ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 7, N°001/Avril 2021 52
CAS CLINIQUE
Luxation sous talienne pure consécutive à un traumatisme minime : à propos d’un cas
Pure subtalar dislocation following minimal trauma: about a case
Hermann Victoire Feigoudozoui1, Daouda Soumaro Kanaté2, Guy Varango1
1. Service de Chirurgie Orthopédique et Traumatologie, Hôpital Catholique Saint Joseph Moscati de
Yamoussoukro, Côte-d’Ivoire
2. Service de Chirurgie Orthopédique et Traumatologie, Centre Hospitalier Universitaire de Yopougon, Abidjan,
Côte d’Ivoire
Auteur correspondant : Dr. Feigoudozoui Hermann Victoire, Hôpital Catholique Saint Joseph Moscati
BP 1107 Yamoussoukro, Côte d’Ivoire ; Tél : +22579473608 ; E-mail : hfeigoudozoui@gmail.com
Reçu le 18/11/2020 ; Accepté le 13/01/2021
RESUME
Lors des traumatismes de la cheville, la pluralité
articulaire à ce niveau offre la possibilité de survenue
d’autres lésions ostéo-articulaires que la luxation
sous talienne pure. Cette dernière survient
habituellement au décours d’un traumatisme à haute
vélocité. Les auteurs partagent l’observation d’un
cas survenu suite à un accident de marche.
Mots clés : adulte, minime, pure, sous-talienne
ABSTRACT
During ankle trauma, the plurality of joints at this
level offers the possibility of the occurrence of other
osteo-articular dislocation than subtalar dislocation.
The latter usually occurs after a high velocity
trauma. The authors share the observation of one
case that occured following a walking accident.
Keywords: adult, minimal, pure, subtalar.
INTRODUCTION
La luxation sous-talienne est la perte de contact
permanente entre l’ensemble calcanéo-pédieux au-
dessus de l’astragale maintenu dans la mortaise
tibio-fibulaire [1]. Elle est dite « pure » lorsqu’elle
concerne uniquement les articulations talo-
calcanéenne et talo-naviculaire avec absence de
fracture [2]. Les luxations sous-taliennes pures sont
des lésions rares et représentent 1% de toutes les
luxations [3]. Elles s’observent habituellement chez
les sportifs au décours des traumatismes à haute
vélocité. Une luxation sous talienne consécutive à un
accident de marche est donc exceptionnelle. Ce
travail a pour objectif de partager l’expérience
autour d’un cas.
OBSERVATION
Monsieur J.A, 50 ans, technicien des travaux publics
sans antécédent traumatique majeur, a consulté pour
un traumatisme fermé de la cheville droite, suite à
une chute de sa hauteur. Le patient descendait d’un
escalier de camion lorsqu’il a trébuché sur son pied
droit qui est resté bloqué en équin entre les pas dudit
escalier. Il était ensuite tombé avec réception sur
l’hémicorps droit. L’examen de la cheville
traumatisée avait noté une impotence fonctionnelle
absolue, une douleur vive, le pied en inversion
médiale avec équinisme, l’avant-pied dans son axe
et une double saillie latéro-postérieure (Figure 1). La
motricité et la sensibilité des orteils étaient
conservées. Le pouls pédieux était perçu. Aucun
signe de souffrance cutanée n’était observé.
Figure 1 : Aspect clinique de la luxation sous
talienne pure vue de face.
La radiographie de la cheville traumatisée avait
montré une perte de contact entre les surfaces
articulaires talo-calcanéenne et talo-naviculaire sans
solution de continuité osseuse associée (Figures 2a
et 2b).
Figure 2a Figure 2b
Figure 2 : Radiographie montrant la luxation sous
talienne pure. Noter l’absence de solution de
continuité. Incidence de face (2a) ; Incidence de
profil (2b).
1
2a
2b
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Le traitement a consisté en une réduction. Celle-ci a
été réalisée au bloc opératoire, patient en décubitus
dorsal sur table ordinaire, sous anesthésie générale.
Cette réduction était aisée, faite manuellement par
manœuvre externe dite de l’« arrache-botte ». Les
figures 3a, 3b et 3c montrent l’exécution de la
manœuvre de réduction et les aspects cliniques après
réduction.
Figure 3a : Manœuvre manuelle de réduction par la
technique d’« arrache-botte ».
