ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
ARTICLE ORIGINAL
Aspects épidémiologiques et cliniques des parasitoses intestinales de l’enfant en milieu
rural Centrafricain
Epidemiological and clinical aspects of intestinal parasitosis of children in rural Central
African Republic
Gaspard Tékpa
1,3
,
Marie Christine Awa Sépou Yanza
2,3
, Brice Olivier Bogning Mejiozem
2
, Sonia Sandrine
Vondo
2,3
, Lorna Thelma Nguilelo, Carine Judith Kiteze Nguinzanemo, Boniface Koffi
3,4
.
1. Service des maladies infectieuses, Hôpital de l’Amitié, Bangui
2. Complexe Pédiatrique de Bangui
3. Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Bangui, République Centrafricaine
4. Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique de Bangui
Auteur correspondant : Tékpa Gaspard, Service des maladies infectieuses, Hôpital de l’Amitié, Bangui
Email : tekpagaspard@yahoo.com; Téléphone : +23672613060/+23675541000
Reçu le, 12/01/2017 ; Accepté le 15/03/2017
Résumé
Objectif : Décrire le profil épidémiologique et
clinique des parasitoses intestinales chez les enfants
en milieu rural centrafricain.
Méthodologie: Il s’agissait d’une étude
transversale multicentrique menée du 1
er
décembre
2015 au 28 février 2016 dans trois formations
sanitaires en zones rurales. Les enfants vus en
ambulatoire ont été inclus après consentement
éclairé des parents. Les selles étaient acheminées au
laboratoire dans les deux heures suivant le recueil,
dans un pot en plastique pour un examen
coprologique direct. Les données ont été analysées
avec le logiciel Epi-info 7. Le test de chi-carré a
permis de comparer les proportions au seuil de
significativité de 5%.
Résultats: Sur 200 enfants enquêtés, 102 ont été
inclus ; l'âge médian était de 4 ans [3 mois-15 ans]
dont 53(51,96%) de sexe masculin. Ils avaient un
niveau d’instruction primaire dans 31,37% des cas,
76,47% provenaient de la région sanitaire n°1. Le
forage était la source d’eau de boisson dans 61,76%
des cas, et l’eau de marigot était utilisée pour le
bain par 26,47% des enfants. La douleur
abdominale était observée chez 55 enfants (53,92%)
et les selles moulées chez 50 enfants (49,02%). La
prévalence de la parasitose intestinale était de
88,23%, dont 85,29% d’helminthiases versus
33,33% pour les protozooses. Entamoeba
histolytica a été était le protozoaire le plus retrouvé
(14,70%). L’helminthe le plus fréquent était
l’Ascaris lumbricoïdes (40,19%). La fréquence de
l’infection parasitaire était de 92% chez les enfants
de 5 à 9 ans. La prévalence la plus élevée était
retrouvée à Bangassou (95,83%). Les garçons
étaient aussi parasités (86,7%) que les filles
(85,71%) (p>0,05). Le poly-parasitisme avait été
observé dans 33,33%.
Conclusion : Les parasitoses intestinales
constituent un problème de santé publique en
milieu rural centrafricain. L’amélioration de l’accès
à l’eau potable des populations pourrait réduire
l’ampleur de ces maladies.
Mots clés : Parasitose intestinale, Milieu
hospitalier, Zone rurale, Centrafrique.
Abstract
Objective: To describe the epidemiological and
clinical profile of intestinal parasites in children in
Central Africa Republic rural area.
Methodology: It was a multi-center cross-sectional
study from December 1
st
, 2015 to February 28
th
,
2016 in three health facilities in rural areas
including all the 7 Central African Republic Health
Regions. Children seen as outpatients regardless of
the reason for consultation were included in the
study after parental consent. The stool was
delivered to the laboratory within two hours of
collection in a plastic pot for a direct examination.
The data were collected using an anonymous
questionnaire and then entered and analyzed with
the Epi-info 7 software. The chi-square test made it
possible to compare the proportions to the
significance level of 5%.
