ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
ARTICLE ORIGINAL
Fractures de jambe chez l’enfant : aspects épidémiologique, radiologique et thérapeutique au
Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique de Bangui
Leg fractures in children: epidemiological, radiological and therapeutic aspects at the
Pediatric Complex of Bangui
Valère Ndoma Ngatchoukpo
1
, Francky Kouandongui Bangué Songrou
2
, Alfred Issa Mapouka
3
, Sylver Junior
Gbelesso
1
, Alfred Gaudeuille
1
1 - Service de Chirurgie Pédiatrique, Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique de Bangui
2 - Service de Radiologie, Centre Hospitalier Universitaire Pédiatrique de Bangui
3 - Service de chirurgie générale, Hôpital de l’Amitié
Auteur correspondant : Dr NDOMA NGATCHOUKPO Valère, Service de Chirurgie Pédiatrique du Centre Hospitalier
Universitaire Pédiatrique de Bangui ; BP 2600 Bangui-RCA ; Tél. 00 23675033579 ; Email : ndomavalere@yahoo.com
Reçu le 07/02/2018 ; Accepté le 14/04/2018
RESUME
Objectifs : décrire les aspects épidémiologique,
radiographique et thérapeutique des fractures de jambe
chez l’enfant.
Patients et méthode : il s’agissait d’une étude
rétrospective, descriptive, allant du 1
er
janvier 2010 au
31 décembre 2015 et portant sur les patients du service
de chirurgie pédiatrique de Bangui et couvrant la
période. Etaient inclus les enfants de 0 à 16 ans
hospitalisés présentant une fracture du tibia et/ou du
péroné disposant d’une observation médicale complète
et des clichés radiographiques de face et de profil.
Les données recueillies à partir des registres
d’hospitalisation du service ont été traitées et analysées
avec le logiciel Epi-info version 3.3.2. Le test de Chi
2
a
permis de comparer les résultats.
Résultats : Au total, 1249 fractures dont 127 cas
(10,2%) de fractures de jambe ont été colligéés. Les
patients étaient souvent de sexe masculin (sex-
ratio=1,6), âgés en moyenne de 8,96 ans (extrêmes 0 et
16 ans). La tranche d’âge la plus représentée était celle
de 6 à 11 ans. Les cas de fracture prédominaient aux
mois de mai et juillet avec 15% et 15,7%
respectivement. Les accidents de la voie publique
étaient la principale étiologie (76,4%). Le mécanisme
direct était le plus fréquent (70,1%). Les fractures
intéressaient plus la jambe gauche (60,6%). Les
fractures étaient ouvertes et du types I de Cauchoix et
Duparc dans 58,3%. Elles étaient associées au
traumatisme crânien dans 19,7% des cas. Les fractures
des deux os (tibia et fibula) étaient beaucoup plus
représentatives avec 70,9% des cas, avec des traits de
fractures localisés au tiers moyen (51,2%). Le
traitement était souvent orthopédique (85,8%). Les cals
vicieuses ont été enregistrés dans 3,6% des cas. Les
indications du traitement chirurgical demeurent encore
faibles dans notre pratique à cause de l’indisponibilité
de matériel d’ostéosynthèse. Malgré cela, nos résultats
thérapeutiques sont satisfaisants.
Mots clés : Fracture, jambe, épidémiologie, diagnostic,
traitement, enfant.
ABSTRACT
Objectives: to describe the epidemiological, clinical,
radiographic and therapeutic aspects of leg fractures in
children.
Patients and method: we report the results of a
retrospective study of 127 cases of leg fractures in
patients aged 0-16 years treated in the pediatric surgery
department of Bangui for 6 years.
Results: one thousand two hundred and forty-nine
(1249) fractures including those in the leg accounted for
10.2%. The male was the most affected (62%) with a
sex ratio of 1.6; the most represented age group was 6 to
11 years old and the average age of 8.96 years with the
extremes of 0 and 16 years. A predominance of
fractures in May and July was noted with respectively
15% and 15.7%. Road accidents were the main etiology
(76.4%). The direct mechanism was the most common
(70.1%). The fractures were more relevant to the left leg
(60.6%). Open fractures were predominant and
Cauchoix and Duparc types I exceeded more than half
(58.3%). Fractures were often associated with head
trauma in 19.7% of cases. Fractures of both bones (tibia
and fibula), were a lot more representative with 70,9%
of the cases. The features of fractures were frequently
localized to the third means (51,2%).
