ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
ARTICLE ORIGINAL
Aspects socio-culturels de l’épilepsie dans la région Est de la Centrafrique : Données
d’une enquête CAP en population générale
Sociocultural aspects of epilepsy in the East Central African region: Data from a CAP
survey in the general population
Emmanuel Yangatimbi¹, M Guella Nganataï
2
, C Mboukou
2
, Pascal Mbelesso¹.
1 - Service de neurologie du CHU de l’Amitié Sino-Centrafricaine de Bangui BP 3183 Bangui
2 - Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Bangui, République Centrafricaine.
Auteur correspondant : Yangatimbi Emmanuel, Service de Neurologie. CHU de l’Amitié Sino-Centrafricaine
Téléphone mobile : (+236) 75048056/70048056. Email : yang_emma1@yahoo.fr
Reçu le 10/01/2018 ; Accepté le 14/03/2018
RESUME
Objectif: Déterminer les connaissances et approches
communautaires sur cette affection dans la
dynamique de la campagne mondiale de lutte contre
l’épilepsie.
Méthodologie : Etude transversale prospective et
descriptive de type porte à porte qui s’était déroulée
sur une période de quatre mois (mai à septembre
2017) au sein de la population rurale de la commune
de Bangassou située à 750 Km de Bangui à l’est du
pays. Ont été inclus les sujets de deux sexes, âgés
d’au moins 10 ans, pouvant s’exprimer verbalement,
qu’ils soient souffrant ou non d’épilepsie, et ayant
donné leur consentement éclairé.
Résultats : Nous avons interrogées 1193 personnes
ont été dont 59 épileptiques, soit une prévalence de
49,5‰. La tranche d’âge la plus représentée était
celle de 20 à 29 ans. L’âge moyen de l’échantillon
était de 44,5 ans avec des extrêmes de 10 et 79 ans,
et le sex-ratio (H/F) était de 1. On notait les
antécédents familiaux d’épilepsie chez 27% de
l’échantillon, et 88,0% connaissaient la maladie, en
particulier la crise tonicoclonique généralisée dans
74,6%. Pour 81,4% de la population l’épilepsie était
contagieuse. Cette notion de contagiosité était
fortement exprimé par les adultes de 40-49ans
(p=0,0001), les élèves et étudiants (p=0,0001) ainsi
que ceux du niveau secondaire (p=0,002). Trente-
trois pourcent pensent que l’épilepsie était due à la
sorcellerie. La lésion du cerveau a été évoquée
comme cause de l’épilepsie à 40%. Le sentiment de
rejet est présent chez les épileptiques dans 54,2% des
cas. Quarante un pour cent des enquêtés alléguaient
que l’épilepsie était curable par les produits
traditionnels.
Conclusion : Cette étude montre l’existence des
préjugés négatifs au sein de la population générale
mais aussi des considérations étiologiques positives
qui mériteraient d’être capitaliser pour des actions de
lutte contre cette affection.
Mots clés : Epilepsie, prévalence, connaissances et
attitudes, zone rurale, Centrafrique.
ABSTRACT
Objective: To determine community knowledge and
approaches to this condition in the dynamics of the
global campaign against epilepsy.
Methodology: Prospective cross-sectional, door-to-
door, cross-sectional study that took place over a
four-month period from May to September 2017
among the rural population of Bangassou, 750 km
away from Bangui to the east of the country. Included
were subjects of both sexes, at least 10 years of age,
who could express themselves verbally, whether or
not they had epilepsy, and who had given their
informed consent.
Results: Thirteen hundred and ninety-three people
were interviewed including 59 epileptics, a
prevalence of 49.5%. The most represented age group
was 20 to 29 years old. The mean age of the sample
was 44.5 years with extremes of 10 and 79 years, and
the sex ratio H / F was 1. Family history was noted
epilepsy in 27% of the sample, and 88.0% knew the
disease, especially the generalized tonicoclonic crisis
in 74.6%. Forty percent of the respondents had a
secondary level. For 81.4% of the population,
epilepsy was contagious. This notion of
contagiousness was strongly expressed by adults aged
40-49 (p = 0.0001), students (p = 0.0001) and
secondary school students (p = 0.002). The main
route of contamination identified by respondents was
saliva (44.5%). Thirty-three percent believe that
epilepsy was due to witchcraft. Brain damage has
been suggested as a cause of epilepsy at 40%. The
feeling of rejection is present in epileptics in 54.2%
of cases. Therapeutically, 41.2% of respondents
claimed that epilepsy was curable by traditional
products while 30% mentioned pharmaceuticals.
