
ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
INTRODUCTION
Les maladies cardiovasculaires constituent la
première cause de mortalité dans le monde. Selon
l’OMS d’ici 2030, plus de 23,6 millions personnes
décéderont d’une maladie cardiovasculaire dans le
monde. Plus de 82% des décès sont enregistrés dans
les pays à revenu moyen ou faible. En Afrique
noire, la maladie thromboembolique veineuse qui
comprend deux entités : la thrombose veineuse
profonde (TVP) et l’embolie pulmonaire (EP) était
réputée rare [1,2]. Elle a connu ces dernières années
une augmentation importante de sa prévalence en
Afrique au sud du Sahara [3-8]. Selon les rapports
mondiaux du PNUD, le Burkina Faso figure parmi
les pays les plus pauvres au monde, avec une
population en majeure partie (46,7% en 2009)
vivant en-dessous du seuil de pauvreté [9]. Dans ce
contexte de pays à ressources limitées où il n’existe
pas de couverture médicale, ni de sécurité sociale,
le coût financier de la prise en charge de cette
pathologie est directement supporté par les patients.
Cette affection, de par sa gravité et ses
complications à court, moyen et long terme peut
engager le pronostic vital et fonctionnel allant du
tableau d’EP grave, de forme foudroyante avec une
mort subite, jusqu’à la survenue d’une maladie post
phlébitique, le développement d’un cœur
pulmonaire chronique post embolique et des
récidives. L’exigence d’une prise en charge
adéquate et spécialisée s’impose. Cette étude devait
évaluer le coût direct de la prise en charge
hospitalière de la maladie thromboembolique
veineuse (MTEV) en hospitalisation de cardiologie.
MATERIELS ET METHODES
Nous avons inclus tous les patients hospitalisés au
service de cardiologie du centre hospitalier
universitaire Yalgado Ouedraogo (CHU-YO) pour
une maladie thromboembolique veineuse confirmée
à l’angioscanner et /ou à la scintigraphie
pulmonaire de ventilation /perfusion et /ou à l’écho
Doppler veineux des membres inférieurs. L’étude
s’est déroulée du 1
er
janvier 2014 au 31 décembre
2015. Nous avons exclu les patients décédés en
cours d’hospitalisation et ceux qui sont sortis contre
avis médical. Nous avons recueilli les données
sociodémographiques des patients, leurs revenus
mensuels, les comorbidités, les données cliniques et
leur traitement en utilisant leurs dossiers médicaux.
Nous avons calculé le coût moyen du séjour
hospitalier en tenant compte de la durée moyenne
de l’hospitalisation et du coût journalier de la
chambre d’hospitalisation fixé par l’hôpital en
fonction des catégories. Le coût moyen des
examens paracliniques, pour le diagnostic
comportant les D-dimères et l’imagerie utilisée
pour le diagnostic de la MTEV (Angioscanner
thoracique, Scintigraphie pulmonaire et
EchoDoppler veineux des membres inférieurs), la
numération formule sanguine (NFS), le taux de
prothrombine et l’international normalized ratio
(TP/INR). Le coût moyen des examens pour le
suivi du traitement a tenu compte du coût unitaire
de chaque examen et du nombre moyen d’examen
réalisé durant la période d’hospitalisation. Le coût
moyen du traitement a été calculé par la moyenne
des dépenses en fonction des combinaisons
thérapeutiques et du nombre de jour
d’administration de ce dernier durant
l’hospitalisation. Le cout moyen global a été la
moyenne des dépenses imputables au séjour
hospitalier, aux examens paracliniques pour le
diagnostic, au traitement et aux examens pour la
surveillance du traitement durant la période
d’hospitalisation.
RESULTATS
Notre étude a concerné 255 patients. La prévalence
hospitalière de la MTEV était de 18,52%. Le sex-
ratio était de 0,58, et l’âge moyen de 49,15 ans avec
des extrêmes de 17 ans et 92 ans. La tranche d’âge
la plus représentée était celle des patients ayant
entre 28 et 37 ans. Quatre-vingt pourcent (80%)
vivaient en zone urbaine. Toutes Les catégories
socio-professionnelles étaient représentaient avec :
les femmes au foyer (38,43%), les fonctionnaires de
l’état (18,04%), les commerçants (12,16%), les
retraités (7,84%), les salariés du secteur
privé (7,84%), les agriculteurs (7,06%), les
travailleurs du secteur informel (3,53%), les élèves
et étudiants (2,75%), les travailleurs occasionnels
(2,35%). Le revenu moyen mensuel était inférieur
ou égal au SMIG (32218 FCFA soit 49,12 €) chez
58,04% des patients. L’obésité (36,1%) et la
sédentarité (33,7%) étaient les facteurs de risque
thrombo-embolique transitoires les plus fréquents,
suivis du peri-partum et du tabagisme avec chacun
9,40%. Le groupe sanguin non O et l’âge supérieur
à 65ans étaient les facteurs de risque thrombo-
emboliques permanents les plus fréquemment
incriminés dans respectivement 22,35% et 14,51%,
suivis de l’infection à VIH dans 12,5%. Les
comorbidités les plus fréquentes étaient la
tuberculose chez 1,57% et l’anémie sévère dans
1,18%. L’embolie pulmonaire (EP) était plus
fréquente avec 48,63%, suivi de la thrombose
veineuse profonde (TVP) 38,43% puis l’association
EP–TVP dans 12,94%. La durée moyenne du séjour
hospitalier était de 12,96 jours.
Tous les patients admis pour MTEV ont bénéficié
d’un dosage des D-Dimères, ceux qui présentaient
une EP ont réalisé un angioscanner sauf un patient
qui a bénéficié d’une scintigraphie pulmonaire car
ayant une insuffisance rénale chronique terminale.
Les patients atteints de TVP ont tous réalisé une
Echographie Doppler veineux des membres