ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 7, N°003/Décembre 2021 - 42
ARTICLE ORIGINAL
Actes dermatologiques : aspects épidémiologiques et anatomocliniques au Centre
National Hospitalier Universitaire de Bangui
Dermatological acts: Epidemiological and anatomoclinical aspects at Centre National
Hospitalier Universitaire de Bangui
Falmata Lénguébanga Gabouga1, Peggy Mboli-Goumba Guéréndo1, Osias Sillas Guerevick Yandi1, Léon
Kobangué2, Boniface Koffi3
1. Service de Dermatologie-Vénérologie du CNHU de Bangui
2. Faculté des Sciences de la Santé, Université de Bangui, République Centrafricaine
3. Service d’Anatomo-pathologie du Laboratoire National
Auteur correspondant : Lénguébanga Gabouga Falmata, service de Dermato-Vénérologie au CNHU de
Bangui. Tél : (236)75 322050 ; E-mail : gabougaf@gmail.com
Reçu le 23/08/2021 ; Accepté le 24/11/2021
RESUME
Objectif : Le but ce travail était de décrire les
aspects épidémiologiques et anatomocliniques des
actes dermatologiques au CNHU de Bangui.
Matériels et méthodes : Nous avions réalisé une
étude rétrospective descriptive allant du 1er janvier
2015 au 31 décembre 2016. Un questionnaire avait
permis de consigner les informations. Les données
étaient saisies sur le logiciel Excel 2007 et analysées
sur le logiciel Epi info version 6.
Résultats : Au total, 253 patients sur 1163 avaient
bénéficié d’un acte dermatologique soit 21,75%.
Nous avions obser une prédominance féminine
avec 54.55%. L’âge moyen était de 38 ans. Les
dermatoses d’étiologie tumorale faisaient l’objet de
plus d’actes soit 41,69%. Les actes dermatologiques
chirurgicaux étaient plus représentés par la biopsie
cutanée. Le personnel paramédical avait fait plus
d’actes dermatologiques que le dermatologue. Nous
n’avions pas de médecins généralistes.
Conclusion : La qualité des actes dermatologiques
reste un problème majeur dans nos milieux. Le pays
a très peu de dermatologues. Des efforts sont à
fournir dans ce sens afin d’améliorer la prestation
dermatologique.
Mots clés : actes dermatologiques, biopsie,
dermatologue, Bangui.
ABSTRACT
Objective: The aim of this work was to describe the
epidemiological and anatomoclinical aspects of
dermatological acts at the CNHU of Bangui.
Materials and methods: We had carried out a
descriptive retrospective study from January 1st,
2015 to 31st, 2016. A questionnaire had made it
possible to record the information. Data were
entered on the Excel 2007 software and analyzed
using Epi info version 6 software.
Results: In total 253 patients out of 1163 had
benefited from a dermatological procedure, i.e.
21.75%. We had observed a female predominance
with 54.55%. The average age was 38 years. Skin
conditions of tumoral etiology were subject to more
acts, i.e. 41.69%. Surgical dermatological acts were
more represented by skin biopsy. The paramedical
staff had performed more dermatological acts than
the dermatologist. We did not have any general
practitioner.
Conclusion: The quality of dermatological acts
remains a major problem in our circles. The country
has very few dermatologists. Efforts should be made
in this direction in order to improve the
dermatological service.
Keywords: dermatological acts, biopsy,
dermatologist, Bangui.
INTRODUCTION
Les actes dermatologiques sont des procédés à
visées diagnostiques et thérapeutiques effectués dans
un service de dermatologie [9]. Ils sont nombreux et
dépendent du niveau de développement d’un pays.
Dans les pays développés, il y a des
dermatologues en nombre suffisant et un plateau
technique bien équipé, les actes dermatologiques
sont très améliorés dans leurs qualités et donnent des
résultats souvent satisfaisants [1]. En Afrique Noire,
dans les régions tropicales, la consultation
dermatologique représente 30,41 % des activités du
service de médecine interne. Les affections de la
peau sont très répandues avec une prévalence de
62% [2- 6]. Cette augmentation des affections
dermatologiques a été renforcée par la pandémie du
VIH/SIDA, la précarité socio-économique, les
influences culturelles et les facteurs
environnementaux [7-10]. Malheureusement, la
moitié de ces pays n’ont pas de dermatologues en
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nombre suffisant [11-14]. Cela occasionne une faible
couverture en soin de la peau en occurrence les actes
dermatologiques et accroit le risque des
complications graves voire mortelles [15-19]. En
République Centrafricaine, la demande en soin de la
peau est importante, mais il y a très peu de
dermatologues avec un plateau technique dérisoire,
rendant la prestation dermatologique difficile dans le
pays. De nombreuses études ont été faites sur les
affections cutanées, mais très peu sur les actes
dermatologiques. L’objectif de notre étude était de
décrire le profil épidémiologique des patients ;
identifier les principaux actes dermatologiques
réalisés et décrire le profil des agents effectuant les
actes.
