ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
ARTICLE ORIGINAL
Aspects épidémiologiques et cliniques des cardiopathies congénitales à l’Hôpital de la
Mère et de l’Enfant de N’Djamena, Tchad
Epidemiological and clinical aspects of congenital heart disease at the Mother and Child
Hospital in N’Djamena, Chad
Adam Ahamat Ali
1
, Natingar Madjirangar
2
, Silé Souam Nguele
2
,
Sodjé Djonyabo
2
, Djidita Hagré Youssouf
2
1. Service de Cardiologie, Hôpital de la Renaissance N’Djamena
2. Service de Pédiatrie, Hôpital de la Mère et de l’Enfant N’Djamena
Auteur correspondant : Dr Adam Ahamat Ali ; Email: aliadamahmat@hotmail.com, Tel: +235 62 09 03 08
Reçu le 31/07/2019 ; Accepté le 23/10/2019
RESUME
Introduction : la prévalence des cardiopathies
congénitales reste inconnue au Tchad. Le but de
cette étude était d’en évaluer les aspects
épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques en
milieu pédiatrique à l’Hôpital de la Mère et de
l’Enfant de N’Djamena.
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude prospective
transversale, allant de juin 2012 à mai 2013. Elle
concernait les enfants de 0 à 15 ans reçus pour
cardiopathie congénitale au Service de Pédiatrie de
l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant de N’Djamena.
Etaient relevés les paramètres anthropométriques
(sexe, âge), cliniques et thérapeutique. Les variables
étaient reportées sous formes de tableaux et
exprimés en nombres et pourcentages.
Résultats : Pendant la période d’étude, 9517
consultations étaient effectuées en pédiatrie
médicale dont 160 avaient des signes évocateurs
d’une affection cardiaque, dont 40 cardiopathies
congénitales. La prévalence des cardiopathies
congénitales était de 0,42%. Le sex-ratio était de 1,2.
L’âge moyen était de 23,27±38,05 mois. La
provenance de patients était urbaine dans 35 cas
(87,5%). L’âge maternel moyen lors de la gestation
était de 30,05 ans. Il s’agissait de mères multipares
dans 37 cas (92,5%). Une consanguinité parentale
était retrouvée dans 18 cas (45%). La dyspnée était
le principal signe fonctionnel chez 31 patients
(77,5%) et la cyanose était le signe général
prédominant, 14 cas (35%). Un souffle cardiaque
était retrouvé chez 26 patients (65%) et les signes
d’insuffisance cardiaque étaient présents dans 9 cas
(22,5%). La communication interventriculaire était
la malformation congénitale la plus retrouvée : 9 cas
(22,5%). La tétralogie de Fallot était retrouvée chez
7 cas (17,5%). Le taux de mortalité durant la période
d’étude était de 37,5%.
Conclusion : le diagnostic des cardiopathies
congénitales se fait tardivement et leur prise en
charge chirurgicale demeure difficile car elle repose
uniquement sur les évacuations sanitaires.
Mots clés : Cardiopathies Congénitales, pital
Mère et Enfant, N’Djamena, Tchad.
ABSTRACT
Introduction: the prevalence of congenital heart
diseases remains unknown in Chad. The purpose of
this study was to assess their epidemiological,
clinical and therapeutic aspects in a pediatric
environment at the Mother and Child Hospital in
N'Djamena.
Methodology: This was a cross-sectional
prospective study, conducted from June 2012 to
May 2013. It concerned children from 0 to 15 years
old admitted for congenital heart disease at the
Pediatrics Department of the Hospital of Mother and
Child of N'Djamena. The anthropometric (sex, age),
clinical and therapeutic parameters were noted. The
variables were reported in tabular forms and
expressed in numbers and percentages.
Results: During the study period, 9,517
consultations were carried out in medical pediatrics,
of which 160 had signs suggestive of a heart
condition, including 40 congenital heart diseases.
The prevalence of congenital heart disease was
0.42%. The sex ratio was 1.2. The mean age was
23.27 ± 38.05 months. Patients were from urban
regions in 35 cases (87.5%). The average maternal
age during pregnancy was 30.05 years. There were
multiparous mothers in 37 cases (92.5%). Parental
consanguinity was found in 18 cases (45%).
