ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 7, N°003/Décembre 2021 - 54
CAS CLINIQUE
Aspects épidémiologiques et cliniques des toxidermies au cours du traitement
antirétroviral au Centre Amis d’Afrique
Epidemiological and clinical aspects of drug eruptions during antiretroviral treatment
at the Medical Center “Amis d’Afrique”
Peggy Mboli-Goumba Guérendo1, Falmata Lenguébanga Gabouga1, Crépin Kizima1, Chimène Kitihoun1, Léon
Kobangué2
1. Service de Dermatologie-vénérologie, Centre National Hospitalo-universitaire de Bangui
2. Département des Essais Cliniques du Centre d’Etude et de Recherche sur la Pharmacopée et Médecine
Traditionnelles Africaines, Université de Bangui.
Auteur correspondant : Dr Mboli-Goumba Guérendo Peggy ; Tél : +23675505010 ;
Email : pguerendo@yahoo.com Reçu le 18/07/2021 ; Accepté le 20/10/2021
RESUME
Objectif : Décrire les aspects épidémiologiques et
cliniques des toxidermies au cours du traitement
antirétroviral.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
rétrospective allant du 1er janvier 2017 au 31
décembre 2020. Une fiche d’enquête a permis la
collecte des données qui ont été saisies et analysées
grâce aux logiciels Excel 2013 et Epi Info 7.
Résultats : Sur 829 dossiers de patients vivant avec
le VIH sous ARV, 22 présentaient des toxidermies
soit une prévalence de 2,65%. Les sujets âgés de
moins de 35 ans (63,6%) étaient les plus
représentés. On notait une prédominance des
femmes avec un ratio H/F de 0,29. Sur le plan
clinique, l’exanthème maculopapuleux était la
toxidermie la plus retrouvée (45,5%). Elles
survenaient en général au bout de 8 à 60 jours. Le
protocole initial le plus fréquemment incriminé était
AZT+3TC+NVP. Tous les patients étaient sous
prophylaxie par le cotrimoxazole.
Conclusion : Notre étude montre la prévalence non
négligeable des toxidermies au cours du traitement
ARV. L’exanthème maculopapuleux était la forme
clinique la plus fréquente. L’évolution était
favorable dans la majorité des cas. Le système de
pharmacovigilance reste faible voire inexistant dans
notre contexte.
Mots-clés : toxidermies, VIH, ARV, clinique,
pharmacovigilance.
ABSTRACT
Objective: To describe the epidemiological and
clinical aspects of drug eruption during
antiretroviral treatment.
Materials and methods: It was a retrospective
study from January 1st, 2017, to December 31st,
2020. Data was collected using a survey sheet and
was entered and analyzed using Excel 2013 and Epi
Info 7 software.
Results: Out of 829 files of patients living with
HIV on ARVs, 22 presented drug eruptions, which
is a prevalence of 2.65%. A predominance of
subjects aged 35 and under (63.6%) was noted.
Women were more represented with a sex-ratio
(M/W) of 0.29. Clinically, maculopapular
exanthema was the most common drug eruption
(45.5%) with an occurring timeframe between 8
and 60 days. The most frequent incriminated ART
protocole was AZT+3TC+NVP. All patients were
receiving cotrimoxazole prophylaxis.
Conclusion: Our study showed the non-negligible
prevalence of drug eruptions during ART.
Maculopapular exanthema was the most common
clinical form. The evolution was favorable in most
cases. The pharmacovigilance system is still
weak/inexistant in our settings.
Keywords : drug eruptions, HIV, ART, clinical,
pharmacovigilance.
INTRODUCTION
Dans le monde, 37,7 millions de personnes vivaient
avec le VIH en 2020 [1]. Le 30 juin 2021, 28,2
millions étaient sous traitement anrtirétroviral [1].
Les toxidermies sont des complications cutanéo-
muqueuses secondaires à l’administration de
medicaments par voie entérale, intraveineuse,
subcutanée, intramusculaire, topique ou muqueuse
[2]. Leur physiopathologie est peu comprise mais
des mécanismes immunoallergiques et
pharmacologiques ont été suggérés [2]. Les
manifestations cliniques des toxidermies ne sont
pas spécifiques [2]. Le diagnostic des toxidermies
est un diagnostic de présomptions [3]. Les formes
cutanées les moins graves sont les plus fréquentes
et représentées majoritairement par l’exanthème
maculopapuleux [3,4]. Elles sont en général
d’évolution spontanément favorable et ne
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nécessitent pas l’arrêt du traitement dans 50% des
cas [2]. L’objectif de ce travail était de décrire le
profil épidémiologique et clinique des toxidermies
chez les personnes vivant avec le VIH et mis sous
ARV.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude rétrospective qui s’est
déroulée du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020
au Centre « Amis d’Afrique », structure de
traitement ambulatoire. La population était
constituée de patients de plus de 15 ans, sous
traitement antirétroviral, vus pendant la période
d’étude. La collecte des données s’est faite grâce à
une fiche d’enquête. Les principales variables
étudiées étaient : sociodémographiques et cliniques.