PATIENTS ET METHODE
Il s’agissait d’une étude rétrospective descriptive qui
a duré 24 mois allant du 1er Janvier 2015 au 31
Décembre 2016. Elle a été menée chez tout patient
d’âge et de sexe confondus, bénéficiant d’un acte
dermatologique durant la période de notre étude et
suivi au centre National Hospitalier et universitaire
de Bangui. Les variables étudiées étaient les données
épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques. Les
données ont été recueillies par des questionnaires
préétablis. La saisie et l’analyse des données avaient
été réalisées à l’aide des logiciels Epi-info version 6
et Excel 2007.
RESULTATS
Pendant la période d’étude, sur 1163 patients
colligés, 253 patients ont bénéficié des actes
dermatologiques, soit 21,75%. Le tableau I présente
la répartition des cas selon les tranches d’âge.
Tableau I : Répartition des cas selon les tranches
d’âge
Tranche d’âge
(ans)
Effectif
Pourcentage
0 -9
13
05,13
10- 19
34
13, 43
20-29
45
17,79
30-39
58
22,93
40-49
62
24, 51
50-59
32
12, 65
≥ 60
09
03, 56
Total
253
100
L’âge médian des patients était de 44,5 ans, et l’âge
moyen de 38 ans avec les extrêmes allant de 1 an à
75 ans. La répartition des cas selon le sexe dans
notre étude montrait une prédominance des femmes
avec 138 cas (54,55%) avec une sex-ratio H /F=0.83.
Figure 1 : Répartition des patients selon la
profession
Les plus représentés étaient les salariés avec 103 cas
soit 40,71% ; suivis des étudiants et élèves 76 cas
(30,03%) ; les sans-emplois 22 cas (8,7%) et les
retraités 8 cas (3,16%). La répartition selon la
résidence a montré que la majorité de nos patients
résidait à Bangui avec 233 cas soit 92,09% contre 20
cas (7,91%) de province. Les pathologies étaient
diagnostiquées sur arguments cliniques dans 144 cas
(56,92%) et cliniques dans 109 cas (43,08%).
La figure 2 présente la répartition des cas selon
l’indication des actes dermatologiques.
Figure 2 : Répartition des cas selon l’indication des
actes dermatologiques
Les actes dermatologiques étaient plus indiqués dans
un but diagnostique avec un pourcentage de
47.44% suivi de but thérapeutique 112 cas soit
44’26%. Dans notre série, les actes ont été réalisés
par l’infirmier dans 238 cas soit 94,08% contre 15
cas soit 5,92% par le dermatologue.
Tableau II : Répartition des actes dermatologiques
selon leurs natures
Les actes dermatologiques
Effectif
Pourcentage
Les actes Médicaux
43
17
Dermographisme
35
13,83
Photothérapie
0,2
0,79
Application locale de produits
0,1
0,39
Infiltration à l’aiguille
05
1,98
Actes Chirurgicaux
210
83
Biopsie cutanée partielle
81
32,01
Biopsie exérèse
75
29,64
Electrauterisation
54
21,34
Total
253
100
103
76
44
22 8
0
20
40
60
80
100
120
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Les matériels utilisés étaient uniquement des lames
bistouri, la seringue et le poste d’électrocoagulation.
La curette et le punch ne faisaient pas l’objet
d’usage pendant la période de l’étude. Le formol à
10% était l’unique fixateur utilisé. Le fixateur AFA,
et la congélation n’étaient pas disponibles. Parmi les
156 prélèvements, seulement 12 résultats ont été
documentés dans les dossiers des patients soit
7,69%, les restes étaient perdus de vus. Dans les
résultats obtenus, 10 diagnostics étiologiques
concordants ont été documentés soit 83.33%.
