ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
ARTICLE ORIGINAL
Pathologies testiculaires et infertilité masculine à Bimbo (Centrafrique): rôle de
l’échographie
Testicular abnormally and male infertility in Bimbo (Central African Republic): role of
ultra sonography.
Francky Kouandongui Bangue Songrou
1
, Timothée Mobima
2
, Eloge Bidan Tapiade
3
, Borel Tambala
3
1 - Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale du Centre Hospitalier Universitaire Maman Elizabeth
DOMITIEN, Centrafrique.
2 - Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale du Centre Hospitalier et Universitaire de l’Amitié Sino-
Centrafricaine, Centrafrique.
3 - Faculté des Sciences de la Santé, Université de Bangui, Centrafrique.
Auteur Correspondant: Dr KOUANDONGUI BANGUE SONGROU Francky.
Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale du Centre Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth
DOMITIEN, Centrafrique.
Tél. +236 75 72 75 62 / + 236 72 38 44 00. Email: fkouando@gmail.com
Reçu le 07/12/2017 ; Accepté le 14/03/2018
RESUME
Objectif: Contribuer à l’amélioration de la prise en
charge de l’infertilité masculine au Centre
Hospitalier et Universitaire Maman Elisabeth
DOMITIEN.
Patients et méthodes: Il s’agissait d’une étude
rétrospective concernant des patients ayant réalisé
l’échographie scrotale pour un bilan d’infertilité
entre le 09 janvier 2016 et le 22 mai 2018. Elle a été
réalisée au Centre Hospitalier et Universitaire
Maman Elisabeth DOMITIEN.
Résultats: Soixante-huit patients ont été retenus
pour cette étude. L’âge moyen des patients était de
39 ans 10 ans). La tranche d’âge la plus
représentée était celle entre 30-39 ans. Soixante
patients (88,2%) avaient des pathologies
testiculaires; à type de varicocèles (45,6%),
d’hypotrophie testiculaire (41,2%), d’hydrocèle
(30,9%) et de micro lithiases (11,8%). L’épididyme
était de taille augmentée dans 26,5%; dans 7,4%
des cas, des kystes épididymaires ont été visualisés
et 4,4% des cas des calcifications épididymaires ont
été retrouvés.
Conclusion: L’échographie scrotale a permis
d’identifier la plupart des pathologies scrotales
pouvant être à l’origine de l’infertilité masculine.
Mots Clés: Echographie scrotale, infertilité
masculine, Centrafrique.
ABSTRACT
Objective: The aim of this study is to contribute to
the improvement of management of masculine
infertility in Centre Hospitalier Universitaire
Maman Elisabeth DOMITIEN.
Patients and method: A cross-sectional study was
conducted in Centre Hospitalier Universitaire
Maman Elisabeth DOMITIEN from January 9
th
2016 to May 22
Th
2018. This study included all
patients with abnormality testicular on ultrasound
during exploration of masculine infertility.
Results: Sixty eight (86) patients was included in
this study. The average age was 39 (±10) years.
Most of patients was aged from 30 to 39 years
(33,9%). Sixty (60) patients presented ultrasound
abnormality (88,2%): varicocele (45,6%),testicular
hypotrophy (41,2%), hydrocele (30,9%) and
testicular micro lithiasis (11,8%). Hypertrophy of
epididymis was observed in 26,5% of case and
cystic epididymis in 7,4%.
Conclusion: Scrotal ultrasound makes a
considerable contribution to more appropriate
management of infertile men. Most of testicular
abnormality was observed.
Key words: Scrotal ultrasound, male infertility,
Central African Republic
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Série D, VOL. 4, N°001/ Juin 2018 -
INTRODUCTION
L’infertilité est définie comme l'impossibilité
d'obtenir une grossesse au bout de 12 mois de
rapports sexuels réguliers, non protégés, sans
contraception par un couple en âge de procréer [1].
Dans le monde, l’infertilité est un problème de
santé publique de par sa fréquence et son ampleur
particulièrement en Afrique Sub Saharienne l’un
des buts principaux du mariage est la procréation
[2]. Le nombre de couples infertiles est estimé entre
60 à 80 millions, soit environ 15% des couples
infertiles [3]. Contrairement aux anciennes
considérations seule la femme était responsable
de l'infertilité au sein du couple, la part de l'homme
est également prouvée. En France, la responsabilité
de l’homme est estimée à 20% [4], elle est de 4,5 à
6% aux États Unis [5] et entre 20-30% au
Cameroun [6]. Les moyens diagnostics de
l’infertilité masculine sont nombreux et parmi ces
techniques, l’imagerie trouve sa place.
L’échographie scrotale est l’examen morphologique
de première intention [7]. En Centrafrique, aucune
étude n’a éréalisée sur la stérilité chez l’homme,
ce qui justifie cette étude dont l’objectif général
était de contribuer à l’amélioration de la prise en
charge de l’infertilité chez l’homme.
