ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
ARTICLE ORIGINAL
Aspects cliniques, étiologiques et profil évolutif de 62 observations de syndrome du canal
carpien en milieu tropical
Clinical and etiologic aspects and profile evolutionary 62 comments in a tropical
environment carpal syndrome.
Mohamed Lamine Bah
1
, Bertrand Jean-de-Dieu Tekpa
2
, Joseph Donamou
3
, Mohamed Sidibé
1
, Soleil Beverly
Tekpa
4
, Amadou Tidiane Ndiaye
1
, Léopold Lamah
4
, Mohamed Tafsir Soumah
1
.
1 - Service d’Orthopédie-Traumatologie Hôpital National Ignace Deen, Guinée Conakry;
2 - Service d’Orthopédie-Traumatologie Hôpital Communautaire de Bangui.
3 - Service d’Anesthésie Réanimation Hôpital Ignace Deen Guinée Conakry ;
4 - Service d’Orthopédie-Traumatologie Hôpital National Donka, Guinée Conakry.
Auteur correspondant : Dr Mohamed Lamine Bah Service de Traumatologie-Orthopédie Hôpital National Ignace
Deen, CHU de Conakry BP : 453 Guinée Conakry
Email: bahmlamine68@gmail.com ; Téléphone : (00224) 664 25 82 66/ 622 42 86 43.
Reçu le 11/03/2018 ; Accepté le 16/05/2018
RESUME
Introduction : L’objectif de ce travail était de
contribuer à l’amélioration de la prise en charge du
syndrome du canal carpien.
Matériels et méthodes : Il s’agissait d’une étude
prospective continue sur une période de deux ans allant
du 1
er
janvier 2014 au 31 décembre 2016. Nous avons
colligé soixante-deux cas (62 cas) de syndrome du canal
carpien dans les services de neurologie et d’Orthopédie
Traumatologie de l’hôpital national Ignace-Deen CHU
de Conakry.
Résultats : Sur 1732 patients reçus en consultation
durant la période d’étude, 62 présentaient un syndrome
du canal carpien soit 3,58%. La tranche d’âge la plus
touchée était celle comprise entre 50-59 ans avec
38,71% (n=24) avec un âge moyen 35 ans et les
extrêmes de 20 ans et 69 ans. Nous avons noté une
prédominance féminine de 77, 42% (n=48) et 22,58%
(n=14) avec un sex-ratio de 0,29. La catégorie
socioprofessionnelle la plus touchée était celle des
ménagères avec 41, 94% (n=26). Les principales
étiologies étaient traumatiques et idiopathiques avec
respectivement 38,7% (n=24) et 35,5% (n=22). Deux
types de traitement ont été réalisés : Le traitement était
chirurgical à ciel ouvert sous anesthésie loco-régionale
dans 24,19% (n=15).
Conclusion : Le syndrome du canal carpien est une
pathologie rare. Son diagnostic doit être précoce pour
éviter des complications.
Mots clés : Syndrome-Canal carpien- Prise en charge.
ABSTRACT
Introduction: The objective of this work was to
determine the main etiology on the one hand and on the
other to ensure the support of carpal syndrome in our
service.
Materials and methods: it was an ongoing prospective
study over a period of two years from 1 January 2014 to
31 December 2016. We have collected sixty-two cases
of carpal in services of Neurology and orthopedic
Traumatology of the national hospital of Conakry's
Ignace deen hospital.
Results: On 1732 patients received in consultation
during the study period, 62 had a carpal syndrome or
3.58 percent. The most affected age group was between
50-59 years with 38,71% (n = 24) with an average age
of 35 years and the extremes of 20 years and 69 years.
We noted a female of 77, 42% (n = 48) and 22.58% (n =
14) with a sex ratio of 0.29. The Professional category
most affected was that of housewives with 41, 94% (n =
26). The main etiologies were traumatic and idiopathic
with respectively 38.7% (n = 24) and 35.5% (n = 22).
Two types of treatment have been made: the treatment
was surgical open under loco-regional anesthesia in
24,19% (n = 15).
Conclusion: The carpal syndrome is a rare condition.
His diagnosis must be early to avoid complications.
Key words: Syndrome-carpal - support.
INTRODUCTION
Le syndrome du canal carpien correspond à une
compression du nerf médian dans sa traversée du
canal carpien à la base de la paume de la main [1].