The treatment was orthopedic in 85.8% of cases. The
percentage of malunion (3.6%) was low. The surgical
treatment recommended by some authors remains less
used in our service because of the unavailability of
osteosynthesis material. Despite this, our therapeutic
results are satisfactory.
Key words: Fracture, leg, epidemiology, diagnosis,
treatment, child.
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INTRODUCTION
Très fréquentes en pratique journalière, les fractures
de la jambe occupent la 3
ème
position dans le monde
après celles du fémur et des 2 os de l’avant-bras [1-3].
La gravité de ces fractures tient au décollement
épiphysaire et à la situation superficielle du tibia sous
un revêtement cutané antérieur particulièrement
vulnérable, avec un risque d’évolution vers les
complications. Le traitement orthopédique est souvent
utilisé en première intention avec des résultats
satisfaisants [2]. En RCA, des études ont été menées
de façon partielle sur les fractures des membres des
enfants [4]. Notre étude se propose de mettre un
accent particulier sur les fractures de jambe chez
l’enfant dans le service de chirurgie pédiatrique de
Bangui afin de contribuer à l’amélioration de leur
prise en charge.
Patients et méthode
Il s’agissait d’une étude trospective, descriptive,
couvrant la période allant du 1
er
janvier 2010 au 31
décembre 2015 dans le service de chirurgie
pédiatrique soit une durée de 6 ans. La population
d’étude était constituée des enfants hospitalisés durant
cette période pour une fracture traumatique des os de
la jambe confirmée par la radiographie standard.
Etaient inclus dans l’étude : les enfants de 0 à 16 ans
hospitalisés présentant une fracture du tibia et/ou du
péroné disposant d’une observation médicale complète
et des clichés radiographiques (de face et de profil)
initiaux. N’étaient pas inclus les enfants ayant
présenté une fracture siégeant sur un autre segment du
membre inférieur que la jambe, une fracture dorigine
non traumatique, les patients n’ayant pas
d’observation médicale complète et les patients de
plus de 16 ans. Les données ont été recueillies à partir
des registres d’hospitalisation d’orthopédie du bloc
opératoire et de kinésithérapie. Une fiche d’enquête
avait servi pour la collecte des données et
comportait les données de l’état civil, les
caractéristiques socio-économiques, les
renseignements clinique, radiologique, thérapeutique
et évolutif du patient. Les données recueillies ont été
traitées et analysées avec le logiciel Epi-info version
3.3.2. Le test de Chi
2
utilisé pour comparer les
résultats.
RESULTATS
Aspects épidémiologiques
Sur les 1249 fractures traitées pendant la période, les
fractures de jambe représentaient 10,2% de toutes les
fractures enregistrées. L’âge des patients variait de 0 à
16 ans. L’âge moyen était de 8,96 ans. La tranche
d’âge de 6-10 était la plus représentée soit 46,5% des
cas (Tableau I).
Tableau I : Répartition des enfants en fonction des
tranches d’âge
Tranche d’âge
Effectif
Pourcentage
0 à 5 ans
22
17,4
6 à 10 ans
59
46,5
11 à 16 ans
46
36,1
Total
127
100
Soixante-douze patients (62,2%) étaient de sexe
masculin et 37,8% du sexe féminin. Le sex- ratio était
de 1,6. Nous avions noté une prédominance des
fractures pendant les mois de mai et juillet avec une
fréquence de 15% et 15,7% respectivement. La plupart
des enfants étaient scolarisés (81,9%) et la majorité
était du niveau primaire (63,5%). Les accidents de la
voie publique étaient la principale étiologie (76,4%).
Le choc direct était le mécanisme le plus fréquent avec
89 cas (70,1%). Dans 60,6% des cas, la fracture
intéressait la jambe gauche. Les fractures ouvertes
étaient plus fréquentes avec 72 cas soit 56,7%. Les
types I de Cauchoix et Duparc étaient plus
représentées (58,3%). Les fractures étaient isolées
dans 44 ,1 % des cas et associées à des lésions des
autres parties du corps (Tableau II).
Tableau II: Répartition des fractures en fonction
des lésions associées
Traumatisme associé
Effectif
Pourcentage
Aucun
56
44,1
Crânien
25
19,7
Membre inférieur
20
15,7
Membre supérieur
11
8,7
Thoracique
5
3,9
Abdominal
7
5,5
Autres
3
2,4
Total
127
100
Les fractures des deux os de la jambe représentaient
70,9% des cas (Figures 1 et 2).
