ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
ARTICLE ORIGINAL
Les étiologies de la mortalité à l’unité nutritionnelle thérapeutique du CHU Pédiatrique
de Bangui
The etiologies of mortality at the therapeutic nutritional unit of Bangui Pediatric
University Hospital
Marie Christine Awa Sépou Yanza
1,2
, Josiane Dama-Ngouamou
1
, Ulrich Gamanandji-Hoza
1
, Marie Colette
Nganda Bangué
1
, Martial Mbinda
1
, Ninon Narcisse Armand Kobalo Gbalombe
1
, Jean Chrysostome Gody
1,2
Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique de Bangui (RCA)
Faculté des sciences de la santé de l’université de Bangui, République Centrafricaine
Auteurs correspondant : Marie Christine Awa Yanza1, 2, CHU Pédiatrique de Bangui ; Bangui Centrafrique,
Téléphone:(+236)75505886. E-mail : sepouyanzamarie@yahoo.fr ou sepouawa@yahoo.fr
Reçu le 05/08/2019 ; Accepté le 23/102019
RESUME
Objectif : décrire les principales causes de la
mortalité liée à la dénutrition aiguë vère (DAS) au
niveau de l’Unité Nutritionnel Thérapeutique (UNT)
du Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique de
Bangui (CHUPB).
Patients et méthodes: Il s’agissait d’une étude
transversale descriptive du 1
er
janvier 2016 au 31
août 2017. Etaient inclus tous les enfants
hospitalisés, présentant une dénutrition aigue sévère
et décédés au cours de leur séjour à l’UNT et ayant
bénéficié d’un audit de décès. Les variables étudiées
étaient épidémiologiques, cliniques, paracliniques et
étiologiques. Les données ont été analysées avec le
logiciel Epi info version 7.
Résultats : Nous avons colligé pendant la riode
d’étude 269 dossiers de décès des enfants
hospitalisés à l’UNT du CHUPB et présentant une
DAS sur 3879 cas d’admission. Le taux de décès
était de 7,04% par rapport aux admissions au
CHUPB. L’âge médian des malades était de 26,61
mois. La tranche de 6 à 23 mois était la plus
représentée. Le sexe ratio étai de 1,05. Les malades
venaient dans 70,2% des cas de leur domicile. Il
s’agissait du marasme dans (59,9%) des cas. La
fièvre (92,2%) et la diarrhée (72,9%) étaient les
principaux motifs d’admission. Les détresses
respiratoires, les signes de déshydratations, les
lésions cutanées étaient les signes physiques les plus
observés, respectivement dans 45%, 36,8% et
36,4%. Le décès survenait après 24 heures
d’hospitalisation dans 76,8% des cas. La cause
essentielle des décès était le choc septique (52,4%).
Les facteurs de comorbidité étaient le paludisme,
avec TDR positifs dans 46,5% des cas et l’infection
à VIH, résultat positif dans 21,9% des cas.
Conclusion : La mortalité liée à la DAS reste
préoccupante. En dehors des complications
médicales, le retard à la consultation, le bas niveau
de vie de la population, certaines croyances méritent
d’être prises en compte particulièrement en termes
de sensibilisation.
Mots clés : Dénutrition aiguë sévère, mortalité,
étiologie, Bangui
ABSTRACT
Objective: to describe the main causes of mortality
linked to severe acute undernutrition at the
Nutritional Therapeutic Unit (UNT) of the Pediatric
University Hospital Center in Bangui (CHUPB).
Patients and methods: This was a descriptive
cross-sectional study from January 1
st
, 2016 to
August 30
th
, 2017. Included were all children
presenting a severe acute malnutrition (DAS),
hospitalized and deceased during their stay at the
UNT and having benefited from a death audit.
Epidemiological, clinical, paraclinical and
etiological variables were studied. The data was
analyzed by Epi info version 7 software.
Results: We collected, over a 20-month period, 269
death records for DAS children hospitalized at the
CHUPB's UNT out of 3879 admission cases. This
represented a mortality rate of 7.04% of admission.
The median age of the patients was 26.61 months.
The 6 to 23 months range was predominant. We
found a male predominance with an M / F ratio of
1.05. Patients came from their homes in 70.2% of
cases. It was a slump in 59.9% of cases. Fever
(92.2%) and diarrhea (72.9%) were the main reasons
for admission. Respiratory distress, signs of
dehydration, skin lesions were the most observed
physical signs in 45%, 36.8% and 36.4% of cases,
respectively. Death occurring after 24 hours of
hospitalization was accounted in 76.8% of cases.
The leading cause of death was septic shock
(52.4%). Comorbidity factors were malaria with
positive RDTs in 46.5% of cases and 21.9% of cases
were HIV positive.
