ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
Séroprévalence de l’infection par le virus de l’hépatite E chez les personnes vivant avec le
VIH à Bangui, République Centrafricaine
Seroprevalence of hepatitis E virus infection in people living with HIV in Bangui, Central
African Republic
O Sibiro
1
, A Manirakiza
2
, NP Komas
1
1
Laboratoire des Hépatites Virales, Institut Pasteur de Bangui
2
Service d’Epidémiologie, Institut Pasteur de Bangui
Auteur correspondant : Narcisse Patrice Komas, Laboratoire des Hépatites virales, Institut Pasteur de Bangui, BP
923, Bangui, République Centrafricaine, tél : +23672107912 ; Courriel : npkomas@yahoo.fr
Reçu le 23 juillet 2016, accepté le 5 octobre 2016.
Résumé:
Objectif : Evaluer les aspects épidémiologiques de
l’infection par le virus de l’hépatite E (VHE) des
personnes vivant avec le VIH (PVVIH) à Bangui.
Matériels et Méthodes : Il s’agit d’une étude de type
observationnel transversal qui a porté sur des PVVIH
du 7 Avril au 30 Septembre 2015. Chaque sujet
répondait à un questionnaire et avait un prélèvement
sanguin pour la recherche des marqueurs
immunologiques de l’infection par le VHE (IgM et
IgG) selon la technique ELISA en utilisant le kit Dia
Pro Bioprobes.
Résultats : Parmi les 200 patients inclus dans cette
étude, nous avons observé que l’IgM anti-VHE,
caractérisant l’infection aiguë par le VHE était détecté
chez 7,5% de PVVIH dont 8,9% chez les PVVIH de
sexe minin contre 2,2% de sexe masculin. Dans le
cas d’IgG, la séroprévalence globale était de 68,0%
avec 48,0% dans le cas de sexe féminin contre 70,4%
pour le sexe masculin. Les résultats de cette étude
montrent qu’il n y a pas d’association entre le taux des
transaminases hépatiques et des lymphocytes TCD4+
chez les PVVIH. Il n’existe également pas de lien
entre l’eau de puits non potable et l’infection par le
VHE qui est habituellement la principale source de
contamination par le VHE.
Conclusion : Ces résultats indiquent que la
séroprévalence de l’infection des PVVIH par le VHE
est plus élevée que celle au niveau de la population
générale. Ils doivent être pris en compte dans la
recherche des facteurs de risque de contamination des
PVVIH.
Mots clés : Virus de l’hépatite E, Personnes vivant
avant avec VIH, co-infection VIH-VHE,
Séroprévalence, République Centrafricaine.
Abstract :
Objective: To evaluate the epidemiological aspects of
HEV infection in people living with HIV (PLHIV) in
Bangui.
Materials and Methods: This is a cross-sectional
study concerning PLHIV from April to September,
2015. Each subject answered a questionnaire and had
a blood sample for the determination of
immunological markers using the ELISA technique
(Dia Pro Bioprobes kit).
Results: Among the 200 patients included in this
study, we observed that the anti-HEV IgM
characterizing the acute HEV infection was detected
in 7.5% of PLHIV, of which 8.9% in women PLHIV
compared to 2.2% men. In the case of IgG, the overall
seroprevalence was 68% with 48% for women versus
70.4% for men showing that men were statistically
significant most exposed to HEV than women. The
results of this study did not reveal the influence of
HEV on the transaminase and T-CD4+ lymphocyte
levels variation in PLHIV. It was not possible to
clearly identify the origin of contamination.
Conclusion: These results indicate that the
seroprevalence of HEV among PLHIV is higher than
that in the general Central African Republic
population. They must be taken into account in the
study for risk factors in the case of PLHIV infected by
HEV.
Keywords: Hepatitis E virus; People living with HIV;
HIV-HEV coinfection; Seroprevalence; Central
African Republic
Introduction
Identifié en 1990, le VHE est l’un des principaux
agents d’hépatite virale entéro-transmissible qui est
devenu, au début du 21
ème
siècle, un problème majeur
de santé publique au niveau mondial [1-3].
