ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
ARTICLE ORIGINAL
Evaluation des Facteurs de risques et de niveau de connaissances des donneurs de sang
sur l’infection au Virus de l’hépatite B à Bangui, Centrafrique
Evaluation of Risk Factors and Knowledge Level of Blood Donors on Hepatitis B Virus
Infection in Bangui, CAR
Wilfrid Sylvain NAMBEI
1
, Dieu Béni RAWAGO MANDJIZA
2
, Alain Blaise N’DOMACKRAH
3
1- Département des Sciences Biomédicales, Faculté des Sciences de la Santé, Université de Bangui
2- Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique.
3- Centre National de Transfusion Sanguine, Bangui, RCA.
Auteur correspondant : Wilfrid Sylvain NAMBEI ; mail : wilfrid.nambei@gmail.com, tel : 236 75 5090 75.
Reçu le 18/03/2019 ; Accepté le 22/05/2019
RESUME
Objectif : L’objectif de cette étude était d’identifier
les facteurs de risques associés et d’évaluer le niveau
de connaissances des donneurs de sang à Bangui,
Centrafrique sur l’infection au VHB
Matériels et Méthodes : Nous avons mené une
étude transversale et analytique d’août à octobre
2016 au Centre National de Transfusion
Sanguine(CNTS) à Bangui. Des entretiens
individuels ont été menés et des données ont été
collectées sur la base d’un questionnaire. La
recherche de l’antigène Hbs (AgHbs) a été réalisée
chez les enquêtés en utilisant la méthode
immunochromatographique de type sandwich de
Cypress® diagnostic. Le test X2 de Fisher exact
était utilisé pour comparer les proportions entre les
différentes variables analysées.
Résultats : Au total, 760 donneurs étaient inclus
dont 462 (63,52%) étaient des donneurs fidélisés. On
notait une prédominance masculine. L’âge moyen
était 26,42±7,32 ans. Parmi les enquêtés, 68,95%
n’étaient pas informés sur le mode de transmission
et de prévention du VHB. Les femmes étaient les
plus nombreuses à ne pas être informées sur le VHB.
Ceux avec antécédent familial d’exposition au VHB
étaient deux fois au moins plus exposés [ORbrut =
2,41 ; IC95% = 0,71-7,89] au VHB.
Conclusion : Ces résultats ont montré que la
sécurité transfusionnelle pose un véritable problème
en Centrafrique. Il apparait indispensable, qu’au
niveau national une coordination basée sur les
donneurs fidélisés non munérés soit mise en place
pour informer et sensibiliser la population sur les
modes de transmission et de prévention du VHB.
Mots clés : Donneurs de sang, niveau de
connaissance, facteurs de risques, VHB,
Centrafrique.
ABSTRACT
Objective: The aims of this study was to identify
risk factors and to evaluate the level of Knowledge
of hepatitis B viruses among blood donors in
Bangui, Central Africa Republic
Materials and Methods: We carried out a cross-
sectional and analysis study took place to august
from October 2016 in National Blood Center.
Individual interview was conducted and
questionnaire were used. Antigen (AgHbs) testing
was conducted in the survey using the sandwich
immunochromatographic method of Cypress®
diagnostic. Chi-square test of Fisher was used to
compare the proportions between the analyzed
variables.
Results: A total of 760 were included, among whom
462 (60. 79%) were voluntary and loyalty donors.
The male predominantly. The mean age of
participants was 26. 42±7.32 years. In all
participants, 68.95% confirmed that they had not
informed of this disease. The women were more
numerous not to be informed. The donor who family
were infected by HBV were more infected [ORbrut=
2. 41; IC95% = 0. 71-7. 89].
Conclusion: Our finding indicate that blood safety
remains a major problem in Central Africa Republic
and there is an urgency need for a national blood
transfusion program in Central Africa republic that
will establish a nationally coordinated blood service
based on the principles of voluntary and loyalty
blood donation to inform the population on the mode
of transmission and prevention of the disease.
Keywords: Blood donors, HBV, knowledge, Risk
associated, Central Africa Republic.