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Conclusion: DAS-related mortality remains a
concern. Apart from medical complications, the
delay in consultation, the low standard of living of
the population, certain beliefs deserve to be taken
into account particularly in terms of awareness.
Keywords: Severe acute undernutrition, mortality,
etiology, Bangui.
INTRODUCTION
La malnutrition sévère touche près de 20 millions
d’enfants d’âge préscolaire, une grande partie
vivant dans la région africaine et dans la région de
l'Asie du Sud-Est de l'OMS. La malnutrition est un
facteur jouant un rôle important dans un tiers des
cas de décès survenant chez l'enfant âgé de moins
de 5 ans dans le monde et dont le nombre atteint
presque 8 millions chaque année [1].
Sur près de 12 millions de décès qui surviennent
chaque année dans le monde en développement
parmi les enfants de moins de cinq ans, 55%
peuvent être attribués directement ou
indirectement à la malnutrition. L'anémie
intervient dans 20 à 23% de tous les décès post-
partum en Afrique et en Asie. [2]. Le risque de
mortalité entraî par la malnutrition aiguë est
directement lié au degré de sa gravité dans la
mesure où un enfant victime de malnutrition aiguë
sévère court neuf fois plus de risques de mourir
qu'un enfant bien nourri [3].
En Afrique, 52 millions des enfants sont atteints de
malnutrition aiguë dont 8,1 millions d’enfants à
travers le monde étaient morts avant leur 5
ème
anniversaire et la dénutrition avait contribuée au
1/3 des décès [1-5]. Au Cameroun, d’après une
étude menée en milieu hospitalier à Yaoundé chez
les enfants de 6 à 59 mois, la mortalité hospitalière
était de 21,9% [6]. Au Sénégal, en milieu
hospitalier, la dénutrition demeure une
préoccupation constante et représente 30% des
hospitalisations en milieu pédiatrique avec une
mortalité de 20% [7].
En Centrafrique, la situation nutritionnelle des
moins de 5 ans, s’est détériorée eu égard aux
conflits militaro-politiques récurrents. Ce qui
constitue un réel problème de santé publique, avec
40,8% de taux de malnutrition chronique au niveau
national, et 6% de dénutrition aiguë, selon les
données du SMART [8]. Devant ces chiffres
élevés, les étiologies des décès en milieu
hospitalier méritent d’être connues en vue
d’améliorer la prise en charge. L’objectif de
l’étude était de décrire les principales causes de la
mortalité liée à la nutrition aiguë vère à
l’Unité Nutritionnelle Thérapeutique (UNT) du
Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique de
Bangui (CHUPB).
PATIENTS ET METHODES
L’étude a été réalisée au CHUPB, à l’UNT. Il
s’agissait d’une étude transversale descriptive,
menée du 1
er
janvier 2016 au 31 août 2017, soit
une période de 20 mois. La population de l’étude
était constituée des enfants présentant une
dénutrition aiguë sévère (DAS) admis à l’UNT et
décédés en cours d’hospitalisation. Nous avons
inclus tous les patients DAS admis à l’UNT et
décédés au cours de leur séjour quel que soit l’âge,
le sexe et la durée de séjour et ayant bénéficié d’un
audit de décès. N’ont pas été inclus dans l’étude
tous les enfants décédés à l’arrivée sans diagnostic
et sans aucune prise en charge. La collecte des
données a été faite à l’aide d’une fiche d’enquête
préalablement établie et validée. Les données ont
été analysées par le logiciel Epi info 7.
RESULTATS
Nous avons colligé pendant la période de l’étude
269 décès des enfants DAS hospitalisés à l’UNT
du CNHPB, sur 3879 cas d’admission. Le taux de
mortalité était de 7,04%. Parmi ces malades,
51,3% étaient des garçons, le sex-ratio étant de
1,05. L’âge moyen des patients était de 26,61
mois ± 30,89 mois, avec des extrêmes de 1 à 180
mois. Dans notre étude, la mortalité prédominait
dans la tranche de 6 à 23 mois, suivie des 24 à 59
mois (Figure 1).
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Figure 1 : Représentation de la mortalité en fonction de l’âge
La plupart des patients décédés provenaient du
domicile (70,2%), passant par les services du triage
du CHUPB. Cependant nous avons enregistré moins
de décès chez ceux référés des unités nutritionnelles
thérapeutiques ambulatoires (UNTA) 23,8% et des
partenaires des ONG œuvrant dans le domaine de la
santé, 5,20%. La forme de malnutrition fréquente
était le marasme (59,9%), suivi de la forme mixte
33,6%, et du Kwashiorkor 6,5%. La fièvre (92,2%),
la diarrhée (72,9%), les vomissements (53,5%), la
toux persistante (53,5%) et la convulsion (12,6%)
constituaient les principaux motifs d’admission.
