ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 7, N°003/Décembre 2021 - 22
ARTICLE ORIGINAL
Gestion de Covid-19 dans une société à Bangui en République Centrafricaine
Management of Covid-19 in a company in Bangui (Central African Republic)
Hermione Dahlia Mossoro-Kpinde1-2, Christian Diamant Mossoro-Kpinde3-4, Marcel Mbecko-Simaleko2, Eudes
Gbangba-Ngaï5, Henri Saint-Calvaire Diemer2, Boniface Koffi6.
1. Direction de la decine du Travail, Ministère du Travail, de l’emploi, de la Protection Sociale et de la
Formation Professionnelle, Bangui, République Centrafricaine ;
2. Département de Santé Publique, Faculté des Sciences de la Santé, Université de Bangui
3. Département des Sciences Biomédicales, Faculté des Sciences de la Santé, Université de Bangui
4. Laboratoire du CHU Maman Elisabeth DOMITIEN, Bimbo, République Centrafricaine ;
5. Infectiologue, Service de Santé des Armées ;
6. Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique, Bangui
Auteur correspondant : Dr Hermione Dahlia Mossoro-Kpinde,
E-mail: dahlia_m2003@yahoo.fr ; Tél. : + 236 72 20 22 16.
Reçu le 05/07/2021 ; Accepté le 20/10/2021
RÉSUMÉ
Objectif : Décrire la gestion de l’épidémie de
Covid-19 en Centrafrique.
Patients et Méthodes : avec la suspicion d’un 1er
cas, une société implantée à Bangui a saisi la
Direction de la Médecine du Travail. Un
questionnaire comprenant les données
sociodémographiques, professionnelles, les
éventuels signes cliniques, le nombre de jours
d’arrêt de travail a été mis en place et renseigné à
chaque fois qu’un personnel subissait un
prélèvement nasopharyngé pour la détection
qualitative de l’ARN du Sars-CoV-2 par RT-PCR
(réaction de polymérisation en chaîne précédé
d’une rétro-transcription). Les données ont été
saisies et analysées sur le logiciel épi info.
Résultats : cette société emploie 88 travailleurs
dont 22 femmes (25,0%) et 66 hommes (75,0%).
L’âge moyen était de 37,1 ans. Au total 45
personnes soit (51,1%) ont été prélevées, 9 femmes
(20,0%) et 36 hommes (80,0%). Tous étaient testés
positifs. Les catégories socioprofessionnelles
étaient réparties en 68,2% d’ouvriers, 21,2%
d’agents de maîtrise et 10,6% de cadres. La toux
était présente chez 38 employés (88,3%). La fièvre,
la perte de goût (agueusie) et de l’odorat (anosmie)
étaient présentes chez respectivement 32 (71%), 28
(62,2%) et 21 (46,7%) travailleurs. Sept (15,7%)
personnes étaient asymptomatiques. Dix-huit
(20,5%) personnes ont été mises en télétravail. La
durée totale de l’arrêt de travail pour toute
l’entreprise était de 440 jours en 2 mois.
Conclusion : la société a réorganiser le travail
avec la pratique de télétravail pour concilier la santé
des travailleurs et son rendement.
Mots clés : COVID-19, Santé sécurité au Travail,
Télétravail, Centrafrique.
ABSTRACT
Objective: To describe the management of the
Covid-19 epidemic in Central African Republic
(CAR).
Patients Methods: with suspicion of a 1st case, a
Company based in Bangui contacted the
Department of Occupational Medicine. A
questionnaire including socio-demographic and
professional data, any clinical signs, the number of
sick days leave was set up and filled in each time a
staff underwent a nasopharyngeal sample for the
qualitative detection of Sars-CoV-2. RT-PCR
(polymerase chain reaction preceded by reverse
transcription). The data were entered and analyzed
using the Epi-Info software.
Results: this company employs 88 workers
including 22 women (25,0%) and 66 men (75,0%).
