ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL 7, N°003/Décembre 2021 - 4
ARTICLE ORIGINAL
Aspects épidémiologique et bactériologique des sinusites maxillaires chroniques à
Bangui
Epidemiological and bacteriological aspects of chronic maxillary sinusitis in Bangui
Frédéric Kossinda1, Eudes Gbangba-Ngai2, Jean Ruffin Malendoma3, Ulrich Vickos4, Germain Piamale5,
Christian Diamant Mossoro-Kpinde6
1. Service d’oto-rhino-laryngologie (ORL) du CHU Maman Elisabeth Domitien de Bimbo, Centrafrique
2. Service des Maladies Infectieuses des Armées, Bangui, Centrafrique
3. Service d’oto-rhino-laryngologie (ORL) du Centre National Hospitalier Universitaire de Bangui (CNHUB),
4. Unité de Maladies Infectieuses et Tropicales au CHU de l’Amitié Sino-Centrafricaine de Bangui
5. Ecole Doctorale des Sciences de la Santé Humaine et Vétérinaire, FACSS
6. Laboratoire de Biologie Médicale, du CHU Maman Elisabeth Domitien de Bimbo
Auteur correspondant : Dr Frédéric Kossinda, Service d’ORL du Centre Hospitalier Universitaire Maman
Elisabeth Domitien de Bimbo (République Centrafricaine), BP 2792 Tél (00236)72722789 / 0023675345320.
Email: frederickossinda@yahoo.fr Reçu le 09/06/2021 ; Accepté le 22/09/2021
RESUME
Objectif : l’objectif de cette étude était de
déterminer le profil épidémiologique des germes
impliqués dans les sinusites maxillaires chroniques
et de proposer une antibiothérapie efficiente.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
descriptive couvrant la période du 1er janvier 2018
au 31 décembre 2020, menée au service d’ORL du
CHUMED de Bimbo. Etaient inclus, tous patients
quel que soit l’âge et le sexe, vus en consultation
externe pour une sinusite maxillaire chronique. Pour
chaque patient inclus, un prélèvement de pus a été
pratiqué dans le sinus maxillaire puis acheminé pour
des examens bactériologiques avec antibiogramme.
Résultats : Au total 73 patients, âgés en moyenne de
29,10 ans présentaient une sinusite maxillaire
chronique. Des 73 prélèvements, 68 cultures étaient
positives (93,15%). Le germe le plus fréquemment
présent était Streptoccocus pneumoniae (56,16%). Il
était sensible à l’association Amoxicilline/Acide
Clavulanique (90,24%), Céfotaxime (92,68%) et
Cotrimoxazole (82,93%).
Conclusion : Cette étude révèle que les sinusites
maxillaires chroniques sont plus courantes chez les
adultes jeunes.
Mots Clés : Sinusite ; Bactériologie,
Antibiothérapie, Bangui.
ABSTRACT
Objective: the objective of this study was to
determine the epidemiological profile of the germs
involved in chronic maxillary sinusitis and to
propose an efficient antibiotic therapy.
Patients and methods: This was a descriptive study
covering the period from January 1st, 2018 to
December 31st, 2020 conducted in the ENT
department of CHUMED of Bimbo. Were included
all patients regardless of age and sex, seen in an
outpatient setting for chronic maxillary sinusitis. For
each patient included, a sample of pus was taken
from the maxillary sinus and then sent for
bacteriological examinations with antibiogram.
Results: A total of 73 patients, aged in average
29.10 years, presented with chronic maxillary
sinusitis. Out of the 73 samples, 68 cultures were
positive (93.15%). The most frequently present germ
was Streptoccocus pneumoniae (56.16%). It was
sensitive to the combination amoxicillin/clavulanic
acid (90.24%), cefotaxime (92.68%) and
cotrimoxazole (82.93%).
Conclusion: This study reveals that chronic
maxillary sinusitis is more common in young adults.
Keywords: Sinusitis, bacteriology, antibiotic
therapy, Bangui.
.
INTRODUCTION
Les sinusites sont des inflammations de la muqueuse
d’un ou de plusieurs sinus de la face. Les
localisations maxillaires sont fréquentes chez
l’adulte [1,2]. Les sinusites deviennent chroniques
lorsqu’elles persistent depuis plus de douze
semaines [3]. L’analyse bactériologique des
prélèvements de l’écoulement purulent au méat
moyen permet d’apprécier l’écologie microbienne.
