ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 -
ARTICLE ORIGINAL
Impact du suivi biologique sur la qualité de prise en charge des personnes sous
traitement antirétroviral au Centre National de Référence des Infections Sexuellement
Transmissibles et de la Thérapie Antirétrovirale
Impact of biological monitoring on the quality of care for people on antiretroviral
treatment at the National Reference Center for Sexually Transmitted Infections and
Antiretroviral Therapy
Saint-Calvaire Henri Diemer
1
, Octavie Géraldine Ndanga
2
, Gaspard Tékpa
3
, Jean de Dieu Longo
1
, Gérard
Grésenguét
1
1- Faculté des sciences de la santé de l’Université de Bangui, République Centrafricaine
2- Service surveillance épidémiologique du CHU communautaire de Bangui, République Centrafricaine
3- Service de maladies infectieuses du CHU Amitié de Bangui,
Auteur correspondant : Saint-calvaire Henri Diemer, tel : (00236)72515193 diemerhenri@yahoo.fr.
Reçu le 20/02/2019 ; Accepté le 24/04/2019
RÉSUMÉ
Introduction : La thérapie antirétrovirale a entrai
une amélioration de la qualité de vie et une
réduction de la mortalité chez les personnes vivant
avec le VIH. Depuis 2015, le nombre de décès liés
au VIH/Sida a baissé de 34 % par rapport à l’année
2000 dans le monde. Le suivi biologique des
personnes infectées par le VIH sous traitement
antirétroviral est l’un des éléments essentiels de la
réussite du traitement. Notre étude se propose
d’évaluer l’impact du suivi biologique sur la qualité
de la prise en charge des personnes vivant avec le
VIH sous traitement antirétroviral suivi à Bangui.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude de
cohorte historique à visée descriptive et analytique,
allant du 1
er
janvier 2014 au 31 décembre 2018 au
centre national de référence des infections
sexuellement transmissibles et de la thérapie
antirétrovirale. Les données ont été collectées sur
des fiches d’enquête préétablies.
Résultats : Après 24 mois de traitement, 176
(53,5%) patients ont réalisé tous les examens
recommandés par les directives nationales versus
153 (46,5%). Nous avons mis en évidence un lien
significatif entre l’irrégularité des bilans
biologiques et l’échec clinique (p=0,0000) d’une
part et le devenir des patients (p=0,0000) d’autre
part.
Conclusion : Le suivi biologique est un élément
essentiel pour le suivi des personnes vivant avec le
VIH. Ainsi des stratégies doivent être mises en
place pour améliorer biologique des patients.
Mots clés : suivi biologique, PVVIH, Bangui.
ABSTRACT
Introduction: Antiretroviral therapy has resulted in
improved quality of life and reduced mortality
among people living with HIV. Since 2015, the
number of deaths related to HIV / AIDS has
decreased by 34% compared to the year 2000
worldwide. Biological monitoring of HIV-infected
people on antiretroviral therapy is one of the
essential elements for successful treatment. Our
study aims to assess the impact of biological
monitoring on the quality of care for people living
with HIV on antiretroviral treatment followed in
Bangui.
Patients and methods: This was a historical cohort
study with descriptive and analytical aims, going
from January 1, 2014 to December 31, 2018 at the
national reference center for sexually transmitted
infections and antiretroviral therapy. The data were
collected on files pre-established survey.
Results: After 24 months of treatment, 176 (53.5%)
patients achieved all the balances recommended by
national guidelines versus 153 (46.5%). We have
highlighted a significant link between the
irregularity of the biological monitoring and clinical
failure (p = 0.0000) on the one hand and the fate of
the patients (p = 0.0000) on the other hand.
Conclusion: Biological monitoring is an essential
element for monitoring people living with HIV.
Strategies must therefore be put in place to improve
this biological follow-up.
Keywords: biological monitoring, PLWHIV,
Bangui.
