ANNALES DE L’UNIVERSITÉ DE BANGUI
Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
ARTICLE ORIGINAL
Problématique du diagnostic de la spondylodiscite tuberculeuse à Bangui, Centrafrique
Problematic diagnosis of spinal tuberculosis in Bangui, Central African Republic
Timothée Mobima
1
, Francky Kouandongui Bangué Songrou
2
, Moïse Ouaimon
1,
Marcel Gbandi
3
1
Service de radiologie Hôpital de l’Amitié de Bangui
2
Service de radiologie Hôpital Communautaire de Bangui
3
Faculté des Sciences et de la Santé
Auteur correspondant : Timothée Mobima, hôpital de l’amitié de Bangui,
E-mail : tmobima5@yahoo.fr Tél : 00 236 75 05 41 79
Reçu le 20/01/2017, Accepté le 12/04/2017
Résumé
Objectif : Contribuer à la connaissance de la
spondylodiscite tuberculeuse à Bangui en
soulignant le problème de diagnostic.
Patients et méthode : Il s’agissait d’une étude
trospective d’une durée de 05 ans réalisée aux
services de pneumophtisiologie et des maladies
infectieuses puis orientés au service de radiologie et
imagerie médicale. Etaient incluses, les patients de
deux sexes ayant un dossier complet sur la forte
présomption d’une spondylodiscite tuberculeuse
diagnostiquée sur les arguments anamnestique,
clinique, radiographique et évolutif sur traitement
anti tuberculeux.
Résultats : Sur un total de 7.622 radiographies
standard du rachis réalisées durant la période de
l’étude, 53 (0,7%) avaient une spondylodiscite
tuberculeuse selon nos critères d’inclusion. L’Age
moyen des patients était de 47,24 +/- 5,14 ans avec
des extrêmes de 12 à 80 ans et le sex ratio était de
2,11. L’incidence annuelle de l’infection était de
10,6 cas. La rachialgie focalisée et l’altération de
l’état général étaient les signes cliniques les plus
fréquentes avec respectivement 100% et 34% des
cas. Le pincement des disques intervertébraux
(81%) des cas, l’ostéolyse en miroir des plateaux
vertébraux (43%) des cas et l’image en fuseau para
vertébral (26%) des cas, étaient les principaux
signes radiographiques. 60,37% des patients avaient
consulté tardivement au moins 3 mois après le
début des symptômes. Il existait une association
statistiquement significative entre le délai du
diagnostic et l’évolution de la maladie p<0,02
(tableau II).
Conclusion : La spondylodiscite tuberculeuse ou
mal de Pott pose un problème de diagnostic à
Bangui. L’insuffisance du plateau technique
notamment du scanner constitue un handicap à la
prise en charge précoce des cas.
Mots clés : Spondylodiscite tuberculeuse- problème
diagnostique- Bangui
Abstract
Objective: To contribute to the knowledge of
tuberculous spondylodiscitis in Bangui by
highlighting the problem of diagnosis.
Patients and methods: This was a retrospective
study from 05 years to realized Pneumophtisiology
services and infectious diseases and oriented in
radiology and medical imaging. Were included,
both sexes of patients with a complete record of the
strong presumption of spinal tuberculosis diagnosed
on anamnestic arguments clinical, radiographic and
scalable on anti TB treatment.
Results: Of a total of 7622 standard spine
radiographs obtained during the study period, 53
(0.7%) had spinal tuberculosis by our inclusion
criteria. The mean age of patients was 47,24 +/-
5.14 years, ranging from 12 to 80 years and the sex
ratio was 2.11. The annual incidence of infection
was 10.6 cases. Focused back pain and impaired
general condition were the most common clinical
signs with respectively 100% and 34% of cases.
Pinching of the intervertebral discs (81%) cases,
osteolysis mirroring endplates (43%) of cases and
the image in time para vertebral (26%) cases were
the main radiographic signs. 60.37% of patients had
consulted late at least 3 months after the onset of
symptoms. There was a significant association
between statistiquement the time of diagnosis and
the progression of the disease p <0.02.