Conclusion: This study shows the existence of
negative prejudices within the general population but
also positive etiological considerations that deserve to
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be capitalized for actions to fight against this
affection.
Keywords: Epilepsy, prevalence, knowledge and
attitudes, rural area, Central African Republic.
INTRODUCTION
L’épilepsie est l’affection cérébrale la plus répandue
dans la population générale. Si dans les pays
développés, une forte sensibilisation a permis une
meilleure connaissance et acceptation de l’épilepsie,
en Afrique subsaharienne et en République
Centrafricaine (RCA) en particulier, cette pathologie
est moins documentée, nous faisant craindre une
stigmatisation des patients épileptiques. Des études
réalisées en milieu scolaire à Bangui en 2007 et en
population générale à l’ouest du pays en 2015 ont
retrouvé une prévalence respective de 2,8‰ et
11,7‰ [1,2]. Un autre travail réalisé en 2013 chez les
personnels soignants de première ligne à Bangui a
montré une insuffisance de connaissance de ceux-ci
en matière d’épilepsie [3]. Le déficit thérapeutique,
les fausses croyances qui entourent la maladie sont
autant d’obstacle à la prise en charge des malades
épileptiques et à leur épanouissement. Les données
sur la perception de cette maladie au sein de la
population générale demeurent parcellaires et
insuffisantes. C’est pourquoi nous avons réalisé cette
étude afin de déterminer les connaissances
communautaires sur cette affection dans la
dynamique de la campagne mondiale de lutte contre
l’épilepsie.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude transversale descriptive de
type porte-à-porte qui s’était déroulée sur une période
de quatre mois, du 1
er
mai au 30 septembre 2017, au
sein de la population rurale de la commune de
Bangassou située à 750 Km de Bangui au sud-est du
pays. Il s’agissait d’une population partie dans 3
arrondissements et 50 quartiers. L’échantillon a été
obtenu par la formule : n =
2
x P.q/i
2
avec n=taille
de l’échantillon, p = proportion des épileptiques
retrouvés lors de l’étude antérieure dans la commune
de Berberati et i = précision affectée à l’étude qui est
de 0,025. Cette précision nous paraît suffisamment
faible pour nous permettre de minimiser les biais de
sélection qui pourraient survenir. Ainsi, la taille de
l’échantillon déterminée est de 1225 personnes. Les
données ont été collectées dans chaque quartier des 3
arrondissements de la ville de Bangassou. Pour passer
d’un arrondissement à un autre, nous avions tiré au
hasard le 1
er
quartier pour l’enquête avant de passer à
tous les autres. Ont été inclus dans l’étude les
personnes des deux sexes, âgés d’au moins 10 ans,
pouvant s’exprimer verbalement, qu’ils soient
souffrant ou non d’épilepsie, et ayant don leur
consentement éclairé. Les données ont été recueillies
à l’aide d'un support établi au préalable à partir du
questionnaire d'investigation sur l'épilepsie dans les
pays tropicaux élaboré par l'Institut d'Epidémiologie
et de Neurologie Tropicale de Limoges [4]. Les
données ont été saisies avec logiciel Epi Info 7 puis
exportées sur le logiciel stata. L’analyse SPSS et
Excel était basée sur les proportions, le calcul des
moyennes pour les variables quantitatives. Le seuil de
significativité considéré dans le cadre de cette étude
est de 0,05.
RESULTATS
Au cours de cette étude, nous avons interrogé 1193
personnes parmi lesquelles on dénombrait 59
épileptiques, ce qui nous donne une prévalence de
l’épilepsie dans cette ville de 49,5‰. L’âge moyen
des personnes enquêtées de notre échantillon était de
44,5 ans avec des extrêmes de 10 et 79 ans. La
tranche d’âge la plus représentée était celle de 20 à 29
ans (32,8%) sans dominance sexuelle (tableau I).