C’est le plus répandu des syndromes canalaires du
membre supérieur, et l’un des motifs de consultation
les plus fréquents en chirurgie de la main. Son
incidence annuelle dans la population générale est
estimée à environ 300/100.000 [2]. En France, 80000
interventions chirurgicales pour syndrome du canal
carpien sont effectuées chaque année [3]. Il est le plus
souvent idiopathique et sa pathogénie en dehors de
l’augmentation de pression intracanalaire n’est pas
bien définie. Parmi les formes étiologiques et facteurs
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Figure 1 :
a) Gbanko, machine traditionnelle à laver les linges
b) Femme entrain de glisser le linge avec appui sur le poignet
favorisants, sont rapportés des antécédents de fractures
du poignet ou d’arthrose, des facteurs endocriniens
(diabète, hypothyroïdie, grossesse et autres) [4]. Le
diagnostic clinique du syndrome de canal carpien est
facile lorsqu’il existe des symptômes sensitifs
localisés aux doigts [5]. La prise en charge
thérapeutique est dans un premier temps médical ; la
chirurgie interviendra en cas d’échec du traitement
médical ou la survenue des signes de gravité (troubles
sensitivomoteurs) [6-7]. Le but de ce travail était de
faire un état de lieux afin d’améliorer la prise en
charge du syndrome de canal carpien dans notre
service.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude prospective continue sur une
période de deux ans allant du 1
er
janvier 2014 au 31
décembre 2016. Nous avons colligé soixante-deux cas
de syndrome du canal carpien dans les services de
neurologie et d’orthopédie traumatologie de l’hôpital
national Ignace-Deen CHU de Conakry. Ont été inclus
tous patients présentant des troubles sensitifs sous
formes d’hypoesthésie de la face palmaire des 3
premiers doigts et de la moitié du quatrième
; associés
à des troubles moteurs : antépulsion du pouce,
amyotrophie de l’éminence thénar. Tous les patients
ont bénéficié d’un examen neurologique complet,
central et périphérique par un neurologue, un
rhumatologue et un orthopédiste. Le bilan biologique
suivant a été réalisé chez tous les patients : NFS, VS,
CRP, Glycémie à jeun, Fer sérique, ASAT, ALAT,
Urée, Créatinine, Ionogramme et selon la sémiologie
TSH us, Ac anti-CCP, Ac anti-Nucléaire, LATEX-
WAALER-ROSE, Electrophorèse des protides.
Plusieurs examens ont été réalisés en fonction de la
suspicion étiologique pour l’identification d’une
amylose, d’une grossesse, d’une hypothyroïdie, d’un
myélome, d’une tuberculose, d’une goutte et surtout la
lèpre encore présente en Guinée. Les antécédents
étaient recherchés chez les patients à la recherche des
microtraumatismes répétés, les fractures du radius
distal et luxations du carpe et du poignet, les
contusions et entorses du poignet, maladie
métabolique chronique et rhumatologique.
L’électromyogramme en détection et en stimulation a
été réalisé chez tous les patients, complété par un bilan
radiographique essentiellement axé sur les poignets,
de face et de profil, incidence carpienne. Sur le plan
thérapeutique la prise en charge a reposé
classiquement sur les infiltrations des corticoïdes en 3
séances et sur l’indication chirurgicale en présence
d’un échec du traitement médical, de signe déficitaire
expression d’une latence distale motrice supérieure à 9
m/s (mètre par seconde). Le traitement chirurgical a
consisté à la libération du nerf médian à ciel ouvert
sous anesthésie locorégionale (bloc plexique). Ensuite
nos patients ont bénéficié d’une kinésithérapie
postopératoire puis un contrôle d’électromyogramme
en postopératoire à la recherche de la reprise
sensitivomotrice. Un test de Chi-2 a été utilisé pour
rechercher le lien statistique entre l’évolution et la
durée de suivi des patients avec un seuil de
significativité de 0,05. L’électromyogramme a été
réalisé chez certains de nos patients et qui a montré
chez les patients en détection un tracé neurogène dans
les muscles innervés par le médian. Les
microtraumatismes répétés dans le cadre du lavage de
linge traditionnel par l’utilisation du bois appelé
« Gbanko » (figure 1) reste le plus grand pourvoyeur
de cette pathologie.
RESULTATS
Sur 1732 patients reçus en consultation durant la
période d’étude, 62 présentaient un syndrome du canal
carpien soit 3,58%. La tranche d’âge la plus touchée
était celle compris entre 50-59 ans avec 38,71%
(n=24) avec un âge moyen 35 ans et les extrêmes de
20 ans et 69 ans (tableau I).
