force
que l’analphabétisme fait le lit de l’ignorance faisant
de ces " filles-mères" des proies privilégiées aux
mariages précoces aux conséquences
incommensurables dont la FVVO. Par ailleurs, le
statut défavorable de la femme Tchadienne dans
nombre de groupes ethniques et de confessions
religieuses les relègue aux tâches de ménagères et à
la procréation. Une autre explication non la moindre
est le respect de la tradition et des convenances
sociales trop encrés en milieu rural comparativement
au milieu urbain où l’on note un relâchement de
certaines mœurs. Au sujet de la parité, il est à noter
que les femmes victimes de FVVO occupent les
deux extrêmes avec une forte prévalence en zone
rurale aussi bien pour les primipares et les grandes
multipares. La prédominance des primipares
s’explique par la nuptialité précoce source de
grossesse précoce à l’origine de dystocie mécanique
à l’accouchement. Il ressort de l’étude une forte
abstention de la fréquentation de la CPN par les
femmes victimes de FVVO en zone rurale.
L’insuffisance de la fréquentation de la CPN est
imputable à l’ignorance, au poids de la tradition,
mais aussi à la distance à parcourir pour atteindre la
première structure sanitaire compétente.
L’abstention de la fréquentation de la CPN,
synonyme d’une insuffisance de la surveillance de la
grossesse est un indicateur de la faiblesse du système
sanitaire et du poids des croyances traditionnelles.
L’insuffisance en nombre des centres de santé
aggravée par le déficit en personnel qualifié
notamment les sage-femmes pour couvrir l’étendue
du territoire Tchadien vaste de 1284000 km²
constitue un handicap. Dans certains groupes
ethniques au Tchad, la première grossesse doit être
gardée au secret, y compris l’accouchement pour
confirmer la bravoure de cette femme. Bien que la
grossesse soit un état physiologique, il n’en demeure
pas moins qu’il s’agit d’un état physiologique
potentiellement pathologique qui peut être fatal pour
la mère et son fœtus et exige une surveillance
rapprochée afin de prévenir ou minimiser les risques
encourus. La pratique de l’excision est une réalité
incontestable au Tchad sur toute l’étendue du
territoire national et semble être liée aux pesanteurs
socioculturelles. Les femmes victimes de FVVO
étaient victimes de l’excision et vivent en zone
rurale. En effet, cet acte fortement ancré en milieu
rural qu’est l’excision est considéré comme un
facteur d’intégration sociale des jeunes filles. Par
ailleurs, l’excision ou mieux, les mutilations
génitales à l’origine des FVVO sont de type III ou la
forme pharaonique qui entraine une coalescence des
grandes et petites lèvres laissant juste un petit pertuis
pour l’écoulement des menstrues et des urines. Ce
type d’excision, qualifiée de pharaonique, crée une
dystocie de dégagement durant le travail
d’accouchement et provoque la survenue de fistule
bas située. Il ressort de l’étude que plus le travail
d’accouchement dure, plus grande est la probabilité
de survenue de la fistule particulièrement en zone
rurale. Ce constat laisse entrevoir une relation de
cause à effet entre la surveillance de la grossesse, le
lieu d’accouchement et le mode d’accouchement
faisant intervenir le classique trois retards des causes
de la mortalité maternelle. Le premier retard : celui
de recourir aux soins obstétricaux liés aux facteurs
socioculturels et à la pauvreté. Le deuxième retard ;
pour accéder aux structures sanitaires liées à la
distance, à la l’état de route et au moyen de transport.
Le troisième retard pour recourir aux soins
obstétricaux et néonataux d’urgence dans une
structure sanitaire en rapport avec l’insuffisance du
personnel, des médicaments et à l’organisation du
service. Tous ces facteurs suscités font le lit de la
survenue de la FVVO en milieu rural.
L’accouchement par voie basse est le plus pratiqué
en particulier en milieu rural. Cette tendance pose un
vrai problème de surveillance de travail de nos
parturientes. Les accoucheuses traditionnelles ne
connaissent pas la limite de leurs compétences et
gardent les parturientes pendant plus de 48 heures
avant de les référer sans oublier le problème de la
distance par rapport aux structures sanitaires les plus
proches. Par contre, la survenue de la fistule en
milieu urbain alors que le plateau technique est
acceptable est difficile à comprendre et à expliquer.
Cette situation de fait interroge sur la pertinence de
l’utilisation de partogramme et de la disponibilité du
personnel de garde notamment les principaux acteurs
impliqués dans l'accouchement que sont les sages-
femmes, les médecins de garde. L’indication de la
césarienne pour prévenir la survenue de la fistule n’a
de sens que, si elle est effectuée dans les 48 heures
du travail d’accouchement, passé ce délai, elle n’est