Tableau I : Répartition des personnes enquêtées selon la tranche d’âge et le sexe
Tranche d’âge
Sexe masculin
Sexe féminin
Total
Fréquence
%
Fréquence
Fréquence
%
10 à19 ans
122
42,2
167
289
24,2
20 à 29 ans
215
55,0
176
391
32,8
30 à 39 ans
106
42,4
144
250
21,0
40 à 49 ans
85
66,9
42
127
10,6
50 à 59 ans
57
53,3
50
107
9,0
60 ans
11
37,9
18
29
2,4
Total
596
49,9
597
1193
100,0
Les personnes enquêtées étaient des chrétiens dans
95,4%. Elles avaient atteint le niveau secondaire dans
40,2% des cas, tandis 34,5% étaient des élèves et
étudiants. Les antécédents familiaux d’épilepsie
étaient retrouvés chez 27% des personnes enquêtées.
Au cours de l’enquête, nous avions trouvé que 88%
des personnes connaissaient l’épilepsie, en particulier
la crise tonicoclonique généralisée (74,6%). Cette
connaissance était significativement (p<0,0025)
exprimée par les sujets jeunes. Par ailleurs, 81%
pensaient que l’épilepsie était contagieuse. Le mode
de contamination salivaire était évoqué dans 44,5%
des cas. L’étude a montré que le sexe, l’âge
(p=0,000), le niveau d’instruction (p=0,002) et la
profession (p=0,000) influencent la considération de
l’épilepsie comme étant une maladie contagieuse.
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Tableau II : Avis des enquêtés sur la notion de contagiosité en fonction des variables sociodémographiques
Variable explicative
L'épilepsie comme maladie
contagieuse
(N)
P-value
% oui
% non
Sexe
0,033
Masculin
80,0
20,0
(565)
Féminin
84,9
15,1
(555)
Classe d'âge
0,000
10-19 ans
85,4
14,6
(246)
20-29 ans
81,5
18,5
(372)
30-39 ans
83,2
16,8
(244)
40-49 ans
88,1
11,9
(126)
50-59 ans
81,9
18,1
(105)
60-80 ans
37,0
63,0
(027)
Niveau d'instruction
0,002
Supérieur
85,3
14,7
(129)
Secondaire
86,9
13,1
(464)
Primaire
78,1
21,9
(379)
Jamais scolarisé
77,0
23,0
(148)
Profession
0,000
Cultivateur
82,2
17,8
(287)
Commerçant
85,6
14,4
(195)
Pécheur/chasseur
72,2
27,8
(133)
Elève/étudiant
98,4
10,6
(388)
Fonctionnaire
87,5
12,5
(056)
Sans emploi
45,9
54,1
(061)
Note : 14 enquêtés non-épileptiques n’ont pas donné leur avis
Concernant les attitudes des enquêtés face à un sujet
victime en crise, 41,6% conseillaient le personnel
médical aux épileptiques lors des crises et 34,9%
préféraient le conduire à l’hôpital.
Du point de vue des croyances, l’épilepsie était
considérée comme une maladie surnaturelle faisant
que 33,3% avaient évoqué une sorcellerie, 24,8%
un mauvais sort, 20,8% des mauvais esprits. Pour
40,8% des enquêtés, l’épilepsie était difficile à
guérir.
Sur le plan étiologique, 40% avaient cité une sion
du cerveau, 21,5% une cause héréditaire tandis que
25,7% évoquaient le conflit comme étiologie
psychologique de l’épilepsie. Les enquêtés du sexe
masculin, ceux ayant un âge compris entre 40-49 ans
et un niveau secondaire ainsi que les élèves/étudiants
et les pêcheurs/chasseurs (p=0,000) sont les plus à
considérer que l’épilepsie est due à une lésion du
cerveau. Plus de la moitié des épileptiques (54,2%) se
sentaient rejetés par la société. Le sentiment de honte
était trouvé chez 79,7% des épileptiques.
DISCUSSION
Cette étude vient compléter celle qui a été réalisée en
population générale à l’ouest du pays. Elle démontre
que la prévalence de l’épilepsie dans cette zone rurale
était de 49,5‰. Cette prévalence est comparable à
celle rapportée à Abidjan (51,9‰) en Côte -d’ivoire
[5]. Par contre, elle est 4 fois supérieure à celle
rapportée à l’ouest du pays (11,75‰) à Berberati [2]
et 17,5 fois plus que celle retrouvée en milieu scolaire
dans la ville de Bangui (2,8‰) en 2009 [1]. Cette
différence s’expliquerait par le fait que l’étude de
Bangui a été faite en milieu scolaire et à Berberati par
une probable sous déclaration de la population. La
tranche d’âge de nos enquêtés était significativement
représentée par les jeunes de 20 à 29 ans (32,8%).