L'antibiothérapie probabiliste dans la prise en charge
des sinusites maxillaires chroniques repose sur une
étude préalable de l'écologie bactérienne du milieu
[4]. En République Centrafricaine (RCA), les
sinusites maxillaires chroniques (SMC) sont peu
documentées et le recours à l’antibiothérapie
probabiliste est très courant. C’est dans ce contexte
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que nous avons mené cette étude dont l’objectif était
de décrire le profil épidémiologique des patients
atteints de SMC et identifier les germes impliqués
afin de proposer un algorithme pour la prise en
charge de ces affections.
PATIENTS ET METHODES
Cette étude descriptive a été menée au service
d’ORL et de Chirurgie Cervico-faciale du Centre
Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth Domitien
(CHUMED) de Bimbo. Etaient inclus tous les
patients adultes et enfants, vus en consultation
externe du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020,
soit 3 ans, pour une sinusite maxillaire chronique
évoluant depuis plus de 12 semaines. Pour chaque
patient inclus, un prélèvement de pus a été pratiqué
de façon stérile par aspiration à l’aide d’une seringue
de 10 cc, introduite à travers le trocart de la ponction
dans le sinus maxillaire après anesthésie locale et
acheminé dans les minutes qui ont suivi au
laboratoire du CHUMED. Des examens
bactériologiques l’état frais et après coloration de
gram) et une culture sur des milieux spécifiques
(enrichissement, isolement de Chapman et des
milieux A et B de King) ont été effectués avec
antibiogramme réalisé selon la méthode de diffusion
sur gélose de Mueller-Hinton. N’ont pas été retenus :
les patients en hospitalisation dans le service, ceux
qui venaient pour un contrôle et ceux qui n’avaient
pas d’écoulement purulent à prélever. Les
paramètres sociodémographiques (âge, sexe),
bactériologiques (profil des germes et leur sensibilité
aux antibiotiques) étaient étudiés. L’analyse des
données a été faite à l’aide du logiciel Epi info 7.
RESULTATS
Au total, 73 patients présentaient une sinusite
maxillaire chronique durant la période de cette
étude. La moyenne d’âge était de 29,10 ans avec des
extrêmes de 14 et 73 ans. Le sexe masculin
représentait 52,1% des cas soit un sex-ratio de 1,08.
Les patients appartenaient à la tranche d’âge de 15 à
29 ans dans 52,05% (tableau I).
Tableau I : Répartition des patients selon le sexe et
la tranche d’âge
Tranches d’âge
(années)
Sexe
Total
Masculin
Féminin
≤14
3
6
15 à 29
18
38
30 à 44
12
21
45 à 59
3
6
≥ 60
2
2
Total
38
73
L’analyse bactériologique des prélèvements
effectués chez tous les patients inclus a permis de
retrouver 68 (93,15%) cas de culture positive contre
5 (6,85%) de culture stérile. Parmi les germes isolés,
il y avait Streptoccocus pneumoniaedans dans
56,16% des cas, suivi de Staphylococcus aureus
(10,96%) et Proteus mirabilis (9,59%) (Tableau II).
La fréquence des différentes souches bactériennes
isolées est présentée dans le tableau III.
Tableau II : Fréquence des germes isolés
Germes
Nombre (n= 73)
(%)
Absence de germes
5
6,85
Candicaalbicans
2
2,74
Cytobacterfreundii
2
2,74
Klebsiella oxythoca
5
6,85
Proteus mirabilis
7
9,59
Streptocoque pneumoniae
41
56,16
Staphylocoque aureus
8
10,96
Xanthomonas maltophilia
3
4,11
Tableau III : Sensibilité des principaux germes aux antibiotiques
Antibiotique
Streptocoque
pneumoniae
(Nombre de
souches = 41)
Sensibilité
(%)
Staphylocoques
aureus
(Nombre de
souches = 8)
Sensibilité
(%)
Proteus
mirabilis
(Nombre de
souches = 7)
Sensibilité
(%)
Amoxicilline
25
60,98
5
62,50
4
57,14
Amoxicilline/Acide clavulanique
37
90,24
7
87,50
7
100,00
Ampicilline
0
0,00
0
0,00
4
57,14
Céfotaxime
38
92,68
7
87,50
6
85,71
Chlorampénicol
15
36,59
4
50,00
3
42,86
Ciprofloxacine
18
43,90
4
50,00
4
57,14
Cotrimoxazole
34
82,93
7
87,50
6
85,71
Gentamycine
20
48,78
4
50,00
3
42,86
DISCUSSION
Cette étude visait à résoudre la problématique de la
prise en charge des sinusites maxillaires chroniques
dans un contexte les malades sont souvent
démunis et l’accès aux antibiotiques est difficile.