Figure 1 et 2 : fractures du tiers supérieur du tibia
et fracture du tiers inférieur de jambe
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Les fractures étaient complètes dans 73,2% des cas
(Tableau III).
Tableau III : Distribution des fractures selon les types
Type de fracture
Effectif
Fracture complète
93
Fracture sous-périostée
21
Fracture en bois vert
7
Fracture en motte de beurre
4
Total
127
Les fractures siégeaient au 1/3 moyen dans 51,2% et
au 1/3 inférieur dans 41,7%. Les différents traits de
fracture (comminutif, oblique, transversal) étaient
rencontrées à des fréquences plus ou similaires.
Aspects thérapeutiques
Le traitement orthopédique a été indiqué dans 85,8%
des cas et concernait tous les cas de fractures fermées
(Figure 3)
Figure 3 : traitement orthopédique d’une fracture
fermée de jambe par plâtre cruro-pédieux
Figure 4 : fracture ouverte type III de Cauchoix et
Duparc traitée par fixateur externe.
Quatre-vingt-dix-neuf cas (77,9%) des fractures
avaient évolué favorablement. Des complications
étaient notées à type de cal vicieux (0,7%), de
déplacements secondaires (57%), de nécroses cutanées
(3,15%), de complications non précisées (12,6%).
DISCUSSION
Le service de chirurgie orthopédique du Complexe
Pédiatrique de Bangui a servi de cadre pour cette
étude. Les cas de fractures des enfants provenant de la
ville et ceux évacués de l’intérieur du pays y sont
admis. Cependant, les dossiers incomplets,
l’inexistence d’autres ainsi que l’inexistence de
certains matériels adaptés pour le traitement des
fractures de jambe, ont constitué les limites dans notre
étude. Les fractures siégeant au niveau de la jambe
sont fréquentes chez l’enfant et occupent la troisième
place après celles du fémur et des deux os de l’avant-
bras tout comme l’indique les autres études [1,2]. La
prédominance du sexe masculin dans cette étude est
superposable à celle des autres auteurs [5]. Toutes les
tranches d’âge sont touchées mais à des fréquences
variables. Dans cette étude, la tranche d’âge de 6 à
10 ans, était la plus concernée et, se rapproche de celle
de Gebuhr et Larson [6], mais différente de celle de
certains auteurs [5]. La fréquence élevée des fractures
dans cette tranche d’âge trouve son explication par la
turbulence des enfants surtout les garçons à cet âge et
l’ignorance du danger, même imminent souvent à
l’origine des accidents sur les axes routiers ou encore
lors des activités ludiques. Les accidents de la voie
publique représentent la cause la plus fréquente des
fractures de jambe chez l’enfant dans notre étude. Les
pourcentages rapportés par différents auteurs varient
entre 58,4% et 87,5% [7]. Ces fréquences, quoi que
élevée demeurent inférieure à celle que nous avons
relevée. Cette différence s’expliquerait par le fait que,
dans les autres pays, la circulation routière est mieux
contrôlée. Les mois de mai et juillet étaient les
périodes de l’année où les fractures de jambe sont
assez fréquentes dans notre série. Ces périodes
correspondent au moment des mangues et des
vacances scolaires. Nous avons relevé une
prédominance quasi égale des fractures aux mois de
mai et de juillet causés par les accidents de la voie
publique. Gaudeuille et al. [4] au cours de leur étude
ont également noté la période des vacances ; ce qui
atteste que les accidents de la voie publique
constituent à cette période les principales causes des
fractures chez les enfants. Cette prédominance
étiologique trouverait son explication dans :
- l’influence des facteurs socio-économiques à savoir,
le bas revenu et le nombre élevé des enfants dans
une famille rendant précaire la surveillance et la
prise en charge de ces derniers, constituent des
facteurs d’exposition.
- les mois de mai et de juillet concordent avec la
période des vacances scolaires pendant laquelle les
enfants se livrent aux activités ludiques et parfois
génératrices de revenus.
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- le réseau routier insuffisant et défectueux, l’absence
de panneaux de signalisation, l’ignorance et le non-
respect du code de la route.
