ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 -
ARTICLE ORIGINAL
Les aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques des traumatismes dus aux
accidents de circulation par moto à Bangui
Epidemiological, clinical and therapeutic aspects of the injury by road traffic accidents
in Bangui
Bertrand Jean de Dieu Tékpa
1
, Saint-Calvaire Henri Diemer
2
, Pierre Alfred Issa Mapouka
1
, Augina Wakanga
1
,
Gérard Grésenguet
2
1
Service de Traumatologie orthopédie du CHU Communautaire de Bangui,
2
Département de santé publique de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Bangui
Auteur correspondant : Dr Bertrand Jean-de-Dieu Tékpa, Orthopédiste-traumatologue, CHU Communautaire
de Bangui. BP : 2535 Bangui (RCA), Tél : (00236)754706000.
Email : tekpabertrand@yahoo.fr
Reçu le 11/12/2018 ; Accepté le 20/02/2019
RESUME
Objectif : L’objectif de cette étude était de décrire
les aspects épidémiologique, clinique et
thérapeutique des accidents de circulation routière
(ACR) par moto.
Patients et méthodes : Cette étude rétrospective a
été réalisée à l’Hôpital Communautaire de Bangui
entre janvier 2011 et décembre 2013. Elle incluait,
les victimes ayant nécessité une prise en charge
orthopédique et/ou chirurgicale et celles décédées.
Les accidents autres que par moto n’étaient pas
inclus.
Résultats : Pendant la période d’étude, 3212
consultations pour ACR par moto sur 6657 (toutes
causes confondues) ont é enregistrées soit
(48,2%). Cinq cent patients ont été retenus dont 389
hommes (77,8%) et 111 femmes (22,2%). L’âge
moyen était de 33 ans avec des extrêmes allant de
16 à 83 ans. Parmi eux, 346 (69,2%) étaient
hospitalisés. Les conducteurs de moto étaient les
principales victimes (51,4 %). L’excès de vitesse
(27%) et l’imprudence des conducteurs (22,2%)
représentaient les causes fréquentes des accidents.
Les accidents survenaient entre 9 heures et 18
heures (62%) et concernaient dans 65,4% des cas
les mototaxis. Seuls quatre des conducteurs
détenaient un permis de conduire et 9 des passagers
portaient un casque de sécurité. Nous avons
enregistré 21 cas de décès à un polytraumatisme
et/ou un traumatisme crânio-encéphalique.
Conclusion : L’ampleur des ACR par moto est
importante en République centrafricaine et requiert
des mesures d’urgence. L’organisation d’un
système de transport en commun, l’amélioration de
la prise en charge pré-hospitalière et hospitalière
des blessés ainsi que la sensibilisation des usagers
de la route est indispensable.
Mots clés : accident circulation routière, moto,
Centrafrique
ABSTRACT
Objective: The objectives of this study were to
describe the epidemiology of injury by road traffic
accidents (RTAs), the lesions observed and their
treatment.
Patients and methods: This retrospective study
was carried out at Hôpital Communautaire de
Bangui between January 2011 and December
2013. It included victims requiring orthopedic or
surgical care and those dead. Other than by
motorcycle accidents were excluded.
Results: During the study period, 3212
consultations to RTAs by motorcycle on 6657 (all
causes) were registered (48.2%). Five hundred
(500) patients were selected including 389 men
(77.8%) and 111 women (22.2%). The average age
was 33 years (Ranges: 16-83 years). Among them,
346 (69.2%) were hospitalized. Motorcycle drivers
were the main victims (51.4%). Speeding (27%)
and recklessness of drivers (22.2%) represented the
common causes of accidents. Accident hours were
between 9 hours and 18 hours (62%); and 65.4% of
the cases the rugged bikes were motorcycle-taxis.
Only four drivers held a licence and 9 passengers
wearied a safety helmet. We recorded 21 cases of
death due to a polytrauma and/or cranio-encephalic
trauma.
Conclusion: The magnitude of accidents by
motorcycle is important in Central African
Republic and requires emergency measures. The
Organization of a system of public transit,
improving support pre-hospital and hospital for the
wounded as well as the awareness of road users is
essential.
Keywords: accident by motorcycle, motorcycle,
Central African Republic.