Results: Of 200 children surveyed, 102 were
included in the study, the median age was 4 years
[3 months-15 years] of whom 53 (51.96%) are
male. They had a primary level of education in
31.37% of cases, 76.47% came from health region
1. Drilling was the source of drinking water in
61.76% of cases, and the backwater was used by
26.47% of children for bath. Abdominal pain was
observed in 55 children (53.92%) and molded
stools in 50 children (49.02%). The prevalence of
intestinal parasitosis was 88.23%, of which 85.29%
helminthiasis versus 33.33% for protozoan
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infections. Of the three protozoan species isolated,
Entamoeba histolytica was found 15 times
(14.70%). The most common helminthiasis was
Ascaris lumbricoides (40.19%). The frequency of
parasitic infection was 92% in children aged from 5
to 9 years. The highest prevalence was found in
Bangassou (95.83%). The prevalence of intestinal
parasitosis was higher in boys (86.7%) than in girls
(85.71%), with no statistically significant difference
(p > 0.05). Mono-parasitism was observed in
52.94% versus 33.33% for poly-parasitism.
Conclusion: Intestinal parasitosis is a public health
problem in Central African rural areas. Improving
access to drinking water for populations could
reduce the magnitude of these diseases.
Key words: Intestinal parasitosis - Hospital
environment - Rural area - Central African
Republic.
Introduction
Les parasitoses intestinales constituent l’une des
premières causes de morbidité dans le monde [1].
Elles touchent plus de 2 milliards de personnes et
155 000 décès leur sont attribués [2]. L’Organisation
mondiale de Santé les classe comme maladies
tropicales négligées [2]. Les protozoaires et les
helminthes constituent les deux grandes familles
d’agents pathogènes à l’origine des parasitoses
intestinales. Chaque année, plus de 400 millions
d’enfants d’âge scolaire sont affectés par les géo-
helminthiases [1,2]. De ces géo-helminthiases,
l’ascaridiose touche 1,221 milliard de personnes, la
trichocéphalose 795 millions et les ankylostomoses
740 millions [3]. Pour les protozooses, l'amoebose
due à Entamoeba histolytica est la troisième cause
de mortalité par maladies parasitaires dans le monde
après le paludisme et la bilharziose. L’amoebose
affecte approximativement 180 millions de
personnes dont 40000 à 110000 décèdent chaque
année [4]. La giardiose est une cause fréquente de
diarrhée, pouvant avoir un impact négatif sur la
croissance et le développement des enfants. Elle
touche presque 200 millions de personnes dans le
monde [4]. Ces maladies parasitaires prédominent
dans les pays pauvres et touchent plus les enfants
que les adultes [5]. En milieu tropical, les
parasitoses intestinales représentent près de 40% des
maladies tropicales autres que le paludisme [6]. La
persistance des parasitoses intestinales dans les pays
en développement est liée au péril fécal, à l’absence
de mesures générales d’assainissement, à la
mauvaise utilisation d’excrétas humains à des fins
d’engrais et enfin au manque d’hygiène individuelle
[6]. Les parasitoses intestinales constituent un
indicateur du niveau de développement socio-
économique de la population [4]. La République
centrafricaine (RCA) est un pays encla dont
l'économie est basée sur l'agriculture et l'élevage
pratiqués surtout en milieu rural. Son développement
économique passe donc nécessairement par une
bonne couverture sanitaire de la population rurale
[7]. L’objectif de ce travail était de décrire les
aspects épidémiologiques et cliniques des
parasitoses intestinales en milieu rural centrafricain.
Patients et méthodes
Notre étude s’était déroulée dans les services de
pédiatrie de trois formations sanitaires
(FOSA) situées dans deux régions sanitaires de la
RCA. Il s’agissait du centre de santé de Boali et de
l’hôpital de district de Mbaïki dans la région
sanitaire 1 (RS1) et du centre de santé de Bangondé
à Bangassou dans la région sanitaire 6 (RS6).
