
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°002/ Décembre 2019 -
paroxystiques. En fonction du l’antibiotique utilisé,
le taux de létalité était nettement plus bas avec la
pénicilline associée au métronidazole qu’avec la
pénicilline seule (OR=1,7 ; IC= [0,5 – 5,8]). Le taux
de létalité avec le traitement associant la ceftriaxone
au métronidazole était de 44,4% (4 cas). La
fréquence des décès selon l’antibiotique utilisé est
présentée dans le tableau III.
DISCUSSION
La prévalence hospitalière du tétanos dans notre
étude était de 1,1%. Elle était plus faible que celui
rapporté au Mali [6]. La maladie demeure fréquente
au Tchad même si une tendance à la baisse est
observée au cours des 3 dernières années de l’étude.
Les patients admis à l’Hôpital Général de Référence
Nationale ne constituaient qu’une partie des patients
atteints de tétanos dans le pays. Au Tchad comme
dans les autres pays d’Afrique Subsaharienne,
hormis le tétanos néonatal qui est lié aux conditions
d’accouchement, la maladie touche surtout les
hommes jeunes. Le service des Maladies
Infectieuses étant un service d’adultes, seuls les
patients âgés d’au moins 15 ans ont été inclus dans
notre série. L’âge moyen des patients était de 30 ans,
identique à celui trouvé au Mali[6]. Le rapport
épidémiologique de l’OMS a révélé qu’en 2014 aux
USA, les personnes atteintes de tétanos se
répartissaient ainsi : 30% étaient âgés de 65 ans et
plus, 60% avaient entre 20 et 64 ans et 10% avaient
moins de 20 ans. Selon le même rapport, dans les
pays de l’Union Européenne 65% des personnes
atteintes de tétanos étaient âgées de 65 ans et plus
[5]. Concernant le sexe des patients, dans notre
étude, les hommes étaient les plus touchés, ce qui
corrobore plusieurs études africaines [6-8]. En
France, le tétanos touche surtout des sujets âgés de
plus de 70 ans et de sexe féminin. Selon le profil
socioprofessionnel, les paysans et les ouvriers
constituaient les groupes les plus exposés au risque
de la maladie dans notre étude où ils représentaient
32,6% des patients. Des études réalisées à l’hôpital
du Point G de Bamako et au CHU de Fann à Dakar
ont observé des proportions plus importantes dans
ces groupes avec respectivement 53% et 58% des
cas [6,7]. Concernant la porte d’entrée, les plaies par
traumatisme lors des accidents domestiques ou de la
voie publique ont été observées dans les 2/3 des cas.
Ce qui confirme la prédominance de la porte
d’entrée tégumentaire observée dans la plupart des
études africaines et non africaines [3, 6-10]. Les
soins médicaux et pratiques traditionnelles ont été
des circonstances fréquentes de survenue de tétanos
dans notre contexte, respectivement 22,1% et 13,2%.
A Dakar, les pratiques traditionnelles ont été
retrouvées dans 25% des cas de tétanos juvénile
[10]. Le recours à des soins de moindre qualité dans
des structures tenues par du personnel non qualifié
expose au risque comme en témoignent les 6 cas
survenus à la suite d’injections intramusculaires
comportant des fautes d’ asepsie. L’otite n’a pas
constituée une porte d’entrée dans notre étude
contrairement au Mali et au Sénégal [6,7]. La
symptomatologie était dominée par les contractures
généralisées qui ont été quasi permanentes puisque
présentes dans 98,7% des cas. Ces manifestations
ont été observées dans des proportions élevées au
Mali (94,4%) [6]. Les paroxysmes ont été observés
chez 76,9% de nos patients et le trismus dans 83,3%
des cas. Sur le plan thérapeutique, le traitement du
tétanos à N’Djaména a reposé sur l’antibiothérapie
par voie injectable, l’administration de sédatif
notamment le diazépam, le parage des plaies
retrouvées et leur désinfection avec de l’eau
oxygénée et de la polyvidone iodée ainsi que
l’administration d’immunoglobuline tétanique.
Comme antibiotique, il est recommandé d’utiliser la
pénicilline G ou le métronidazole injectables pour la
prise en charge du tétanos [1]. La majorité des
patients avait reçu l’association de la pénicilline et
du métronidazole. Concernant la létalité du tétanos,
celle-ci demeure importante dans notre pays même
en milieu hospitalier. Le taux était de 28,6% pour
l’ensemble de nos patients mais était
significativement plus élevé chez les femmes. Cette
situation s’explique par le faible effectif des femmes
et la gravité des facteurs de risque associés aux cas
féminins dans notre étude (injection intramusculaire,
accouchement, avortement et brûlure). Des taux de
létalité plus faibles ont été rapportés à Dakar,
respectivement 22% et 23,8% [7,11]. Il est à noter
qu’à la différence de notre service, le service des
Maladies Infectieuses du CHU de Fann est doté d’un
grand nombre de personnel qualifié et d’une Unité
de Soins Intensifs prenant en charge les cas de
tétanos des enfants et des adultes. Comparé à
certains pays africains, notre taux de létalité a été
relativement faible. Au Mali le taux de létalité est de
46,2% [6] mais l’étude, a été réalisée à une période
antérieure à la nôtre (de 2004 à 2009). En France, la
létalité du tétanos de 2012 à 2017 est de 23% [3] en
dépit des moyens de réanimation disponibles. Cette
situation est liée à l’âge généralement très avancé
des patients qui est un facteur de fragilité.
CONCLUSION
Le tétanos reste une maladie grave et il n’est pas rare
au Tchad en raison de l’insuffisance dans la mise en
œuvre des mesures préventives et de la persistance
des comportements à risque en milieu de travail,
dans les services de santé et au sein de la
communauté. Afin de limiter la maladie, un effort
doit être fourni pour améliorer la couverture
vaccinale dans les groupes à risque y compris les
catégories professionnelles exposées. Il est
important de rendre accessible et systématique
l’immunothérapie tétanique lors des accidents de la
voie publique et autres traumatismes occasionnant
des plaies et renforcer la qualité des soins des
services de santé (médicaments et intrants,
formation, équipements de soins intensifs).