INTRODUCTION
La thérapie antirétrovirale a entrainé une
amélioration de la qualité de vie et une réduction de
la mortalité chez les personnes vivant avec le VIH.
Depuis 2015, le nombre de décès liés au VIH/Sida a
baissé de 34 % par rapport à l’année 2000 dans le
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monde [1,2]. Ainsi grâce à la thérapie
antirétrovirale, l’infection à VIH est passée d’une
maladie mortelle à une maladie chronique. Le suivi
biologique des personnes infectées par le VIH sous
traitement antirétroviral est l’un des éléments
essentiels de la réussite du traitement. Le suivi
biologique a double objectif ; il permet d’une part
d’apprécier l’efficacité thérapeutique et d’autre part
de surveiller la tolérance du traitement [3, 4]. Selon
les directives nationales, les principaux bilans
biologiques recommandés à l’initiation du
traitement sont la numération des CD4,
l’hémogramme et la recherche de l’infection à virus
de l’hépatite B. Pour le suivi des patients, il est
recommandé de réaliser à 6 mois, à 12 mois puis
tous les ans la charge virale à défaut la numération
des CD4, l’hémoglobine si le patient est sous une
combinaison thérapeutique contenant la Zidovudine
et la créatinine sanguin, si le patient est sous une
combinaison thérapeutique contenant le Ténofovir.
Les autres bilans dépendent de l’état clinique du
patient [5]. Malgré que ces bilans soient
subventionnés, certains patients ne bénéficient
toujours pas de ces interventions. C’est dans ce
contexte que notre étude se propose d’évaluer
l’impact de la mauvaise qualidu suivi biologique
sur la prise en charge des personnes vivant avec le
VIH sous traitement antirétroviral suivi dans un
centre de traitement de Bangui.
MATÉRIELS ET MÉTHODES
Il s’agissait d’une étude de cohorte historique à
visée descriptive et analytique, allant du 1
ier
janvier
2014 au 31 décembre 2018 au centre national de
référence des infections sexuellement
transmissibles et de la thérapie antirétrovirale. La
population d’étude était constituée de tous les
patients âgés de plus de 18 ans, mis sous traitement
antirétroviral entre janvier 2015 à décembre 2016.
Les paramètres que nous avons étudiés étaient :
paramètres sociodémographiques (sexe, profession
et niveau d’instruction), paramètres cliniques
(Poids, stade clinique, présence des infections
opportunistes, survenue des effets secondaires
indésirables), paramètres biologiques (numération
des CD4 et hémoglobine), le niveau d’observance,
le schéma thérapeutique et le devenir des patients.
Nous avons défini une variable dépendante appelée
« bilan biologique complet » avec deux modalités :
« Bilan biologique complet » correspondant aux
patients qui ont réalisé les bilans biologiques tels
que recommandés par les directives nationales et
« Bilan biologique incomplet » le cas échéant. Les
données ont été collectées sur des fiches d’enquête
préétablies. Les données ont été analysées à l’aide
du logiciel EPI info version 7. Le test X² de Pearson
a été utilisé pour tester l’association entre la
variable à expliquer et les variables explicatives.
RESULTATS
Au total 329 dossiers ont été retenus sur les 2503
mis à notre disposition soit 13,2%. L’âge moyen
des patients était de 44 ans (±10) et l’âge médian
était de 44 ans avec des extrêmes allant de 16 à 70
ans. Les femmes étaient plus nombreuses (64,4%)
soit un ratio de 1,8. Cent quatre-vingt-trois patients
(55,6%) étaient du niveau scolaire secondaire, 79
(24,1%) étaient du niveau scolaire primaire, suivi
du niveau supérieur (44 cas soit 13,4%). Les
ménagères et les sans-emploi étaient les plus
représentés (34,1%), suivi des acteurs du secteur
informel (25,5%). Du point de vue clinique, le
poids moyen des patients à l’initiation était de
55,2kg (±10). Le poids médian était de 55 kg avec
des extrêmes allant de 25 à 97 kg. La majorité des
patients étaient au stade clinique I et II de l’OMS
(79,0%) (Tableau I).
