ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
ARTICLE ORIGINAL
Méningites à liquide clair chez l’adulte à Bangui
Meningitis with clear liquid in adults in Bangui
Emmanuel Yangatimbi¹, Tatiana Ndoram-Ndombor
2
, Josué Kinima
2,
Pascal Mbelesso¹
1- Service de neurologie du CHU de l’Amitié Sino-Centrafricaine de Bangui BP 3183 Bangui
2- Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Bangui, République Centrafricaine.
Auteur correspondant : Yangatimbi Emmanuel, service de Neurologie. CHU de l’Amitié Sino-Centrafricaine
de Bangui
Téléphone : (+236) 75048056/70048056. Email : yang_emma1@yahoo.fr
Reçu le 21/06/2019 : 2019 ; Accepté le 28/08/2019
RESUME
Objectifs : Analyser la problématique du diagnostic
étiologique et de la prise en charge des méningites
à liquide à clair chez l’adulte à Bangui.
Patients et méthodes : il s’agissait d’une étude
transversale réalisée dans les hôpitaux centraux de
Bangui de juillet à Décembre 2017. Ont été inclus
dans l’étude les patients de deux sexes, âgés d’au
moins 18 ans, hospitalisés pour suspicion de
méningite ayant subi une ponction lombaire. Les
données ont été collectées à l’aide d’une fiche
d’enquête établie au préalable, et ont été analysées
avec le logiciel Epi Info 7.
Résultats : Au cours de l’étude, 1933 patients ont
été hospitalisés dont 21 cas de méningites à liquide
clair, soit une fréquence hospitalière de 1,1%. L’âge
moyen de l’échantillon était de 37,5 ans avec des
extrêmes de 19 et 58 ans, et 52,4% des enquêtés
étaient de sexe masculin soit un sex-ratio de 1,1. La
population d’étude était dominée par les
célibataires. On notait la notion d’automédication
chez 52,4% des patients. La symptomatologie
clinique était dominée par des céphalées (95,3%)
puis des arthralgies (76,2%). L’immunodépression
à VIH était retrouvée chez 42,85 % des malades.
Sur le plan étiologique, 52,5% des sujets avaient
une méningo-encéphalite virale suivie de méningite
bactérienne décapitée (9,5%). L’évolution a été
favorable dans 71,4% des cas et la létalité globale
était de 28,75%. La méningoencéphalite était la
cause la plus fréquente des décès (42,8%).
Conclusion : Notre travail met en exergue toute la
problématique liée au diagnostic étiologique de
certitude et à la prise en charge de la méningite à
liquide clair à Bangui.
Mots clés : méningite à liquide clair,
épidémiologie, étiologie, évolution, hôpitaux
centraux Bangui.
ABSTRACT
Objective: To analyze the problem of the
etiological diagnosis and management of meningitis
with clear fluids in adults in Bangui.
Patients and Methods: This was a cross-sectional
study conducted in central hospitals in Bangui from
July to December 2017. Were included in the study
patients of both sexes, aged 18 years and older,
hospitalized for a suspicion of meningitis after
lumbar puncture. The data was collected using a
pre-established survey sheet and were analyzed
with the Epi Info software version 3.5.4 of July 30,
2012.
Results: During the study, 1933 patients were
hospitalized, among which 21 cases of meningitis
with clear liquid, corresponding to a hospital
frequency of 1.1%. The mean age of the sample
was 37.5 years with extrems of 19 and 58 years,
and 52.4% of the respondents were male with a M /
F sex ratio of 1.1. The study population was
dominated by single individuals. The concept of
self-medication was noted in 52.4% of patients.
Clinical symptomatology was dominated by
headache (95.3%) and arthralgia (76.2%). HIV
immunodepression was found in 42.85% of the
patients. As far as etiologies are concerned, 52.5%
of the subjects had viral meningoencephalitis
followed by decapitated bacterial meningitis
(9.5%). The evolution was favorable in 71.4% of
the cases and the overall lethality was 28.75%.
Meningoencephalitis was the most common cause
of death (42.8%).
Conclusion: Our work highlights all the issues
related to the etiological diagnosis of certainty and
the management of meningitis with clear fluid in
our country.
Key words: clear fluid meningitis, epidemiology,
etiology, evolution, Bangui central hospitals.