The average age was 37.1 years. A total of 45
workers (51.1%) were sampled, 9 women (20.0%)
and 36 men (80.0%). All of them tested positive.
The socio-professional categories were divided into
68.2% workers, 21.2% supervisors and 10.6%
executives. Cough was present in 38 (88.3%)
employees. Fever, loss of taste (ageusia) and smell
(anosmia) were present respectively in 32 (71.0%),
28 (62.2%) and 21 (46.7%) workers. Seven (15.7%)
persons were asymptomatic. Eighteen (20.5%)
workers were put into telework. The total length of
leave of absence for the entire company was 440
days in 2 months.
Conclusion: The company had to reorganize work
with the practice of teleworking to reconcile
workers' health and performance.
Keywords: COVID-19, Health safety in a work
place, Teleworking, Central African Republic.
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 7, N°003/Décembre 2021 - 23
INTRODUCTION
La pandémie de la maladie au nouveau coronavirus
de 2019 (Covid-19 a commencé au début du mois
de décembre 2019 dans la ville de Wuhan, en
Chine, avant de se propager à travers le monde. La
transmission interhumaine du virus est confirmée
par l'Organisation Mondiale de la San(OMS) le
23 janvier 2020. Le taux de contamination est
estimé entre 1,4 et 2,5 d'après l'OMS, ce qui
représente une infectiosité modérée mais supérieure
à celle d'une grippe classique [1]. Le monde compte
37 millions de personnes touchées et environ 1
million de morts en décembre 2020 [2]. La
République centrafricaine à l’instar des autres pays
du monde, n’est pas épargnée par cette pandémie.
Plusieurs mesures ont été prises pour riposter à
cette crise qui, au départ était sanitaire mais s’est
transformée en véritable crise économique et
sociale. Depuis la notification du 1er cas de Covid-
19 le 14 mars 2020, la RCA totalise au 20 janvier
2021, 13 319 cas confirmés dont 6579 cas de
transmission locale et 108 décès [3]. La 2ème vague
de Covid-19 autant que la première n’a pas épargné
le monde du travail, qui a été profondément touché.
Une nouvelle équation s’est imposée aux acteurs du
monde du travail ; employeurs et travailleurs se
sont vus contraints d’adapter l’organisation du
travail au contexte sanitaire dans le but de
conserver une activité économique et une sécurité
sanitaire acceptable sur le lieu du travail. Dans le
cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19,
l’une des missions des services de Sécurité et Santé
au travail est d’adapter les conditions d’exercice et
les missions des services de santé au travail à
l’urgence sanitaire [4], sans permettre à
l’employeur d’effectuer des campagnes de
dépistage systématique et obligatoire à tout le
personnel [5]. Notre objectif était de décrire la
gestion de la pandémie à coronavirus au sein d’une
société privée en RCA.
PATIENTS ET METHODES
Cette étude a été menée par la Direction de la
Médecine du Travail (DMT), au sein d’une société
privée à Bangui, durant une période de 2 mois
allant du 2 avril au 2 juin 2020. La DMT est une
Direction placée sous tutelle du Ministère en charge
du Travail. Cette Direction a pour principale
mission, la promotion de la sécurité et san au
travail grâce entre autres à la prévention des
accidents de travail et des maladies
professionnelles. Elle accompagne les acteurs du
monde du travail depuis le début de cette crise, avec
la sensibilisation des employeurs et employés à la
mise en place des dispositifs de prévention de
Covid-19 voire de notification des cas. C’est ainsi
qu’avec la suspicion du 1er cas, une société
implantée à Bangui, capitale de la RCA a saisi la
DMT le 2 avril 2020. Une équipe de la DMT
constituée de Médecins et des Inspecteurs de
Travail, s’est rendue dans les locaux de la société
pour faire l’évaluation de risque et contribuer avec
le médecin responsable du service de Médecine du
travail de l’entreprise (qui n’est pas spécialisé en
Médecine du Travail), à la mise en place du
dispositif de lutte contre la Covid-19 dans
l’entreprise. Un questionnaire a été mis en place et
renseigné à chaque fois qu’un personnel était
prélevé. Ce questionnaire comprenait les données
sociodémographiques, socioprofessionnelles, les
éventuels signes cliniques, le nombre de jours
d’arrêt de travail. Un prélèvement nasopharyngé
était effectué pour faire le diagnostic de la maladie.