Conclusion: The spinal tuberculosis or Pott's
disease poses a diagnostic problem in Bangui.
Insufficient technical equipment including scanner
is a handicap in the early management of cases.
Keywords: Spondylodiscitis tuberculosis-
diagnostic problem- Bangui.
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Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
Introduction
La spondylodiscite tuberculeuse ou mal de Pott est
l’infection du disque intervertébral et des vertèbres
adjacentes par le mycobactérium tuberculosis [1].
C’est la localisation la plus fréquente et grave de la
tuberculose ostéo articulaire. Le retard de
diagnostic fréquemment observé peut être
responsable des complications neurologiques et des
déformations rachidiennes [2,3]. La mortalité liée à
la tuberculose est estimée à 2,7 millions de
personnes par an dont plus de la moitié se trouve
dans les pays en voie de développement [4]. En
République Centrafricaine, la tuberculose est en
nette augmentation passant de 6.935 nouveaux cas
par an en 2007 à 9.296 nouveaux cas en 2011,
probablement en rapport avec la prévalence
croissante de l’infection à VIH, mais aussi par la
dégradation des conditions socio-sanitaires [5]. La
spondylodiscite tuberculeuse occupe le 4
ème
rang
après la tuberculose pulmonaire, ganglionnaire et
pleurale [2,3]. Elle pose un problème de diagnostic
dans les pays en voie de développement comme
l’ont souligné Loembe et al. à cause de
l’insuffisance du plateau technique [6]. Ce
problème de diagnostic se pose avec acuité dans le
contexte centrafricain les structures ne disposent
pas des moyens d’imagerie moderne tel que le
scanner. Ce travail a pour but de souligner les
problèmes de diagnostic de la spondylodiscite
tuberculeuse en Centrafrique.
Patients et méthodes
Il s’agissait d’une étude rétrospective allant du 1
er
juillet 2007 au 30 juin 2011 concernant, soit une
période de 5 ans.
La population d’étude était composée des patients
des deux sexes, présentant quelque soit l’âge, des
signes en faveur d’une spondylodiscite
tuberculeuse. Ces patients reçus dans les services de
Pneumo-phtisiologie ou des Maladies Infectieuses
étaient orientés au service de Radiologie et
d’Imagerie Médicale pour complément
d’informations.
Etaient retenus pour l’étude, les dossiers complets
des patients des deux sexes, chez qui le diagnostic
de spondylodiscite tuberculeuse, a été posé à partir
des arguments anamnestique, clinique, biologique
et radiologique. Ces informations étaient collectées
à partir des dossiers des malades et registres de
consultation des services ci-dessus cités. Les
critères de diagnostic présomptif étaient retenus sur
la plupart des arguments suivants : 1) Sur le plan
plan anamnestique : l’existence de notion de
contage tuberculeux, les signes d’imprégnation
tuberculeuse, un passé vaccinal de BCG incertain ;
2) Sur le plan clinique : on note une rachialgie de
type inflammatoire, localisée sur une ou plusieurs
vertèbres, d’évolution lente, sans rémission ;
l’existence d’un syndrome lésionnel avec
déformation rachidienne reconnue par une
gibbosité ; une rigidité rachidienne ; 3) Sur le plan
radiologique on objective un pincement des disques
intervertébraux ou des images de géode ou des
images en fuseau paravertébral ; 4) Sur le plan
évolutif : régression des lésions sous traitement
anti-tuberculeux ; 5) Dans les cas d’image en
fuseau, évocatrice d’un abcès froid, un prélèvement
était fait pour la recherche de Bacilles acido-
alcoolo-résistant (BAAR).
Les données collectées à partir des dossiers des
patients, ont été recueillies sur une fiche d’enquête
établie à cet effet. Il s’agissait des informations
concernant les données sociodémographiques,
cliniques, radiographiques, et évolutives sous
traitement anti bacillaires.
L’analyse des données a été faite à l’aide du
logiciel Epi Info 7. Le test de chi
2
a servi pour
comparer les fréquences entre les différentes
variables. Pour une valeur de p<0,05, le test était
considéré comme statistiquement significatif.
