ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018
ARTICLE ORIGINAL
Aspects épidémiologiques des patients victimes d’agression physique admis dans le
service d’orthopédie traumatologie du Centre Hospitalier et Universitaire-Yalgado
Ouedraogo (CHU-YO)
Epidemiological aspects of physically assaulted patients admitted to the Orthopedic
Trauma Department of CHU-YO
Mohamed Tall, Sayouba Tinto
1
, Idrissa Ouédraogo
1
, Anatole Jean Innocent Ouédraogo
2
, Alexandre Stanislas.
Korsaga
1
, Christian Darga
1
, Mamoudou Sawadogo
1
, Hamado Kafando
1
, Songahir Christophe Da
1
1
Service de chirurgie orthopédique et traumatologie, Centre Hospitalier Universitaire Yalgado OUEDRAOGO,
Ouagadougou, BURKINA FASO.
2
Service d’Orthopédie Traumatologie du CHU Blaise Compaoré de Ouagadougou
Auteur correspondant : TALL Mohamed Tél : 00(226)70550077 ; e-mail : motall@yahoo.fr
Reçu le 22/03/2018, Accepté le 16/05/2018
RESUME
Objectif : Décrire Les aspects épidémiologiques et
étiopathogéniques, des patients victimes d’agression
physique admis dans le service d’orthopédie
traumatologie du CHU-YO.
Patients et méthodes : Il s’est agi d’une étude
transversale sur une période de 12 mois incluant
tous les patients reçus aux urgences
traumatologiques du CHU-YO, pour agression
physique.
Résultat : Sur un total de 4272 traumatisés
enregistrés, 120 victimes (2,8%) d’agressions
physiques ont été répertoriées. Le taux le plus élevé
d’agressions était relevé au mois de mai (39%).
L’âge moyen des patients était de 30,6 ans (extrêmes
1 et 83 ans). Le sex-ratio était de 2,3. Les
travailleurs du secteur informel étaient les plus
représentés (32,5%). La majorité des patients (75%)
résidait dans la capitale Ouagadougou. Les rixes
constituaient la circonstance d’agression
prédominant (36.7%). La rue constituait le lieu
d’agression le plus propice (45,8%). L’arme blanche
était l’agent vulnérant le plus utilisé par l’agresseur
(35,8%). L’altercation verbale était le motif le plus
fréquent des agressions (35 cas).
Conclusion : Les agressions physiques constituent
une des importantes étiologies de lésions
traumatiques chez les patients admis dans l’unité des
urgences traumatologiques du CHU-YO. Les
victimes sont majoritairement des sujets jeunes de
sexe masculin agressés le plus souvent dans la rue à
l’aide d’arme blanche au cours de rixes. Des
mesures de préventions adaptées pourraient infléchir
cette tendance.
Mots clés : agressions physiques, épidémiologie,
étiopathogénie, CHU-YO
ABSTRACT
Objective: Describe the epidemiological and
etiopathogenic aspects of physically abused patients
admitted to the Orthopedic Trauma Department of
CHU-YO.
Patients and methods: This was a cross-sectional
study over a 12-month period including all patients
admitted to the CHU-YO trauma emergencies for
physical assault.
Result: Out of a total of 4272 traumatized cases,
120 victims (2.8%) of physical assaults were
recorded. The highest rate of assaults was recorded
in May (39%). The average age of patients was 30.6
years (range 1 to 83 years). The sex ratio was 2.3.
Informal sector workers were the most represented
(32.5%). The majority of patients (75%) resided in
the capital Ouagadougou. The brawls constituted the
predominant circumstance of aggression (36.7%).
The street was the most favorable place of
aggression (45.8%). The stabbing weapon was the
most abusive agent used by the perpetrator (35.8%).
The verbal altercation was the most frequent reason
for aggression (35 cases).
Conclusion: Physical assault is an important
etiology of traumatic injury in patients admitted to
the CHU-YO Trauma Emergency Unit. Most of the
victims are young males who are assaulted most
often in the street using knives during brawls.