37
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
INTRODUCTION
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS),
afin d’assurer la sécurité transfusionnelle et de
fournir à la population une quantité suffisante de
sang, il faudrait prélever des donneurs volontaires,
réguliers et non rémunérés [1]. En Afrique au Sud
du Sahara, 12,5% des patients transfusés présentent
un risque d’hépatite post-transfusionnelle [2]. Un
sang contaminé transfusé à d’énormes conséquences
sur l’état de santé du patient en termes de morbidité
et mortalité [2,3]. L’infection par le virus de
l’hépatite B (VHB) constitue un problème majeur de
santé publique dans le monde en général et en
Afrique subsaharienne en particulier. Ces pays, font
face à une réalité de demande sans cesse croissante
des produits de transfusion et ont une prévalence très
élevée des infections transmissibles par la
transfusion sanguine [3,4]. Leurs programmes
nationaux de transfusion sont inadéquats [5]. Ainsi,
afin d’améliorer la sécurité transfusionnelle en
Afrique, l’OMS a adopté une stratégie dont
l’objectif était la mise en place d’un document de
politique nationale de transfusion sanguine dans
chaque pays. Cette stratégie inclut le recrutement
régulier de volontaires non rémunérés, le dépistage
de toutes les infections transmissibles par la
transfusion, la mise en place d’une infrastructure
adéquate de transfusion, la présence des personnels
qualifiés et la disponibilité des ressources
financières [5]. En République Centrafricaine, la
prévalence de l’infection par le VHB est
diversement appréciée selon les études [6,7], et qu’il
n’existe pas de données sur l’évaluation des
connaissances et attitudes des patients sur l’infection
par le VHB. Ainsi, il nous a donc semblé opportun
d’évaluer les connaissances des donneurs sur les
modes de transmission, de prévention du VHB et
identifier les facteurs de risque liés au VHB. Ceci
devra permettre de contribuer à formuler des
stratégies efficaces pour améliorer la sécurité
transfusionnelle.
MATERIELS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale analytique
menée au Centre National de Transfusion sanguine
(CNTS) de Bangui du 1
er
août au 30 octobre 2016,
soit une période de trois mois. Des entretiens
individuels ont été menés auprès des donneurs de
sang adultes des deux sexes tout venant aptes à
donner leur sang lors de l’entretien de pré don. Ces
entretiens ont été conduits sur la base d’un
questionnaire élaboré et administré
systématiquement aux enquêtés après leur
consentement éclairé. Les données recueillies étaient
les caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe,
niveau d’instruction, statut matrimonial, activités
professionnelles, type de donneur). Les donneurs
étaient informés des objectifs de l’étude. Afin de
garantir l’anonymat et la confidentialité des données
recueillies, un code d’identification avait été attrib
à chaque donneur lors de l’analyse des données.
Pour tous les donneurs, la recherche de l’antigène
HBs (AgHBs) a éréalisée systématiquement chez
les enquêtés en utilisant la méthode
immunochromatographique de type sandwich de
Cypress® diagnostic.
Les paramètres d’intérêt de l’étude ont été décrits de
la manière suivante : (i) nous avons établi une
échelle de cotation du niveau de connaissance
comme suit : Contamination par le sang coté à 2,
Contamination par le rapport sexuel coté à 2,
Contamination par la salive coté à 1, Connaissance
d’au moins un signe clinique coté à 1, Mode de
protection : préservatif, seringue à usage unique,
éviter de partager les objets personnels (rasoir,
coupe ongle, seringue + aiguille) co à 2 et
existence d’un vaccin coté à 2 soit un score total de
10. Ainsi : - une cote égale à 10 signifie bonne
connaissance, - une cote inférieure à 10 et supérieure
à 4 signifie peu de connaissance, et - une cote
inférieure à 4 signifie absence de connaissance, (ii)
nous avons défini les variables quantitatives
suivantes : le nombre des donneurs durant l’étude, le
nombre des donneurs inclus, le nombre des donneurs
non inclus, la moyenne et l’écart- type d’âge, l’âge
moyen au premier rapport sexuel, (iii) nous avons
défini des indicateurs d’analyse de niveau de
connaissance des donneurs sur l’infection par le
VHB et des indicateurs d’analyse de comportements
à risque de ces donneurs incluant l’antécédent
familial d’exposition au VHB, le rapport sexuel non
protégé, le partage d’aiguille et de seringue, le
rapport sexuel précoce <14 ans, les partenaires
multiples, le tatouage, les soins dentaires et le
partage de rasoir.