Figure 3b : Aspect clinique post-réductionnel vu
externe.
Figure 3c : Aspect clinique post-réductionnel vu
interne.
Un déclic avait marqué la fin du geste. Ensuite le
membre était immobilisé dans une botte plâtrée
cheville à 9 pour trois semaines suivies d’une
attelle pendant trois semaines (Figures 4a, 4b et 4c).
Figure 4a : Stabilisation de la cheville par botte
plâtrée
Figure 4b : Radio de contrôle sous plâtre, montrant
une réduction anatomique de face.
Figure 4c : Radio de contrôle sous plâtre, montrant
une réduction anatomique de profil
Une interdiction d’appui sur le membre pendant 6
semaines était consignée. La tomodensitométrie de
contrôle réalisée à la sortie du bloc opératoire avait
confirmé la réduction anatomique et l’absence de
solution de continuité. L’hospitalisation avait permis
de surveiller l’absence d’éventuelles complications
sous plâtre. Le patient avait quitté l’hôpital le
lendemain de la réduction. A la consultation de suivi
8 semaines plus tard, aucune complication n’était
retrouvée. Le plâtre a été ablaté puis 30 séances de
3a
3b
3c
4a
4c
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rééducation motrice ont été ensuite prescrites. Enfin,
une information de suivi en cas de récidive était
délivrée au patient. A ce jour, le patient a repris son
travail et n’a pas présendes signes de récidive de
luxation.
COMMENTAIRE
Les luxations sous-taliennes surviennent dans un
contexte de traumatisme à haute énergie [4]. Les
circonstances grandes pourvoyeuses de
traumatismes à haute vélocité sont habituellement
les accidents de la voie publique et de sport. Chez les
sportifs de haut niveau, cette lésion n’est pas rare du
fait des manœuvres fréquentes d’éversion-inversion
du pied. Cependant, la survenue d’une luxation sous-
talienne suite à un accident de marche est
exceptionnelle. Les conditions anatomiques doivent
être réunies : un tibia minéralisé, solide et une bonne
coaptation des structures ligamentaires tibio-
taliennes. Autrement, on assisterait à une fracture du
pilon tibial, une fracture uni- ou bimalléolaire ou une
luxation tibio-talienne. Un autre aspect particulier
dans cette étude était la facilité de réduction. Les
auteurs s’attendaient à une interposition ligamentaire
rapportée par d’autres [5]. Une tomodensitométrie
doit être préalablement réalisée à la recherche
d’éventuelles incarcérations ligamentaires. Dans ce
dernier cas, l’indication de la réduction devient alors
chirurgicale associant une désincarcération
ligamentaire à une stabilisation par des broches.
Dans cette étude, le traitement était entièrement
orthopédique. Aucune complication post-
réductionnelle immédiate n’était observée. Les
auteurs pensent alors que le patient avait
probablement une prédisposition ligamentaire
notamment tibio-naviculaire. Enfin, le traitement
orthopédique des luxations sous-taliennes pures, ont
souvent un bon pronostic à court terme [6].
Toutefois, le cas de cette étude nécessite un suivi
constant à long terme à cause du risque consécutif
d’une éventuelle récidive. Ce risque n’épargne pas la
cheville controlatérale.
CONCLUSION
La luxation sous talienne demeure une lésion rare à
cause de l’existence de plusieurs articulations au
niveau de la cheville et de l’avant-pied. Il ressort de
notre étude que ce type de luxation peut également
survenir suite à un traumatisme minime. La
réduction est parfois facile suivie d’une bonne
récupération articulaire. Le traitement chirurgical est
envisagé lorsqu’il y a interposition ligamentaire,
osseuse ou une fracture associée.
REFERENCES
1. Nkaoui M, Boufettal M, Sasbou Y, Kharmaz
M, El Ouadaghiri M, Lamrani MO et al. Pure
internal subtalar dislocation: about a case. Pan
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4. Mamai O., Ilahiane M., El Berkani N., Lahrach
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5. Jarde O, Trinquier-Lautard JL, Mertl P, Van F,
Vives P. Subtalar dislocations. About of 35
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Boutayeb F. Luxation sous talienne pure : à
propos d’un cas. J Trauma Sport 2009;26(4):
250-2.
Conflit d’intérêt : aucun