Cette tranche d’âge est comparable à celle de
Mbelesso et coll. à Berberati [2] qui ont constaté que
28,3% des interviewés avaient un âge compris entre
20 et 29 ans. Cela peut s’expliquer par le fait que la
population centrafricaine est jeune. L’âge moyen était
de 44,5 ans avec les extrêmes de 10 et 79 ans. Ainsi,
les sujets de notre étude étaient plus âgés que ceux
enquêtés par Boa Yapo et al. (32 ans) en Côte-
d’Ivoire [6]. Nous avons constaté que un peu plus de
la moitié des enquêtés étaient du sexe féminin
(50,04%) avec un sex-ratio H/F de 1. Nous rattachons
ce fait à la situation démographique du pays [7]. Ce
constat a été également fait dans des études en
Amérique latine et en Afrique sub-saharienne [6,
8,9]. La population de notre étude était constituée en
grande partie par des élèves (34,5%) suivi des
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cultivateurs 24,5%. Ce résultat est proche de celui
rapporté (38,2%) à Berberati [2] et supérieur au
chiffre trouvé par Nsengiyumva et Coll. (12,6%) dans
une étude en milieu rural au Burundi [10]. Au cours
de notre étude, nous avons trouvé 40,2% des instruits
du niveau secondaire et 14,4% des non scolarisés.
Amira Sidig et al. dans une étude réalisée à Khartoum
avaient trouvé 14% d’analphabète parmi les enquêtés
[11]. Notre résultat est inférieur à ceux des deux
départements Français dont la majorité d’individu
(81,1%) avait un niveau primaire et secondaire [12].
Cette situation traduit le faible taux de scolarisation
dans les milieux ruraux du pays en proie à des
troubles militaropolitiques qui ne facilitent pas le
déploiement des fonctionnaires à l’intérieur du pays
mais aussi par manque de politique d’éducation.
Concernant la connaissance de la maladie, 88,0%
affirmaient connaitre l’épilepsie. Ce résultat
corrobore les données de certains auteurs africains [1,
2,13,14]. Cette connaissance porte surtout sur la crise
tonicoclonique généralisée et confirme la plupart des
données africaines sur cette maladie les autres
formes cliniques sont souvent méconnues [15-19].
Elle soulève le problème de la méconnaissance, à
l’instar des autres études communautaires déjà
effectuées, de la grande majorité de la population des
autres formes cliniques de l‘épilepsie. D’où la
nécessité de mener des compagnes de sensibilisation
afin de mieux faire connaitre cette affection au sein
de la population afin d’espérer à une prise en charge
efficiente. Dans cette étude, plusieurs croyances
coexistaient à propos de l’épilepsie. Nous avons noté
une forte croyance à la contagiosité (81,4%) comme
décrite dans beaucoup d’études et dans des groupes
sociaux variées [1,20,21]. Cette forte croyance
contagieuse était significativement exprimée par les
adultes, les élèves et les étudiants, (p=0,000) ainsi
que ceux du niveau secondaires (p=0,000). Ce qui
démontre leur sous information sur l’épilepsie et
incite à créer un cadre de communication et
d’information comme la Ligue Centrafricaine contre
l’épilepsie. Les modes de contamination évoqués
étaient la salive (44,5%), le contact avec le malade
(21%) et la sueur (16,5%). Des résultats similaires
ont été rapportés par certains auteurs africains
[10,18,22]. Par ailleurs, nous avons noté chez les
répondants d’autres considérations magico-
religieuses, car pour 33,3% l’épilepsie aurait des liens
avec la sorcellerie, le mauvais sort (24,8%), le
mauvais esprit (20,8%) et la malédiction (17%). Il
s’agit d’une mauvaise perception et toutes ces
croyances erronées s’inscrivent dans un lien par
rapport au contexte socioculturel [19]. Elles donnent
un cortège de préjugés négatifs qui ont pour
conséquence une stigmatisation et une
marginalisation des personnes épileptiques [7,23].
Sur le plan étiologique, 40,0% des interviewés liaient
l’épilepsie à une lésion du cerveau. Ce résultat
corrobore ceux des études Européennes [20] et est
supérieur à celui retrouvé au Burkina Faso [24] qui
est de 14%. L’analyse permet de déterminer qu’il y’a
un lien entre le sexe, le niveau d’instruction, la
profession et le fait d’évoquer la lésion du cerveau
comme cause d’épilepsie (p=0,000). Ils étaient 21,5%
dans cette étude à évoquer que l’épilepsie était liée à
l’hérédité. Ce résultat est similaire à ceux rapportés
par des études sous d’autres cieux [25-29].