Résultats
Sur un total de 7.622 radiographies standard du
rachis réalisées durant la période de l’étude, 53
(0,7%) avaient une spondylodiscite tuberculeuse
selon nos critères d’inclusion. L’âge moyen des
patients était de 47,24 ans +/- 5,14, avec des
extrêmes de 12 à 80 ans. Nous avons observé une
surreprésentation des hommes par rapport aux
femmes p= 0.2 (36 versus 17) avec un sex ratio de
2,11. L’incidence annuelle de l’infection pendant la
période de l’étude était en moyenne de 10,6
patients. Elle est présentée dans la figure1.
Figure 1 : Incidence annuelle de l’infection
La rachialgie focalisée et l’altération de l’état
général étaient les signes cliniques les plus
fréquentes avec respectivement 100% et 34% des
cas. Le pincement des disques intervertébraux
(81%) des cas, l’ostéolyse en miroir des plateaux
vertébraux (43%) des cas et l’image en fuseau para
vertébral (26%) des cas, étaient les principaux
signes radiographique (tableau I).
29
10
9
10
13
11
2007 2008 2009 2010 2011
Nombre = 53
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Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
Tableau I : Répartition des patients selon les Signe
cliniques, les segments atteints et les signes
radiographiques
Items
Nombre (n=53)
%
Signes cliniques
Douleurs rachidiennes
53
100
Altération de l’état général
18
34
Abcès froids
11
20,8
Fièvre
6
11,3
Gibbosité
4
7,6
Paraplégie
3
5,7
Segments vertébraux atteints
Cervical
5
9.4
Dorsal
19
35.8
Lombaire
29
54.7
Signes radiologiques
Pincement discal
43
81,1
Géodes avec remaniement en miroir
12
22,6
Images de fuseau para vertébral
14
26,4
Bloc vertébral
24
45,2
Au total, 60,37% des patients (32/53) avaient
consulté tardivement au moins 3 mois après le
début des symptômes. Il existait une association
statistiquement significative entre le délai du
diagnostic et l’évolution de la maladie p<0,02. Il en
est de même pour l’évolution sous traitement anti-
tuberculeux (tableau II) avec p< 0.001.
Tableau II : Relation entre le délai de consultation
après les premiers symptômes, le segment vertébral
atteint et l’évolution sous traitement
Evolution
Défavorable
n
p
Délai de consultation
< à 3mois
04
21
<0,02
> à 3mois
19
32
Segments vertébraux atteints
Cervical
02
05
>0,29
Dorsal
07
19
Lombaire
14
29
Traitement antituberculeux
Précoce < 3mois
01
21
<0,001
Tardif > 3 mois
18
32
La Radiographie du rachis en incidence dorsale de
face : Image de fuseau para vertébral de D8 à D12
avec pincement D9-D10 (Figure 2).
Figure 2 : Radiographie
du rachis en incidence
dorsale de face : Image de
fuseau para vertébral de D8
à D12 avec pincement D9-
D10.
(Service de Radiologie et
d’Imagerie Médicale à
l’Hôpital de l’Amitié)
La radiographie du rachis dorsal en incidence de
profil Image de pincement L1L2 avec géode
somatique en L2 et tassement antérieur de L1
(Figure 3).
Figure 3 : Radiographie du rachis
dorsal en incidence de profil Image
de pincement L1L2 avec géode
somatique en L2 et tassement
antérieur de L1.
(Service de Radiologie et d’Imagerie
Médicale à l’Hôpital de l’Amitié)
Discussion :
Nous rapportons dans notre étude, la marche
diagnostique difficile pour mettre en évidence la
spondylodiscite tuberculeuse à Bangui.