4
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 -
INTRODUCTION
Les traumatismes dus aux accidents de circulation
routière représentent la 8
ième
cause de décès dans le
monde et la première cause de décès chez les jeunes
âgés de 15 à 29 ans [1]. Si tous les usagers de la
route sont à risque d’être blessés ou tués sur les
routes, il existe des différences dans les taux de
mortalité selon les catégories d’usagers. Ainsi les
piétons, les cyclistes ou les usagers à deux roues
motorisés sont généralement plus vulnérables que
les automobilistes [2,3]. Les accidents de
circulation routière en moto posent un problème de
santé publique mondiale surtout avec l’avènement
des mototaxis [4-7]. En Afrique l’état fectueux
des réseaux routiers, l’excès de vitesse, le non-
respect du code de la route et l’usage des drogues
par les conducteurs d’engins accentuent le
problème [4-6]. Lorsqu’ils ne sont pas mortels, ces
accidents entrainent parfois de lourds handicaps qui
posent souvent des problèmes de réinsertion
socioprofessionnelle des patients [7-9]. La moto a
été introduite en République Centrafricaine (RCA)
comme moyen de transport en commun depuis
1998. Aucune donnée n’existe en ce moment sur le
sujet. C’est ainsi que nous nous sommes proposés
de réaliser cette étude dont l’objectif était de décrire
les aspects épidémiologique, clinique et
thérapeutique des ACR par moto.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude rétrospective réalisée dans
le service de traumatologie-orthopédie de l’hôpital
communautaire de Bangui du 1
er
janvier 2011 au 31
décembre 2013. La population d’étude était
constituée des traumatisés pris en charge au niveau
du service d’Orthopédie-Traumatologie de
l’Hôpital Communautaire. La population cible était
représentée par les patients des deux sexes, âgés de
plus de 16 ans victimes d’un ACR par moto, traités
et régulièrement suivis pendant 6 mois suivant le
traumatisme. Les victimes d’un ACR par un engin
autre que la moto n’étaient pas incluses dans
l’étude. Une fiche d’enquête a servi au recueil des
données. Le logiciel Epi-info version 3.5.1 a servi
à la saisie et l’analyse des données. Les tests
statistiques du chi
2
a permis de faire les
comparaisons des proportions avec un seuil de
significativité fixé à 5%.
RESULTATS
Durant la période d’étude, nous avons enregistré
6657 cas de traumatisés dus aux ACR dont 3212
(48,2%) étaient dus aux ACR par moto. Nous avons
inclus 500 patients qui répondaient aux critères
d’inclusion. L’échantillon était constitué de 257
conducteurs (51,5%), de 153 passagers (30,6%) et
de 90 piétons (18%). Les victimes décédées étaient
au nombre de 21 soit 4,2%. Les sujets du sexe
masculins représentaient 77,8%, soit un ratio de
3,5. L’âge moyen des victimes était de 33 ans
(±3,5) avec des extrêmes de 16 et 83 ans. Les sujets
âgés entre 25 à 34 ans représentaient 33% des
victimes, suivies des jeunes de 15 à 24 ans (22%).
Dans 79,4% des cas, l’accident avait eu lieu dans la
ville de Bangui. Les principaux déterminants des
accidents étaient l’excès de vitesse (27%),
l’imprudence des conducteurs (22,2%), le non-
respect du code de la route (14,6%) et la conduite
dans un état d’ébriété (13%). Dans 39,2% des cas,
les accidents étaient survenus entre 14 heures et 18
heures et dans 22,8 % des cas entre 9 heures à 13
heures. Durant les trois ans d’étude, la fréquence
des ACR par moto a augmenté chaque année : 234
en 2011, 360 en 2012 et 501 en 2013. Par rapport à
la variation mensuelle, un pic entre les mois de
juillet et d’août (figure 1).
Figure 1 : Evolution des accidents de circulation routière par moto selon le mois
61 61
65
44
47
99
145
137
111
116
114
95
0
20
40
60
80
100
120
140
160
5
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 -
Parmi les 500 victimes, 9 ont porté un casque de
sécurité soit 1,8%. Les blessés étaient évacués à
l’hôpital par des véhicules de transport en commun
dans 59,5% de cas. Il s’agissait de taxis, d’autobus,
de mototaxis ou de taxi brousses. Selon la
topographie, nous avons noté 629 lésions chez les
traumatisés, dont 438 lésions des membres
supérieurs et inférieurs (69,6%), 148 lésions du
crâne (23,6%) et 43 lésions du tronc (6,8%).