L’infection par le VHE est le plus souvent aig et
asymptomatique. Cependant, des cas d’hépatite E
chronique sont de plus en plus rapportés dans la
littérature [4-9]. Les mécanismes conduisant à une
infection chronique par le VHE, ainsi que les taux
élevés de mortalité chez les femmes enceintes allant
jusqu'à 25 % dus à l’infection par le VHE sont
actuellement en grande partie inconnues [10]. Des cas
d’infection chronique par le VHE ont été signalés chez
des personnes immunodéprimées et peut également
représenter un grand danger pour la survie des
personnes vivant avec le VIH (PVVIH) [11-14]. En
55
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
effet, la défaillance du système immunitaire due à une
infection par le VIH, favorise l’atteinte de l’organisme
par d’autres agents infectieux qui peuvent être
normalement combattu par un système immunitaire
sain. Très peu de travaux ont été réalisés sur la
prévalence de l’infection par le VHE chez les PVVIH
dans les pays à ressources limitées comme la
République Centrafricaine [5,6]. Le but de la présente
étude est d’estimer la séroprévalence de l’infection par
le VHE des PVVIH à Bangui et d’identifier les
facteurs de risque de l’infection par le VHE dans la
population Centrafricaine.
Matériels et Méthodes
Il s’agissait d’une étude observationnelle transversale
réalisée auprès des PVVIH qui venaient pour leurs
suivis biologiques dans le laboratoire d’analyses
médicales de l’Institut Pasteur de Bangui (République
Centrafricaine). Cette étude s’était déroulée du 7 avril
au 30 septembre 2015.
Toute personne vivant avec le VIH, qui est prise en
charge par le programme de lutte contre le VIH/SIDA,
de toutes professions et catégories sociales confondues
constituait la cible de l’étude. Les données
sociodémographiques tels que le sexe, l’âge, la
provenance géographique (arrondissements de
Bangui), les antécédents médicaux, et les habitudes de
vie avaient été répertoriés. Au total, deux cent PVVIH
répondant aux critères d’éligibilité et ayant répondu à
un questionnaire standardisé avaient été inclus.
Les échantillons de sang prélevés dans les tubes secs à
l’Institut Pasteur de Bangui, ont été centrifugés à 3900
tours pendant 10 minutes. Les sérums ont été
recueillis, aliquotés et conservés à -20°C avant d’être
utilisés pour les tests biologiques et moléculaires.
Le diagnostic de l’infection par le VHE était basé sur
la sérologie. Les immunoglobulines (IgG et IgM) du
VHE étaient détectées à l’aide d’un kit commercial
ELISA (Diagnostic Bioprobes Srl DIAPRO, Milan,
Italie). L’interprétation des résultats était faite selon
les recommandations du fabricant du kit.
L’amplification de l’ARN du VHE par la RT-PCR en
temps réel avait également été réalisée pour confirmer
la présence du virus. L’ARN extrait par le kit Qiagen
avait été soumis à une amplification par RT-PCR en
temps réel en présence des amorces sens F (TaqHEV-
F, GCCCGGTCAGCCGTCTGG), anti-sens R
(TaqHEV-R, CTGAGAATCAACCCGGTCAC) et de
la Sonde S (TaqHEV-S, FAM-
CGGTTCCGGCGGTGGTTTCT-TAMRA). La taille
attendue de l’amplicon était de 89 pb. Cette
amplification avait pour but de confirmer la présence
effective du virus dans l’échantillon.
Les données ont été saisie et analysée à l’aide du
logiciel Epi Info 7, version 7.1.5.0 (CDC, USA &
WHO, Switzerland). Dans un premier temps, nous
avons présenté la distribution sous forme de
pourcentage des données socio-démographiques (âge,
sexe), biologiques : taux de TCDA4 (≤350 et >350),
transaminases hépatiques (normal et élevé) et la
caractéristique de l’eau de puit utilisé dans les
ménages (traité, non traité et la distance entre le puits
et les latrines). Dans un deuxième temps, nous avons
évalué l’association entre ces variables et le statut à
l’infection par le VHE. Les résultats de ces analyses
ont été présentés sous formes d’odds ratio (OR) avec
son intervalle de confiance à 95%. La différence entre
les proportions était analysée à l’aide du test de Chi2
(ou test exact de Fischer selon les cas).Le seuil de
significativité était déterminé pour p < 0,05.
Conformément à l’autorisation de démarrage de
l’étude obtenu auprès du Comité de validation des
Protocoles d’Études et de Résultats de la Recherche en
Santé de la Facul des Sciences de la Santé de
l’Université de Bangui, nous avons strictement
respecté l’anonymat des personnes et la confidentialité
des informations. Seul le code d’identification national
affecté à chaque PVVIH avait été utilisé tout le long
de cette étude. L’information sur le but de l’étude
avait été donnée dans les deux langues officielles du
pays (français/sango) et le consentement éclairé avait
été obtenu avant l’enrôlement dans l’étude. Les
résultats des tests biologiques et moléculaires de
chaque PVVIH portant son code d’identification
national avaient été transmis au Médecin traitant de
chaque participant sous plis scellés.