Aussi, les résultats devraient servir à élaborer un
algorithme pour la prise en charge. Notre étude a
concerné surtout des jeunes adultes âgés en
moyenne de 29,10 ans avec une légère
prédominance masculine. Nos données se
rapprochent de celles d’une étude réalisée à Lomé
[4] qui avait retrouvé un âge moyen de 34,08 ans
avec des extrêmes allant de 16 à 79 ans. L’analyse
des prélèvements a retrouvé 93,15% des cultures
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positives. La proportion de culture stérile dans notre
étude était de 6,85%. De nombreux auteurs ont
rapporté une proportion variable de culture stérile
variant entre 14,28 % et 32% [4-6]. Les cultures
négatives peuvent s'expliquer de différentes
manières : une mauvaise technique de prélèvement
d’échantillons, l’utilisation de récipients non
adaptés, un délai d'acheminement de l’échantillon
trop long, une mauvaise qualité de milieu de
culture, une insuffisance quantitative et qualitative
de milieu de culture rendant impossible l’isolement
de certains germes, et l’automédication pratiquée
par certains patients qui rend stérile les
prélèvements [4]. Les germes les plus fréquemment
rencontrés dans notre étude étaient Streptoccocus
pneumoniae (60,29), Staphylococcus aureus
(11,76%) et Proteus myrabilis (10,29%) comme
cela a été constaté à Lomé avec Streptoccocus
pneumoniae au premier rang, suivi de
Staphylococcus aureus et les streptocoques du
groupe A[4]. Cette étude confirme l’omniprésence
de Streptoccocus pneumoniae et Staphylococcus
aureus dans les sinusites maxillaires chroniques
dans la sous-région. En outre, cette prédominance
des deux germes est rapportée dans d’autres études
[7,8]. En définitive, de nombreux auteurs
s’accordent pour dire que Staphylococcus aureus
est le principal agent causal des sinusites
maxillaires [9-11]. Concernant l’étude de la
sensibilité des germes aux antibiotiques,
Streptoccocus pneumoniae, Staphyloccocus aureus
et Proteus mirabilis isolés présentaient une
sensibilité de l’ordre de 92,68 à 100% à
l’association amoxicilline/acide clavulanique et à la
céfotaxime. Les travaux d’Amana et al [4] ont
montré une sensibilité à l’association
amoxicilline/acide clavulanique de l’ordre de 100%
sur Streptoccocus pneumoniae et Staphyloccocus
aureus. Une étude réalisée par Passali et al [12] a
prouvé l’efficacité de l’association
amoxicilline/acide clavulanique dans les
rhinosinusites. La particularité dans notre étude
réside dans la sensibilité au cotrimoxazole
retrouvée dans une proportion de 82,9 à 87,5%.
Cette molécule présente l’avantage d’être
accessible et peu coûteux mais présente
l’inconvénient lié aux risques graves d’anémie
hémolytique immuno-allergiques et d’aplasie
médullaire surtout chez les sujets de plus de 65 ans.
Compte tenu de l’utilisation systématique de cette
molécule dans la prévention des infections
opportunistes chez les sujets vivant avec le VIH, les
sinusites seraient moins fréquentes chez ces
derniers. Ce constat nous autorise à suggérer des
modifications de nos habitudes thérapeutiques
actuelles en faveur de premières drogues suscitées.
CONCLUSION
Les sinusites maxillaires chroniques sont des
infections oto-rhino-laryngologiques (ORL) très
courantes. Elles touchent essentiellement les jeunes
adultes. Les germes souvent en cause sont S.
pneumoniae, S aureus et P. mirabilis. Ils présentent
une bonne sensibilité à l’association
Amoxicilline/Acide Clavulanique, Céfotaxime
justifiant le choix de l’antibiotique de première
intention.
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