Le test RT-PCR (réaction de polymérisation en
chaîne précédé d’une rétro-transcription) sur la
plateforme Xpert® Xpress SARS-CoV-2 (Cepheid®,
Sunnyvale, CA, USA) a servi pour la détection
qualitative de l’ARN du Sars-CoV-2 au Laboratoire
National de Biologie Clinique et de SanPublique.
Les données ont été saisies et analysées sur le
logiciel Epi-Info. Cette étude s’est déroulée dans le
respect des règles éthiques de la recherche.
RESULTATS
Cette société emploie 88 travailleurs et fonctionne à
feu continu, selon un roulement de 8 heures. Vingt-
deux (22) travailleurs (25,0%) étaient de sexe
féminin et 66 de sexe masculin (75,0%), soit un
sex-ratio (H/F) de 3,0. L’âge moyen était de 37,1
ans avec des extrêmes de 19 et 60 ans. Les
différentes catégories socio-professionnelles étaient
réparties selon les grades en 68,2% d’ouvriers,
21,2% d’agents de maîtrise et 10,6% de cadre
(tableau I).
Tableau I : Répartition des travailleurs par catégorie
professionnelle
Catégorie
professionnelle
Homme
Femme
Total
n
%
n
n
Cadre supérieur
6
6,8
3
9
Cadres moyens
12
13,6
7
19
Ouvrier
48
54,5
12
60
Total
66
75
22
88
La fréquence des symptômes est présentée dans le
tableau II. Dans 15,7% des cas, les personnes
étaient asymptomatiques et ont été dépistée car elles
étaient des personnes contactes. Au total 45
personnes soit (51,1%) ont été prélevées dont 9
femmes (20,0%) et 36 hommes (80,0%). Tous
étaient testés positifs. Quarante-trois (43)
travailleurs soit 48,9%, n’ont pas été testés. Dix-
huit (20,45%) personnes ont été mises en
télétravail. Dès que le test RT-PCR était positif,
l’employé était mis en quarantaine pour une durée
de 2 semaines. L’arrêt de travail a être prolongé
de 2 semaines pour 3 d’entre eux pour cause de
persistance des symptômes et de positivité du test
RT-PCR. Le travailleur ne pouvait reprendre le
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service qu’après un test RT-PCR de contrôle
négatif. La durée totale de l’arrêt de travail pour
toute l’entreprise durant la période de 2 mois de
l’étude était de 3520 heures de travail, soit 440
jours.
Tableau II : Fréquence des symptômes renseignés
chez les travailleurs
Symptôme
Effectif
Fréquence
Fièvre
32
71
Toux
38
88,3
Perte de goût
21
46,7
Perte d’odorât
28
62,2
Obstruction nasale
16
35
DISCUSSION
L’objectif de ce travail était de décrire la gestion de
la pandémie de Covid-19 au sein d’une société
privée en RCA. Cette société employait 88
travailleurs, disposait d’un service de decine du
travail avec, à la tête, un médecin d’une autre
spécialité. Quarante-cinq (51,1%) travailleurs ont
été prélevés et testé positifs. La participation
relativement moyenne des travailleurs était
probablement due aux craintes et rumeurs circulant
autour de l’infection au Sars Cov 2. Ces résultats
montrent que la stigmatisation liée à la Covid-19
voire à toute autre maladie est un obstacle majeur à
l’accès aux soins ; les malades, par crainte de ce
phénomène ne fréquentent pas les services de santé
[6]. Dans notre étude la majorité de ceux qui
avaient accepté le dépistage avait déjà des signes
cliniques ; seuls 15,7% étaient asymptomatiques.