PATIENTS ET METHODES
Il s’agissait d’une étude descriptive réalisée au
Centre Hospitalier Universitaire Maman Elizabeth
DOMITIEN (CHUMED) durant le mois de juin
2018. La population d’étude était constituée de
l’ensemble de dossiers des patients ayant réalisé
l’échographie scrotale dans le service d’imagerie
médicale entre le 9 Janvier et le 22 Mai 2018 soit
une période de deux ans et quatre mois. Étaient
inclus dans cette étude tous les patients ayant
réalisé une échographie scrotale pour bilan
d’infertilité avec des dossiers complets comportant:
l’âge, les indications de l’examen et les résultats de
l’examen. Cette étude a été réalisée à partir des
comptes rendus d’examens échographiques ; par
conséquent, le consentement éclairé des patients n’a
pas été obtenu. Cependant l’autorisation du
Directeur de l’établissement a été obtenue et les
dossiers ont été analysés dans le respect de la
confidentialité des informations. La saisie et
l’analyse des données ont éeffectuées à base du
logiciel Epi Info7. Le test de chi carré a été utilisé
pour comparer les différentes proportions au seuil
de significativité de 5%. L’échantillon était
constitué de tous les dossiers des patients répondant
aux critères d’inclusion et vus pendant la période de
l’étude.
RESULTATS
Durant la période d’étude, 176 examens
d’échographie testiculaire ont été réalisés, parmi
lesquels, 68 examens réalisés pour bilan
d’infertilité, soit une fréquence de 38,6%. Sur les
68 examens échographiques réalisés pour des
troubles de la fertilité, 60 examens (88,2%) avaient
montré des anomalies testiculaires. L’âge moyen
des patients était de 39± 10 ans, avec les extrêmes
de 20 à 68 ans. La tranche d’âge de 30 à 39 ans était
la plus représentée (Tableau I).
Tableau I : Répartition des patients par tranches
d’âge (ans)
Tranches d’âge
Effectif
Pourcentage
30-39
23
33,9
40-49
18
26,2
50-59
12
17,7
60 et plus
3
4,5
Total
68
100
Les indications de l’échographie testiculaires
étaient dominées par le bilan d’infertilité (54%)
suivi du bilan d’azoospermie (38%) et
d’oligospermie (8%).
Les anomalies testiculaires décrites à l’échographie
sont présentées dans la figure 1.
Figure 1: Les pathologies testiculaires observées à l’échographie (N= 68).
2,9%
41,2%
11,8%
1,5%
2,9% 2,9%
11,8%
2,9%
30,9%
45,6%
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Les anomalies testiculaires observées au cours de l’infertilité sont dominées par les varicocèles (figure 2) et les
hypotrophies testiculaires (figure 3).
Figure 2 : image d’atrophie testiculaire associée à
une plage hypo échogène (tête de flèche)
Source: Service d’imagerie médicale du CHUMED
Fgure 3: image échographique de varicocèles avec
une dilatation des veines du plexus pampiniforme
(tête de flèche).
Source : service d’imagerie médicale du CHUMED
Aucune relation statistiquement significative n’a été
observée entre les varicocèles et les hypotrophies
testiculaires (p=0,1). L’épididyme était de taille
normale dans 50 cas (73,5%) et de taille augmentée
dans 18 cas (26,5%). Dans 60 cas (88,2%) les
épididymes étaient de structure normale contre 5
cas de kyste épididymaire (7,4%) et 3 cas de
calcification (4,3%).
DISCUSSION
Sur une période de 28 mois, 68 cas d’échographie
testiculaire pour bilan d’infertilité ont été colligés.
L’échographie testiculaire est un examen spécial au
Centre Hospitalier Universitaire Maman Elisabeth
DOMITIEN, elle a coûté deux fois plus chère que
les autres examens d’échographie, ce qui a peut-être
limité son accessibilité à certains patients. L’âge
moyen des patients était de 39 +/-10 ans avec les
extrêmes de 20 à 68 ans. Ce résultat est proche de
celui d’Ayekoue en Côte d’Ivoire [8] qui a rapporté
un âge moyen de 39,9 ans. La tranche d’âge la plus
représentée dans cette série est celle comprise entre
30 et 39 ans. Elle est identique à celle de Niang en
2009 [9]. Selon Niang [9] et Hajjami Houssein [10],
cette tranche d’âge correspond à la tranche d’âge où
le désir de paternité est intense, poussant les jeunes
mariés avec des problèmes de fertilité à se confier à
des médecins. Cet âge moyen de 39,9 ans pourrait
aussi s’expliquer par le retard à la consultation des
patients du fait du mythe de la seule responsabilité
féminine dans l’infertilité du couple. C’est la
femme qui subit en premier lieu les investigations
lorsqu’un couple n’arrive pas à procréer. Selon les
motifs figurant sur les bons d’examen, l’indication
« bilan d’infertilité » a dominé les motifs d’examen
échographique (54,4%). Azoospermie et
oligospermie bien que faisant partie de ce bilan
d’infertilité était mentionnées respectivement dans
38% et 8%. Le terme de bilan d’infertilité est une
indication vague, qui n’est pas retrouvée dans les
autres études portant sur l’exploration de
l’infertilité masculine à l’échographie [4,11]. Les
prescripteurs au cours de cette étude ont
certainement voulu protéger leurs patients de toute
stigmatisation, raison pour laquelle ce terme a été
utilisé. Il pourrait s’agir en réalité des autres
indications telles que la tératospermie, l’oligo
asthénozoospermie, l’asthénospermie, la recherche
de varicocèle, etc... Il est aussi possible que
l’échographie testiculaire a été réalisée en dehors du
spermogramme comme premier bilan d’exploration.
