
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 –
La fréquence des étiologies retrouvées (tableau III)
était de 31,91% (15 cas) avec une prédominance de
l’anémie, 4 cas (26,67%). D’autres causes étaient
objectivées avec des taux plus faibles tels que la
cardiomyopathie ischémique, la cardiomyopathie
non ischémique, l’hyperthyroïdie et l’hypocalcémie.
Soixante-dix pourcent des patients qui présentaient
une tachycardie sinusale étaient anémiques ou
anxieux et 75% des fibrillations auriculaires étaient
observées chez les patients présentant une
valvulopathie mitrale.
Tableau III : Les différentes étiologies des
arythmies
Cardiomyopathie ischémique
Cardiomyopathie non ischémique
DISCUSSION
Notre étude présente certaines limites :
Premièrement, la taille de notre échantillon et la
durée de l’étude qui n’étaient pas suffisantes.
Deuxièmement, pour des raisons techniques, nous
avons réalisé uniquement l’ECG et l’Holter de 24
heures pour rechercher les troubles du rythme
cardiaque. Les explorations électrophysiologiques
invasives qui ne sont disponibles au Tchad, doivent
être prises en compte surtout en cas de suspicion
d’arythmie ventriculaire grave.
Cette étude a montré que les palpitations
représentaient un motif fréquent de consultation
dans notre population avec une prévalence de
18,72%. Elles étaient liées à des arythmies dans
44,68% des cas avec des causes cardiaques ou
extracardiaques. Ces résultats rejoignent ceux de
Weber et al [4] qui ont montré que parmi les patients
adressés dans un centre médical universitaire pour
des palpitations, 41% avaient une étiologie
arythmique, 31%, des palpitations dans le contexte
d'un trouble psychologique tel que l'anxiété et 16%
n'avaient pas de cause identifiée.
L’ECG 12 dérivations peut révéler des données
importantes chez les patients présentant des
palpitations [5]. Il peut identifier une cause sous-
jacente chez environ 40% des patients [6]. De plus,
la corrélation entre les palpitations et les arythmies
est faible [7]. La probabilité que les palpitations
soient associées à une pathologie cardiaque est faible
si l’ECG est normal. L’Holter ECG de 24 heures
peut aider dans certaines situations à clarifier le
diagnostic. Il est surtout plus efficace dans
l’évaluation des arythmies non soutenues [8]. Dans
cette étude, l’ECG a permis de mettre en évidence
80,95% des arythmies et l’Holter ECG de 24 heures
dans 19,05%. Des données proches ont été
rapportées par Clementy et al, dans une étude
incluant 688 patients [9], où les positivités
diagnostiques de l'ECG et de l’Holter ECG étaient
respectivement 76% et 10%. Nos patients étaient
jeunes avec un âge moyen de 32 ± 13 ans,
majoritairement de sexe féminin (59,57%) et avaient
moins de comorbidités. Certains auteurs ont signalé
la fréquence des palpitations chez les adolescents qui
souffrent de troubles de l'alimentation, en particulier
les femmes souffrant d'anorexie mentale ou de
boulimie [10]. Par contre, dans la série de Clementy
et al [9], bien que le sexe féminin était prédominant,
l’âge moyen était nettement supérieur (59 ± 19 ans).
Ces résultats nous laissent penser que les
palpitations touchent tous les âges et
indépendamment du genre. Nous avons constaté
dans cette étude, une nette prédominance des
arythmies supraventriculaires. La tachycardie
sinusale était observée dans 47,62% des cas,
essentiellement chez les patients anxieux ou
anémiques. Plusieurs auteurs ont rapporté la
fréquence des palpitations chez les patients
présentant des troubles psychiatriques tel que
l’anxiété [4,11,12]. La fibrillation auriculaire était
observée dans 19,05% des cas et observée
essentiellement chez les patients présentant une
valvulopathie rhumatismale. Des résultats similaires
ont été décrits dans des séries hospitalières en
Afrique subsaharienne avec une prévalence de
l'ordre de 7% dans une population relativement
jeune [13]. Cependant, les données
épidémiologiques américaines ou européennes ont
montré que la fibrillation auriculaire était l’arythmie
cardiaque la plus fréquente, en particulier chez les
sujets âgés ou porteurs de cardiopathie [14-16], et
que les facteurs étiologiques de la fibrillation
auriculaire sont nombreux et variables [17-21]. Dans
l’étude Framingham [20], l’HTA, la décompensation
cardiaque et les valvulopathies étaient les principales
causes d’apparition de la fibrillation atriale. Les
facteurs associés à la fibrillation auriculaire non
valvulaire largement étudiés sont dominés par
l’HTA, l’âge avancé, l’infarctus du myocarde,
l’insuffisance cardiaque, l’hypertrophie ventriculaire
gauche, la dilatation de l’oreillette gauche, le diabète
et l’hyperthyroïdie [21,22]. Ces facteurs sont aussi
associés largement aux autres troubles du rythme
[9,23,24]. Au vu de ces résultats, il est essentiel de
rechercher chez les patients souffrant de palpitations,
un diagnostic étiologique pour distinguer les
arythmies d’origine cardiaque (cardiopathies
structurelles et / ou arythmogènes) et les arythmies
qui surviennent lors des troubles psychosomatiques
ou d’autres pathologies systémiques, pour une
meilleure approche thérapeutique. Tous les patients