L’insuffisance du plateau technique, notamment
l’absence de scanner, dans le pays constituait l’une
des limites à cette étude. Le diagnostic présomptif
était basé sur un faisceau d’arguments
anamnestiques, cliniques, radiographiques et
évolutif sous traitement anti-tuberculeux. Dans les
cas d’abcès froid, la recherche des BARR a été
effectuée. Au cours de cette étude, l’incidence
annuelle de la spondylodiscite tuberculeuse était de
10,6 patients. Cette faible proportion était observée
dans certains travaux en Afrique [7,8]. Par contre,
Khalid et al. au Maroc en 2011 [9] ont enregistré
une incidence de 20,2 patients par an. Cette
différence s’expliquerait par leur méthodologie de
diagnostique aidée par des moyens d’investigations
modernes. Le profil sociodémographique qui était
dégagé de notre étude était celui d’un adulte jeune
d’une quarantaine d’année, le plus souvent de sexe
masculin. Le signe clinique de la spondylodiscite
tuberculeuse se résume à des douleurs rachidiennes
associées à une fièvre le plus souvent modérée,
avec parfois des signes neurologiques pouvant aller
d’une aréflexie ostéo-tendineuse à des signes de
compression médullaires [10]. Les douleurs
rachidiennes étaient les signes constants, observés
chez tous les patients. Les signes d’imprégnation
tuberculeuse, la gibbosité et la paraplégie
représentaient respectivement 45%, 7,4% et 5,7%
conformes aux données de la littérature [1,9,11].
Maftah et al. dans leur série ont noté plus de cas
d’atteinte neurologique à type de paraplégie et de
tétraplégie [12]. Dans notre contexte le scanner
n’est pas disponible, la radiographie standard du
rachis avait occupé une place de choix dans le
diagnostic de la spondylodiscite tuberculeuse. Elle
avait mis en évidence un pincement des disques
intervertébraux dans 81% des cas, une ostéolyse en
miroir des plateaux vertébraux dans 43,3% des cas
et des images de fuseau para-vertébrale
correspondant à l’abcès froid dans 26,4% des cas.
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Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
L’atteinte vertébrale était le plus souvent mono
étagée avec fusion des deux vertèbres entrainant un
bloc Pottique. Elle concernait dans 54,7% des cas le
rachis lombaire. Cette localisation au rachis
lombaire est retrouvée par d’autres auteurs [13,14]
dans des proportions respectives de 52,1% et 57,9%
des cas. Plusieurs séries de la littérature s’accordent
sur la prédominance de la localisation lombaire
[9,15,16]. Par contre dans la série de Khalil et al.
[17] au Maroc, le rachis dorsal était la localisation
la plus fréquente dans une proportion de 41,1% des
cas. La recherche des bacilles acido-alcoolo-
résistants (BARR) dans les abcès froid para-
vertébraux a été pratiquée sur 11 prélèvements. Elle
ne s’était révélée positive que dans 02
prélèvements, alors que les arguments faisant
évoquer le mal de Pott étaient réunis chez tous les
patients. Dans 96,2% des cas, le diagnostic de mal
de Pott a été retenu sur des arguments de forte
présomption corroborant avec les travaux de
certains auteurs Africains [18,19] qui ont rapporté
les mêmes arguments et ont souligné les difficultés
de diagnostic. Nos résultats avaient montré que
60,3% des patients avaient consulté tardivement
dans un délai d’au moins 03 mois après le début des
symptômes. Il existait une association
statistiquement significative entre le délai de
consultation et l’évolution défavorable de la
maladie (p<0,02). Le retard à la consultation
s’expliquerait soit pour raisons socio culturelles
(consultation au préalable des tradipraticiens) soit
pour des raisons économiques (coût de prise en
charge). Ces raisons rejoignent celles rapportés par
certains auteurs en Afrique au sud du Sahara
[3,10,18,15,19]. Nous avons noté 64,2% de
guérison sous traitement anti-tuberculeux dans un
délai de 12 mois ; 13,2% de complications avec des
signes de compression médullaire et 5,7% de décès.
Conclusion
Nous rapportons la difficulté diagnostique de la
spondylodiscite à Bangui. Le diagnostic a été le
plus souvent retenu sur des arguments de forte
présomption sans preuve biologique.
L’amélioration du plateau technique par la
disponibilité du scanner contribuerait au diagnostic
rapide en vue d’une prise en charge précoce des
patients.
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