Appropriate prevention measures could alter this
trend.
Key words: physical assault, epidemiology,
etiopathogeny, CHU-YO
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Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018
INTRODCUTION
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
définit l’agression comme la menace ou l’utilisation
intentionnelle de la force physique ou du pouvoir
contre soi-même, contre autrui ou contre un
groupe ou une communauté. Les agressions
physiques constituent un problème majeur de santé
publique et occasionnent chaque année, plus de 1,6
million de décès [1]. Si certaines lésions peuvent
paraître à priori banales pour le praticien, force est
de reconnaître que toute lésion par agression,
minime soit-elle, a un sens médico-légal profond [2].
Nous voulons par ce travail, analyser les aspects
épidémiologiques des patients victimes d’agressions
physiques et ce dans un but de prévention primaire.
MATERIELS ET METHODES
Il s’est agi d’une étude transversale sur une période
de 12 mois allant du 1
er
janvier au 31 décembre
2016. Etaient inclus les patients reçus aux urgences
traumatologiques du CHU-YO, pour agression
physique. N’ont pas été inclus dans l’étude, les
patients victimes d’agression non consentant et les
corps en dépôt. Les données étaient recueillies sur
des fiches de collecte préétablies, comportant tous
les renseignements utiles à notre étude. Les
informations ont été recueillies à partir des dossiers
cliniques des patients, les registres de consultation
des urgences, les registres de comptes rendus
opératoires et des entrevues avec les patients.
RESULTATS
Aspects épidémiologiques
En douze mois, nous avons colligé 120 cas
d’agression physique sur 4272 patients reçus aux
urgences traumatologiques (2,8%). La figure 1
montre la fréquence mensuelle d’agression
physique.
Figure 1 : Répartition des patients selon la distribution mensuelle des cas
Le taux le plus élevé d’agressions était relevé au
mois de mai (39%). L’âge moyen des patients était
de 30,6 ans (extrêmes de 1 an et 83 ans). La tranche
d’âge de 25 à 34 ans était la plus représentée avec 54
cas (45%). Le sex-ratio était de 2,3. Les travailleurs
du secteur informel étaient les plus représentés avec
32,5% suivis des commerçants avec 24,2%. Les
différentes catégories socioprofessionnelles sont
représentées dans le tableau I.
Tableau I : Répartition des patients selon la catégorie
socioprofessionnelle
Profession
Effectif
%
Secteur informel*
39
32.5
Commerçant (e)
29
24,2
Eleveur
27
22,5
Femme au foyer
9
7,5
Cultivateur
5
4,2
Elève/Etudiant
4
3,2
Agent du secteur privé
3
2,5
Fonctionnaire de l'état
2
1,7
Sans emploi
2
1,7
Total
120
100
*Mécanicien, coiffeur (se), maçon, soudeur, menuisier
La majorité des patients (75%) résidait dans la
capitale Ouagadougou. Les patients étaient d’ethnie
Mossi dans 47,5% des cas ou peuhl dans 46,7% des
cas.
Caractéristiques étiopathogéniques : Les rixes
constituaient la circonstance d’agression
prédominant dans 44 cas (36,7%), suivies par les
coups et blessures (20,8%). La répartition des
patients selon la circonstance de l’agression est
représentée dans le tableau II.
Tableau II : Répartition des patients en selon la
circonstance de l’agression
Circonstance de l'agression
Effectif
%
Rixes
44
36,7
Coups et blessures
25
20,8
Vindicte populaire
19
15,9
Braquage
18
15
Agression par un malade mental
4
3,3
Conflit conjugal
4
3,3
Attaque terroriste
3
2,5
Répression de manifestation
3
2,5
Total
120
100
3%
4%
16%
18%
39%
10%
2% 2%
3%
1% 2%
4%
0%
10%
20%
30%
40%
50%
Pourcentage
Mois de l'année
n = 120
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Le tableau III précise les lieux de l’agression.