Dyspnea was the main functional sign in 31 patients
(77.5%) and cyanosis was the predominant general
sign, 14 cases (35%). A heart murmur was found in
26 patients (65%) and signs of heart failure were
present in 9 cases (22.5%). Interventricular
communication was the most common congenital
malformation: 9 cases (22.5%). The tetralogy of
Fallot was found in 7 cases (17.5%). The mortality
rate during the study period was 37.5%.
Conclusion: the diagnosis of congenital heart
diseases is made late and their surgical management
remains difficult because it is based solely on
medical evacuations.
Keywords: Congenital Heart Diseases, Mother and
Child Hospital, N'Djamena, Chad.
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INTRODUCTION
Les cardiopathies congénitales (CC) sont des
malformations cardiovasculaires survenant au cours
de la morphogénèse du cœur pendant la vie intra-
utérine. Ces anomalies sont caractérisées par un
groupe hétérogène de communications et de
connexions anormales entre les cavités cardiaques et
les gros vaisseaux, entraînant des troubles
hémodynamiques variés [1]. Ce sont les pathologies
cardiaques les plus couramment observées chez les
enfants dans le monde [2,3]. Leur incidence globale
dans la population est de 5 à 8‰ naissances vivantes
[1]. La marche diagnostique a été révolutionnée
par l’échocardiographie Doppler [4]. Le diagnostic
prénatal de certaines CC a permis l’amélioration de
la prise en charge et du pronostic, même pour les
formes graves. Au Tchad, il n’existe pas de registre
épidémiologique national concernant cette
population de patients. Ainsi l’objectif de ce travail
était d’identifier les principales CC chez les enfants,
déterminer leurs aspects cliniques, thérapeutiques et
pronostics.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude prospective transversale,
allant du mois du 1
er
juin 2012 au 31 mai 2013. Elle
avait concerné les enfants de 0 à 15 ans, reçus pour
cardiopathie congénitale au Service de Pédiatrie de
l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant (HME) de
N’Djamena. Les patients étaient hospitalisés après le
consentement de leurs parents. Une échographie
cardiaque était réalisée l’aide d’un échographe HP
SONOS 5500) chez tous les patients qui avaient des
signes cliniques évocateurs d’une atteinte cardiaque.
Ont été inclus, les patients porteurs des CC
confirmées à l’échocardiographie dont les parents ou
les tuteurs ont donné leur consentement éclairé pour
participer à l’étude. Les caractéristiques
épidémiologiques (âge, sexe, morphotype, notion de
consanguinité, provenance urbaine ou rurale) et
cliniques (dyspnée, palpitations, cyanose, broncho-
pneumopathies à répétition, retard staturo-pondéral,
souffle cardiaque, syncope, accroupissement/
squatting, signes d’insuffisance cardiaque tels que
râles crépitants, reflux hépato jugulaire,
hépatomégalie, ascite, œdèmes des membres
inférieures) ont été recherchés. L’échocardiographie
Doppler a été réalisée pour rechercher les anomalies
congénitales, telles que tétralogie de Fallot, atrésie
tricuspide, transposition des gros vaisseaux, tronc
artériel commun, ventricule droit à double issue,
ventricule unique, communication interventriculaire,
communication interauriculaire, canal atrio-
ventriculaire, persistance du canal artériel, sténose
aortique, sténose pulmonaire, coarctation de l'aorte.
La notion de consanguinité, définie comme étant le
résultat d’une reproduction sexuée entre deux
individus apparentés, ayant un ou plusieurs ancêtres
communs a été recherchée.
Ethique : L’étude était réalisée avec l’accord
préalable du comité d’éthique de la Faculté des
Sciences de la Santé Humaine de N’Djamena et le
consentement des parents des patients.
Les données collectées grâce à une fiche préétablie
ont été analysées par le logiciel SPSS 20.0. Les
résultats étaient exprimés en moyenne ± déviation
standard, pourcentages et représentés sous forme de
tableaux.
RESULTATS
Durant la période de l’étude, 9517 consultations ont
été enregistrées. Cent soixante patients avaient des
signes évocateurs d’une affection cardiaque, soit
1,7% (160/9517). Quarante patients ont présenté une
CC. La prévalence des CC était de 0,42% (40/95717
patients). Le Tableau I montre leurs caractéristiques
sociodémographiques. Le sex-ratio était de 1,2.