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Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
INTRODUCTION
La distinction classique entre une méningite à
liquide trouble considérée comme bactérienne et
une méningite à liquide céphalorachidien (LCR)
clair pose un problème étiologique. Si au moins 70
à 85 % des cas de méningites à liquide clair sont
d’origine virale, parasitaire, néoplasique ou dus à
des bactéries non pyogènes, leur évolution
spontanée est généralement bénigne. Cependant, 20
à 25% des cas d’origine bactérienne sont
d’évolution spontanée toujours mortelle [1,2,3]. Les
méningites à liquide clair posent surtout et avant
tout un problème de diagnostic étiologique puis
thérapeutique dans la pratique hospitalière.
Toutefois, la promptitude dans le diagnostic
permettra d’en préciser le pronostic vital et
séquellaire, d’éviter la prescription inutile
d’examens complémentaires et d’antibiotiques, de
contribuer à la veille sanitaire [4]. En France, plus
de 85% des méningites à liquide clair sont d’origine
virale provoquées par les entérovirus, le virus
ourlien, les arbovirus, l’herpès virus et autres [1].
Au Mali, une étude sur la méningite lymphocytaire
a trouvé comme mode d’expression clinique
fréquente l’encéphalite et la méningo-encéphalite
chez les patients qui sont pour la plupart
immunodéprimés (83,8%). En Côte d’Ivoire, la
symptomatologie clinique de la méningite à liquide
clair chez les immunodéprimés était représentée par
des céphalées, un syndrome méningé fébrile, et les
principales étiologies étaient la cryptococcose
neuroméningée et la tuberculose neuroméningée.
Dans 26% des cas, aucune cause n’avait été trouvée
et la létalité globale était de 63% à 83% en
l’absence de traitement [2]. En Centrafrique, les
méningites à liquide clair ne sont pas encore
documentées. C’est pourquoi nous nous sommes
proposé de mener cette étude en vue d’élucider les
connaissances particulières et d’apporter notre
contribution à l’étude des méningites à liquide clair
chez l’adulte dans les hôpitaux centraux de Bangui.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale réalisée dans
les hôpitaux centraux de Bangui sur une période de
6 mois, du 1
er
juillet au 31 Décembre 2017. Ont été
inclus, des patients adultes des deux sexes âgés
d’au moins 18 ans hospitalisés dans les services
médicaux et de réanimation des hôpitaux centraux
de l’Amitié et Communautaire pour suspicion de
méningite et ayant subi une ponction lombaire, chez
qui le diagnostic de méningite à liquide clair a été
posé. N’ont pas été inclus dans l’étude les patients
souffrant de méningite dont le LCR était trouble et
l’examen bactériologique a identifié des bactéries.
Les données ont été collectées à l’aide d’une fiche
individuelle établie à cet effet, comprenant les
paramètres sociomographiques (âge, sexe,
profession), les antécédents, la symptomatologie
clinique et biologique, la thérapeutique,
l’évolution. Elles ont été analysées avec le logiciel
Epi Info 7.
RESULTATS
Pendant la période de notre étude, 1933 patients ont
été hospitalisés. Vingt et un avaient une méningite à
liquide clair, soit une fréquence hospitalière de
1,1%. L’âge moyen des patients était de 37,48 ans
avec des extrêmes de 19 et 58 ans. Le sex -ratio
était de 1,1. Les sujets les plus touchés étaient des
célibataires (76%), les fonctionnaires (28,6%) et les
commerçants (23,8%). La plupart des malades
(47,6%) avaient consulté tardivement après un délai
compris entre 10 à 25 jours après le début de la
symptomatologie. La notion d’automédication avait
été retrouvée dans 52,4% des cas (tableau I).
Tableau I : Répartition des patients selon les
antécédents
Antécédents
Oui
Non
Effectif (%)
Effectif (%)
Notion de contage tuberculeux
3 (14,28%)
18 (85,72%)
Statut sérologique VIH
9 (42,85%)
12 (57,15%)
Infection virale
6 (28,57%)
15 (71,43%)
Prise d’antibiotique en automédication
11(52,38%)
10 (47,62%)
La symptomatologie fonctionnelle était dominée
par des céphalées (95,23%), des arthralgies (76,2%)
et des myalgies (61,9%) (tableau II). Sur le plan
physique, on retrouvait la raideur de la nuque
(80,9%), les déficits sensorimoteurs (66%) et
l’altération de l’état général (38,1%). La fièvre était
présente dans 63% des cas et chiffrée entre 38° et
39° C.