Il s’agissait d’une étude transversale multicentrique
réalisée entre le 1
er
décembre 2015 et le 28 février
2016, soit 3 mois. La population de l’étude était
constituée des enfants vus en consultations
médicales dans les dites formations sanitaires durant
la période de l’étude. Nous avons inclus dans
l’étude, après consentement éclairé des parents ou
tuteurs, les enfants qui consultaient en ambulatoire
quel que soit le motif. A chaque enfant inclus, un
examen parasitologique des selles a été prescrit. En
cas de résultat négatif, un deuxième échantillon de
selles était examiné à intervalle de deux ou trois
jours avant de conclure à l’absence d’une parasitose
intestinale. Nous n’avons pas inclus dans l’étude, les
enfants dont le premier résultat des selles était
négatif et qui n’avaient pas produit un deuxième
prélèvement de selles. Pour chaque malade inclus,
nous avons recueilli les données en rapport avec les
caractéristiques épidémiologiques (l’âge, le sexe, le
niveau d’instruction, la FOSA, la source d’eau de
boisson et de bain), cliniques et paracliniques. Les
données ont été collectées à l’aide d’un
questionnaire administré par des enquêteurs formés.
À l’issue de l’interrogatoire, un pot pour le recueil
des selles était remis à chaque malade. Chez les
malades qui avaient le prurit anal nous n’avons pas
pu faire le scotch test. Ces examens ont été faits au
plus tard dans les deux heures qui suivent les
prélèvements.
Une fois au laboratoire, chaque échantillon de selles
était soumis à un double examen :
Un macroscopique pour apprécier l’aspect (présence
de sang, de glaire ou de mucus) la consistance des
selles (dure, pâteuse, molle, ferme, liquide ou
moulée) et rechercher la présence d’adultes
d’helminthes. Un examen microscopique à l’état
frais en eau physiologique a permis l’identification
des œufs, des kystes et des larves. La saisie et
l’analyse des données avaient été réalisées à l’aide
du logiciel Epi-Info 7. Pour la comparaison des
proportions, nous avons utilisé le test statistique de
chi-carré avec un seuil de significativité de 5%.
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Résultats
L’enquête a été menée sur 200 enfants dont 102 ont
été inclus dans l’étude. Les 98 autres enfants non
inclus dans l’étude, étaient ceux qui n’avait pas
produit d’échantillon de selles ou qui n’avaient pas
ramené un deuxième prélèvement de selles en cas
d’un premier résultat négatif. Les caractéristiques
sociodémographiques des 102 enfants ayant
participé à l’étude sont décrites dans le tableau I.
Le sex-ratio était de 1,08. L’âge médian était de 4
ans avec des extrêmes de 3 mois et 15 ans.
L’eau de forage et l’eau courante (robinet) ont été
citées comme eau de boisson respectivement dans
61,76% et 0,98%. L’usage d’eau de source, de puits,
de marigot et de lac pour la boisson était rapporté
respectivement dans 20,58%, 19,60%, 10,78% et
1,96 %.
Les parents avaient déclaré utiliser l’eau de forage
pour le bain des enfants, dans 41,18%, le puits dans
27,45%, le marigot dans 26,47%, la source dans
21,57%, le lac dans 1,96% et l’eau courante 0,98%
des cas.
Sur les 102 échantillons de selles respectant les
critères de prélèvement, 90 contenaient au moins un
parasite (88,23%). Les helminthiases avaient un taux
de prévalence de 85,29% versus 33,33% pour les
protozooses. La prévalence des parasitoses
intestinales dans le sexe masculin était de 86,7%
versus 85,71% pour le sexe féminin (p ˃ 0,05). Elle
était de 95,83%, 86,66% et de 84,84%
respectivement à Bangassou, à Boali et à Mbaïki,
sans différence statiquement significative (p>0,05).
