ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 55
CAS CLINIQUE
Prise en charge des atrésies intestinales, à propos de 17 cas au Centre Hospitalier
Universitaire Pédiatrique de Bangui
Management of intestinal atresia, about 17 cases at the Pediatric University Hospital of
Bangui
Daniel Sylvère Ouaimon1, Carine Judith Kiteze Nguinzanemou2, Brice Olivier Bogning Méjiozem3, Tuspin
Loumandé1, Valère Ndoma Ngatchoukpo1, Alfred Gaudeuille1
1. Service de chirurgie pédiatrique, Centre Hospitalo-Universitaire Pédiatrique de Bangui (CHUPB), République
Centrafricaine
2. Clinique Médicale Infantile Raymond Max Siopathis, CHUPB, République Centrafricaine
Auteur correspondant : Ouaimon Daniel Sylvère, Service de chirurgie pédiatrique ; Bangui Centrafrique,
Téléphone:(+236)72250958. E-mail : ouaimonsylvere@yahoo.fr
Reçu le 04/02/2021 ; Accepté le 10/03/2021
RESUME
But : Notre objectif était d’établir le bilan de la prise
en charge des atrésies intestinales au service de
chirurgie pédiatrique du Centre Hospitalier
Universitaire Pédiatrique de Bangui (CHUPB).
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
rétrospective descriptive couvrant la période du 1er
août 2018 au 30 juillet 2020 portant sur 17 dossiers
de patients opérés au niveau du service.
Résultats : La série comprenait 10 garçons (59%) et
7 filles (41%) âgés en moyenne de 16 jours. La
symptomatologie était dominée par des
vomissements bilieux précoces abondants (100%),
l’absence d’émission de méconium chez 15 patients,
et une émission de méconium anormale chez 2
patients. Un ballonnement abdominal était présent
chez 12 patients. Le diagnostic anténatal n’a pas été
posé dans tous les cas. La radiographie de l’abdomen
sans préparation a montré des images de double
bulle et l’échographie abdominale a révélé chez deux
patients une absence d’aérocolie distale associée un
estomoc de stase. La laparotomie a relevé une
prédominance de l’atrésie duodénale (7 cas) ; les
malformations associées étaient un défaut
d’accolement coeco-colique (5 cas), un mésentère
commun (4 cas) et une trisomie 21 (1 cas). La
résection anastomose intestinale termino-terminale a
été pratiquée dans huit cas. Nous avons réalisé cinq
duodeno-duodénostomies latéro-latérales et quatre
colostomies. Les suites opératoires étaient marquées
par le décès de quatre nouveau-nés ayant un faible
poids de naissance dans un tableau de septicémie
avec défaillance multiviscérale.
Conclusion : Le retard de diagnostic, la précarité
des parents et l’infection post opératoire constituent
les principales causes de mortalité des atrésies
intestinales.
Mots-clés : Atrésie intestinale, occlusion néonatale,
faible poids, Bangui.
ABSTRACT
Objective : to establish the results of the
management of intestinal atresia in the pediatric
surgery department of the Pediatric University
Hospital Center of Bangui (CHUPB).
Patients and methods: This was a descriptive
retrospective study carried out from august 1st, 2018
to July 30th, 2020 concerning 17 files collected from
the pediatric surgery department of the CHUPB.
Results: The series consisted of 10 boys (59%) and
7 girls (41%) with an average age of 16 days. The
symptomatology was dominated by early profuse
bilious vomiting in all patients, absence of
meconium emission in 15 patients, and abnormal
meconium emission in 2 patients. We noted
abdominal bloating in 12 patients. An antenatal
diagnosis was not made in any case. Unprepared
abdominal x-ray showed a double bubble image, and
the abdominal ultrasound in two patients revealed
the absence of distal aerocoly associated with a
stomach stasis. Laparotomy revealed a
predominance of duodenal atresia in 7 cases; the
associated malformations consisted of a lack of
coeco-colic mating in five cases and four cases of
common mesentery, one case of trisomy 21.
Resection of end-to-end intestinal anastomosis was
performed in eight cases against five duodeno-
duodenostomy latero-lateral and four cases of
colostomy. The course was marked by the
occurrence of four deaths of newborns with low birth
weight in a context of sepsis with multiple organ
failure.