Les données ont été saisies sur le logiciel Excel
2007, puis importées pour être analysées à l’aide du
logiciel Epi Info version 7. Le test de Chi
2
de Fisher
exact avait été utilisé pour comparer les proportions.
Nous avons utilisé le modèle d’analyse uni variée et
bi variée avec gression logistique pour calculer le
Odds Ratio (ORs) avec IC à 95%. Pour un p-value <
0,05, la valeur d’ORs était en faveur d’une
association statistiquement significative.
La clairance éthique a érequise pour cette étude
N°16/UB/FACSS/CSCVPER/16.
RESULTATS
Au total, 760 donneurs de sang étaient inclus. Parmi
eux 726 (95,52%) hommes et 34 (4,48%) femmes
avec un sex-ratio de 21,35. L’âge des donneurs était
de 16 à 58 ans avec une moyenne de 26,42±7,32 ans
et une médiane à 25 ans. La tranche d’âge de 20 à 29
ans était plus représentée avec 515 donneurs
(67,76%). Le niveau d’instruction était secondaire
dans 504 (66,31%) des cas. Les célibataires
représentaient 394 cas (51,84%) des donneurs et les
donneurs fidélisés 462 cas (60,79%) des cas (tableau
I).
38
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Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
Tableau I: Caractéristiques sociodémographiques
des donneurs de sang à Bangui.
Catégorie
Effectif Total
N = 760
Fréquence
(%)
Sexe
M
726
95,52
F
34
4,48
Tranche d'âge (an)
< 20
72
9,47
20-29
515
67,76
30-39
118
15,53
40-49
43
5,66
≥ 50
12
1,58
Niveau d'instruction
Non scolarisé
11
1,45
Primaire
144
18,95
Secondaire
504
66,31
Supérieur
101
13,29
Statut matrimonial
Mariés
4
0,53
Célibataires
394
51,84
Concubinage
357
46,97
Divorcés
3
0,4
Veufs
2
0,26
Activités professionnelles
Commerçants
168
22,1
Conducteurs
56
7,37
Elève
165
21,71
Etudiants
79
10,4
Fonctionnaires
62
8,15
Ménager (es)
6
0,79
Autres*
224
29,48
Type de donneurs
1
er
don
298
39,21
Donneurs
fidèles
462
60,79
*Autres = Cultivateurs, artisans, éleveurs,
Répartition des donneurs par niveau de
connaissance sur le VHB selon les variables
analysées.
Au total, 19 (2,63%) enquêtés avaient une bonne
connaissance sur le mode de transmission et de
prévention du VHB, 26 femmes (76,47%) et 209
hommes soit 28,78% n’avaient aucune connaissance
sur le VHB. La tranche d’âge de 50 ans et plus était
mieux informée sur le mode de transmission et de
prévention du VHB avec 5 cas soit 35,70% par
rapport aux tranches d’âge inférieur à 29 ans. Cette
absence d’information était beaucoup plus marquée
chez les moins de 20 ans avec 70 cas (97,22%) avec
une différence significative entre les tranches d’âge
(p = 0,00003). Selon le statut matrimonial, les
mariés étaient beaucoup mieux informés avec 5 cas
soit 83,33% que les célibataires avec 2,29% avec
une différence significative (p = 0,00002) entre les
groupes. Par rapport au niveau d’instruction, les
donneurs du niveau primaire avaient une proportion
élevée de manque de connaissance, 97,20% versus
35,6% du niveau supérieur (p = 0,00001). Il en était
de même pour les élèves avec 90,91% de manque de
connaissance versus 37,10% chez les fonctionnaires.
Les étudiants étaient peu informés avec 46,84% (p =
0,00001) (tableau II).
Distribution de l’AgHbs+ selon les variables
analysées.
La proportion du VHB était de 14,86% chez les
donneurs de sang. Les femmes étaient plus
concernées avec 20,59% sans différence entre les
sexes (p = 0,27). La tranche d’âge inférieure à 20
ans était significativement plus touchée avec 22,22%
(p = 0,03). Les libataires et ceux qui vivent en
concubinage avaient une proportion de 12,24% et
13,72% respectivement sans différence significative
entre le statut matrimonial (p = 0,1). Les donneurs
non scolarisés et ceux du niveau supérieur avaient
une proportion de 16,6% et 15,84% respectivement
(p= 0,36). Cette proportion était non
significativement élevée chez les ménager (es) avec
33,33% sans différence entre les types d’activités
menées (p = 0,2775). Par ailleurs, elle était
significativement élevée avec 22,15% chez les
premiers donneurs (p = 0,00001) (tableau III).