Les données ont été saisies et analysées grâce aux
logiciels EXCEL 2013 et EPI INFO 7.
L’approbation du comité d’éthique de la Faculté des
Sciences de la santé de l’Université de Bangui et
celle des autorités administratives de l’ONG Amis
d’Afrique fut obtenue.
RESULTATS
Sur 829 dossiers de patients vivant avec le VIH
sous ARV, 22 patients ont manifesté des
toxidermies soit une fréquence de 2,65%. Les
patients de moins de 35 ans étaient plus nombreux
(63,6%). Le sexe féminin était le plus représenté
(77,3%) avec un sex-ratio (5/17) H/F de 0,29.
L’exanthème maculopapuleux était la toxidermie la
plus retrouvée (45,5%)
Tableau I : Répartition des patients selon les
formes cliniques de toxidermies observées (n=22).
Toxidermies
Effectif
%
Exanthème maculopapuleux
10
45,50
Erythème pigmenté fixe
5
22,70
Erythème polymorphe
2
9,10
Ectodermose pluriorificielle
5
22,70
Total
22
100
La plupart des toxidermies apparaissaient au bout
de 8 à 21 jours (27,30%) et 22 à 60 jours (31,80%).
Tableau II : Répartition des patients selon le type
de traitement initial (n=22)
Traitement initial
Effectif
%
AZT+3TC+NVP
19
86,4
TDF+FTC+EFV
1
4,5
AZT+3TC+EFV
2
9,1
Total
22
100
Dans notre série, 86,4% des patients étaient sous
schéma de première ligne représenté principalement
par l’association « AZT+3TC+NVP ». Tous les
patients étaient sous prophylaxie par le
cotrimoxazole. L’évolution clinique était favorable
dans la plupart des cas avec un maintien de la
combinaison initiale (54,5 %).
DISCUSSION
Sur les 829 patients vivant avec le VIH sous ARV
suivis au centre, 22 ont présenté des toxidermies,
soit une prévalence de 2,65%. Ce résultat est plus
élevé que ceux retrouvés lors d’études réalisées à
Bangui en 2004 [5], à Bamako en 2006 [6] et à
Yaoundé en 2014 [2]. Les patients de moins de 35
ans (63,6%) étaient les plus représentés. Ils
représenteraient la tranche de la population la plus
sexuellement active. Le sexe féminin était plus
présent (sex ratio H/F=0,29). Ce résultat concorde
avec ceux de plusieurs auteurs qui ont montré que
la population féminine était plus touchée par les
toxidermies [2,7,8]. Cette prédominance pourrait
s’expliquer par la féminisation de l’épidémie du
SIDA en Afrique subsaharienne en général et en
RCA en particulier [9]. Une autre raison serait la
susceptibilité du sexe féminin aux toxidermies [2].
L’exanthème maculopapuleux était la toxidermie la
plus observée (45,5%). Dans le même sens,
Kouotou et al. [2] ont déterminé les proportions
suivantes : l’exanthème maculopapuleux (15/41),
l’érythème pigmenté fixe (3/41), l’érythème
polymorphe (2/41) et l’urticaire (2/41). Le délai
d’apparition des toxidermies était majoritairement
de 8 à 21 jours (27,30%) et 22 à 60 jours (31,80%).
Aquilina [10], Lebrun et al. [11] ont retrouvé
respectivement un délai de survenue de
l’exanthème maculopapuleux entre 10-20 jours et
5-21 jours. Le retard de consultation pour
l’exanthème maculopapuleux qui est d’évolution
bénigne, pourrait expliquer ces chiffres. Les
patients étaient sous protocole de première ligne
représenté par l’association « AZT+3TC+NVP »
(86,4%), et ils étaient tous sous prophylaxie par
cotrimoxazole. Il nous est donc impossible de
déterminer avec certitude la molécule incriminée
(ARV ou cotrimoxazole). Notre conclusion va dans
le sens de l’étude de Kouotou et al. [2], qui n’ont pu
identifier la molécule responsable des toxidermies
dans 17% des cas (ARV ou cotrimoxazole).
Cependant, dans cette même étude, tous les cas de
toxidermies sont apparus chez les patients recevant
un traitement de 1ère ligne (3TC + AZT + NVP)
dans 48.8% des cas ; et 65.8% des patients
recevaient un protocole contenant de la NVP. Après
comparaison avec ces résultats, les ARV pourraient
être responsables de toxidermies. Ces données
révèlent l’absence/faiblesse du système de
pharmacovigilance dans notre contexte [2].
CONCLUSION
Notre étude a mis en évidence une prévalence non
négligeable des toxidermies au cours du traitement
ARV. L’exanthème maculopapuleux est le plus
fréquent. Le sujet jeune adulte de sexe féminin était
le plus susceptible à développer cette affection. Vue
l’association ARV et Cotrimoxazole, il a été
impossible d’identifier avec certitude la molécule
incriminée. Il y a nécessité de la mise en place du
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système de pharmacovigilance dans nos structures
médicales.
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Conflit d’intérêt : aucun