Il serait souhaitable que les prescripteurs utilisent
les termes appropriés pour les renseignements
cliniques devant motiver la réalisation des
échographies testiculaires. Plusieurs pathologies
testiculaires ont été observées au cours de cette
étude. Elles sont dominées par les varicocèles et les
hypotrophies testiculaires, ce qui est conforme aux
travaux de Diao [12]. La relation entre varicocèle et
infertilité a été longtemps discutée; elle fut illustrée
pour la première fois par Tulloc en 1952 qui avait
montré une amélioration de la spermatogenèse
après un traitement chirurgical d’une varicocèle
bilatérale [13]. Les données épidémiologiques sont
en faveur d'une association entre la varicocèle et
l'hypofertilité masculine, mais cette association ne
parait pas obligatoire. La varicocèle testiculaire a
une incidence plus élevée chez les hommes
présentant une anomalie du spermogramme (40%).
Elle est à l’origine d’une stase veineuse
spermatique, d’une accumulation de métabolites et
d’une augmentation de la température scrotale à
l’origine de perturbations inconstantes du
spermogramme [14]. Pour être acceptée comme une
cause d’infécondité, la varicocèle doit être associée
à des anomalies spermatiques [15]. Outre son effet
sur la fertilité, la varicocèle a aussi des
répercussions sur le volume testiculaire.
L’hypotrophie testiculaire est une des conséquences
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reconnues de la varicocèle [16]. Au cours de ses
travaux, Benazzouz en 2014 [17] avaient constaté
une hypotrophie du testicule homolatéral à la
varicocèle dans 7% des cas, alors qu’aucune
hypotrophie controlatérale n’a été notée. En effet la
varicocèle perturbe la spermatogenèse (congestion
et élévation de la température) et aboutit à
l’atrophie testiculaire, l’atrophie est proportionnelle
au grade (degré) de varicocèle [18]. Cependant, il
est difficile d’établir la seule responsabilité des
varicocèles dans l’hypotrophie, puisque des cas
d’hypotrophie sans varicocèle ont été aussi
observés. Les micros lithiases ont été aussi
observées au cours de cette étude. Elles sont
souvent associées à plusieurs pathologies dont
l’hypofertilité. La prévalence des micro lithiases
testiculaires chez les hommes infertiles est
généralement plus élevée, par rapport aux hommes
fertiles [19,20]. L’obstruction des tubes minifères
par les concrétions calciques est le mécanisme par
lequel les micro lithiases testiculaires entrainent
l’infertilité [21]. De toutes les pathologies associées
aux micro calcifications, la pathologie la plus
redoutée est le cancer du testicule. Selon Leblanc en
2018 [22], il existerait une corrélation entre stérilité
associée avec micro lithiases testiculaires et un plus
haut risque de cancer. Déjà en 2001, Bach [23]
menait une étude incluant 528 patients ayant tous
bénéficié d’une échographie scrotale; 48 patients
(9%) présentaient des micro lithiases testiculaires,
et parmi ces 48 patients, 13 (27%) avaient des
tumeurs testiculaires. C’est pourquoi il serait
important de suivre les patients atteints de micro
lithiases testiculaires. Quant aux nodules et aux
plages hypo échogènes, ils ont été observés à
hauteur de 2,9% chacune. La fréquence des tumeurs
testiculaires est plus élevée chez les patients
infertiles (1/200), considérés « à risque », que dans
la population générale (1/20 000) [24]. En raison du
caractère le plus souvent bénin, le recours
systématique à un abord chirurgical ou à une
biopsie écho guidée est discutable. Si le nodule
n’est pas palpable, une surveillance ou une
chirurgie partielle conservatrice après examen
histologique extemporané est possible [25].
Conclusion:
L’échographique testiculaire représente une aide au
diagnostic des anomalies morphologiques
testiculaires au cours de l’infertilité masculine.
C'est une méthode diagnostique fiable, non
invasive, reproductible, sans morbidité et peu
coûteuse doit cependant être précédée par un
spermogramme. La varicocèle, l’hypotrophie
testiculaire, les micro-calcifications et l’hydrocèle
représentent l’essentiel des anomalies testiculaires
retrouvées à l’échographie.
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