L’injury severity score (ISS) était léger chez 92
patients (18,4%), modéré chez 226 (45,2%) et grave
ou sévère chez 182 patients (36,4%). Les
conducteurs des motos étaient significativement
plus exposés aux lésions que les passagers/piétons
(p=0,0001).
Le traitement chirurgical (30,8%) et le traitement
orthopédique (25,4%) représentaient les principales
modalités thérapeutiques mises en œuvre. Nous
avons enregistré 21 cas de décès soit un taux de
létalité hospitalière de 4,2%.
DISCUSSION
La présente étude a été réalisée pour décrire les
aspects épidémiologiques, cliniques et
thérapeutiques des ACR liés aux motocyclettes. En
effet, très peu d’étude ont été réalisées pour
déterminer l’ampleur et la gravité des ACR liés aux
motocyclettes en République Centrafricaine. Les
résultats de cette étude ne pourront pas être
extrapolés à l’ensemble du pays car les données
concernent uniquement la ville de Bangui.
Toutefois, ils pourront aider les autorités en charge
de la sécurité routière à prendre des mesures de
prévention de ces ACR. Dans cette étude, les sujets
de sexe masculin étaient prédominants. Ce résultat
corrobore certaine donnée de la littérature [9]. De
façon générale, ce sont les hommes qui
s’intéressent beaucoup plus au métier de
chauffeur/conducteur que les femmes. La majorité
des victimes étaient des jeunes dont l’âge varie
entre 15 à 34 ans. Selon les données de littérature
africaine [4,8,10-13], les sujets jeunes sont actifs et
plus impliqués dans l’exploitation des motos. Les
principaux facteurs étiologiques étaient l’excès de
vitesse, l’imprudence du conducteur et le non-
respect du code de la route. La fréquence des
facteurs étiologiques varie d’une étude à une autre,
ainsi dans la série de Allode [7] et de Makoutode
[12] au Benin, le non-respect du code de la route
était le premier facteur étiologique suivi de l’excès
de vitesse. Les accidents survenaient beaucoup plus
entre 9 et 18 heures. Cette période correspond aux
horaires de pointe la population se déplace entre
leur domicile et leur lieu de travail et inversement.
Ce résultat est superposable à celui de plusieurs
auteurs [4,14-16]. Dans notre étude, la majorité des
victimes étaient transférés à l’hôpital avec des
moyens de transports non médicalisés, notamment
les moyens de transport en commun. L’absence de
structures de secours et de soins pré-hospitaliers
adéquats tels que les SAMU et les SMUR aux
blessés justifie l’utilisation des hicules de
transport en commun et même des motos pour
l’évacuation des blessé vers l’hôpital. Ce résultat
corrobore celui de Talona [2] et de Bousso [14].
Cependant pour la série de Konan [8], la plupart des
victimes ont été transférées à l’hôpital à bord des
ambulances des sapeurs-pompiers. Les conducteurs
des motos avaient significativement plus de lésions
graves que leurs passagers ou les piétons heurtés.
Ce résultat est rapporté par plusieurs auteurs
[2,12,14,16]. Ce résultat pourrait s’expliquer par
l’absence de casque de sécurité et la violence des
accidents liés aux excès de vitesse. Les principales
topographies des lésions étaient les membres et le
crâne. Ces parties du corps sont plus exposées au
choc lors d’un ACR avec un engin à deux roues. Ce
résultat a été retrouvé par plusieurs auteurs
[7,12,14,17]. Enfin, nous avons trouvé un taux de
mortalité hospitalière de 4,2%. Le traumatisme du
crâne était la principale cause de cès. Notre
résultat est légèrement supérieur à celui d’Allode au
Bénin [7]. Ce résultat pourrait s’expliquer par la
non utilisation des casques de sécurité.
Conclusion :
Les accidents de circulation routière par moto est
un problème de santé publique par son ampleur et
sa gravité. La mise en place d’un programme de
prévention impliquant les services de sécurité
routière (police et gendarmerie), les médias publics
et privés, le ministère des transports et
l’organisation d’un système de soins aux patients
victimes des accidents intégrant le ramassage
médicalisé des blessés, le renforcement du plateau
technique pourraient réduire de façon significative
la survenue de ces accidents et la mortalité des
victimes en milieu hospitalier.