Les détresses respiratoires, les signes de
déshydratation, les lésions cutanées et la pâleur
étaient les signes physiques les plus observés,
respectivement dans 45%, 36,8% et 36,4%. Les
principales causes de décès étaient le choc septique
52,4%, suivi du choc hypovolémique 15,2%, de
l’anémie 8,9% et de la tuberculose 6,7%.
Parmi les décédés, 21,9% étaient séropositifs au
VIH. La proportion des décès était de 70,2% pour
les enfants venant du domicile et 36,4% pour ceux
venant de la périphérie de Bangui, suivi de ceux des
UNTA 23,8%. Dans notre série, la plupart des décès
étaient enregistrés après la 24
ème
heure 76,8%
(Figure 2).
Figure 2 : Représentation de la mortalité en fonction
de la durée d’hospitalisation
DISCUSSION
Nous avons colligé sur une période de 20 mois 269
cas de décès, sur un total de 3817 cas d’admission.
Ceci représente un taux de mortalité de 7,04%.
Proche des résultats de Mbusa Kambale et al. en
RDC qui était de 7,5% [9]. La mortalité dans notre
étude avait concerné plus la tranche d’âge de 6 à
23 mois (56,1%), suivi de celle de 24 à 59 mois
(26,8%). En effet, c'est pendant cette période de la
vie qu'interviennent la diversification alimentaire
et le sevrage au lait maternel. Ce résultat corrobore
les données de Yaoundé au Cameroun, de Bouaké
en Côte d’Ivoire et de Kaya au Burkina Faso
[6,10,11]. Ces chiffres témoignent de la
vulnérabilité des nourrissons face aux carences
nutritionnelles. Nous avons retrouvé une
prédominance du sexe masculin avec un sexe ratio
à 1,5. Ce constat est similaire aux études d’autres
auteurs Africains [10,12]. La majorité des enfants
70,2% des dénutris décédés étaient venus de leur
domicile. Ceux-ci, sont néralement issus de
familles démunies. En Unité nutritionnelle
thérapeutique ambulatoire (UNTA), cette
proportion était de 23,8%. La même observation
est faite par Doumbia au Mali la majorité des
patients (83%) était issue du milieu social
défavorisé [13]. Dans notre série, les principaux
motifs d’admission étaient représentés par la fièvre
92,2%, suivi de la diarrhée (72,9%), de
vomissement et toux respectivement 53,50% pour
chaque signe. Au Niger, la fièvre ne représentait
que 38,07%, suivi des diarrhées 31,65% et des
7,1
56,1
26,8
10
0
10
20
30
40
50
60
< 6 mois 6 à 23 mois 24 à 59 mois
≥ 60 mois
7,1
56,1
26,8
0
10
20
30
40
50
60
< 6 mois 6 à 23 mois 24 à 59 mois
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vomissements 13,30% [14]. Maiga au Mali a
retrouvé principalement la fièvre dans 38,22% des
cas, suivi de la diarrhée et de la déshydratation
33,1% [15]. Les trois formes cliniques de la DAS
étaient retrouvées chez les patients de notre série,
Marasme 59,9%, forme mixte 33,6%,
kwashiorkor 6,5%. Nguefack au Cameroun avaient
trouvé les trois formes de DAS avec des
proportions différentes : forme mixte 73,2%,
kwashiorkor 17,0%, Marasme 9,8% [6]. Soumana
au Niger a trouvé 83,2% de marasme, 9,94% de
kwashiorkor, et 7,04% de forme mixte [16]. La
malnutrition était associée au VIH dans 21,9% des
cas parmi nos patients testés. Cette prévalence est
inférieure à celle de Nguefack, 41,5% des
patients étaient infectés par le VIH [6] La cause du
décès était dominée par le choc septique 52,4%,
suivi du choc hypovolémique 15,2% et de
l’anémie 8, 90%. Nous avons constaté que le choc
septique représentait plus de la moitié des causes
de décès. Il existait une association statistiquement
significative entre la mortalité le sepsis/choc
septique et l’infection à VIH selon Mbusa
Kambale en RDC [9]. La plupart des décès étaient
survenus après la 24
eme
heure 76,8%. Nguefack
avait enregistré tous les décès dans les 72 heures
d'admission avec 78% dans les 48 heures [6].
CONCLUSION
La mortalité liée à la DAS demeure élevée. Le rôle
important de l’infection parmi les facteurs de décès
incite à prendre des mesures de prévention dans la
prise en charge des enfants présentant une DAS.
Aussi, les efforts de réduction des retards à la
consultation, le bas niveau de vie des populations,
les pesanteurs et croyances culturelles méritent
d’être pris en compte.
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Conflit d’intérêt : aucun
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