Tableau I : Répartition selon les tranches d’âge
Tranches d’âge
Effectif (n = 62)
Pourcentage
20 à 29 ans
4
6,45
30 à 39 ans
9
14,52
40 à 49 ans
17
27,42
50 à 59 ans
24
38,71
60 ans et plus
8
12,90
L’âge moyen était de 35 ans et les extrêmes de 20 ans
et 69 ans. Nous avons noté une prédominance
féminine de 77,42% (n=48) et 22,58% (n=14) avec un
sex-ratio de 0,29. Les catégories socioprofessionnelles
sont présentées dans le tableau II
Tableau II: Répartition des patients selon la catégorie
socio-professionnelle (n=62)
Profession
Effectif
Pourcentage
Ménagères
26
41,94
Blanchisseurs
18
29,03
Domestiques
7
11,29
Etudiants/ Elèves
5
8,06
Médecins
1
1,61
Ouvriers
2
3,23
Secrétaires
3
4,84
a
b
40
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Les principales étiologies sont présentées dans le tableau III.
Tableau III : Répartition selon les facteurs étiologiques
Facteurs étiologiques
Effectif
Pourcentage
Causes traumatiques
- Microtraumatismes répétés, contusion par (Gbanko)
- Fracture du poignet
- Maladie atypique du poignet
24
18
4
2
38,7
29,0
6,5
3,2
Causes idiopathiques (Contexte d’hypertrophie du ligament
annulaire du carpe)
22
35,5
Ténosynovites inflammatoires
-Polyarthrite Rhumatoïde
-Goutte
3
2
1
4,8
3,2
1,6
Causes métaboliques
-Diabète
-Hyperthyroïdie
5
4
1
8,0
6,5
1,6
Tenosyvites infectieuses
- Bacille de Koch
2
2
3,2
3,2
Syndrome paranéoplasique
-Myélome
-Etat post-mammectomie pour cancer du sein
2
1
1
3,2
1,6
1,6
Etiologies indéterminées
4
6,5
Le principal facteur de risque retrouvé était la
ménopause avec 48,39% (n=30) (tableau IV).
Tableau IV : Répartition des patients selon les facteurs
de risque
Facteurs de
risque
Effectif (n =
62)
Pourcentage
Grossesse
4
6,45
Ménopause
30
48,39
Polyarthrite
rhumatoïde
13
20,97
Diabète
15
24,19
La douleur nocturne à la main était le principal motif de
consultation avec 40,32% (n=25) (tableau V).
Tableau V : Répartition des patients selon les motifs de
consultation
Motifs de consultation
Effectif
Pourcentage
Fourmillement
23
37,10
Picotement
14
22,58
Sensation d’engourdissement
15
24,19
Amyotrophie thénarienne
5
8,06
Douleur du poignet au coude
14
22,58
Diminution de force de
préhension
5
8,06
Hypoesthésie
4
6,45
Douleur nocturne de la main
25
40,32
Douleur diurne de la main
12
19,35
Les signes cliniques étaient prédominés par le signe de
Phalen ; signe de Tinel et l’amyotrophie de la main était
rarement retrouvée. Selon le siège, le syndrome du
canal carpien était bilatéral dans 58,07% (n=36), il
siégeait à droite dans 33,87% (n=21) et dans 8,06%
(n=5) à gauche. Deux types de traitement ont é
réalisés : Le traitement médical qui était systématique
chez tous les patients et le traitement chirurgical à ciel
ouvert sous anesthésie loco-régionale a été réalisé chez
24,19% de nos patients (n=15) (tableau VI et figure 2).
Figure 2 : Traitement chirurgical à
ciel ouvert d’un syndrome du canal
carpien de la main gauche
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Tableau VI : Signes cliniques à la phase de début et d’état
SIGNES CLINIQUES
Effectif
Pourcentage
Douleurs palmaires avec perfi causalgie
Œdème et troubles vasomoteurs, sudation dans la paume de la main
Signe de Tinel
Signe de Phalen
Test de Garrot de Gilliat
Atrophie des muscles innervés par le médian
Conservation des réflexes bicipitaux, tricipitaux,
stylo-radiaux et cubito-pronateurs
57
32
60
60
54
48
62
91,9
51,6
96,7
96,7
87,0
77,4
100
Nous avons recherc la corrélation qui pourrait
exister entre l’évolution des signes cliniques et la
durée de suivi des patients (tableau VII) en utilisant
le test de Chi-2 qui nous a permis d’obtenir une P-
value=0,001 avec une marge d’erreur consentie au
départ de 0,05 (tableau VIII).