Plaçais et al dans leur mise au point notaient des
valeurs similaires (17,9% de patients
asymptomatiques) [7]. Les porteurs du virus ne
présentant pas de signe peuvent cependant
transmettre la maladie. Nos résultats seraient peut-
être sous-estimés, ce qui constituait un danger pour
les autres travailleurs. Les autres travailleurs ayant
été testés positifs présentaient fréquemment la toux
et la fièvre dans des proportions respectives de
88,3% et 71,0%. L’infection par le Sars-CoV-2 se
manifeste essentiellement par une atteinte
respiratoire. Plaçais notaient que 67,8% de sa série
présentait la toux et 88,7% la fièvre [7]. Les autres
symptômes fréquemment présentés par les
travailleurs étaient l’anosmie (62,2%), l’agueusie
(46,7%) et l’obstruction nasale (35%). Ces données
sont légèrement supérieures à celles de Bessis qui
avaient retrouvé 55,3% de cas d’anosmie [2].
Plaçais quant à lui a rapporté une augmentation des
consultations médicales pour anosmie/agueusie [7].
Neuf (20,45%) personnels dépistés ont été mis en
télétravail. L’employeur a l’obligation de
déterminer, en fonction de l’évaluation des risques
encourus sur les lieux de travail, les mesures de
prévention les plus pertinentes et notamment
l’adaptation des modes opératoires, des conditions
de travail en planifiant la technique, l’organisation
du travail [5]. En effet les entreprises ont été
encouragées à réorganiser le travail et à adopter le
télétravail [8]. Cependant le travailleur est exposé
aux risques professionnels tels que l’isolement
social et professionnel, les difficultés de gestion du
temps, le stress du fait d’incohérence entre les
objectifs et les moyens [8]. La politique de mise en
quarantaine tout en conservant la rémunération des
travailleurs demeure un danger pour la vie des
sociétés [9], d’ l’intérêt du télétravail lorsque
l’état du travailleur le permet pour conserver la
productivité et le rendement. Parmi les travailleurs
symptomatiques 3 avaient perdu 4 semaines de
travail ; ceci était dû à la persistance des symptômes
et de la positivité de leur test PCR. La durée des
symptômes de COVID-19 est souvent plus longue
que 2 semaines [10]. Il est dans ces conditions
nécessaire de trouver le juste milieu entre protéger
les travailleurs des effets directs du covid-19 et les
répercussions sur les activités commerciales et
économiques [8,11]. Ceci nécessite une certaine
technologie mais pose également le problème
d’adaptation des travailleurs [12]. Les problèmes de
connexion internet et de délestage en RCA ne
rendant pas facile ce mode de travail ; la
productivité des travailleurs s’en trouve donc
diminuée et les charges des entreprises seraient
dans ces conditions relativement augmentées.
CONCLUSION
Plus de la moitié du personnel a contracté le Covid-
19 en 2 mois dans cette entreprise avec perte de 440
jours de travail. La société a réorganiser le
travail avec la pratique de télétravail pour concilier
la santé des travailleurs malades ou
asymptomatiques, la préservation de la sécurité et
santé au travail du reste du personnel et son
rendement.
REFERENCES
1. Organisation Mondiale de la Santé. Chronologie
de l’action de l’OMS face à la COVID-19.
Dernière mise à jour : 29 janvier 2021. Genève,
OMS, 2021. Consulté le 20 avril 2021 sur le
site : https://www.who.int/fr/news/item/29-06-
2020-covidtimeline.
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4. Fantoni Quinton S. Implication des services de
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
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20li%C3%A9e%2%C3%A0%20la%20COVID
19%20%C3%A0%20l%E2%80%99%C3%A9g
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