Tableau II : Signes cliniques motivant la
consultation
Signes cliniques
Présents
Absents
%
Céphalées
20
1
95,23
Myalgies
13
8
61,90
Arthralgies
16
5
76,19
Crise comitiale
10
11
47,61
Rachialgie
9
12
42,85
Nausées
8
13
38,09
Vomissements
7
14
33,33
Sono phobie
3
18
14,28
Sur le plan biologique, 85,7% des patients avaient
une lymphorachie inférieure à 100/mm³. La plupart
des patients souffrant de méningoencéphalite virale
(75%) avaient un taux de lymphocyte inférieur à
100/mm³. L’étude du LCR était stérile dans 90,5%
des cas, et 42,85% des patients avaient une
sérologie VIH positive. Le diagnostic étiologique
était dominé par les méningo-encéphalites virales
(52,5%) suivi de méningite bactérienne décapitée
(19%) (Tableau III).
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Tableau III : Répartitions des patients selon le
diagnostic probable retenu.
Effectif (n= 21)
%
11
52,5
2
9,5
4
19,0
4
19,0
Sur le plan thérapeutique et évolutif, le Ceftriaxone
a été utilisé dans 61,9% contre 19,1% de
chloramphénicol. L’évolution a été favorable dans
71% des cas avec une létalité de 29%. La
méningoencéphalite virale était la cause la plus
fréquente des décès dans 42,8% des cas.
DISCUSSION
Au cours de cette étude nous avons trouvé une
fréquence hospitalière des méningites à liquide clair
de 1,1%. Cette fréquence est similaire à celle trouvé
à Conakry (0,9%) [5], et inférieure à celle rapportée
à Bamako (3,1%) [6]. Cette différence pourrait
s’expliquer par la sous notification des cas et
l’absence de moyen diagnostic liée surtout à
l’insuffisance du plateau technique au cours de
notre travail. L’âge moyen était de 37,5 ans avec
des extrêmes de 19 et 58 ans. Eholie et al. [7] à
Abidjan ont trouvé un âge moyen de 35 ans avec
des extrêmes de 15 et 67 ans. Par ailleurs Soumare
et al. à Dakar [10] ont rapporté un âge moyen de
40,7 ans avec des extrêmes de 22 et 61 ans. Le sex-
ratio était de 1,1 dans notre série. Ce constat
corrobore les données dauteurs [7,8], alors que
Minta et al. [6] ont trouvé un sex-ratio de 2,5.
Toutefois ces différentes études s’accordent sur une
prédominance masculine dans les méningites à
liquide clair tant en Afrique, en Europe, en Asie
qu’en Amérique [8,9,10]. La notion
d’automédication avait été retrouvée dans 52,4%
des cas. Ce constat est identique à celui de l’étude
réalisée par Traoré et al. à Conakry [6]. Cela peut
s’expliquer par le phénomène des médicaments de
la rue et aussi par la paupérisation de la population
qui fait recours aux médicaments moins chers, sans
minimiser les difficultés d’accès aux structures
hospitalières. La majorité des patients (47,6%)
avaient consulté dans un délai compris entre 10 et
25 jours à partir du début de la symptomatologie.
Mierret [2] a rapporté un délai de 20 jours dans sa
série au Mali. Ceci traduit les réalités dans les pays
à ressources limitées les consultations se font
d’habitude un peu plus tard, les patients faisant
d’abord recours soit aux tradipraticiens, soit
pratiquant d’abord l’automédication avant de faire
recours aux structures hospitalières en cas d’échec.