Tableau VII : Répartition des patients selon le
traitement
Traitement
Effectif
Pourcentage
Médical
Anti-inflammatoire
non stéroïdien
13
20
Antalgique
53
85,48
Neurotrope
18
29,03
Infiltration aux
corticoïdes
30
48,38
Chirurgical
15
24,19
Tableau VIII : résultat du traitement selon le
délai de suivi des patients
Délai
Favorable
(Effectif et %)
Défavorable
(Effectif et %)
[15 à 30 jours[
17 (27,41)
3 (4,83)
[30 à 45 jours[
30 (48,38)
3 (4,83)
[45 à 90 jours]
7 (11,29)
2 (3,22)
P value=0,001.
DISCUSSION
Le syndrome du canal carpien est une pathologie
rare et de diagnostic difficile. Au cours de cette
étude nous avons enregistré une fréquence de 3,58%.
Cette faible fréquence a été retrouvée dans la série
d’Ebelin M. [8]. Le syndrome du canal carpien est
très fréquent chez la femme autour de la
cinquantaine et se manifeste par des fourmillements
(paresthésies) touchant les trois ou quatre premiers
doigts de la main, l’auriculaire étant épargné. Il
existe par ailleurs une diminution de la force de
préhension Delaunay F et al. [9]. Selon les mêmes
auteurs, il existerait différents degrés de sévérité :
-Stade débutant : les fourmillements sont ressentis
en milieu ou fin de nuit, la force de préhension n’est
pas diminuée. L’électromyogramme montre un
simple ralentissement de la vitesse de conduction
sensitive.
-Stade intermédiaire : la gêne survient dans la
journée. Les activités en force seront en premier
altérées puis progressivement les activités de la vie
quotidienne. À ce stade, il existe clairement une
diminution de force que le chirurgien pourra mettre
en évidence par un test au Jamar.
L’Electromyogramme (EMG) pourra montrer une
diminution d’amplitude des potentiels correspondant
à une dégénérescence axonale.
-Stade déficitaire : la sensibilité de la main est
diminuée et une atrophie apparaît sur certains
muscles du pouce, la main se paralyse. Toutes les
activités sont perturbées, la diminution de la
sensibilité, la diminution de force est importante.
L’EMG montre des signes de dégénérescence
axonale voire des blocs de conduction complet et
des anomalies du tracé en détection.
L’utilisation du bois pour laver les habits
« Gbanko » (figure 1), cet appareil contenant des
dents sur lesquelles les femmes font glisser le linge
avec appuis sur le poignet demeure la principale
étiologie dans la survenue du syndrome du canal
carpien avec 29%. La grossesse, la ménopause, le
diabète, la polyarthrite rhumatoïde ont été entre
autres des facteurs de risque retrouvés dans la
littérature [10].
Le traitement était médical et chirurgical. Le
traitement médical par infiltration aux corticoïdes
était indiqué chez les patients au stade débutant et
celui intermédiaire du syndrome du canal carpien.
Ce traitement doit être considéré comme une
solution d’attente avant un traitement chirurgical ou
lorsqu’une résolution spontanée était prévisible. Le
traitement chirurgical a été utilisé dans 24,19% des
cas. Il se déroulait sous anesthésie locorégionale par
bloc plexique malade en décubitus dorsal main
posée sur une tablette. Une incision longitudinale de
4 cm allant des plis de flexion de la main vers la
zone palmaire qui nous permettait d’exposer le
ligament annulaire et de l’ouvrir dans le sens de
l’incision ; libérant ainsi le nerf médian. Il s’agissait
donc d’une chirurgie à ciel ouvert (Figure 2). Par
contre Nakamichi K et al. [11] ont rapporté la
résection du ligament annulaire par la voie
endoscopique. Cette technique n’est pas réalisable
dans notre service car nous ne disposons pas d’une
colonne d’endoscopie dans notre service.
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Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
Nous avons utilisé le test de Chi-2 pour déterminer
la corrélation qui pourrait exister entre l’évolution
des signes cliniques et la durée de suivi des patients
qui nous a permis d’obtenir une P-value=0,001 avec
une marge d’erreur estimée à 0,05.Ce test était
statistiquement significatif donc il existe bel et bien
un lien entre l’évolution des signes cliniques et la
durée de suivi des patients. Cela veut dire que les
signes cliniques régressaient progressivement en
postopératoire mais aussi et surtout après les
infiltrations.
CONCLUSION
Le syndrome du canal carpien est une pathologie
rare qui nécessite un diagnostic précoce et une prise
en charge rapide pour éviter la survenue des
complications comme l’amyotrophie de l’éminence
thenarienne.
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Conflit d’intérêt : aucun
43