Facteurs de risques étudiés.
Selon les facteurs de risques étudiés, les donneurs de
sang avec antécédent familial d’expositions au VHB
et ceux avec antécédent de partage d’aiguille et
seringue semblaient deux fois plus exposés au VHB
avec respectivement [OR
brut
= 2,41 ; IC95% = 0,71-
7,89] et [OR
brut
= 2,12 ; IC95% = 0,49-9,03] sans
différence significative entre les facteurs étudiés p>
0,05 (tableau IV). Neuf enquêtés soit 1,19% étaient
vaccinés contre l’hépatite B.
39
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
Tableau II : Répartition des donneurs de sang selon le niveau de connaissance sur le VHB et selon les variables
étudiées
Variables
Connaissance sur VHB
Moins bonne
Absence
Chi2
p-value
Effectif (%)
Effectif (%)
Sexe
0,21
0,348
M
498 (68,59)
209 (28,78)
F
7 (20,59)
26 (76,47)
Tranche d'âge (an)
39,48
<0,001
< 20
2 (2,78)
70 (97,22)
20-29
122 (23,08)
389 (75,53)
30-39
62 (25,54)
48 (40,68)
40-49
25 (60,97)
11 (26,82)
≥ 50
3 (21,43)
6 (42,86)
Statut matrimonial
39,98
<0,001
Célibataire
82 (20,86)
302 (76,84)
Concubinage
128 (58,18)
220 (61,79)
Divorcé
2 (66,67)
1 (33,33)
Marié
0 (0)
1 (16,67)
Veuf
2 (100)
0 (0)
Niveau d'instruction
16,62
<0,001
Non scolarisé
1 (9,09)
10 (90,9)
Primaire
4 (2,8)
139 (97,2)
Secondaire
161 (30,67)
359 (68,4)
Supérieur
48 (47,52)
36 (35,6)
Activités professionnelle
87,3
<0,001
Commerçants
47 (27,98)
120 (71,43)
Conducteur
15 (26,79)
41 (73,21)
Elève
15 (9,09)
150 (90,91)
Etudiant
37 (46,84)
38 (48,10)
Fonctionnaire
27 (43,55)
23 (37,10)
Ménager (es)
1 (16,67)
5 (83,33)
Autres
72 (32,14)
142 (64,73)
40
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Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
Tableau III : Distribution de l’AgHbs chez les donneurs de sang selon les variables analysées.
Variables
Antigène Hbs positif
Antigène Hbs négatif
Chi2
p-value
Effectif
%
Effectif
%
113
14,86
647
85,14
Sexe
0,32
0,27
M
106
14,6
620
85,4
F
7
20,59
27
79,41
Tranche d'âge (an)
3,8
0,03
< 20
16
22,22
56
77,78
20 -29
75
14,56
440
85,4
30 -39
13
12,71
105
87,29
40 -49
9
18,6
34
81,4
≥ 50
0
0
12
100
Statut Matrimonial
1,1
0,1
Célibataire
64
12,24
330
83,76
Concubinage
49
13,72
308
86,28
Divorcé
0
0
3
100
Mariés
0
0
4
100
Veufs
0
0
2
100
Niveau d’instruction
0,71
0,36
Non Scolarisé
2
16,6
9
83,2
Primaire
25
17,5
119
86,3
Secondaire
70
13,7
434
86,3
Supérieur
16
15,84
85
84,16
Activités Professionnelles
1,04
0,2775
Commerçants
25
14,88
143
85,12
Conducteur
8
14,28
48
85,72
Elève
30
18,07
136
81,92
Etudiant
13
16,45
66
83,55
Fonctionnaire
7
11,29
55
88,71
Ménager (e)
2
33,33
4
66,67
Autres
28
12,5
196
87,5
Type de Donneur
19,9
<0,001
1
er
don
66
22,15
232
77,85
Donneur fidèle
47
10,17
415
89,83
Tableau IV: Facteurs de Risques étudiés
Facteurs de Risques
Nombre de cas
AgHbs+ (%)
OR [ IC95% ]
p-value
Partenaire multiple
283
45 (15,90)
1,12 [0,74-1,69]
0,333
Rapport sexuel non protégé
376
60 (15,95)
1,17 [0,78-1,75]
0,2683
Tatouage
115
20 (17,39)
1,25 [0,73-2,11]
0,2806
Soins dentaires
48