Tableau 1: Caractéristiques des patients à
l’initiation du traitement
Variables
Effectif
%
Niveau scolaire
Non scolarisé
Primaire
Secondaire
Supérieur
23
79
183
44
Profession
Ménagère/sans emploi
Secteur agro-pastoral
Secteur informel
Salarié du secteur public/privé
Elève/étudiant
134
25
84
72
36
Stade clinique de l’OMS
Stade 1
Stade 2
Stade3
80
180
69
Signes cliniques
Candidose digestive
Zona
Tuberculose
12
10
7
Taux des CD4
˂ 350
350- 500
˃ 500
295
26
8
Taux d’hémoglobine
10
˃ 10
135
194
Schéma thérapeutique
Névirapine + Zidovudine + Lamivudine
Efavirenz + Ténofovir + Emtricitabine
274
55
Vingt-neuf (8,8%) patients présentaient des
infections opportunistes à l’initiation du traitement.
Ces infections opportunistes étaient représentées
par la candidose (41,4%), le zona (34,5%) et la
tuberculose (24,1%). Du point de vue biologique,
tous les patients ont bénéficié des principaux bilans
biologiques recommandés à l’initiation du
traitement (numération des CD4, l’hémogramme et
la recherche de l’infection à virus de l’hépatite B).
La majorité des patients ont démarré leur traitement
avec un taux de CD4 inférieur à 350 cellules/mm
3
(89,7%) et un taux d’hémoglobine supérieur à 10
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g/dl (59%). Du point de vue thérapeutique, 274
(83,3%) ont démarré avec une combinaison
thérapeutique de « Névirapine + Zidovudine +
Lamivudine » et 55 (16,7%) avec une combinaison
thérapeutique de « Efavirenz + Ténofovir +
Emtricitabine ».
Après 24 mois de traitement, 176 (53,5%) patients
ont réalisé tous les bilans recommandés par les
directives nationales versus 153 (46,5%). Quatre-
vingt-dix-neuf (30%) patients étaient en échec
clinique. Les patients qui n’ont pas réalisé tous les
bilans biologiques recommandés par les directives
ont eu de façon significative un échec clinique par
rapport à ceux qui ont réalisé les bilans
conformément aux directives nationales (p<0,001 ;
RR= 1,63 [1,31-2,03]). Vingt-neuf patients ont
présenté des effets secondaires indésirables (8,8%),
représentés par 17 cas de rash cutané (58,6%), 7 cas
de neuropathies (24,2%) et 5 cas d’anémie (17,2%).
Il n’existe pas de lien significatif entre l’irrégularité
des bilans biologiques et la survenue des effets
secondaires. Trente-cinq (10,63%) ont eu un
changement de traitement et il n’existe pas une
association significative entre le changement de
traitement et l’irrégularité des bilans biologiques.
Cent vingt-trois (37,38%) patients étaient perdus de
vue/décédés, il existe un lien significatif entre le
décès/perdus de vue et l’irrégularité des bilans
biologiques (Tableau II).