L’âge moyen était de 23,27±38,05 mois avec des
extrêmes de 1 mois et 14 ans. Nous avons noté une
prédominance des patients de la tranche d’âge
de 1 à 30 mois. La provenance des patients
présentant un CC était urbaine dans 35 cas (87,5%).
Tableau I : Caractéristiques sociodémographiques
Caractéristiques
Effectif
%
Sexe
Masculin
Féminin
22
18
Age)
Moyen
01 mois
> 1 à 30 mois
> 30 à 180 mois
23,27±38,05
4
26
10
Provenance
Urbaine
Rurale
35
5
Les caractéristiques de la population maternelle
étaient marquées par : un âge maternel moyen lors
de la gestation de 30,05 années, avec des extrêmes
de 14 et 44 ans. La tranche d’âge maternel inférieure
à 18 ans était de 10%. Il s’agissait de mères
multipares dans 37 cas (92,5%). Les facteurs de
risque de CC dans la population maternelle étaient
dominés par la notion de prise médicamenteuse
pendant la grossesse, 28 cas (70%) et la
consanguinité parentale, 18 cas (45%). Le tableau II
présente les caractéristiques de la population
maternelle.
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Tableau II : Les facteurs de risque des CC et
Caractéristiques de la population maternelle
Facteurs de risque
Effectif
%
Consanguinité parentale
Age maternel lors de la gestation
Moyen
< 18 ans
18 à 35 ans
> 35 ans
Parité maternelle
Primipare
Multipare
Suivi de grossesse
Oui
Non
Intoxication maternelle
Alcool
Tabagisme
Prise de médicaments
Affections maternelles lors de la gestation
Hypertension artérielle
Urogénitale
Rubéole
Non étiquetées
18
30,05
4
29
7
3
37
22
18
1
2
28
3
2
1
8
45
10
72,5
17,5
7,5
92,5
55
45
2,5
5
70
7,5
5
2,5
20
Sur le plan clinique, la dyspnée constituait le
principal signe fonctionnel révélateur, 31 cas
(77,5%). La cyanose était le signe néral
prédominant, 14 cas (35%). L’examen physique
avait retrouvé un souffle cardiaque chez 26 patients
(65%) et des signes d’insuffisance cardiaque dans 9
cas (22,5%). Vingt pour cent des patients avaient
une dysmorphie dont 5 cas (7,5%) de déformation
thoracique. Le Tableau III résume les signes
cliniques.
Tableau III : Principaux signes cliniques
Paramètres
Effectif
%
Signes fonctionnels
Dyspnée
Bronchopneumopathie à répétition
Palpitations
Syncope
31
10
4
4
77,5
25,0
10,0
10,0
Signes généraux
Cyanose
Accroupissement/saquatting
14
2
35
5,0
Signes physiques
Souffle cardiaque
Signes d’insuffisance cardiaque
Déformation thoracique
Morphotype mongoloïde
Retard staturo-pondéral
26
9
5
3
1
65
22,5
12,5
7,5
2,5
L’échocardiographie a permis de poser le diagnostic
des CC. Le type de cardiopathie le plus fréquent
était la communication interventriculaire, 9 cas
(22,5%), suivie de la tétralogie de Fallot, 7 cas
(17,5%). Ces CC sont répertoriés dans le tableau IV.
Tableau IV : données écho-cardiographiques des
cardiopathies congénitales
En ce qui concerne la prise en charge thérapeutique,
le traitement médical de l’insuffisance cardiaque
était essentiellement à base des inhibiteurs de
l’enzyme de conversion, des diurétiques, et des
betas-bloqueurs. Le traitement chirurgical a été
indiqué chez 28 patients (70%). Durant la période
d’étude, un cas de communication interventriculaire
a été opéré à l’étranger. Nous avions perdu de vue 3
patients (7,5%) et enregistré 15 décès (37,5%).
DISCUSSION
Notre étude était menée dans un service de pédiatrie
générale. La prévalence des CC était de 0,42%.
Cette prévalence est comparable à celle rapportée
par d'autres auteurs africains [5,6,7]. En Europe la
prévalence est estimée à 6,5‰ naissances [8].