Résultats
La population des personnes vivant avec le VIH
testée, comprenait 156 femmes (78%) et 44 hommes
(22%) avec un sex-ratio de 0,28 pour les hommes.
L’âge variait de 8 à 65 ans (l’âge moyen était de 38
ans). C’étaient des personnes qui venaient pour leurs
suivis biologiques à l’Institut Pasteur de Bangui. Le
tableau 1 montre la séroprévalence selon le sexe, l’âge
et quelques facteurs de risque d’infection étudiés.
L’immunoglobuline de classe M (IgM) anti-VHE, qui
prédomines en primo-infection et qui définit
l’infection aiguë était détecté dans le sérum d’un seul
homme sur les 44 (2,27%) et 14 femmes sur les 156
(8,9%). De plus, les IgM de 5 cas (2,5%) dont 2
hommes (4,5%) et 3 femmes (2%) n’avaient pas pu
être déterminés. Les différences observées dans le cas
de la détermination des anticorps IgM anti-VHE
n’étaient pas significatives. Cependant les hommes
avaient une séroprévalence anticorps IgG anti-VHE
très élevée (70,4%) que chez les femmes (48%) et le
risque d’infection était clairement élevé chez les
hommes que chez les femmes (OR 0,4 ; IC95% 0,2-
0,8 ; p = 0,01) dans la population étudiée. Le groupe
d’âge de 30-36 ans était plus fréquemment plus positif
que les autres groupes d’âge. La différence n’était pas
statistiquement significative. Les probables facteurs de
risque étudiés (consommation d’eau de puits non
traitée et distance des latrines au puits utilisé par les
ménages) n’étaient pas impliqués dans l’infection par
le VHE des personnes vivant avec le VIH.
56
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
Tableau I : Caractéristiques mographiques et facteurs de risque d’infection par le VHE des personnes
vivant avec le VIH
Table I : Demographic Characteristics and Risk Factors for HEV Infection of People Living with HIV
Caractéristiques
IgM anti-VHE
Positif
(%)
Négatif (%)
Douteux
(%)
OR (IC95%)
p
Positif (%)
Négatif (%)
Douteux
(%)
OR (IC95%)
p
Prévalence globale
106 (53%)
88 (44%)
6 (3%)
Sexe
Féminin
14 (8,9%)
139 (89,1%)
3 (2%)
4,1 [0,5-32,3]
0,18
75 (48%)
76 (48,7%)
5 (3,2%)
0,4 [0,2-0,8]
0,01
Masculin
1 (2,2%)
41 (93,2%)
2 (4,5%)
31 (70,4%)
12 (27,3%)
1(2,3%)
Age
≤ 29ans
4 (57,1%)
0 (0,0%)
3 (42,9%)
-
23 (85,2%)
0 (0,0%)
4 (14,8%)
-
30 à 36ans
5 (100 %)
0 (0,0%)
0 (0%)
0,8 [0,01-50,0]
0,9
28 (96,5%)
0 (0,0%)
1 (3,5%)
0,8 [0,01-43,9]
0,9
37 à 43ans
4 (80,0%)
0 (0,0%)
1 (20%)
1 [0,01-0,62]
1
29 (100%)
0 (0,0%)
0 (0%)
0,7 [0,01-41,7]
0,9
≥44 ans
2 (67,0%)
0 (0,0%)
1 (33,0%)
1,8 [0,03-121,7]
0,7
26 (96,3%)
0 (0,0%)
1 (3,7%)
0,8 [0,02-46,4]
0,9
Traitement de l’eau
Non
1(6,2)
15 (93,8)
0 (0,0%)
0,5 [0,04-5,73]
0,5
10 (62,5)
6 (37,5)
0(0)
1,1 [0,5-4,7]
0,9
Oui
2(12,5)
14 (87,5)
0 (0,0%)
9(56,2)
6 (37,8)
1(6,2)
Distance
≤ 30
6(85,7%)
1(14,3%)
0 (0,0%)
2 [0,2-24,1]
0,6
30(100%)
0 (0,0%)
1(%)
0,4 [0,008-20,550]
0,6
> 30
9(67,2%)
4(32,8%)
0 (0,0%)
76(100%)
0 (0,0%)
5(%)
La RT-PCR en temps réel de 50 échantillons de
sérums positifs ou indéterminés pour les anticorps
IgM et IgG de VHE a permis d’amplifier 6
échantillons (3 IgM anti-VHE et 3 IgG anti-VHE)
indiquant que le génome viral était présent. Tous les
échantillons qui étaient IgM anti-VHE positif à la
sérologie ainsi que plus de 90% des échantillons IgG
anti-VHE positifs avaient des valeurs d’ALAT
normales (données non montrées).
