
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
Le taux d’accès à l’eau potable reste faible dans notre
étude même si plus de la moitié des malades y avaient
accès. La source d’eau potable était essentiellement le
forage (61,76%). Ce taux est inférieur à celui rapporté
par Zida et al. à Ouagadougou (Burkina Faso), qui
était de 100%. Dans leur étude, les patients buvaient
l’eau de forage en cas de coupure
d’approvisionnement en eau du robinet [10].
Les signes cliniques étaient surtout digestifs avec une
prédominance des douleurs abdominales et des
vomissements déjà rapportées dans une étude
ancienne en 1988 en Centrafrique [11] et dans une
étude en Côte d’Ivoire [12]. Les signes pulmonaires
sont dominés par la toux (13,73%) serait en rapport
avec le syndrome de Loeffler, manifestation immuno-
allergique due au passage des larves de certains
helminthes dans les voies aéro-digestives. Notre étude
avait montré que les selles de toute consistance
pouvaient contenir des parasites intestinaux. Des
résultats obtenus, il ressort que 88,23% d’enfants,
hébergeaient au moins un parasite intestinal. Ce taux
est plus élevé que ceux rapportés par plusieurs auteurs
africains [8,9,14-16]. Cette variabilité du taux de
prévalence des parasitoses intestinales a été rapportée
entre 1998 et 2013 dans cinq pays africains
[8,9,14,15,17]. Notre taux de prévalence global est
comparable à celui de 92,00% trouvé par Bourrée et
al. [16], en Amazonie Péruvienne. Ce taux très élevé
s'explique par les conditions géo-climatiques
favorables dans nos zones d’étude et surtout par une
mauvaise hygiène fécale. Notre taux est inférieur au
100% trouvé par Scaglia et al. [19], au Rwanda dans
les ethnies pygmoïdes Batwa et Hutus.
Le parasitisme intestinal était dominé par les
helminthiases avec un taux de prévalence de 85,29%
versus 33,33% pour les protozooses. Nos résultats pas
semblent pas concordés à ceux d’autres
auteurs africains qui rapportent une prédominance des
protozoses [8,15,17,19]. Par contre, ils concordent
avec ceux de Nicols M et al. en Guadeloupe qui
rapportent 72,3% d’helminthiases et 27,7% de
protozooses [20]. Ces variations seraient liées aux
conditions climatiques et au niveau d’hygiène qui
diffèrent selon les régions d’étude. Des sept
helminthes que nous avons retrouvés, Ascaris
lumbricoïdes était plus fréquemment rencontré
(40,19%). Cette fréquence se rapproche de 34,2%
retrouvés par Haumont et al. dans la vallée de la Kadei
au Cameroun [21]. Des fréquences plus élevées [14,
22] ou moins élevées [17, 23] que la nôtre ont été
décrites en Afrique. Maladie liée au péril fécal par
excellence, ce taux très élevé d’ascaridiose dans nos
différentes régions d’étude serait le reflet d’un niveau
d’hygiène défectueux. La fréquence de protozooses
que nous avons retrouvée (33,33%) semble faible
comparés à celles rapportées par Cheikhrouhou et al.
[19] et par Benouis et al. [8] qui sont respectivement
de 96,5% et 95,7%. Des taux plus faibles que le nôtre
ont été observés par plusieurs auteurs [9,10, 14-16].
Entamoeba histolytica était le protozoaire le plus
fréquent (14,70%) comme rapporté en plusieurs
endroits en Afrique [10, 15, 17, 24]. Ce taux élevé de
l’amoebose intestinale indiquerait une insuffisance des
mesures d’hygiène et d’assainissement dans nos
régions qui se caractérise par un niveau élevé de
contamination de l’eau et des aliments par les matières
fécales. Notre étude avait révélé que, le parasitisme se
produisait dès le jeune âge (moins d’un an) pour
atteindre son pic de prévalence entre 5 et 9 ans (92%).
La décroissance constatée entre 10 et 15 ans pourrait
s’expliquer par l’acquisition par l’enfant des bases de
mesures d’hygiène. La même constatation est
rapportée dans la littérature [9,14]. La faible fréquence
observée chez les enfants de moins de 5 ans dans notre
contexte s'expliquerait par le déparasitage
systématique au cours des journées nationales de
vaccination, au cours desquelles, l’albendazole est
administré chez les enfants de 6 mois à 5 ans.
Conclusion
Les parasitoses intestinales constituent un problème de
santé publique chez les enfants en République
centrafricaine du fait de leur forte prévalence. L’accès
à l’eau potable est limité. Les espèces les plus
fréquentes sont Ascaris lumbricoïdes pour les
helminthiases et Entamoeba histolytica pour les
protozooses. Le renforcement de l’approvisionnement
en eau potable, l’éducation sanitaire des populations et
le déparasitage de masse des enfants permettront de
réduire l’ampleur de ces maladies.
Références
1. Organisation Mondiale de la Santé. Lutte contre
les parasitoses intestinales : rapport d’un comité OMS
d’expert. Genève, série de rapports techniques,
1987;749:95p.
2. Organisation Mondiale de la Santé. Infection
parasitaire à protozoaires et à helminthes. Rapport
d’un groupe scientifique de l’OMS. Genève, série de
rapports techniques n°666:37p.
3. Organisation Mondiale de la Santé. Lutte contre
les helminthiases chez les enfants d’âge scolaire.
Guide à l’intention des responsables des programmes
de lutte. Deuxième édition, 2011:26p.
4. Organisation Mondiale de la Santé. Importance des
parasitoses intestinales en santé publique : Comité
OMS d’expert. Bulletin de l’Organisation Mondiale de
la Santé, 1988;66;1:23-4.
5. Organisation Mondiale de la Santé. Maladies
tropicales négligées, succès ignorés, nouvelles
opportunités.
http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/44284/1/9789
242598704_fre.pdf.
6. Organisation Mondiale de la Santé.
Géohelminthiases : estimations du nombre d’enfants