DISCUSSION
Parmi tous les dossiers collectés durant notre période
d’étude, 253 ont été conformes aux critères
d’inclusion, soit 21,75 % de l’ensemble de tous les
dossiers. Klugler et coll. [20] avaient trouvé un
pourcentage de 10% en France. Ceci pourrait
s’expliquer par le fait que les patients consultaient
tardivement avec un stade avancé à l’hôpital,
nécessitant beaucoup d’investigations par
conséquent beaucoup d’actes dermatologiques. Par
ailleurs la liste des actes dermatologiques, surtout
médicaux, est variable d’un auteur à l’autre. Nous
avons observé une prédominance féminine dans les
actes dermatologiques avec une fréquence de
54.55%. Ceci corrobore les études de Yann Guegan
[21] en Grande Bretagne qui avait observé 53,9% en
faveur du sexe féminin. Dans notre étude, l’âge
variait entre 1 an et 75 ans avec un âge moyen de 38
ans. La tranche d’âge de 40 à 49 ans était plus
représentée avec une fréquence de 24,51%. Ce
résultat diffère de celui de Dauendorffer et coll. [23]
en France, qui avaient trouun âge moyen de 52
ans ; ce qui pourrait s’expliquer par le fait que notre
population était trop jeune. Les salariés étaient le
groupe le plus représenté avec une fréquence de
40,71%, suivi par le groupe des étudiants et élève
avec 30,03%. La quasi-totalité des patients
résidaient de Bangui (la capitale) à cause de la
proximité et d’accessibilité des dermatologues. La
plupart des actes dermatologiques avaient un but
diagnostique avec une fréquence de 47.44 % suivi de
but thérapeutique à 44.26%. Ce résultat diffère de
celui de Yann Guegan [21] en Grande Bretagne qui
avait trouvé 96% des actes dermatologiques étaient à
but diagnostique contre 4% de but thérapeutique.
Les actes dermatologiques chirurgicaux
représentaient plus de 4 fois les actes médicaux. La
biopsie cutanée était plus représentée suivie de la
biopsie exérèse et d’électro cautérisation.
L’explication résiderait dans le fait que les actes
étaient à visée diagnostique.et que l’histologie est le
principal examen d’exploration du dermatologue. Le
personnel paramédical avait réalisé plus d’actes
dermatologiques avec un pourcentage de 94.08%,
alors que le dermatologue n’en n’avait pratiqque
5.92%.Il n’y a pas de médecin généraliste dans le
service. Ce résultat est comparable à celui de Yann
Guegan [21], en Grande Bretagne, qui avait trouvé
25 % des actes dermatologiques faits par le
dermatologue contre 75 % fait par le médecin
généraliste. Le matériel utilisé était uniquement la
lame de Bistouri. La curette et le punch n’étaient pas
utilisés. Morand et coll. [22] en France avaient par
contre montré que la majeure partie des biopsies
étaient réalisées à l’aide de punch. Le sous
équipement en serait la principale cause dans notre
centre. Le formol 10% était l’unique fixateur utilisé
dans le service pour des raisons de disponibilité. Ce
qui corrobore les études de Morand et coll. [22] en
France qui avaient retrouvé le Formol ou le fixateur
AFA. Parmi tous les prélèvements biopsiques,
seulement 12 résultats ont été documentés dans les
dossiers des patients. Par contre Dauendorffer et
coll. [23] en France avaient montré que tous les
résultats des examens complémentaires étaient
documentés. Dans les 156 prélèvements biopsiques,
seulement 12 résultats documentés dont 10 ont été
concordants soit un pourcentage de 83.33%. Ce
résultat est comparable à celui de Dauendorffer et
coll. [23] en France qui avaient trouvé 63.33% de
concordance entre le diagnostic clinique proposé et
le diagnostic histologique.
CONCLUSION
La prestation médicale dans le domaine de la
dermatologie vénérologie reste un problème majeur
dans nos milieux. Le nombre très insuffisant des
dermatologues, le plateau technique inadéquat, la
lenteur de la sortie des résultats des examens
anatomopathologiques pouvant confirmer ou
infirmer un diagnostic demeure un problème dans la
pratique dermatologique. Des efforts sont à fournir
dans ce sens pour améliorer les activités du service
dans les différents domaines : ressources humaines
suffisantes et qualifiées, infrastructure et équipement
acceptables afin de répondre aux besoins de la
population.
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