7 (14,58)
1,02 [0,45-2,31]
0,58
Antécédent familial au VHB
47
3 (6,38)
2,41 [0,71-7,89]
0,09
Partage d'aiguille et seringue
28
2 (7,14)
2,12 [0,49-9,03]
0,23
Partage coupe ongle
120
19 (15,83)
1,09 [0,63-1,36]
0,435
Rapport sexuel précoce < 14 ans
99
14 (14,14)
1,05 [0,5-1,9]
0,495
Partage de rasoir
42
8 (19,04)
1,37 [0,61-3,04]
0,314
0R = Odds Ratio, IC = Intervalle de Confiance, Ag = Antigène
41
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Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
DISCUSSION
Au cours de notre étude, 60,79% des enquêtés
étaient des donneurs fidélisés, volontaires et non
rémunérés. Cette proportion paraît satisfaisante
même si l’OMS recommande 80 à 100% des
donneurs volontaires et non rémunérés [1, 10]. La
prédominance des hommes (95,52%) au cours de
notre étude est générale en Afrique [1]. Ceci pourrait
être attribué à des préjugés socioculturels selon quoi
la femme au cours de son cycle menstruel perd
régulièrement du sang et n’est pas mieux indiquée
pour faire un don de sang par rapport à l’homme [9].
Parmi nos enquêtés, 2,61% des hommes et 2,90%
des femmes ont affirmé être bien informés sur le
VHB contre 68,59% des hommes versus 20,59% des
femmes qui ont affirmé avoir peu d’informations sur
le VHB sans différence entre les groupes (p =
0,348). Notre résultat sur la faible information sur le
VHB est similaire aux 68,8% obtenus par Lawson-
Ananissoh au Togo en 2015 [14] mais inférieur aux
91,6% obtenus par Brouard en Fance
Métropolliatine en 2012 [15]. Cette faible
connaissance voire absence totale d’information sur
le VHB constatée chez nos enquêtés est due pour la
plupart au bas niveau d’instruction l’on note un
taux bas d’universitaires dans notre série (13,28%).
Ce taux bas d’universitaires est également retrouvé
par Patassi et al. Au Togo en 2008 [16]. Ainsi donc,
favoriser l’éducation des populations serait un
moyen important dans la lutte contre cette maladie
en Centrafrique. Cette éducation pourrait s’appuyer
sur les médias (télévision, radio, internet) qui sont
des canaux substantiels et les hôpitaux considérés
comme un lieu de rencontre pour l’information,
l’éducation et la sensibilisation des populations sur
l’HVB. L’accès facile aux moyens de
communication en particulier l’internet pourrait
permettre aussi une meilleure sensibilisation et
information des populations surtout les jeunes sur le
VHB et ainsi contribuer à améliorer la sécurité
transfusionnelle dans le pays. Ces campagnes de
sensibilisation doivent être soutenues et se baser sur
ces canaux de communication afin d’atteindre
plusieurs personnes surtout dans des zones rurales
du pays. Dans notre série, 68,95% de nos enquêtés
déclarent n’avoir aucune information sur le VHB
parmi eux, 76,47% des femmes. Ces résultats sont
supérieurs aux 64% obtenus par Boutayeb en 2010
chez les donneurs de sang en France Métropollitaine
[17]. Ces différences pourraient être expliquées par
le niveau d’instruction très bas chez nos enquêtés.
