
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
cultivateurs 24,5%. Ce résultat est proche de celui
rapporté (38,2%) à Berberati [2] et supérieur au
chiffre trouvé par Nsengiyumva et Coll. (12,6%) dans
une étude en milieu rural au Burundi [10]. Au cours
de notre étude, nous avons trouvé 40,2% des instruits
du niveau secondaire et 14,4% des non scolarisés.
Amira Sidig et al. dans une étude réalisée à Khartoum
avaient trouvé 14% d’analphabète parmi les enquêtés
[11]. Notre résultat est inférieur à ceux des deux
départements Français dont la majorité d’individu
(81,1%) avait un niveau primaire et secondaire [12].
Cette situation traduit le faible taux de scolarisation
dans les milieux ruraux du pays en proie à des
troubles militaropolitiques qui ne facilitent pas le
déploiement des fonctionnaires à l’intérieur du pays
mais aussi par manque de politique d’éducation.
Concernant la connaissance de la maladie, 88,0%
affirmaient connaitre l’épilepsie. Ce résultat
corrobore les données de certains auteurs africains [1,
2,13,14]. Cette connaissance porte surtout sur la crise
tonicoclonique généralisée et confirme la plupart des
données africaines sur cette maladie où les autres
formes cliniques sont souvent méconnues [15-19].
Elle soulève le problème de la méconnaissance, à
l’instar des autres études communautaires déjà
effectuées, de la grande majorité de la population des
autres formes cliniques de l‘épilepsie. D’où la
nécessité de mener des compagnes de sensibilisation
afin de mieux faire connaitre cette affection au sein
de la population afin d’espérer à une prise en charge
efficiente. Dans cette étude, plusieurs croyances
coexistaient à propos de l’épilepsie. Nous avons noté
une forte croyance à la contagiosité (81,4%) comme
décrite dans beaucoup d’études et dans des groupes
sociaux variées [1,20,21]. Cette forte croyance
contagieuse était significativement exprimée par les
adultes, les élèves et les étudiants, (p=0,000) ainsi
que ceux du niveau secondaires (p=0,000). Ce qui
démontre leur sous information sur l’épilepsie et
incite à créer un cadre de communication et
d’information comme la Ligue Centrafricaine contre
l’épilepsie. Les modes de contamination évoqués
étaient la salive (44,5%), le contact avec le malade
(21%) et la sueur (16,5%). Des résultats similaires
ont été rapportés par certains auteurs africains
[10,18,22]. Par ailleurs, nous avons noté chez les
répondants d’autres considérations magico-
religieuses, car pour 33,3% l’épilepsie aurait des liens
avec la sorcellerie, le mauvais sort (24,8%), le
mauvais esprit (20,8%) et la malédiction (17%). Il
s’agit là d’une mauvaise perception et toutes ces
croyances erronées s’inscrivent dans un lien par
rapport au contexte socioculturel [19]. Elles donnent
un cortège de préjugés négatifs qui ont pour
conséquence une stigmatisation et une
marginalisation des personnes épileptiques [7,23].
Sur le plan étiologique, 40,0% des interviewés liaient
l’épilepsie à une lésion du cerveau. Ce résultat
corrobore ceux des études Européennes [20] et est
supérieur à celui retrouvé au Burkina Faso [24] qui
est de 14%. L’analyse permet de déterminer qu’il y’a
un lien entre le sexe, le niveau d’instruction, la
profession et le fait d’évoquer la lésion du cerveau
comme cause d’épilepsie (p=0,000). Ils étaient 21,5%
dans cette étude à évoquer que l’épilepsie était liée à
l’hérédité. Ce résultat est similaire à ceux rapportés
par des études sous d’autres cieux [25-29].
L’épilepsie était considérée comme due à un abus
d’alcool par 13,4% de nos répondants. Ce point de
vue a été rapporté en milieu scolaire à Bangui [1] et
au Bénin [18].
Quant à la différence entre l’épilepsie et la folie,
58,2% des interviewés savaient faire la différence
entre l’épilepsie et la folie. Les adultes jeunes
(p=0,0001), les élèves et étudiants (p=0,161) sont
nombreux à faire cette différence entre les deux
affections. C’est quelque chose qui peut être
capitalisée pour mener des actions de lutte contre le
stigma autour de cette affection à travers une
structure bien définie comme la Ligue Centrafricaine
pour la lutte contre l’épilepsie. Bien que le
pourcentage trouvé dans notre étude dépasse la
moitié des enquêtés, mais il reste inférieur à celui
trouvé en France et au Benin [20]. Ceci pourrait être
dû au niveau d’instruction élevé des populations de
ces pays que le nôtre. Quand à ce qui concerne la
prise en charge de l’épilepsie, bien que 34,9% de nos
répondants souhaitaient emmener l’épileptique à
l’hôpital pendant la crise, 24,4% avaient choisi les
guérisseurs traditionnels comme la meilleure voie de
recours. Cela pourrait s’expliquer par l’insuffisance
de connaissance du personnel de santé de première
ligne en matière d’épilepsie [3], mais aussi, par
l’absence d’un système d’assurance maladie et de
politique médicamenteuse adaptée au statut
économique de la population. Il ressort de notre étude
que 67,8% des sujets enquêtés estimaient que
l’épilepsie était difficile à guérir et 41,2% pensaient
qu’elle était curable par le traitement traditionnel.
Cette notion d’incurabilité de la maladie épileptique
par le traitement moderne reste répandue dans les
croyances populaires [2,15,23]. Dans notre série,
17,2% acceptent de boire et de manger ensemble
(18,4%) avec un épileptique. Il n’y a pas de liaison
entre le sexe et le fait d’accepter de boire dans la
même coupe qu’un épileptique (p=0,44). Cependant
les jeunes (p=0,0001), les non scolarisés (p=0,0001)
et les pêcheurs (p=0,001) expriment fortement leur
désarroi de manger dans la même assiette qu’un
épileptique. Certaines représentations socioculturelles
non fondées peuvent entourer l’épilepsie et constituer
une stigmatisation du patient épileptique. Ainsi
l’épilepsie se caractérise par un cortège de préjugés
négatifs qui ont pour conséquence une stigmatisation
et une marginalisation des personnes qui en souffrent
[7,24]. Quant à la fréquentation scolaire des
épileptiques, 53,5% des enquêtés ont donné un avis
favorable. Ce phénomène est comparable à ce qui a
été observé à Bangui où 87% des élèves estimaient
qu’un épileptique pouvait poursuivre ses études [1].
En Inde, une opinion favorable a été retrouvée (80%)
permettant à un enfant épileptique d’étudier [30].