ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 3, N°001 / Juin 2017 -
ARTICLE ORIGINAL
Diagnostic radiologique des lithiases urinaires à Bangui (Centrafrique)
Radiological diagnosis of urinary lithiasis in Bangui (Central Africa Republic)
Timothée Mobima
1
, Francky Kouandongui Bangué-Songrou
2
, Lynn Debato
3
1. Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale de l’Hôpital de l’Amitié.
2. Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale du Centre Hospitalier et Universitaire Maman Elisabeth
Domitien de Bimbo.
3. Faculté des Sciences de la Santé
Auteur Correspondant: Dr Timothée MOBIMA, Service de Radiologie et d’Imagerie Médicale de l’Hôpital de
l’Amitié (République Centrafricaine). ; Tél. +23675054179
Email: docmobima5@gmail.com
Reçu le 13/12/2016 ; Accepté le 15/03/2017
Résumé :
Objectif : la lithiase urinaire n’est pas
suffisamment documentée en République
Centrafricaine. Le but de cette étude est de
déterminer les aspects épidémiologiques et
radiographiques des lithiases urinaires à Bangui.
Patients et Méthodes : il s’agissait d’une étude
transversale, réalisée dans deux hôpitaux de
Bangui (Hôpital de l’Amitié et le Complexe
Pédiatrique) durant la période de Juin 2015 à Mai
2016. Elle a concerné tous les patients ayant
présenté des signes cliniques évocateurs d’une
lithiase urinaire. En absence du scanner, le couple
ASP-échographie et l’UIV est sollicité pour la
recherche des lithiases urinaires.
Résultats : La fréquence de la lithiase urinaire était
de 3,1%. L’âge moyen des patients était de 40 ans
avec des extrêmes de 6 ans et 75 ans. Les sujets de
sexe masculin étaient les plus nombreux (73,9%).
La colique néphrétique était le maître symptôme.
L’échographie avait détecté les lithiases rénales et
vésicales. Les lithiases urétérales ont échappé à
l’échographie tandis qu’elles sont bien vues à
l’ASP. Le haut appareil urinaire est beaucoup plus
intéressé par les lithiases urinaires, 67,8% au niveau
rénal contre 23% au niveau urétéral et 12,2% au
niveau de la vessie.
Conclusion : L’ASP, l’échographie et l’UIV sont
des examens radiologiques complémentaires et très
contributifs dans la recherche des lithiases urinaires.
Mots clés : Lithiase urinaire, Echographie,
Abdomen sans préparation, Urographie intra
veineuse, Bangui.
Abstract
Introduction: To describe epidemiological and
radiological aspects of urinary lithiasis in Bangui,
Central African Republic.
Patients and methods: It was a cross-sectional
study, performed in two Hospitals in Bangui
(Hôpital de l’Amitié de Bangui et le Complexe
Pédiatrique de Bangui) from June 2015 to May
2016. All patients presenting clinical signs
suggestive of urolithiasis were included. In the
absence of the scanner, Plain Abdominal
Radiography (PAR) and intraveinous urography
(IVU) were performed.
Results: The frequency of urolithiasis was 3.1%.
The average age of patients was 40 years old with
extremes of 6 - 75 years old. Most patients were
male (73.9%). Nephretic colic was the main
symptom. The ultrasound had detected the renal
and vesical lithiases. Ureteral stones have escaped
ultrasound while they are well seen by PAR.
Urinary stones were localized in upper urinary tract
(67.8%) compared to ureteral (23%) and bladder
(12.2%).
Conclusion: PAR, ultrasound and IVU are
complementary radiological examinations. The use
of these techniques contributes to the detection of
urinary lithiasis.
Keywords : Urinary lithiasis, Ultrasonography.
Plain abdominal radiography, Intravenous
urography. Bangui, Central African Republic.
Introduction :
Le terme lithiase urinaire ou calcul urinaire
anciennement appelé « maladie de la pierre »
désigne la maladie qui est caractérisée par la
formation de concrétions (calculs) dans les reins ou
dans les voies excrétrices urinaires [1]. Sa
fréquence varie en fonction de la zone
géographique. En effet, la lithiase urinaire est une
affection fréquente dans les pays industrialisés
elle affecte 4 à 12% de la population [2]. Dans les
pays en développement, la fréquence de la maladie
lithiasique semble augmenter parallèlement avec
l’augmentation du niveau de vie [3]. Au Congo
Brazzaville, cette fréquence est de 7,3% [4] ; à
Thiès au Sénégal, elle est de 18,43% [5]. En
Centrafrique, la lithiase urinaire n’est pas
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documentée. L’objectif de ce travail est de décrire
les aspects épidémiologiques et radiologiques de la
lithiase urinaire à Bangui. En l’absence de scanner
dans notre contexte, le couple Echographie et ASP
associé l’UIV ont été les modalités d’imagerie
sollicitées pour cette étude.