La présence d’une infection aiguë de VHE ne jouait
aucun le sur le taux de lymphocytes T-CD4+
puisqu’aucune différence statistiquement significative
n’avait été mise en évidence lorsque la variation de
taux de lymphocytes T-CD4+ était corrélée avec la
sérologie IgM et IgG anti-VHE (Tableau 2).
Tableau II: Données de laboratoire des personnes vivant avec le VIH
Table II: Laboratory data for People living with HIV
Caractéristiques
IgM anti-VHE
IgG anti-VHE
Positif (%)
Négatif (%)
Douteux (%)
p
Positif (%)
Négatif (%)
Douteux (%)
p
CD4
≤350
7 (87,5)
0 (0,0)
1 (12,5)
0,9
45 (91,8)
0 (0,0)
4 (8,2)
0,9
>350
8 (66,7)
0 (0,0)
4 (33,3)
52 (96,3)
0 (0,0)
2 (3,7)
ALAT
Elevé
0 (0,0)
0 (0,0)
1
0,1
9 (100,0)
0 (0 ,0)
0 (0,0)
0,2
Normal
15 (78,9)
0 (0,0)
4 (21,1)
97 (92,4)
0 (0,0)
6 (7,6)
Valeurs de P par le Test exact de Fischer
Afin de définir les zones d’infection par le VHE, nous
avons analysé les prélèvements selon l’origine des
patients repartis dans les différents arrondissements de
Bangui. Comme montré dans la figure 1, IgM et IgG
anti-VHE étaient détectées dans 5 arrondissements de
Bangui et dans la ville de Bégoua. Cependant, plus de
57
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
patients étaient porteurs de ces deux marqueurs dans les 4
ème
et 8
ème
arrondissements de Bangui (Figure 1).
Figure 1 : Répartition des personnes vivant avec le VIH selon leur arrondissement dorigine dans la ville
de Bangui et ses banlieues
Figure 1 : Distribution of people living with HIV according to their district of origin in the city of Bangui
and its suburbs
Discussion
Au total, 200 PVVIH, hommes et femmes, âgées de 8
à 65 ans qui venaient à l’IPB pour le dosage de leurs
lymphocytes TCD4+, ont été inclus dans notre étude.
Nous avons observé une séroprévalence globale IgM
anti-VHE de 7,5% dont 8,9% pour le sexe féminin
contre 2,2% pour le sexe masculin. Dans le cas d’IgG,
la séroprévalence globale était de 68% avec 48% pour
le sexe féminin et 70,4% pour le sexe masculin. Bien
que ces résultats de séroprévalence indiquent que chez
les PVVIH, les deux sexes étaient indifféremment
exposés au VHE, notre étude confirme que le sexe
masculin est le plus exposé à ce virus comme cela
avait été précédemment rapporté dans la littérature
[15-17] au sujet de la population générale. Bien que
dans la littérature, il a été rapporté que l’infection par
le VHE était plus élevée chez les personnes jeunes
[15], aucune différence significative n’a été observée
entre l’infection des personnes jeunes et âgées au
cours de cette étude. Il est donc possible que l’âge
n’interviendrait pas dans le cas de contamination par
le VHE des PVVIH.
La séroprévalence élevée chez les PVVIH
centrafricaines de cette étude serait due au fait que
l’hépatite E étant sous forme endémo-épidémique
dans le pays, les conditions d’hygiène et de salubrité
ne seraient pas optimum pour éviter la contamination
par ce virus qui se transmet presqu’essentiellement à
travers la contamination d’eau souillée. C’est ainsi que
les facteurs de risque comportemental découlant de
l’attitude de chaque personne à prendre soin de sa
santé sont également d’une grande importance dans le
contrôle de la contamination et de la perpétuation de
ce virus [18].