L’épilepsie était considérée comme due à un abus
d’alcool par 13,4% de nos répondants. Ce point de
vue a été rapporté en milieu scolaire à Bangui [1] et
au Bénin [18].
Quant à la différence entre l’épilepsie et la folie,
58,2% des interviewés savaient faire la différence
entre l’épilepsie et la folie. Les adultes jeunes
(p=0,0001), les élèves et étudiants (p=0,161) sont
nombreux à faire cette différence entre les deux
affections. C’est quelque chose qui peut être
capitalisée pour mener des actions de lutte contre le
stigma autour de cette affection à travers une
structure bien définie comme la Ligue Centrafricaine
pour la lutte contre l’épilepsie. Bien que le
pourcentage trouvé dans notre étude dépasse la
moitié des enquêtés, mais il reste inférieur à celui
trouvé en France et au Benin [20]. Ceci pourrait être
au niveau d’instruction élevé des populations de
ces pays que le nôtre. Quand à ce qui concerne la
prise en charge de l’épilepsie, bien que 34,9% de nos
pondants souhaitaient emmener l’épileptique à
l’hôpital pendant la crise, 24,4% avaient choisi les
guérisseurs traditionnels comme la meilleure voie de
recours. Cela pourrait s’expliquer par l’insuffisance
de connaissance du personnel de santé de première
ligne en matière d’épilepsie [3], mais aussi, par
l’absence d’un système d’assurance maladie et de
politique médicamenteuse adaptée au statut
économique de la population. Il ressort de notre étude
que 67,8% des sujets enquêtés estimaient que
l’épilepsie était difficile à guérir et 41,2% pensaient
qu’elle était curable par le traitement traditionnel.
Cette notion d’incurabilité de la maladie épileptique
par le traitement moderne reste répandue dans les
croyances populaires [2,15,23]. Dans notre série,
17,2% acceptent de boire et de manger ensemble
(18,4%) avec un épileptique. Il n’y a pas de liaison
entre le sexe et le fait d’accepter de boire dans la
même coupe qu’un épileptique (p=0,44). Cependant
les jeunes (p=0,0001), les non scolarisés (p=0,0001)
et les pêcheurs (p=0,001) expriment fortement leur
désarroi de manger dans la même assiette qu’un
épileptique. Certaines représentations socioculturelles
non fondées peuvent entourer l’épilepsie et constituer
une stigmatisation du patient épileptique. Ainsi
l’épilepsie se caractérise par un cortège de préjugés
négatifs qui ont pour conséquence une stigmatisation
et une marginalisation des personnes qui en souffrent
[7,24]. Quant à la fréquentation scolaire des
épileptiques, 53,5% des enquêtés ont donné un avis
favorable. Ce phénomène est comparable à ce qui a
été observé à Bangui 87% des élèves estimaient
qu’un épileptique pouvait poursuivre ses études [1].
En Inde, une opinion favorable a été retrouvée (80%)
permettant à un enfant épileptique d’étudier [30].
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Ainsi, l’attitude de la population est aussi
encourageante en ce qui concerne le fait d’accepter le
mariage des épileptiques (51,3%) et de s’assoir avec
un épileptique (84%). Cette attitude est aussi
observée parmi les communautés résident à Enugu au
sud-est du Nigeria [31], de même que les étudiants
Chinois et Vietnamiens aux Etats-Unis ont accepté
(71%) le mariage des épileptiques [32].
CONCLUSION
Cette étude a permis de déterminer la prévalence de
l’épilepsie dans une communauté rurale de la région
Est du pays. Elle montre que l’épilepsie reste et
demeure une maladie sous diagnostiquée souvent
ignorée dont les victimes souffrent en douceur sans
assistance. Cette étude relève aussi qu’il existe dans
la communauté un certain nombre de préjugés
négatifs qui ont pour conséquence une stigmatisation
et une marginalisation des épileptiques
L’attitude des enquêtés sur les considérations
étiologiques est très encourageante et mériterait
d’être capitalisée pour mener des actions
d’information, de communication en vue d’un
changement de comportement de la communauté face
à cette affection.
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