Patients et Méthodes
Il s’agissait d’une étude transversale d’une durée
d’un an (1
er
Juin 2015 au 31 Mai 2016) réalisée
dans les services de radiologie de l’Hôpital de
l’Amitié et du Complexe Pédiatrique de Bangui.
Elle a concerné les patients présentant, quelque soit
leur âge, une lithiase urinaire radiologiquement
prouvée dans les services sus cités. Le diagnostic de
la lithiase a été retenu sur les critères suivants :
Signes échographiques : image arrondie ou
curviligne hyperéchogène avec cône d’ombre
postérieure, localisée sur les voies urinaires ;
Signes sur la radiographie de l’abdomen sans
préparation (ASP) : image de tonalité calcique
en projection de l’aire urinaire ;
Signes à l’urographie intraveineuse (UIV) :
image de tonalité calcique en projection de
l’aire urinaire associée à une dilatation ou non
des cavités pyélocalcielles, du bassinet ou de
l’uretère.
Les examens échographiques ont été réalisés avec
un appareil de marque Mindray, muni d’une sonde
de 3,5 Mhz. L’ASP et l’UIV ont été réalisés par un
appareil de radiographie de marque Toshiba E 7843
X.
Etaient inclus dans l’étude les patients admis dans
l’un des hôpitaux retenus pour les signes cliniques
évocateurs d’une lithiase urinaire. Chez ces
patients, une échographie des voies urinaires a été
effectuée systématiquement. Chaque fois qu’une
lithiase urinaire était retrouvée à l’échographie, une
UIV était réalisée chez le patient. L’UIV était faite
pour rechercher le retentissement de la lithiase sur
les voies urinaires. Si l’échographie montrait une
dilatation pyélocalicielle sans lithiase, l’ASP était
effectué pour rechercher un calcul urinaire bas situé
n’ayant pas été objectivé. Dans ce cas, l’UIV était
réalisée pour rechercher le retentissement du calcul
bas situé ou une autre pathologie explicative de
cette dilatation des voies urinaires (compression
extrinsèque ou intrinsèque). Si l’échographie,
réalisée dans les conditions requises n’objectivait ni
calcul, ni dilatation pyélocalicielle, l’hypothèse de
lithiase était écartée. Dans ce cas, l’ASP et l’UIV
n’étaient pas réalisés. Si les conditions de l’examen
échographique n’étaient pas optimales, un ASP
complémentaire était réalisé aussitôt. L’ASP était
complété par une UIV, si une lithiase était
retrouvée. Les patients présentant les signes
cliniques atypiques ou ceux dont les examens
radiologiques étaient négatifs n’ont pas été inclus
dans l’étude. La saisie et l’analyse des données ont
été faites avec le logiciel Epi-Info 7, dans le respect
strict de l’anonymat.
Résultats :
Durant la période d’étude, 3.742 patients ont
réalisé des examens d’imagerie médicale
(Echographie, ASP, UIV) dans les deux hôpitaux
retenus, dont 115 ont présenté une lithiase urinaire
radiologiquement prouvée, soit une fréquence de
3,1%. La distribution des patients en fonction de
l’âge a montré une prédominance masculine avec
73,9% des cas. L’âge moyen de nos patients était de
40 ans avec des extrêmes de 6 ans et 75 ans. La
tranche d’âge la plus concernée était celle de 41 à
50 ans (31,3 %) (Figure 1).
Figure 1 : Répartition des patients par tranches d’âge.
8
5
11
15
22
13 13
1
2
6
5
7
5
4
0
5
10
15
20
25
≤10
11--20 21-30 31-40 41-50 51-60 61 et plus
Masculin Féminin
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La colique néphrétique est le symptôme vélateur
de lithiase urinaire avec une proportion de 37,4%.
Le mois de Janvier a été le plus fournit avec une
fréquence de 28,7%, soit 33 cas. A l’échographie,
25 cas de lithiases ont été localisées au niveau du
rein droit, soit 21,7%, contre 13 cas au niveau du
rein gauche (11,3%), 5 cas de lithiases rénales
bilatérales (4,3%) et 5 cas de lithiases vésicales
(4,3%). La figure 2 présente le signe échographique
d’une lithiase vésicale.
Figure 2 : Lithiase vésicale à l’échographie chez un
enfant de 14 ans présentant une dysurie.
La lithiase urétérale est difficile à mettre en
évidence à l’échographie. Elle est suspectée devant
une dilatation urétérale et une absence de lithiase au
niveau de l’abouchement urétérale dans la vessie.
La figure 3a présente une dilatation pyélocalicielle
sans obstacle, à l’échographie rénale.