Conclusion: The delay in diagnosis, the
precariousness of the parents and postoperative
infection are the main causes of death from intestinal
atresias.
Keywords: Intestinal atresia, neonatal obstruction,
low weight, Bangui.
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INTRODUCTION
L’atrésie intestinale est une interruption congénitale
partielle ou totale de la lumière intestinale en aval du
pylore [1]. Elle constitue l’une des urgences
digestives les plus fréquentes du nouveau-né,
engageant le pronostic vital. C’est une malformation
congénitale du tube digestif. On observe 3 à 4 cas
pour 10000 naissances vivantes [2]. Elle est
responsable d’une occlusion néonatale. Le
diagnostic se fait en post natal mais la découverte
anténatale est possible grâce à l’échographie
obstétricale. La concertation entre obstétricien et
chirurgien constitue la clé du succès. Il existe quatre
types d’atrésies intestinales : diaphragmatique, la
plus fréquente, cordonale, segmentaire et multiple
ou en chapelet [3]. Le pronostic dépend de la
précocité du diagnostic, du traitement, du type
d’atrésie et des affections associées [4,5]. L’objectif
de cette étude était d’établir le bilan de la prise en
charge des atrésies intestinales au niveau du service
de chirurgie pédiatrique à Bangui.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude rétrospective descriptive
portant sur les dossiers de patients âgés de 0 à 28
jours, traités dans le service de chirurgie pédiatrique
du 1er août 2018 au 30 juillet 2020, soit une période
de 2 ans. Ont été inclus, les nouveau-nés chez qui le
diagnostic d’atrésie intestinale était confirmé et
documenté. Le recueil des données a été fait à partir
des dossiers d’hospitalisations et des comptes rendus
opératoires. Les paramètres étudiés étaient
épidémiologiques (âge au moment de la
consultation, sexe, terme de la grossesse, délai de
consultation) ; diagnostique (symptomatologie
fonctionnelle et l’imagerie, diagnostic retenu) et
thérapeutique (délai thérapeutique, gestes réalisés,
morbidité, mortalité et délai de recul). L’analyse des
données a été faite à l’aide du logiciel épi-info dans
sa version 7.22, le test exact de Chi-carré a été utilisé
pour la comparaison des données pour une valeur p <
0,05.
RESULTATS
En 2 ans nous avons enregistré 17 cas d’atrésies
intestinales sur un total de 23500 enfants hospitalisés
en chirurgie pédiatrique tout âge confondu, soit une
fréquence de 0,072%. Les garçons au nombre 10
(59%) étaient les plus concernés, soit un sex-ratio de
1,4. L’âge moyen à l’admission était de 16 jours avec
des extrêmes de 3 et 28 jours. Le délai moyen
d’admission était de 4 jours avec des extrêmes de 3
et 20 jours. Tous les patients présentaient à
l’admission, des vomissements bilieux précoces et
abondants. Nous n’avons noté aucun cas de
vomissement alimentaire, ni d’hématémèse. Cinq
patients (9,82%) avaient un abdomen plat et dans 12
cas (23,52%) un ballonnement abdominal, 15
patients (29,41%) avaient une absence d’émission
méconiale et 2 cas (3,92%) avaient une émission
normale de méconium. Tous les malades ont eu un
bilan biologique pour évaluer le retentissement sur
l’organisme (Hémogramme, CRP, Ionogramme). La
radiographie thoraco-abdominale en position
debout, réalisée chez tous les malades a montré une
image en double bulle dans 14 cas (82,35%) (figure
1), des niveaux hydro-aériques grêliques dans 2 cas
(11,77%), une grisaille diffuse dans 1 cas (5,88%).
Figure 1 : Radiographie sans préparation du thorax
montrant Image en double bulle. (Sources CHUPB)
Deux patients (11,72%) ont réalisé une échographie
abdominale mettant en évidence un estomac de stase
avec une hypothèse d’obstacle duodénal probable.
Par défaut de moyen certains examens n’ont pas été
réalisés, tels que le transit œsogastroduodénal
(TOGD). Les principales lésions retrouvées ont été
reparties selon la classification de Grosfeld (voir
Tableau I)
Figure 2 : Atrésie complète ou en colimaçon ou
Apple Peel (Sources CHUPB)
Double
bulle
supp
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Tableau I : Diagnostic Retenu
Type d’atrésie
Effectif
Pourcentage
Diaphragme duodénal
7
41,00
Pancréas annulaire
1
6,00
Atrésie Jéjunale
1
6,00
Atrésie Iléale
1
6,00
Atrésie Coecale
2
12,00
Atrésie Complète
3
17,00
Atrésie Colique
2
12,00
Les pathologies associées sont rapportées dans le
tableau II.