La prévalence des parasitoses intestinales était de
75,00%, pour les enfants de niveau d’instruction
secondaire, 87,50% pour le niveau primaire,
88,46% pour les enfants avant l’âge scolaire et
92,85% pour les non scolarisés, sans différence
statiquement significative (p>0,05). Le mono-
parasitisme représentait 52,94% de cas, le bi-
parasitisme 31,37% de cas et le tri-parasitisme
1,96%.
Tableau I : Répartition des malades en fonction des
caractéristiques sociodémographiques.
Sur le plan clinique, 55 enfants (53,92%) ont
présenté des douleurs abdominales. Les signes
fonctionnels et les signes physiques au cours des
parasitoses intestinales sont décrits dans la figure 1.
Caractères
Effectif
(N=102)
%
Sexe
Masculin
53
51,96
Féminin
49
48,04
Tranche d’âge
< 1 an
14
13,73
1 à 4 ans
43
42,16
5 à 9 ans
25
24,51
10 à 15 ans
20
19,60
Activités
Non applicable
70
68,62
Elève
28
27,45
Eleveur
2
1,96
Ménagère
1
0,98
Cultivateur
1
0,98
Niveau d’instruction
Non applicable
52
50,98
Non scolarisé
14
13,73
Primaire
32
31,37
Secondaire
4
3,92
Région sanitaire
Région sanitaire n°1 (RS1)
78
76,47
Région sanitaire n°6 (RS6)
24
23,53
Formation sanitaire
Centre de santé de Boali (RS1)
45
42,16
Hôpital Préfectoral de Mbaïki (RS1)
33
32,35
Hôpital de Bangondé (RS6)
24
23,53
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Figure 1: Répartition des enfants en fonction des
signes cliniques n=102).
Les données de l’examen macroscopique des selles
sont représentées dans le tableau II.
Tableau II: Répartition des malades en fonction de
l’aspect et de la consistance des selles (N=102).
Examen macroscopique des selles
Nombre
%
Moulée
53
51,96
Pâteuse
24
23,53
Dure
13
12,75
Liquide
12
11,76
Glaireux
4
3,92
Sanguinolent
1
0,98
Muqueux
1
0,98
Verdâtre
96
94,12
La fréquence des différentes espèces de parasites
intestinaux et leur répartition par sexe et par tranche
d’âge sont représentées dans les tableaux III, IV et
V.
Tableau III: Répartition des parasites par espèces et par classe
53,92
28,43
24,51
18,63
17,65
16,67
14,71
14,71
13,73
10,78
8,82
7,84
6,86
6,86
6,86
2,94
1,96
1,96
1,96
0 50 100
Douleur abdominale
Céphalée
Fièvre
Epigastralgie
Anorexie
Asthénie physique
Vomissement
Diarrhée
Toux
Nausée
Palpitation
Prurit généralisé
Prurit vulvaire
Vertige
Amaigrissement
Prurit anal
Ballonnement…
Paleur des…
Algie thoracique
Pourcentage
Signes cliniques
Classe des parasites
Espèces
Nombre
%
Helmintes
Ascaris lumbricoïdes
41
40,19
Necator americanus
19
18,62
Enterobius vermicularis
12
11,76
Strongyloïdes stercoralis
9
8,82
Trichuris trichiura
8
7,84
Tænia saginata
3
2,94
Taenia solium
2
1,96
Schistosoma mansoni
1
0,98
Schistosoma intercalatum
1
0,98
Protozoaires
Entamœba histolytica.
15
14,70
Giardia intestinalis
10
9,80
Trichomonas intestinalis
1
0,98
20
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Tableau IV: Répartition des helminthes selon le sexe
Espèces parasitaires
Sexe
Féminin (n=49)
Masculin (n=53)
Nombre
%
Nombre
%
Ascaris lumbricoïdes
20
40,81
21
39,62
Necator americanus
10
20,40
9
16,98
Entamœba histolytica.
