
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
une séroconversion VIH entre 4 semaines et 6 mois
après l’exposition [1]. Beaucoup de données
épidémiologiques concernant la survenue des AES a
été obtenue par des études faites en Amérique du
Nord et en Europe [2]. En France sur plus de 20 ans,
l’Institut National de Veille Sanitaire (InVS) a relevé
14 cas de séroconversion documentée malgré les
mesures de prévention de plus en plus performantes
[3]. Sur les 37,9 millions de personnes vivants avec
le VIH dans le monde, 25,8 millions vivent en
Afrique sub-saharienne en 2019 [4]. Dans les pays
en voie de développement les procédures de
prévention et la prise en charge d’infections
d’origine professionnelle ne sont pas suffisamment
mises en place. Très peu de cas de séroconversion
professionnelles ont été rapportées. En Afrique sub-
saharienne, seulement 5 cas de séroconversion
professionnelle VIH documentés ont été rapportés: 4
en Afrique du Sud, et une en Zambie [5]. La RCA,
pays à ressources limitées, a une forte prévalence
(3,6%) pour le VIH (ONUSIDA), les Hépatites B
(15%) [6]. Ce pays, comme beaucoup d’autres, a
une pénurie en personnel de soins. Le plan de
transition du secteur de santé (PTSS) en RCA 2015-
2017 déplore l’insuffisance en ressources humaines
pour la santé en quantité et en qualité (un médecin
pour 22000 habitants) [7]. Des études antérieures ont
montré l’inexistence de système de surveillance
d’AES, une prévalence de 54% d’AES déclarés et
une insuffisance notamment biologique de leur prise
en charge ont rapporté limité seulement au VIH [8].
Depuis 2012, il a été instauré une surveillance des
AES au Complexe Pédiatrique de Bangui, seul
établissement de soins où exerce un médecin du
travail. Cette surveillance s’inscrit dans le cadre de
la gestion des AES. Dans cette étude nous décrivons
le 1
er
cas de sérocnversion professionnelle pour le
VIH documentée en RCA.
OBSERVATION
Il s’agit d’un étudiant en médecine âgé de 28 ans, en
fin de formation, qui réalisait, en urgence, une
laparotomie le 24 janvier 2016, mais qui ne portait
pas tout le matériel de protection individuelle
nécessaire. Il portait un calot, un masque
respiratoire, un tablier imperméable sur une blouse
ordinaire, une paire de gant, des bottes. Il n’avait pas
de casaque. Le patient était de sexe féminin, la
sérologie VIH faisait partie du bilan pé-opératoire et
était positive. Au cours de l’intervention, l’étudiant a
été victime d’une coupure qualifiée de profonde au
niveau de l’avant-bras gauche, avec la lame de
bistouri qu’il utilisait. La désinfection a été faite
immédiatement avec la polyvidone iodée. Le jour
même de l’accident, le patient, victime de l’accident
a été pris en charge par le Médecin du Travail. Après
un counseling chez le patient source et chez la
victime, des sérologies ont été réalisées par tests
rapides respectivement pour le VIH par l’association
détermine
®
(Alere, Japon) et Unigold (Trinity
Biotech, Irlande) [9], Triplex
®
HIV, HBsAg HCV
(Biosynex, Strasbourg, France) [10] pour le VHB
(AgHBs), et le VHC (Ac Anti HVC). La source était
positive pour le VIH, négative pour le VHB et le
VHC. La victime négative pour le VIH et le VHC
mais positive pour le VHB. Une prophylaxie post
exposition a été mise en route à base de Duovir
®
(Zidovudine+Lamivudine) et Kaletra
®
(Lopinavir/r)
pendant un mois. Une surveillance clinique et
biologique avec sérologies VIH, VHB, VHC, et les
transaminases. L’accident a été déclaré. Au 2
ème
mois après l’accident, le contrôle de la sérologie
VIH est revenu positif pour la victime, confirmée
par les tests ELISA de 4
ème
génération avec
l’association Genscreen
®
HIV-1/2 Version 2 (Bio-
Rad, France) et Murex
®
HIV 1.2.0 (Biotech limited,
Angleterre) le 28 mars 2016. Une leucopénie a été
mise en évidence (2,9 giga/l) et le taux CD4 était de
950 cellules/mm
3
. La victime a été orientée vers un
centre de traitement ambulatoire pour la prise en
charge de sa séropositivité pour le VIH, un
accompagnement psychologique a été fait par le
Médecin du Travail.
DISCUSSION
Cinq ans après la mise en place de la surveillance
des AES, le 1
er
cas de séroconversion
professionnelle est documenté. La victime n’a pas
porté tous les équipements de protection
individuelle, notamment la casaque dont le stock
était épuisé à cause du nombre important des cas
d’urgence opérés cette nuit-là. Ainsi l’avant-bras de
la victime se trouvait particulièrement exposé durant
l’intervention chirurgicale. La non utilisation
d’équipement de protection par manque ou par
négligence du personnel favorise la survenue des
accidents comme l’a relevé certains auteurs [11,12].
Les travaux antérieurs réalisés en Centrafrique ont
montré une sous déclaration des AES et une
insuffisance de prise en charge [8]. L’insuffisance
de prise en charge laisserait supposer la survenue
d’autres cas de séroconversion qui seraient passées
inaperçues à cause de la sous déclaration. Cette sous
déclaration d’AES est relevée en occident et
particulièrement en Afrique où la prévalence d’AES
peut atteindre 50% du personnel [8,11,13]. Les AES
constituent donc un problème de santé publique en
Afrique, notamment en Centrafrique, pays en voie
de développement qui n’a pas de programme
national de gestion des AES. La sous déclaration de
ces accidents [11,12] et les difficultés de leur prise
en charge augmentent le risque de séroconversion
[13]. La question de la prévention et de la gestion
financière des AES demeure. Les recommandations
de Cotonou issues du 1
er
colloque francophone sur
les AES et la protection du personnel de santé en
Afrique, organisé en marge du 7
ème
Congrès
Panafricain de Santé au Travail, adressées aux
décideurs politiques, aux gestionnaires, aux
professionnels de santé et aux préventeurs,
proposent des axes spécifiques pour la prévention du
risque infectieux professionnel du personnel