Il nous a été difficile, au cours de notre étude
d’identifier les facteurs de risques de contamination
des PVVIH par le VHE. L’analyse des données sur la
proximité des puits avec les latrines ainsi que celles
sur le non traitement de l’eau de puits consommée
n’ont pas permis de déceler de manière claire l’origine
des sources d’infection. En prenant comme principal
facteur de risque la consommation de l’eau non
potable, nous avons probablement introduit un biais en
ne testant pas les eaux de puits pour rechercher la
présence ou l’absence du VHE. Il serait intéressant de
pouvoir inclure plus de PVVIH dans l’étude pour
améliorer les données statistiques et de prélever les
eaux de puits consommées par les PVVIH
contaminées par le VHE pour de résultats plus aboutis.
Au cours de cette étude, nous avons également
cherché à savoir quelle serait l’influence du VHE sur
les taux de transaminases et des lymphocytes TCD4+
et sur les paramètres hématologiques chez les
PVVIH ? Nous n’avons noté aucune influence du
VHE sur la variation des taux des transaminases et des
lymphocytes TCD4+ chez les PVVIH inclus dans
notre étude. Ce résultat peut sembler paradoxal si nous
tenons compte de certaines observations rapportées
dans la littérature qui affirmaient que l’infection par le
VHE des PVVIH augmenterait le taux des
transaminases [19] et altèrerait celui des lymphocytes
TCD4+ [20-23]. Cependant, nos résultats sont en
accord avec d’autres études [5,9,14,24,25] qui n’ont
rapporté aucune élévation du taux des transaminases
ni l’altération des taux de lymphocytes TCD4+ chez
0
10
20
30
40
50
60
1er Arr 2e Arr 3e Arr 4e Arr 5e Arr 6e Arr 8e Arr Bimbo Begoua Autre
Nombre des PVVIH
Origine des PVVIH
IgM
IgG
Effectif/Arr
58
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
les PVVIH infectées par le VHE. De même, les
paramètres matologiques de PVVIH inclus dans
notre étude ne semblaient pas être altérés par
l’infection par le VHE. Ces sultats, discordants dans
le cas des transaminases et des lymphocytes TCD4+,
seraient dus à la prise en charge thérapeutique des
PVVIH. En effet, des études ont montré qu’après
traitement par les antirétroviraux, les taux de
transaminases anormalement élevées pouvaient se
normaliser ainsi que le faible taux de lymphocytes
TCD4+ pouvait également se stabiliser [21-23].
Nous avons à l’aide de la technique de la RT-PCR en
temps réel mis en évidence la présence du virus dans
certains échantillons. Il est souvent très difficile de
retrouver le VHE dans le sang car la virémie ne dure
pas assez longtemps. Par contre, le virus peut être
excrété dans les selles jusqu’à plus de 6 mois après la
contamination [26]. Ainsi, il aurait fallu convoquer
tous les patients présentant une IgM VHE positive à
ramener leurs selles pour la recherche du virus. Cette
démarche devrait être envisagée pour déterminer avec
certitude la présence du VHE chez ces patients.
Nous avons réussi à obtenir un nombre acceptable de
sujets répondant aux objectifs de notre étude.
Néanmoins, il faudrait une étude à grande échelle pour
pouvoir répondre de manière significative à plusieurs
des questions posées. Les résultats obtenus montrent
que: i) la séroprévalence du VHE est très élevée chez
les PVVIH dépassant même la prévalence dans la
population générale centrafricaine; ii) il est possible de
contrôler les paramètres biochimiques, biologiques et
hématologiques des PVVIH en assurant une bonne
prise en charge thérapeutique du VHE. Ces résultats
doivent être pris en compte ultérieurement dans la
recherche des facteurs de risque de contamination des
PVVIH, en recherchant le plus largement possible les
facteurs probables de risque et en isolant le virus dans
les selles des patients ayant été en contact avec le
VHE.
Conflit d’intérêt : Les auteurs ne déclarent aucun
conflit d’intérêt. L’Institut Pasteur de Bangui a financé
tout le déroulement de ce travail.
Contribution de chaque auteur : NPK a conçut et
dirigé le travail, supervisé tous les étapes de l’étude,
analysé et interprété les résultats et rédigé le
manuscrit ; AM a conçu le questionnaire et participé à
l’analyse des résultats ; OS a réalisé les enquêtes sur le
terrain et les tests ELISA et a participé à l’analyse des
résultats. Tous les auteurs ont relus et approuvé la
version finale du manuscrit avant sa soumission.