D’une manière générale, la connaissance des
donneurs enquêtés sur le mode de transmission et de
prévention du VHB est mauvaise. Ce même constat
a été fait par Vignier et Jestin [18]. Toutefois,
83,33% des mariés (X
2
= 39,98 ; p= 0,00002) et
35,71% des donneurs âgés de plus de 50 ans (X
2
=
39,48 ; p= 0,00003) avaient une bonne connaissance
sur l’hépatite virale B. Ces résultats montrent que le
statut matrimonial et l’âge influenceraient le niveau
d’information et d’éducation sur un problème de
santé donné. Les femmes et les nagères étaient
plus touchées par le VHB avec respectivement
20,59% et 33,33% des cas sans différence
significative entre les variables (p> 0,05). Cette
situation s’expliquerait par l’ignorance de la
population sur le mode de transmission et de
prévention de l’hépatite virale B eu égard au taux
élevé d’analphabétisation dans le pays. La recherche
de facteurs de risques au sein de notre cohorte a
permis de noter essentiellement le partenariat
multiple, le rapport sexuel précoce avant 14 ans, le
partage de seringues et d’aiguilles, les antécédents
familiaux d’exposition au VHB, le rapport sexuel
non protégé, le tatouage, les soins dentaires et le
partage des rasoirs. De tous ces facteurs, les
donneurs avec antécédents familiaux d’exposition et
le partage d’aiguilles et de seringues semblaient
deux fois plus exposés avec respectivement [OR =
2,41 ; IC95% = 0,71-7,89] et [OR = 2,12 ; IC95% =
0,49-9,03]. Notre population d’étude étant très jeune
avec 77,23% des sujets âgés de moins de 30 ans,
sexuellement active, adopterait facilement ces
comportements à risque, d’où nécessité d’une
sensibilisation des jeunes à l’école, au niveau des
lycées et d’Université. Des cours sur le VHB doivent
être insérés dans les programmes nationaux des
enseignements au niveau des écoles et des facultés.
L’analyse de l’association entre le portage du VHB
et les facteurs de risques avait montré une
association non statistiquement significative (p>
0,05). Toutefois, ces risques demeurent importants et
constituent de potentielle source de contamination
de l’infection au VHB surtout la transmission
sexuelle et la transmission de la mère à l’enfant
comme l’avait déjà signalé certains auteurs [6]. Dans
notre série, 1,19% des enquêtés avaient affirmé être
vaccinés contre le VHB. Cette faible proportion des
vaccinés était également retrouvée par Lawson-
Ananissoh au Togo [14]. Cette situation
s’expliquerait par le fait que, la politique sanitaire du
pays ne met pas l’accent particulier sur les moyens
de préventions et de lutte contre le VHB.
L’introduction du vaccin pentavalent (DTC-HepB-
Hib) dans le Programme Elargi de Vaccination de
routine (PEV) à la 6
eme
semaine dès la naissance est
un atout majeur dans la lutte contre l’HVB, mais ne
prévient pas la transmission de la mère à l’enfant.
Toutefois, l’élaboration et la mise en application
d’un plan national de lutte contre les hépatites
virales en général et les hépatites virales B en
particulier incluant une prise en charge financière
par l’Etat demeure une piste de solution efficace de
lutte contre le VHB dans le pays et d’amélioration
de la sécurité transfusionnelle. La distribution de
l’antigène Hbs selon les paramètres étudiés avait
montré une séroprévalence de 14,86% au cours de
cette étude. Ces résultats se rapprochent des 15,5%
obtenus par Komas et al, en 2010 chez les jeunes en
âge scolaire à Bangui [6] mais diffèrent des
42
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019
24,20% obtenus par Nambei et al, en 2014 dans la
population générale [7]. Ces résultats concordent
avec ceux d’autres travaux en Afrique les auteurs
avaient montré des prévalences variables chez les
donneurs de sang : 10,1% au Cameroun en 2013 [8],
14,96% au Burkina Faso en 2011 [9]. Par ailleurs,
cette séroprévalence était significativement (p =
0,00001) plus élevée chez les 1
er
donneurs. Ces
résultats corroborent avec ceux d’autres études [12,
13]. Ces résultats montrent que la ceinture hépatique
ne cesse de croître en Afrique ces dernières années.
CONCLUSION : Nos résultats ont montré qu’une
partie de donneurs fidélisés ne sont pas informés sur
le mode de transmission et de prévention du VHB. Il
est souhaitable qu’une coordination nationale soit
mise en place, pour définir les stratégies efficaces
d’’information et de sensibilisation de la population
sur les modes de transmission et de prévention du
VHB et les moyens de protection, tels que le vaccin
anti-VHB chez les donneurs. Ceci permettra de
fournir à la population un sang sûr, de qualité,
disponible et accessible.
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