Tableau III : Répartition des patients en fonction du
lieu de l’agression
Effectif
%
55
45,8
38
31,7
10
8,3
7
5,8
3
2,5
2
1,7
2
1,7
2
1,7
1
0,8
120
100
Le tableau IV montre la nature de l’agent vulnérant.
Les différents motifs d’agression sont illustrés dans
le tableau V.
Tableau II : Répartition des patients en fonction de
la nature de l’agent vulnérant utilisé par l’agresseur
Nature de l’agent vulnérant
Effectif
%
Objet tranchant
43
35,9
Coup de main ou de pied
31
25,8
Objet contondant
27
22,5
Arme à feu
16
13,3
Morsure humaine
2
1,7
Feu
1
0,8
Total
120
100
Tableau II : Répartition des patients en fonction des
motifs de l’agression
Motif de l’agression
Effectif
%
Altercation verbale
35
29,1
Victime de vol
26
21,6
Accusé de vol
16
13,4
Différend dans les affaires
9
7,5
Soupçon d’Infidélité conjugale
7
5,9
Différend politique
5
4,2
Agression par un malade mental
4
3,3
Acte terroriste
3
2,5
Conflit agriculteur-éleveur
3
2,5
Différend foncier
3
2,5
Rivalité autour d'une femme
3
2,5
Différend professionnel
2
1,7
Tentative d'évasion de prison
2
1,7
Accusé de crime
1
0,8
Rivalité autour d'un homme
1
0,8
Total
120
100
DISCUSSION
Pendant 12 mois, nous avons enregistré 120 cas
d’agression physique sur un total de 4272
admissions (2,8%). Notre fréquence est nettement
inférieure à celles rapportées par Odimba [3] qui a
retrouvé 20,21%, 35,66% et 38,4% respectivement
en République mocratique du Congo, en Zambie
et en Mauritanie. Notre fréquence semble sous-
estimée, étant don que la grande majorité des
victimes d’agression de gravité bénigne est prise en
charge au niveau des formations sanitaires
périphériques. Les cas complexes nécessitant une
prise en charge spécialisée sont ceux que nous avons
pu recenser.
La distribution des cas de traumatismes par
agression selon les mois de l’année était irrégulière
avec des fréquences élevées aux mois de mars,
avril, mai et juin. Les conditions climatiques
caractérisées par la chaleur pendant cette de l’année
pourraient aussi expliquer l’incidence élevée des
agressions, en ce sens que les citadins passent
beaucoup de temps dehors, dans les lieux de loisir,
ce qui les expose aux agressions. De plus les mois de
mai et de juin correspondent dans notre pays au
début de l’hivernage dans les campagnes, source de
conflit entre agriculteurs et éleveurs. Eggensperger
et al. en Suisse [4] ont constaté une incidence plus
élevée aux mois de juillet et octobre correspondant
aux périodes de vacances durant lesquelles il y a une
augmentation de la consommation d’alcool et de
drogues.
La prédominance des victimes de sexe masculin
rapportée dans notre série est mentionnée par
plusieurs auteurs [6-9]. Cette prédominance
masculine pourrait s’expliquer d’une part par la
situation socioéconomique assez précaire de cette
frange de la population [3] et d’autre part par leurs
comportements à risque (agressivité, irritabilité) et
les spécificités de leur mode de vie (consommation
d’alcool et de substances psychoactives). En effet,
ces derniers passent plus de temps dans les lieux
publics ou de loisir où le risque de rencontrer une
situation entrainant des agressions est élevé [10]. En
outre, les hommes sont plus enclins à répliquer et à
se défendre en cas de provocation, subissant ainsi
des dommages corporels.
Zun [11] aux Etats Unis, rapportent une prévalence
identique des hommes et des femmes. Les femmes
étant majoritairement victimes de violences
domestiques ou des conflits conjugaux [12].