Figure 3 : Echographie rénale avec dilatation
pyélocalicielle sans obstacle visualisé, chez un
homme de 42 ans se plaignant d’une hématurie
La figure 4 présente une lithiase urétérale
obstructive à l’ASP.
Figure 4 : Une
lithiase urétérale
obstructive
confirmée par la
radiographie de
l’ASP
A l’ASP 16 cas de lithiases (13,9%) étaient
objectivées dans l’aire rénale droite contre 7 cas
dans l’aire rénale gauche (6,1%), 2 cas de lithiases
rénales bilatérales (1,7%). L’uretère gauche était
concerné dans 9 cas (7,8%), l’uretère droit dans 5
cas (4,3%) et la vessie dans 4 cas (3,5%). A l’UIV,
le rein droit était concerné dans 9 cas (7,8%), le rein
gauche dans 6 cas (5,2%), l’uretère gauche dans 7
cas (6,1%) et l’uretère droit dans 2 cas (1,7%), la
vessie dans 2 cas (Tableau I).
Tableau I : Localisation des lithiases selon les
examens radiologiques
Rein
Uretère
Vessie
Total
Echographie
38
0
10
48
ASP
25
14
2
41
UIV
15
9
2
26
Total
78
23
(20%)
14
(12, 2%)
115
100%
Si l’on considère la topographie de l’ensemble des
lithiases urinaires, le haut appareil urinaire est
beaucoup plus intéressé par les lithiases : 67,8% de
cas au niveau rénal contre 23% de cas au niveau
urétéral et 12,2% de cas au niveau de la vessie
(Tableau II).
Tableau II : Topographie des lithiases
Nombre de lithiases
Fréquence (%)
Reins
78
67,8
Uretères
23
20
Vessie
14
12,2
Total
115
100
Discussion :
Le scanner non injecté est l’examen d’imagerie
dont la sensibilité et la spécificité dans le diagnostic
des lithiases urinaires sont meilleures. Il permet
aussi de préciser les diagnostics différentiels dans
près de 50 % [6,7]. En l’absence du scanner le
couple Echographie/ASP peut poser le diagnostic
des lithiases urinaires. La sensibili de ce couple
d’examen radiologique est de 90% et une spécificité
entre 75 et 100% dans le diagnostic des lithiases
urinaires [8]. L’UIV intervient dans la recherche
des signes de gravité pouvant poser les indications
d’un traitement chirurgical [9].
La distribution des patients en fonction du sexe a
montré une prédominance masculine, comme
rapporté dans la littérature [10,11]. Cette
prédominance masculine des lithiases urinaires
pourrait s’expliquer par des facteurs lithogènes
particuliers chez lhomme [12,13]. Il est aussi
possible que la faible participation féminine reflète
l’effet des œstrogènes qui augmentent l’élimination
urinaire du citrate qui solubilise le calcium [14].
La classe d’âge de 41-50 ans était la plus concernée
dans notre étude avec une proportion de 31,3%.
Laziri et al. [15] ont rappor des résultats
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identiques aux nôtres. La population la plus
concernée dans leur série est celle dont l’âge est
compris entre 41 et 50 ans avec 31,8 % des cas.
Pour Neuzillet et al. [16] la population la plus
concernée est celle dont l’âge est situé entre 30 et
50 ans.
Le principal signe révélateur des lithiases urinaires
des patients de notre étude était la colite
néphrétique (37,4%). Cette constatation est
similaire à celle de Kambou et al. [9]. Odzebe et al.
[4] dans leur série ont rapporté plutôt la rétention
aigue d’urine comme le premier signe révélateur de
la lithiase urinaire.
Quant à la localisation des lithiases urinaires, nous
avons trouvé qu’elle était essentiellement haute
avec une atteinte rénale dans 67,8% des cas, une
atteinte urétérale dans 20% des cas. La localisation
haute est retrouvée par certains auteurs [15,17],
alors que Odzebe et al. [4] ont rapporté une atteinte
basse (vésicale) comme la plus représentée dans
leur série. L’échographie est plus performante dans
la recherche des lithiases localisées au niveau des
reins et de la vessie. Les lithiases urétérales lui
échappent compte tenu de l’interposition des gaz
digestifs. L’ASP détecte mieux les calculs
urétéraux surtout radio-opaques. C’est pourquoi
nous avons suggéré la pratique systématique de
l’ASP chez des patients symptomatiques des
lithiases urinaires dont l’échographie s’est révélée
normale. Cette attitude est adoptée par Kambou et
al. [8].
Conclusion : La lithiase urinaire est une affection
peu fréquente en République Centrafricaine. Elle se
manifeste principalement par une colique
néphrétique. Le couple Echographie/ASP, et l’UIV
sont des examens radiologiques complémentaires et
très contributifs dans la recherche des lithiases
urinaires. Ces lithiases sont beaucoup plus
localisées au niveau du haut appareil.
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