ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 7, N°001/Avril 2021 - 7
DISCUSSION
L’objectif de ce travail était d’analyser la filière des
déchets d’activités de soins depuis la production
jusqu’à l’élimination pour en déceler les lacunes afin
d’y remédier. Les différents services du CHUPB
produisent quotidiennement des déchets en quantité
variant de 3 à 10 Kg en fonction des services avec un
maximum au bloc opératoire. Le minimum (3 Kg)
est observé au laboratoire où ils ne jettent que les
aiguilles utilisées pour les prélèvements et les
tampons, très peu de seringues sont utilisées. Les
tubes et les lames sont réutilisés. De plus le
laboratoire de CHUPB ne réalise pas tous les
examens de laboratoire. Ce taux minimum est
également observé en unité D qui prend en charge
les malnutris où très peu de gestes invasifs sont
pratiqués. Tous les services du CHUPB utilisent des
objets piquants et tranchants. Mor Ndiaye et al au
Sénégal notaient également que tous les services
enquêtés produisaient des déchets tranchants et
piquants et ceux de sang et autres fluides corporels
[10]. La RCA, zone d’endémie palustre, est un pays
où sévit également la drépanocytose, dont l’une des
complications est l’anémie. Au cours de ces deux
maladies, la transfusion sanguine est souvent
nécessaire ; ce qui expliquerait le fait que 88,9 % des
services ont parmi leurs déchets, des poches de sang
et des poches de solutés divers. Dans tous les
services du CHUPB, au moins une personne est
identifiée pour la gestion de DAS, mais la personne
n’a pas été formée à cet effet. Ce même constat est
fait par Nkongue Njaqi A au Kenya [11]. Mor
Ndiaye et al en 2012 relevait que les connaissances
sur la gestion des DBM étaient jugées suffisantes par
62,6% des personnes ayant la responsabilité de la
gestion des DBM [10]. Le manque de formation et
d’information sur la gestion des déchets expose
d’avantage la personne qui en a la charge aux risques
de contamination, notamment les AES. La formation
est une pièce clé dans la gestion des déchets de soins
médicaux [4] De plus, il n’y a pas de procédure de
gestion de ces déchets. L’absence de formation et de
procédure concernant la gestion des DASRI se
conjuguent et exposent fortement non seulement la
personne en charge de ces déchets mais également
toute la population qui gravite autour de ces déchets
et l’environnement [1]. Chacun a sa part de
responsabilité depuis la production jusqu’à la
destruction des déchets [2]. Mais seulement 33,3%
des services attribuent cette responsabilité aux
infirmiers (producteurs de déchets) et aux
techniciens de surface (responsables de la collecte,
du stockage et de la destruction des déchets). Les
producteurs ne se sentent donc pas responsables de
ces déchets et ne les trient pas à la source (poubelles
dédiées). Le fait que les déchets trainent surtout
lorsqu’ils contiennent des objets piquants et
tranchants pourraient être à l’origine des AES.
L’exemple du laboratoire (où les déchets sont triés,
les aiguilles et les tampons ont des poubelles dédiées
à chacune des 2 catégories) est à copier et à appliquer
à tous les services. Ceux qui ont la responsabilité de
la gestion des déchets n’ont pas reçu de formation,
ni pendant leur formation de base, ni à l’occasion de
leur embauche. Ce constat a été également rapporté
au Kenya par Nkonge Njaqi et al lors d’une enquête
CAP sur la gestion des déchets en milieu hospitalier
[11]. Le personnel, non formé à cet effet, est donc
très exposé aux AES qui peuvent survenir avec les
DAS. Les mauvaises pratiques en matière de déchets
d’activités de soins et leurs conséquences néfastes
constituent un problème évitable [12]. Le besoin de
formation initiale et continue en matière de gestion
des déchets est crucial. Les collecteurs de déchets
piquants et tranchants étaient en nombre insuffisant
et ne respectaient pas les codes conventionnels
notamment les couleurs indiquées, ni les limites de
remplissage [1-3,13]. Les collecteurs n’étaient
apportés au lit du malade que dans 11,1% des
services. Gzara et al notaient par contre que 31% des
personnes interrogées lors de leur enquête n’avaient
pas de collecteur à portée des mains lors des soins
[14]. Le fait de transvaser les déchets accroît sa
manipulation et expose aux AES. Le tri des déchets
n’était effectif que dans 11,1% des services et les
contrôles n’étaient effectués que dans 22,2% des
services. Ce fait augmente la quantité des DASRI
puisque tous les déchets assimilés aux ordures
ménagère contenant des DASRI ou mélangés à ces
derniers sont considérés entièrement comme des
DASRI et doivent être traités comme tels [1].
L’OMS recommande la minimisation des déchets
dont une étape importante est le tri à la production
[4]. Le personnel de santé fait partie de ceux pour
lesquels le vaccin contre l’hépatite B est obligatoire
depuis 1991 en France [15]. Cela n’est pas encore
une obligation pour celui de la RCA. Ce vaccin vient
à peine d’être introduit dans le programme élargi de
vaccination, mais ne concerne que les enfants de 0 à
59 mois selon les recommandations de l’OMS.
Pourtant, la RCA fait partie des pays de forte
endémicité pour l’hépatite B [9]. Le personnel de
soins, non vacciné contre le VHB est donc très
vulnérable dans le cadre de son travail. Les
recommandations de Cotonou, élaborées en 2008
demandent que tout le personnel de santé soit
immunisé contre le VHB [16]. En France il n’y a
plus de séroconversion professionnelle pour le VHB
depuis des décennies [17]. Le personnel à risque est
vacciné sinon ceux qui ne sont pas immunisés
reçoivent des immunoglobulines en cas d’AES [18].
La manipulation des déchets depuis la production
jusqu’à l’élimination devrait respecter les normes
[1,19]. La mauvaise gestion des déchets couplée à
l’absence de port d’équipement de protection
individuel (EPI) sont encore fréquentes en milieu de
soins et sont également rapportées par Baudu A et
al en France qui relevait que sur 7 AES, 2 personnels
seulement avaient un collecteur d’objets piquant et
tranchant à proximité [18]. Afin d’éviter les AES, le