
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
Tableau III : Répartitions des patients selon le
diagnostic probable retenu.
Méningo-encéphalite virale
Cryptococcose neuro-méningée
Méningite bactérienne décapitée
Sur le plan thérapeutique et évolutif, le Ceftriaxone
a été utilisé dans 61,9% contre 19,1% de
chloramphénicol. L’évolution a été favorable dans
71% des cas avec une létalité de 29%. La
méningoencéphalite virale était la cause la plus
fréquente des décès dans 42,8% des cas.
DISCUSSION
Au cours de cette étude nous avons trouvé une
fréquence hospitalière des méningites à liquide clair
de 1,1%. Cette fréquence est similaire à celle trouvé
à Conakry (0,9%) [5], et inférieure à celle rapportée
à Bamako (3,1%) [6]. Cette différence pourrait
s’expliquer par la sous notification des cas et
l’absence de moyen diagnostic liée surtout à
l’insuffisance du plateau technique au cours de
notre travail. L’âge moyen était de 37,5 ans avec
des extrêmes de 19 et 58 ans. Eholie et al. [7] à
Abidjan ont trouvé un âge moyen de 35 ans avec
des extrêmes de 15 et 67 ans. Par ailleurs Soumare
et al. à Dakar [10] ont rapporté un âge moyen de
40,7 ans avec des extrêmes de 22 et 61 ans. Le sex-
ratio était de 1,1 dans notre série. Ce constat
corrobore les données d’auteurs [7,8], alors que
Minta et al. [6] ont trouvé un sex-ratio de 2,5.
Toutefois ces différentes études s’accordent sur une
prédominance masculine dans les méningites à
liquide clair tant en Afrique, en Europe, en Asie
qu’en Amérique [8,9,10]. La notion
d’automédication avait été retrouvée dans 52,4%
des cas. Ce constat est identique à celui de l’étude
réalisée par Traoré et al. à Conakry [6]. Cela peut
s’expliquer par le phénomène des médicaments de
la rue et aussi par la paupérisation de la population
qui fait recours aux médicaments moins chers, sans
minimiser les difficultés d’accès aux structures
hospitalières. La majorité des patients (47,6%)
avaient consulté dans un délai compris entre 10 et
25 jours à partir du début de la symptomatologie.
Mierret [2] a rapporté un délai de 20 jours dans sa
série au Mali. Ceci traduit les réalités dans les pays
à ressources limitées où les consultations se font
d’habitude un peu plus tard, les patients faisant
d’abord recours soit aux tradipraticiens, soit
pratiquant d’abord l’automédication avant de faire
recours aux structures hospitalières en cas d’échec.
De plus dans notre série, le contexte social était
précaire lié aux conflits armés intercommunautaires
qui limitaient les mouvements de la population, ce
qui limitait l’accès aux services des soins. Les
motifs de consultation étaient dominés par les
céphalées (95,23%), les arthralgies (76,19%), la
fièvre (63%) et les myalgies (61,90%). Ces
symptômes ont été rapportés à Dakar [2] avec une
fréquence moindre des céphalées (45,7%), de la
fièvre (37,1%). Par contre Minta et al. [5] avaient
trouvé beaucoup plus les convulsions, les troubles
de la conscience. Cette différence peut être liée aux
délais de consultation et à la gravité des signes
motivant la consultation. Les principaux signes
neurologiques étaient la raideur de la nuque
(80,9%), des déficits sensorimoteurs (66%) sur fond
d’altération de l’état général (38,1%). Ce résultat
corrobore les données d’autres auteurs Africains
[7,10]. Mierret [2] a trouvé des signes psychiques
(51,4%), et les signes méningés (40%). Ces
disparités peuvent être liées aux délais de
consultations et aux antécédents des patients chez
qui ces symptomatologies évoluent. Au cours de
notre étude, seuls les patients présentant un LCR
clair étaient retenus et la plupart avait une
lymphorachie comprise entre 61 à 90 % tandis que
les bilans biochimiques (glycorachie,
protéinorachie) étaient modifiés avec une absence
de germes à l’étude du LCR. Ces données se
situent dans les fourchettes des caractéristiques
d’un LCR pathologique orientant vers une
méningite lymphocytaire et sont similaires à ceux
de certains auteurs [5,7,10]. Dans notre série,
l’immunodépression à VIH était l’un des facteurs
précipitant non négligeable des méningites à liquide
clair car 42,85 % des malades avaient une sérologie
VIH positive. Ces données corroborent celles de la
littérature [5,10] où il a été rapporté que 52 % des
patients étaient infectés par le VIH, à Dakar contre
83,8% au Mali. Cette différence pourrait
s’expliquer par le fait que leurs populations d’étude
concernaient uniquement les sujets infectés par le
VIH. Les diagnostics retenus étaient les méningo-
encéphalites virales (52%), des méningites
bactériennes décapitées (19%) et la cryptococcose
neuro-méningée (9,5%). Ces diagnostics étaient
retenus sur des arguments cliniques, l’analyse de
l’aspect du LCR et par élimination. C’est ainsi que
dans 19% des cas aucune étiologie était élucidée.
Notre démarche emprunte celle de Minta, Sghaier
et al. [5,11] qui avaient procédé ainsi pour retenir
les diagnostics. Ceci témoigne des difficultés dans
les démarches diagnostiques de ces types de
méningites en lien avec le plateau technique
insuffisant sinon existant. De plus Traoré et al. à
Conakry ont évoqué des situations pour lesquelles
les méningites chroniques pourraient ne pas avoir
des étiquettes étiologiques dans 30% des cas malgré
les recherches cliniques et biologiques minutieuses
[6]. S’agissant des cas de méningites décapitées,
cela pose la problématique de l’automédication et
de la règlementation des produits pharmaceutiques.
Jarrin et al. en France ont pu établir comme
principales étiologies les méningites à entérovirus,
à HSV2 et à VZV ceci grâce à des moyens