La forte représentation des ethnies mossis et des
peulhs s’explique d’une part, par le fait que l’hôpital
s’est déroulée notre étude est dans une ville à
forte concentration de mossis et d’autre part, par le
fait que les conflits agriculteurs/éleveurs opposent
presque toujours mossis et peulhs. Au plan culturel,
les peulhs berger nomades pour la plupart ont
constamment en leur possession des armes blanches
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à type de machette qu’elle utilise au cours des rixes.
Ces armes engendrent des lésions vasculo-nerveuses
et tendineuses complexes qui ne peuvent être prise
en charge dans les formations sanitaires
périphériques encore moins par les tradi-thérapeutes.
Ils sont de ce fait tous référés ou évacués vers le
CHU-YO.
Plus de 4/5 des victimes de notre série, vivaient en
zone urbaine et périurbaine de Ouagadougou.
Kendja [7] et Ogougbemy [13] ont fait les mêmes
constats à Abidjan et à Dakar. La prédominance
urbaine de ces séries Africaines est due à
l’urbanisation galopante avec une expansion
démographique occasionnée par l’exode rurale
engendrant une exacerbation des inégalités sociales.
Contrairement à nos résultats, Saidi et al. [5] au
Maroc ont rapporté une proportion plus importante
(70%) de victimes originaires des banlieues et des
campagnes. Le taux de chômage élevé, le bas niveau
socio-économique et la propension à la
consommation d’excitants seraient, entre autres,
quelques raisons évoquées par cet auteur.
Chez 22,4% des patients de notre étude, les
agressions étaient liées à un vol. Les violences
conjugales représentaient environ 6% des cas.
Montariol et al. [14], dans une population d’élèves
de lycées et collèges ont constaté que le vol était une
cause peu fréquente d’agression. Les vindictes
populaires rapportées dans notre étude ont lieu dans
un contexte de représailles publiques à une action
jugée socialement inacceptable par la grande
majorité des personnes présentes. C’est le cas des
lynchages pour flagrant délit de vol, homicide ou
blessures graves contre autrui.
Les violences dans un lieu public ou sur une voie
publique étaient plus fréquentes (45,8%) tandis que
les violences à domicile (de l’agresseur, de la
victime ou d’une tierce personne) avaient une
fréquence de 31,7%. Nos chiffres rejoignent ceux de
Potard et Petit [15]. Les contacts interpersonnels
fréquents dans les lieux publics et les troubles
relationnels entre individus proches ou familiers
(familles, voisins, conjoints) pourraient être cités
comme facteurs justifiant cette distribution.
L’utilisation d’armes blanches comme outil
d’agression retrouvé dans notre série est rapportée
par d’autres auteurs [7, 13, 16], et se justifie par
leurs petites tailles facilement dissimulables, leur
vente libre dans tous les marchés et leurs faibles
coûts. Les objets contondants utilisés dans notre
étude vont des armes naturelles (coup de poing, coup
de tête, coup de pied) aux armes contondantes
préparées comme les gourdins en passant par les
armes contondantes improvisées comme les
bâtons, les briques, les barres à fer. Concernant les
armes blanches, il s’agissait essentiellement de
machettes, de poignards et de couteaux de cuisine.
La proportion non-négligeable et croissante
d’utilisation d’armes à feu dans notre contexte,
selon des études récentes réalisées au Burkina-Faso,
semblerait être en lien avec la prolifération des
armes légères et de petit calibre favorisée par la
récurrence des crises militaro-politiques des pays de
la sous-région [17].
CONCLUSION
Les agressions physiques constituent un motif de
consultation fréquent dans l’unité des urgences
traumatologiques du CHU-YO. Elles viennent en
deuxième position après les accidents de la
circulation routière. Toutes les tranches d’âges, et
toutes les catégories socio-professionnelles en sont
affectées. Une meilleure éducation des populations à
la tolérance et au respect mutuelle pourrait réduire
l’impact de ce phénomène au Burkina Faso.
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