7
14,28
8
15,09
Enterobius vermicularis
7
14,28
5
9,43
Giardia intestinalis
6
12,24
4
7,54
Strongyloïdes stercoralis
4
8,16
5
9,43
Trichuris trichiura
4
8,16
4
7,54
Tænia saginata
1
2,04
2
3,77
Schistosoma intercalatum
1
2,04
0
0,00
Schistosoma mansoni
1
2,04
0
0,00
Trichomonas intestinalis
1
2,04
0
0,00
Taenia solium
0
0,00
2
3,77
Tableau V : Répartition des malades par espèce et par tranche d’âge
Espèce parasitaire
Tranches d’âge (années)
< 1 (n=24)
1 4 (n=43)
5 9 (n=25)
10 15 (n=20)
Nb
%
Nb
%
Nb
%
Nb
%
Ascaris lumbricoïdes
5
20,83
21
48,83
8
32,00
7
35,00
Giardia intestinalis
1
4,16
5
11,63
2
8,00
2
10,00
Enterobius vermicularis
1
4,16
5
11,63
5
20,00
1
5,00
Necator americanus
2
1,66
4
9,30
7
28,00
6
25,00
Entamœba histolytica.
0
0,00
4
9,30
3
12,00
10
50,00
Trichuris trichiura
2
16,66
4
9,30
1
4,00
2
10,00
Tænia saginata
0
0,00
3
6,97
0
0,00
0
0,00
Strongyloïdes stercoralis
1
4,16
3
6,97
3
12,00
1
5,00
Taenia solium
0
0,00
1
2,32
1
4,00
0
0,00
Trichomonas intestinalis
0
0,00
0
0,00
1
4,00
0
0,00
Schistosoma intercalatum
0
0,00
0
0,00
1
4,00
0
0,00
Schistosoma mansoni
0
0,00
0
0,00
0
0,00
1
5,00
Discussion
En dépit de la non-réalisation du scotch test anal qui
devrait nous permettre d’optimiser le diagnostic
d’oxyurose, l’objectif de notre étude avait été atteint.
La mise en œuvre de l’enquête nous a permis de
disposer de données qui décrivent les caractéristiques
épidémiologiques et cliniques des principales
parasitoses intestinales en milieu rural. La répartition
des malades selon le sexe avait montré une légère
prédominance du sexe masculin. Benouis et al. en
2013 en Algérie rapportaient plutôt une prédominance
du sexe féminin 51,20% [8]. Nos résultats sont plus
proches de ceux de Faye et al. au Sénégal qui étaient
parvenus à la conclusion selon laquelle le parasitisme
se produit dès le jeune âge (de 0 à 4 ans) avec une
prévalence de 24,8 % [9]. Cette situation
s’expliquerait par le comportement des différentes
tranches d’âge face aux conditions d’hygiène
(alimentaire notamment).
21
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Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
Le taux d’accès à l’eau potable reste faible dans notre
étude même si plus de la moitié des malades y avaient
accès. La source d’eau potable était essentiellement le
forage (61,76%). Ce taux est inférieur à celui rapporté
par Zida et al. à Ouagadougou (Burkina Faso), qui
était de 100%. Dans leur étude, les patients buvaient
l’eau de forage en cas de coupure
d’approvisionnement en eau du robinet [10].
Les signes cliniques étaient surtout digestifs avec une
prédominance des douleurs abdominales et des
vomissements déjà rapportées dans une étude
ancienne en 1988 en Centrafrique [11] et dans une
étude en Côte d’Ivoire [12]. Les signes pulmonaires
sont dominés par la toux (13,73%) serait en rapport
avec le syndrome de Loeffler, manifestation immuno-
allergique due au passage des larves de certains
helminthes dans les voies aéro-digestives. Notre étude
avait montré que les selles de toute consistance
pouvaient contenir des parasites intestinaux. Des
résultats obtenus, il ressort que 88,23% d’enfants,
hébergeaient au moins un parasite intestinal. Ce taux
est plus élevé que ceux rapportés par plusieurs auteurs
africains [8,9,14-16]. Cette variabilité du taux de
prévalence des parasitoses intestinales a été rapportée
entre 1998 et 2013 dans cinq pays africains
[8,9,14,15,17]. Notre taux de prévalence global est
comparable à celui de 92,00% trouvé par Bourrée et
al. [16], en Amazonie Péruvienne. Ce taux très élevé
s'explique par les conditions géo-climatiques
favorables dans nos zones d’étude et surtout par une
mauvaise hygiène fécale. Notre taux est inférieur au
100% trouvé par Scaglia et al. [19], au Rwanda dans
les ethnies pygmoïdes Batwa et Hutus.
