
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 –
Figue 3 : Encéphalocèle rompue
Une antibiothérapie à base d’Ampicilline : 145 mg
toutes les 12 heures et Gentamicine : 12 mg par jour
n’a pas empêché l'évolution vers le décès du
nouveau-né après 48 heures d’hospitalisation.
DISCUSSION
Les encéphalocèles peuvent être divisées en
plusieurs groupes. Deux classifications ont été
proposées, la classification de Suwanwela qui
distingue cinq groupes (postérieurs, de la voute,
frontoéthmoïdale, basales, cranioschisis) et la
classification de Nager qui distingue deux grands
types (celles situées au niveau de la voûte crânienne
ou encéphalocèles postérieures et celles développées
au niveau de la base du crâne ou encéphalocèles
antérieures) [6,7]. Les signes cliniques dans les deux
observations ont fortement évoqué une
encéphalocèle occipitale. Les encéphalocèles
résultent d'anomalies de la neurulation primaire, lors
du passage de la plaque neurale en tube neural, avec
séparation du neurectoblaste et de l'ectoblaste, et
libération des cellules des crêtes neurales. Lors de la
neurulation primaire, l'os du crâne qui provient des
crêtes neurales, présente un défaut de
développement osseux localisé, ainsi les feuillets
ectoblastiques ne fusionnent pas et ne recouvrent pas
les tissus neurectoblastiques. Cependant les bords de
la lésion sont en continuité avec le revêtement
cutané, ce qui explique peut-être qu'une
épidermisation secondaire partielle puisse avoir lieu.
L’étiopathogénie pourrait reposer sur une déficience
locale du mésenchyme formant le crâne chez
l’embryon avec adhésion anormale du
neuroectoderme à l’ectoderme de surface [8]. À ce
jour, aucune étiologie n’est prouvée de manière
certaine. Certains facteurs ont été évoqués, comme
les déficits vitaminiques (B1 par exemple), certains
produits de l’industrie chimique comme «l’agent
orange», le jeune âge maternel (moins de 20
ans) et la multiparité. Par contre, il n’y a aucune
relation avec l’âge paternel [9]. Certains facteurs ont
été retrouvés chez les mères des nouveau-nés de nos
observations. En effet, la mère du premier bébé était
une adolescente de 18 ans, tandis que celle du 2
ème
enfant était une grande multipare. Des facteurs
genetiques sont aussi evoqués : les auteurs
rapportent qu’il y a une corrélation entre le taux de
folate dans le globule rouge en période
périconceptionnelle et les défects du tube neural. Ce
taux de folate a un déterminisme génétique. Il s’agit
selon ces auteurs du gène C677T codant pour la
5,10-methylenetetrahydrofolate réductase qui est une
enzyme pivot dans le métabolisme des folates. Dans
la forme homozygote, le taux de folate
érythrocytaire est de 20% inférieure à la normale
expliquant ainsi que la prévalence du génotype TT
est élevée de façon significative chez les enfants
porteurs de défects du tube neural et chez leurs
parents [8,10,11]. L’analyse de certains cas
familiaux suggère parfois une transmission
monogénique mendélienne, autosomique récessive
ou autosomique dominante. Zhao et al. [12] ont
décrit une famille chinoise qui a souffert
d’encéphalocèle occipitale sur cinq générations avec
un mode de transmission autosomique dominante. Il
y avait 113 membres dans cette famille, et 21 d’entre
eux avaient une encéphalocèle occipitale. Il n’y avait
pas de notion de consanguinité. Sur le plan clinique,
les encéphalocèles occipitales sont généralement
diagnostiquées en anténatal grâce à l’échographie
obstétricale ou après la naissance par la visualisation
d’une masse médiane siégeant sur le segment
céphalique occipital, recouverte ou non d’une peau
saine[13]. Le diagnostic dans les deux cas n’étaient
posé qu’à la naissance, alors qu’une échographie a
été faite pour le 1
er
cas au 2
ème
trimestre. Cela pose le
problème de la fiabilité de l’échographie
morphologique faite. La mortalité varie entre 20 et
36% pour un suivi entre 1 mois à 20 ans [14]. Les
deux enfants de notre série étaient décédés, même si
l’un d’eux a survécu 45 jours après une intervention
chirurgicale. Les facteurs de la mortalité décrit dans
la littérature sont représentés par : une taille de
l’encéphalocèle supérieure ou égale au périmètre
crânien, l’association à une hydrocéphalie et lorsque
l’âge du nouveau-né est inférieur à 15 jours [2,3,14].
Dans plusieurs pays développés la prévention par le
conseil génétique et la prise d’acide folique en
période periconceptionnelle, d’une part, la précision
du diagnostic anténatal, la légalisation de
l’avortement thérapeutique, d’autre part ont fait
baisser la prévalence des défects du tube neural [5].
Dans nos deux observations les diagnostics
antenatales n’ont pas été clairement établis. La
décision de l’avortement thérapeutique pour cette
malformation grave et incompatible avec la vie
extra-uterine aurait pu être prise. Les deux meres
présentaient des facteurs de risques élévés de trouble
de fermeture du tube neural. La prévention par
l’administration de l’acide folique aurait pu être faite
si elles étaient correctement suivies en consultation
prénatale.