Tableau II : Pathologies associées
Pathologies associées
Effectif
Pourcentage
Défaut d’accolement cœcal
5
50%
Mésentère commun
4
40%
Trisomie 21
1
10%
Nous n’avons pas enregistré de malformation
cardiaque associée. Le traitement médical de tous les
patients a précédé la chirurgie. Il s’agissait du
conditionnement par une mise en place en urgence
d’une voie veineuse stable, une sonde nasogastrique,
une sonde urinaire à demeure et une bi-
antibiothérapie (Ampicilline 50 mg/kg/ toutes les 8
heures ; métronidazole 10 mg/kg/ toutes les 8
heures) adaptée en fonction du poids. Le traitement
chirurgical était entrepris sans retard, dans le but de
supprimer l’obstacle et rétablir la
continuité digestive; ainsi tous les cas ont été
identifiés après une laparotomie et les gestes
réalisées ont consisté en une résection anastomose
termino-terminale dans 8 cas, une duodeno-
duodénostomie latéro-latéral dans 5 cas, et une
colostomie transverse dans 4 cas. En post opératoire,
nous avons enregistré 4 décès liés à un faible poids
de naissance, à une septicémie, une défaillance
multiviscérale et au type d’atrésie identifiée : 3 cas
étaient des formes complètes ou APPLE PEEL et un
cas de pancréas annulaire. Trois (3) patients étaient
perdus de vue, et les 10 autres avaient une évolution
satisfaisante après un recul de 21 mois.
DISCUSSION
Les atrésies intestinales sont des malformations
congénitales rares et responsables d’occlusion
néonatale, selon qu’il y ait ou non une solution de
continuité et que la lumière est complètement
interrompue ou pas. L’âge moyen d’admission dans
notre série était de 16 jours, traduisant une
consultation tardive comparée aux données de Chen
Q et de Escobar qui ont rapporté respectivement 8,42
jours et 5,6 jours [9,10]. Le retard à la consultation
constaté dans notre série s’expliquerait en partie par
le faible niveau de qualification des personnels
soignants ne sont pas en mesure de déceler les signes
annonciateurs de l’affection. A cela s’ajoutent les
problèmes d’accès géographiques, les patients
venant de la périphérie prennent beaucoup de temps
pour arriver dans le service. La prédominance
masculine constatée dans notre série (Sex-ratio 1,4)
confirme les constats faits par Avci et Chen Q qui
ont respectivement retrouvé des sex-ratio de 1,28 et
2,02. Le faible poids à la naissance dans notre série
est inférieur à celui rapporté par Kumar 70,9% [12]
et de Chandrasekhar 30% [8]. Ce facteur qui peut
s’expliquer par une admission tardive en majorité
dans un état de dénutrition rend compte de la prise
en charge souvent complexe. De même, les
vomissements bilieux, signes de l’occlusion
rapportés aussi dans la série de Chen Q [9] traduit un
retard de consultation. Notons que les difficultés de
diagnostic et l’insuffisance en personnel qualifié
pourrait expliquer la rareté de diagnostic dans notre
contexte. Les malformations associées sont
fréquentes et varie selon les séries, nous avons eu
50% de défaut d’accolement caecal ce qui est proche
des résultats obtenus par Grosfeld 52,4% [11]. Le
pronostic dépend du type de malformations
associées, les cardiopathies congénitales
représentant les anomalies les plus fréquentes [12].
La laparotomie en urgence a permis de confirmer le
type d’atrésie et de réaliser le geste opératoire en
fonction du type d’atrésie.
CONCLUSION
Le diagnostic des atrésies intestinales se fait en post
natale, mais la découverte anténatale est possible
grâce à l’échographie obstétricale entre le 2e et 3e
trimestre. Le retard de diagnostic, le faible poids à la
naissance, le type d’atrésie, l’infection et la précarité
des parents constituent les principales causes de
mortalité.
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Conflit d’intérêt : aucun