De plus dans notre série, le contexte social était
précaire lié aux conflits armés intercommunautaires
qui limitaient les mouvements de la population, ce
qui limitait l’accès aux services des soins. Les
motifs de consultation étaient dominés par les
céphalées (95,23%), les arthralgies (76,19%), la
fièvre (63%) et les myalgies (61,90%). Ces
symptômes ont été rapportés à Dakar [2] avec une
fréquence moindre des céphalées (45,7%), de la
fièvre (37,1%). Par contre Minta et al. [5] avaient
trouvé beaucoup plus les convulsions, les troubles
de la conscience. Cette différence peut être liée aux
délais de consultation et à la gravi des signes
motivant la consultation. Les principaux signes
neurologiques étaient la raideur de la nuque
(80,9%), des déficits sensorimoteurs (66%) sur fond
d’altération de l’état général (38,1%). Ce résultat
corrobore les données d’autres auteurs Africains
[7,10]. Mierret [2] a trouvé des signes psychiques
(51,4%), et les signes méningés (40%). Ces
disparités peuvent être liées aux délais de
consultations et aux antécédents des patients chez
qui ces symptomatologies évoluent. Au cours de
notre étude, seuls les patients présentant un LCR
clair étaient retenus et la plupart avait une
lymphorachie comprise entre 61 à 90 % tandis que
les bilans biochimiques (glycorachie,
protéinorachie) étaient modifiés avec une absence
de germes à l’étude du LCR. Ces données se
situent dans les fourchettes des caractéristiques
d’un LCR pathologique orientant vers une
méningite lymphocytaire et sont similaires à ceux
de certains auteurs [5,7,10]. Dans notre série,
l’immunodépression à VIH était l’un des facteurs
précipitant non négligeable des méningites à liquide
clair car 42,85 % des malades avaient une sérologie
VIH positive. Ces données corroborent celles de la
littérature [5,10] il a été rapporté que 52 % des
patients étaient infectés par le VIH, à Dakar contre
83,8% au Mali. Cette différence pourrait
s’expliquer par le fait que leurs populations d’étude
concernaient uniquement les sujets infectés par le
VIH. Les diagnostics retenus étaient les méningo-
encéphalites virales (52%), des méningites
bactériennes décapitées (19%) et la cryptococcose
neuro-méningée (9,5%). Ces diagnostics étaient
retenus sur des arguments cliniques, l’analyse de
l’aspect du LCR et par élimination. C’est ainsi que
dans 19% des cas aucune étiologie était élucidée.
Notre démarche emprunte celle de Minta, Sghaier
et al. [5,11] qui avaient procéainsi pour retenir
les diagnostics. Ceci moigne des difficultés dans
les marches diagnostiques de ces types de
méningites en lien avec le plateau technique
insuffisant sinon existant. De plus Traoré et al. à
Conakry ont évoqué des situations pour lesquelles
les méningites chroniques pourraient ne pas avoir
des étiquettes étiologiques dans 30% des cas malgré
les recherches cliniques et biologiques minutieuses
[6]. S’agissant des cas de méningites décapitées,
cela pose la problématique de l’automédication et
de la règlementation des produits pharmaceutiques.
Jarrin et al. en France ont pu établir comme
principales étiologies les méningites à entérovirus,
à HSV2 et à VZV ceci grâce à des moyens
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diagnostics appropriés [12]. La majorité des
patients était soumis à un traitement probabiliste
d’antibiotiques au départ constitué de : Ceftriaxone
(61,90%), chloramphénicol injectable selon les cas
et pour une durée allant de 8 à 14 jours et du
fluconazole. Dans sa série en France Jarrin et al.
[12] avaient rapporté que 51,7% de leurs patients
ont été traités à base d’amoxicilline, 33% avec
acyclovir et 26,1% avec de la ceftriaxone. Cette
différence avec notre série pourrait s’expliquer par
l’absence de moyens diagnostics appropriés
notamment la PCR et la recherche des antigènes
solubles qui devraient conduire à un traitement à
visée étiologique certaine. L’évolution a été
favorable dans 71,4% des cas pour les principaux
diagnostics retenus et la létalité globale était de
28,57%. Ce taux de létalité est de moitié que celui
(63%) rapporté Soumare et al. [10]. Cette
différence s’explique par le fait que son étude était
rétrospective et portait uniquement sur les patients
infectés par le VIH. Dans la série de Mieret et al. la
létalité globale était de 45,7% des cas [2] avec
83% des patients séropositifs dont la moitié avait
déjà un taux de lymphocytes CD4 inférieur à 50
cellules/mm
3
[3, 8].
CONCLUSION
Il ressort de cette étude que cette pathologie est
fréquente chez les sujets jeunes sexuellement actifs
avec une prévalence relativement faible.
L’immunodépression à VIH est l’un des facteurs
précipitant non négligeable. Notre travail met en
exergue toute la problématique de l’incertitude du
diagnostic étiologique et celle de la prise en charge
des méningites à liquide clair dans notre pays.
D’où la nécessité du renforcement du plateau
technique pour une meilleure prise en charge
efficiente de ces affections.
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Conflit d’intérêt : aucun
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