Le parasitisme intestinal était dominé par les
helminthiases avec un taux de prévalence de 85,29%
versus 33,33% pour les protozooses. Nos résultats pas
semblent pas concordés à ceux d’autres
auteurs africains qui rapportent une prédominance des
protozoses [8,15,17,19]. Par contre, ils concordent
avec ceux de Nicols M et al. en Guadeloupe qui
rapportent 72,3% d’helminthiases et 27,7% de
protozooses [20]. Ces variations seraient liées aux
conditions climatiques et au niveau d’hygiène qui
diffèrent selon les régions d’étude. Des sept
helminthes que nous avons retrouvés, Ascaris
lumbricoïdes était plus fréquemment rencontré
(40,19%). Cette fréquence se rapproche de 34,2%
retrouvés par Haumont et al. dans la vallée de la Kadei
au Cameroun [21]. Des fréquences plus élevées [14,
22] ou moins élevées [17, 23] que la nôtre ont été
décrites en Afrique. Maladie liée au péril fécal par
excellence, ce taux très élevé d’ascaridiose dans nos
différentes gions d’étude serait le reflet d’un niveau
d’hygiène défectueux. La fréquence de protozooses
que nous avons retrouvée (33,33%) semble faible
comparés à celles rapportées par Cheikhrouhou et al.
[19] et par Benouis et al. [8] qui sont respectivement
de 96,5% et 95,7%. Des taux plus faibles que le nôtre
ont été observés par plusieurs auteurs [9,10, 14-16].
Entamoeba histolytica était le protozoaire le plus
fréquent (14,70%) comme rapporté en plusieurs
endroits en Afrique [10, 15, 17, 24]. Ce taux élevé de
l’amoebose intestinale indiquerait une insuffisance des
mesures d’hygiène et d’assainissement dans nos
régions qui se caractérise par un niveau élevé de
contamination de l’eau et des aliments par les matières
fécales. Notre étude avait révélé que, le parasitisme se
produisait dès le jeune âge (moins d’un an) pour
atteindre son pic de prévalence entre 5 et 9 ans (92%).
La décroissance constatée entre 10 et 15 ans pourrait
s’expliquer par l’acquisition par l’enfant des bases de
mesures d’hygiène. La même constatation est
rapportée dans la littérature [9,14]. La faible fréquence
observée chez les enfants de moins de 5 ans dans notre
contexte s'expliquerait par le déparasitage
systématique au cours des journées nationales de
vaccination, au cours desquelles, l’albendazole est
administré chez les enfants de 6 mois à 5 ans.
Conclusion
Les parasitoses intestinales constituent un problème de
santé publique chez les enfants en République
centrafricaine du fait de leur forte prévalence. L’accès
à l’eau potable est limité. Les espèces les plus
fréquentes sont Ascaris lumbricoïdes pour les
helminthiases et Entamoeba histolytica pour les
protozooses. Le renforcement de l’approvisionnement
en eau potable, l’éducation sanitaire des populations et
le déparasitage de masse des enfants permettront de
réduire l’ampleur de ces maladies.
Références
1. Organisation Mondiale de la Santé. Lutte contre
les parasitoses intestinales : rapport d’un comité OMS
d’expert. Genève, série de rapports techniques,
1987;749:95p.
2. Organisation Mondiale de la Santé. Infection
parasitaire à protozoaires et à helminthes. Rapport
d’un groupe scientifique de l’OMS. Genève, série de
rapports techniques n°666:37p.
3. Organisation Mondiale de la Santé. Lutte contre
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Guide à l’intention des responsables des programmes
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