L’absence de données épidémiologiques au Tchad,
l’indisponibilité de l’échocardiographie dans les
autres villes du pays, en dehors de Ndjamena et le
taux important de mortalité infantile nous laisse
penser que le taux de prévalence retrouvé dans notre
étude est probablement sous-estimé. L’âge moyen au
moment du diagnostic était variable selon les études.
Dans notre série, l’âge moyen était de 23,27±38,05
mois sur une population la tranche d’âge
dominante était de 1 à 30 mois. Ce résultat paraît
proche de celui Kamadem et al. et de Baragou et al.
Qui ont trouvé respectivement 26 et 29,2 mois
[9,10]. Kinda et al. Ont trouvé un âge moyen plus
faible, 5 mois [11]. Du point de vue des symptômes,
la dyspnée était la plus fréquente (31 cas, 77,5%)
comme décrit dans la littérature [12]. Le souffle
cardiaque était le signe physique le plus
fréquemment enregistré dans notre population. Cela
peut être expliqué par le fait que la majorité des CC
étaient associées à des murmures cardiaques
[5,13,14,15]. Les signes physiques d’insuffisance
cardiaque étaient retrouvés dans 9 cas, soit 22,5 %.
Ceci peut s’expliquer par le retard du diagnostic et
donc de prise en charge mais également par le
faible taux de correction chirurgicale des CC
Type de cardiopathie
Effectif
%
Cardiopathies cyanogènes (n=14)
Tétralogie de Fallot
Atrésie tricuspide
Transposition des gros vaisseaux
Tronc artériel commun
Ventricule droit à double issue
Ventricule unique
7
2
1
1
2
1
17,5
5
2,5
2,5
5
2,5
Cardiopathies avec shunt gauche
droit (n=19)
Communication Interventriculaire
Communication Interarticulaire
Canal atrioventriculaire
Persistance du canal artériel
9
2
6
2
22,5
5
15
5
Cardiopathies par obstacle (n=7)
Sténose aortique
Sténose pulmonaire
Coarctation de l'aorte
2
4
1
5
10
2,5
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dans notre pays. Nous avons relevé certains
facteurs de risque environnementaux qui ont été
décrits dans la littérature comme l’intoxication
médicamenteuse, le tabagisme et l’alcool [16]. Le
taux de consanguinité était observé dans 18 cas
(45%). Cependant nous n’avons pas fait de
recherche génétique pour déterminer le lien de
causalité. Cela constitue une limite pour notre
travail. En ce qui concerne le type des CC, nous
avons constaté dans notre étude que les plus
fréquentes étaient les CC avec shunt gauche-droite,
dont la communication interventriculaire (9 cas, soit
22,5%) était prédominante, suivie du canal atrio-
ventriculaire (6 cas, soit 15%). Plusieurs auteurs ont,
comme nous, décrit la prédominance des CC à shunt
gauche-droit et de la communication
interventriculaire [5,6,11,13,14,17,18]. Les raisons
de la prédominance de la communication
interventriculaire ne sont pas bien établies.
La CC cyanogène la plus fréquente dans notre étude
était la tétralogie de Fallot (7 cas 17,5%). Certains
auteurs soulignent que c’est la CC cyanogène la plus
courante [17]. D’autres CC cyanogènes telle que la
transposition de gros vaisseau sont sous évaluées par
absence de diagnostic prénatal.
Sur le plan thérapeutique, la chirurgie, indiquée pour
28 patients n’était réalisée que chez un seul d’entre
eux qui était évac à l’étranger. Le taux de
mortalité était de 37,5%. Ce taux de mortalité était
très élevé par rapport à ceux retrouvés par Acrachi et
al. [19] et Kinda et al [20], respectivement 3,1% et
4,26%. Cette forte létalité était imputable à l’absence
de la chirurgie cardiaque au Tchad et les difficultés
dévacuation sanitaire à l'étranger.
Le diagnostic des CC ne se faisait qu’en post-natale,
et uniquement pour ceux qui se présentaient à
l’hôpital. L’idéal est de faire le dépistage en période
prénatale afin de déterminer la prévalence de ces
pathologies lourdes et d’organiser leur prise en
charge.
CONCLUSION
Le diagnostic des cardiopathies congénitales se fait
tardivement et leur prise en charge chirurgicale
demeure difficile car elle repose uniquement sur les
évacuations sanitaires.
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