Tableau II: Analyse des facteurs associés au mauvais suivi biologique des patients après 24 mois
Facteurs de mauvais suivi
biologique
Bilan clinique complet
RR
IC à 95%
p
Non
Oui
Echec clinique
Oui
Non
63
90
36
140
1,63 [1,31-2,03]
1
0,0000
Survenu des effets secondaires
Oui
Non
16
137
13
163
1,21 [0,85-1,72]
1
0,1680
Changement de traitement
Oui
Non
40
113
35
141
1,20 [0,93-1,54]
1
0,0910
Devenir des patients
Décédés et perdus de vue
En vie
80
73
43
133
1,84 [1,47-2,30]
1
0,0000
DISCUSSION
La présente étude a été réalisée pour évaluer
l’impact de la mauvaise qualidu suivi biologique
sur la prise en charge des personnes vivant avec le
VIH sous traitement antirétroviral. Dans notre
étude, les différentes analyses recommandées dans
les directives nationales sont réalisées à des niveaux
d’adhésion variable. La régularité des patients aux
bilans biologiques décroit avec le temps. Sur les
329 patients, 53,5% ont eu un bilan complet à 24
mois. Ce constat a été fait par Karfo au Burkina et
Bréma au Mali [3]. Les principales raisons seraient
liées aux problèmes de transports et une mauvaise
tenue des dossiers des patients. Notre étude a mis
en évidence un lien significatif entre le mauvais
suivi biologique et l’échec clinique d’une part et
d’autre par le devenir des patients. Les patients
n’ayant pas bénéficié d’un bon suivi biologique
présentaient beaucoup plus un échec clinique par
rapport à ceux ayant bénéficié d’un bon suivi
biologique. Selon la littérature, la numération des
CD4 est bon marqueur pour apprécier l’état
d’immunodépression des patients et l’efficacité du
traitement [3,4]. Elle permet de mettre en évidence
l’échec immunologique [5] qui précède le plus
souvent l’échec clinique. La détection précoce de
l’échec thérapeutique permet au clinicien de
changer de schéma thérapeutique, d’identifier et de
contrôler les causes de cet échec. Notre étude a mis
également en évidence un lien significatif entre le
mauvais suivi biologique et le devenir des patients.
Dès lors que le clinicien n’arrive pas à détecter
l’échec thérapeutique, la maladie évolue vers les
stades avancés (stade 3 ou 4). Dans notre cohorte,
89,7% des patients ont démarré le traitement avec
un taux de CD4 inférieur à 350 cellules/mm
3
. Selon
plusieurs études, le risque de décès est très éle
chez les patients qui ont commencé leur traitement
avec un taux de CD4 très faible [6-8]. Le suivi
clinique et biologique de ces patients doit être
régulier afin de dépister précocement un éventuel
échec thérapeutique ou la survenue d’une maladie
qui aurait un pronostic sévère pour le patient [6]. La
population de notre étude était constituée d’adultes
avec un âge moyen de 44 ans (±10). Nos patients
étaient plus âgés que ceux d’une étude réalisée à
Bangui en 2017 [9]. Ces résultats s’expliqueraient
par le fait que le CNRISTTAR fait partie des
premiers centres de prise en charge des PVVIH en
RCA. Dans notre étude le sexe féminin était
prédominant. Ces résultats corroborent ceux d’une
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étude réalisée à Bangui en 2017 [9], au Gabon [10],
en côte d’Ivoire [11], au Togo [8] et au Sénégal
[12]. Notre étude confirme la féminisation de
l’épidémie du VIH/sida notée par l’ONUSIDA
[13]. Dans notre étude la majorité des patients
étaient mis sous ARV au stade II de l’OMS. Ce
résultat est superposable à celui d’une étude réalisée
à Bangui en 2017 [9] et diffère de celui de CISSE
M [14] les patients étaient au stade III. La
différence de notre étude s’expliquerait par le fait
que le CNRISTTAR est un centre ambulatoire et
donc les patients à un stade clinique avancé sont
orientés dans les hôpitaux. Dans notre étude
89,67% des patients ont marré leur traitement à
un taux de CD4 ˂ 350 mm
3
. Ces résultats sont
retrouvés par certains auteurs africains [9,14].
CONCLUSION
Le suivi biologique est un élément essentiel pour le
suivi des personnes vivant avec le VIH. Nous avons
trouvé lien significatif entre les paramètres
cliniques chez les patients n’ayant pas réalisé un
bilan biologique complet et l’échec clinique d’une
part et le devenir des patients d’autre part. Ainsi
des stratégies doivent être mises en place pour
améliorer le suivi des bilans biologiques chez les
personnes sous ARV au CNRISTTAR.
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Conflit d’intérêt: aucun
30