REFERENCES
1- Organisation Mondiale de la Santé : Deuxième
rapport de la situation sur la sécurité routière
dans le monde 2012. Genève, suisse : OMS
2- Talona L, Maoneo A, Baonga L, Munyapara S,
Wami W. Profil épidémiologique des
traumatisés par les accidents de trafic routier
aux cliniques universitaires de Kissangani. Kis
Med 2014;5(1):51-57.
3- Norman LG : les accidents de la route :
épidémiologie et prévention. OMS Genève
1962.
4- Diango DJ, Iknane AG, Beye SA, Diani N,
Coulibaly Y, Tall F et al. Aspects
épidémiologiques des accidents de voie
publique au service d’accueil des urgences du
CHU Gabriel Touré, Bamako. Mali Médical
2011;26(3):13-16.
5- Adogu PO, Ilika AL, Asuzu AL. Predictors of
road traffic death among commercial
motorcyclists in an urban area of Nigeria. Niger
J Med 2009;18(4):393-7.
6- Mbar Wade TM, Abdoulaye BP, Moustapha
MN, Ndiaye MC, Cheikh TT. Les accidents de
6
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 5, N°001/ Juin 2019 -
cyclomoteurs : mécanismes lésionnels et aspect
anatomo-clinique. Pan Afr Med J 2015;21:332-
5
7- Allode SA, Mensah E, Tchaou B, Savi de tove
KM, Boni S, Padonou J. Les urgences
traumatologiques par accidents sur la voie
publique dans le service de chirurgie générale
du CHU de Parakou (Bénin). Revue CAMES
Série A 2008;6:40-52.
8- Konan KJ, Assohoun KT, Kouassif ESF. Profil
épidémiologique des traumatisés de la voie
publique aux urgences de Yopougon, Abidjan.
Revue Int Sc Med 2006;8(3):44-48.
9- Chandra A, Soussa TRV, Guo Y, Bishai D,
Pechansky F. Road traffic deaths in Brazil :
Rising trends in pedestrians and motorcycles
occupant deaths. Traffic Inj Prev 2012;13(1):
11-16.
10- Hoekman P, Oumarou MT, DJA A. Les
traumatismes dus aux accidents motorisés : un
problème de santé publique à Niamey, Niger.
Med Afr Noire 1996;43(11):596-601.
11- Bikandou. G, Issoko J, Mavoungou G,
Boutsoko, M’bourangou R, Massengo R et al.
Profil des accidents de la circulation au CHU
de Brazzaville (Congo). Med Afr Noire 1997;
44(3):167-9.
12- Makoutode M, Capo-Chichi OB, Tsafack JP,
Guedegbecapo-Chichi J, Paraiso M, Ouendo
EM et al. Fréquence des accidents de la voie
publique chez les conducteurs de taxis-motos
de 1997 à 2000 dans la ville de Cotonou au
Bénin. Le Benin Médical 2001;19:43-47.
13- Ogini F O, Ugboko V I, Adewolo R.A.
knowledge, attitude and practice of Nigerian
commercial motorcyclists in the use of crash
helmet and other safety measures. Traffic Inj
Prev 2007;8(2):137-41.
14- Bousso A, Camara EHS, Sane JC, Kasse AN,
Thiam B, SY MH Aspects épidémiologique et
clinique des accidents de scooter à Dakar,
Sénégal. Med Afr Noire 2011;58(4):165-8.
15- Diakite AK, Anzilania, Diaby, Camara ND.
Mortalité par accident de la voie publique au
CHU de Donka. Mali Médical 2005;20(1-2):
17-19.
16- Koffi YB, Lafontant GC, Dago-Akribi A.
Trafic routier urbain et accidents de la
circulation. A propos de 277 décès par accident
de la circulation routière survenus dans la ville
d’Abidjan en 28 mois. Med Afr Noire 1995;
42(1):26-29.
17- Ackaah W, Afukaar FK. Prevalence of helmet
use among motorcycle users in Tamale
Metropolis, Ghana: an observational study.
Traffic Inj Prev 2010;11(5):522-5.
Conflit d’intérêt : aucun
7