
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 –
DISCUSSION
Au cours de notre étude, 60,79% des enquêtés
étaient des donneurs fidélisés, volontaires et non
rémunérés. Cette proportion paraît satisfaisante
même si l’OMS recommande 80 à 100% des
donneurs volontaires et non rémunérés [1, 10]. La
prédominance des hommes (95,52%) au cours de
notre étude est générale en Afrique [1]. Ceci pourrait
être attribué à des préjugés socioculturels selon quoi
la femme au cours de son cycle menstruel perd
régulièrement du sang et n’est pas mieux indiquée
pour faire un don de sang par rapport à l’homme [9].
Parmi nos enquêtés, 2,61% des hommes et 2,90%
des femmes ont affirmé être bien informés sur le
VHB contre 68,59% des hommes versus 20,59% des
femmes qui ont affirmé avoir peu d’informations sur
le VHB sans différence entre les groupes (p =
0,348). Notre résultat sur la faible information sur le
VHB est similaire aux 68,8% obtenus par Lawson-
Ananissoh au Togo en 2015 [14] mais inférieur aux
91,6% obtenus par Brouard en Fance
Métropolliatine en 2012 [15]. Cette faible
connaissance voire absence totale d’information sur
le VHB constatée chez nos enquêtés est due pour la
plupart au bas niveau d’instruction où l’on note un
taux bas d’universitaires dans notre série (13,28%).
Ce taux bas d’universitaires est également retrouvé
par Patassi et al. Au Togo en 2008 [16]. Ainsi donc,
favoriser l’éducation des populations serait un
moyen important dans la lutte contre cette maladie
en Centrafrique. Cette éducation pourrait s’appuyer
sur les médias (télévision, radio, internet) qui sont
des canaux substantiels et les hôpitaux considérés
comme un lieu de rencontre pour l’information,
l’éducation et la sensibilisation des populations sur
l’HVB. L’accès facile aux moyens de
communication en particulier l’internet pourrait
permettre aussi une meilleure sensibilisation et
information des populations surtout les jeunes sur le
VHB et ainsi contribuer à améliorer la sécurité
transfusionnelle dans le pays. Ces campagnes de
sensibilisation doivent être soutenues et se baser sur
ces canaux de communication afin d’atteindre
plusieurs personnes surtout dans des zones rurales
du pays. Dans notre série, 68,95% de nos enquêtés
déclarent n’avoir aucune information sur le VHB
parmi eux, 76,47% des femmes. Ces résultats sont
supérieurs aux 64% obtenus par Boutayeb en 2010
chez les donneurs de sang en France Métropollitaine
[17]. Ces différences pourraient être expliquées par
le niveau d’instruction très bas chez nos enquêtés.
D’une manière générale, la connaissance des
donneurs enquêtés sur le mode de transmission et de
prévention du VHB est mauvaise. Ce même constat
a été fait par Vignier et Jestin [18]. Toutefois,
83,33% des mariés (X
2
= 39,98 ; p= 0,00002) et
35,71% des donneurs âgés de plus de 50 ans (X
2
=
39,48 ; p= 0,00003) avaient une bonne connaissance
sur l’hépatite virale B. Ces résultats montrent que le
statut matrimonial et l’âge influenceraient le niveau
d’information et d’éducation sur un problème de
santé donné. Les femmes et les ménagères étaient
plus touchées par le VHB avec respectivement
20,59% et 33,33% des cas sans différence
significative entre les variables (p> 0,05). Cette
situation s’expliquerait par l’ignorance de la
population sur le mode de transmission et de
prévention de l’hépatite virale B eu égard au taux
élevé d’analphabétisation dans le pays. La recherche
de facteurs de risques au sein de notre cohorte a
permis de noter essentiellement le partenariat
multiple, le rapport sexuel précoce avant 14 ans, le
partage de seringues et d’aiguilles, les antécédents
familiaux d’exposition au VHB, le rapport sexuel
non protégé, le tatouage, les soins dentaires et le
partage des rasoirs. De tous ces facteurs, les
donneurs avec antécédents familiaux d’exposition et
le partage d’aiguilles et de seringues semblaient
deux fois plus exposés avec respectivement [OR =
2,41 ; IC95% = 0,71-7,89] et [OR = 2,12 ; IC95% =
0,49-9,03]. Notre population d’étude étant très jeune
avec 77,23% des sujets âgés de moins de 30 ans,
sexuellement active, adopterait facilement ces
comportements à risque, d’où nécessité d’une
sensibilisation des jeunes à l’école, au niveau des
lycées et d’Université. Des cours sur le VHB doivent
être insérés dans les programmes nationaux des
enseignements au niveau des écoles et des facultés.
L’analyse de l’association entre le portage du VHB
et les facteurs de risques avait montré une
association non statistiquement significative (p>
0,05). Toutefois, ces risques demeurent importants et
constituent de potentielle source de contamination
de l’infection au VHB surtout la transmission
sexuelle et la transmission de la mère à l’enfant
comme l’avait déjà signalé certains auteurs [6]. Dans
notre série, 1,19% des enquêtés avaient affirmé être
vaccinés contre le VHB. Cette faible proportion des
vaccinés était également retrouvée par Lawson-
Ananissoh au Togo [14]. Cette situation
s’expliquerait par le fait que, la politique sanitaire du
pays ne met pas l’accent particulier sur les moyens
de préventions et de lutte contre le VHB.
L’introduction du vaccin pentavalent (DTC-HepB-
Hib) dans le Programme Elargi de Vaccination de
routine (PEV) à la 6
eme
semaine dès la naissance est
un atout majeur dans la lutte contre l’HVB, mais ne
prévient pas la transmission de la mère à l’enfant.
Toutefois, l’élaboration et la mise en application
d’un plan national de lutte contre les hépatites
virales en général et les hépatites virales B en
particulier incluant une prise en charge financière
par l’Etat demeure une piste de solution efficace de
lutte contre le VHB dans le pays et d’amélioration
de la sécurité transfusionnelle. La distribution de
l’antigène Hbs selon les paramètres étudiés avait
montré une séroprévalence de 14,86% au cours de
cette étude. Ces résultats se rapprochent des 15,5%
obtenus par Komas et al, en 2010 chez les jeunes en
âge scolaire à Bangui [6] mais diffèrent des