Au cours de notre étude, nous avons noté que le
mécanisme par choc direct était le plus fréquent
(70,1%) et a été rapportés dans d’autres séries publiées
[1]. La prédominance de ce mécanisme par choc direct
s’expliquerait par le fait que, la plupart des usagers de
la route sont ignorants du code de la route. Nous avons
aussi relevé que la jambe gauche est plus atteinte. La
majorité des auteurs [8] l’ont aussi observé. L’atteinte
fréquente du membre à gauche pourrait être expliquée
par le fait que la majorité des êtres humains soient de
dominance droite et qu’ils présenteraient le côté
gauche pour se défendre et du coup, celui-ci est
exposé. Il résulte de nos travaux que les fractures
ouvertes Cauchoix et Duparc I sont plus représentées.
Masquette et al. ont cependant relevé le contraire [9].
Ces disparités peuvent s’expliquer par les
circonstances différentes de survenue des accidents
traumatiques. Les fractures ouvertes Cauchoix et
Duparc I sont majoritaires comme le note la
littérature [10]. Ceci s’explique par l’exposition
anatomique du tibia sous un revêtement cutané fragile.
Les sions associées sont primordiales à rechercher
afin d’éliminer en urgence une éventuelle détresse
vitale, et d’hiérarchiser la prise en charge selon la
priorité thérapeutique des lésions. Dans notre étude,
les traumatismes crâniens étaient les sions
fréquemment associées aux fractures de jambe.
D’autres auteurs en ont fait mention à travers des
séries [11]. Selon la nature des lésions, les fractures
des deux os de la jambe étaient fréquemment
retrouvées dans notre étude. D’autres auteurs [12,13]
ont rappor une atteinte plus fréquente et isolée du
tibia. Cette différence serait peut-être due aux
contextes d’études. Les traits de fractures siégeaient
au tiers moyen par prédilection comme l’ont rapporté
certains auteurs [14]. Toute fois d’autres auteurs à
l’exemple de Faraj et Adnan [5], avait dans sa série,
rapporté une fréquence élevée des traits siégeant au
tiers supérieur du segment atteint. La fréquence des
traits transverse, oblique et comminutif est quasi
similaire dans notre série malgré la fréquence élevée
des traumatismes par choc direct ce qui est en
difformité avec certains auteurs [15] qui, en insistant
sur la relation entre le mécanisme du traumatisme et
le trait de la fracture , rapportent que le trait
transversal est lié habituellement à un traumatisme
par choc direct très violent [15]. Le trait oblique ou
spiroïde résulte des traumatismes indirects, l'élément
de torsion étant prédominant. Les fractures
comminutives sont rares chez l’enfant. Cette rareté est
liée aux caractéristiques mécaniques de l’os dans
cette tranche d’âge et n’a pas nécessairement de
relation avec l’énergie du traumatisme [16]. Le but du
traitement des fractures de jambe est de permettre une
consolidation dans un délai court et de minimiser les
complications. Nos patients ont été traité
orthopédiquement comme l’affirme les autres auteurs,
C’est la base du traitement des fractures de
l’enfant [2]. Dans notre étude, les indications
chirurgicales étaient rares vu les exigences liées aux
particularités anatomiques des os de l’enfant ; au
plateau technique, et le fait que nous exerçons dans un
contexte qualifié de précaire selon Raphael
Barthelemy [17]. L’évolution après le traitement
orthopédique était favorable dans la majorité des cas ;
Nous avons relevé moins de complications. Dans les
rares cas de traitement chirurgical l’évolution
s’étaient soldé fréquemment par des
complications telles que les cals vicieux, les
déplacements secondaires, l’infection, la nécrose
cutanée, l’ostéite. Nos résultats concernant les cals
vicieux, corroborent ceux de Faraj et Adnan [4] et sont
par contre inférieurs à ceux de Jones et Duncan [10].
A l’inverse la fréquence des ostéites était supérieure à
celle des autres auteurs [4, 8, 9]. Ces complications
seraient les conséquences de la précarité [17]. L’étude
que nous avons menée n’a pas révélé de séquelles,
excepté celles liées à l’amputation.
CONCLUSION
Cette étude nous a permis de constater que les
fractures des os de la jambe sont relativement
fréquentes en milieu pédiatrique. Le traitement
orthopédique garde sa place en première intention
avec des résultats satisfaisants. La faible indication du
traitement chirurgical est la conséquence de
l’inadéquation de notre plateau technique. Le
traitement doit être beaucoup plus préventif par
l’entretien permanent des axes routiers, la
vulgarisation des panneaux de signalisation et
l’apprentissage du code de la route dès l’école
primaire afin de réduire le taux des fractures de jambe.
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