Remerciements : Les auteurs remercient les patients
qui ont accepté de participer à cette étude. Ils
remercient également les agents du service d’accueil
et les préleveurs du laboratoire d’analyses médicales
de l’Institut Pasteur de Bangui qui ont bien voulu
accepter de prélever un tube supplémentaire des
patients. Ils n’oublient pas Mr Aubin Béré qui a initié
Mlle O Sibiro aux techniques d’ELISA.
Références
1 - Belyhun Y, Maier M, Mulu A, Diro E and Liebert
UG. Hepatitis viruses in Ethiopia: a systematic review
and meta-analysis. BMC Infect. Dis. 2016;16:761
2 - Hoofnagle JH, Nelson KE, Purcell RH. Hepatitis
E. N Engl J Med 2012;367:1237-44
3 - Kim J, Nelson KE, Panzner U et al. A systematic
review of the epidemiology of hepatitis E virus in
Africa. BMC infect Dis. 2014;14:308
4 - Mushahwar IK. Hepatitis E virus: molecular
virology, clinical features, diagnosis, transmission,
epidemiology, and prevention. J Med Virol, 2008;
80:646-58.
5 - Feldt T, Sarfo FS, Zoufaly A, Phillips RO,
Buchard G, van Lunzen J et al. Hepatitis E virus
infections in HIV-infected patients in Ghana and
Cameroon. J Clin Virol 2013;58:18-23
6 - Jacobs C, Chiluba C, Phiri C, Lisulo MM, Chomba
M, Hill PC et al. Seroepidemiology of hepatitis E
virus infection in an urban population in Zambia:
strong association with HIV and environnemental
enteropathy. J Infect Dis 2014;209:652-57
7 - Jardi R, Crespo M, Homs M, van den Eynde E,
Girones R, Rodriguez-Manzano J et al. HIV, HEV and
cirrhosis : evidence of a possible link from eastern
Spain. HIV Med 2012;13:379-83
8 - Kaba M, Richet H, Ravaux I, Moreau J, Poizot-
Martin I, Motte A et al. Hepatitis E virus infection in
patients infected with the human immunodeficiency
virus. J Med Virol 2011;83:1704-16
9 - Kenfak-Foguena A, Schöni-Affoler F, Bürgisser P,
Witteck A, Darling KE, Kovari H, et al. Hepatitis E
virus seroprevalence and chronic infections in patients
with HIV, Switzerland. Emerg Infect Dis
2011;17:1074-78
10 - Meng X-J. Zoonotic and food borne transmission
of hepatitis E virus. Semin Liv Dis, 2013; 33:419
11 - Colson P, Kaba M, Moreau J, Brouqui P.
Hepatitis E in an HIV-infected patient. J Clin Virol.
2009;45:269-71
12 - Neukam K, Barreiro P, Macias J, Avellon A,
Cifuentes C, Martin-Carbonero L, et al. Chronic
hepatitis E in HIVpatients : rapid progression to
cirrhosis and response to oral ribavirin. Clinical
Infectious Dis. 2013;57:465-468
13 - Pineda JA, Cifuentes C, Parra M, Merchante N,
Pérez-Navarro E, Rivero-Juarez A, Real LM.
Incidence and natural history of hepatitis E virus
coinfection among HIV-infected patients. AIDS.
2014;28:1931-1937
14 - Rivero-Juarez A, Martinez-Duenas L, Martinez-
Peinado A, Camacho A, Cifuentes C, Gordon A,
Rivero A. High hepatitis E virus seroprevalence with
absence of chronic infection in HIV-infected patients.
The Journal of Infection. 2015;70 :624-630
15 - Goumba CM, Yandoko-Nakouné ER, Komas
NP.A fatal case of acute hepatitis E among pregnant
59
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°002 / Décembre 2016 -
women, Central African Republic. BMC Res Notes,
2010; 3:103
16 - Howard CM, Handzel T, Hill VR. Novel risk
factors associated with hepatitis E virus infection in a
large outbreak in northern Uganda: results from a
case-control study and environnemental analysis. Am
J Trop Med Hyg, 2010; 83(5):1170-1173
17 - Labrique AB, Zaman K, Hossain Z. Population
seroprevalence of hepatitis E virus antibodies in rural
Bangladesh, Am J Trop Med Hyg, 2009; 81(5):875-
881
18 - Aggarwal R, Kumar R, Pal R, Naik S, Semwal
SN, Naïk SR. Role of travel as a risk factor for
hepatitis E virus infection in a disease endemic area.
Indian J Gastroenterol, 2002; 21(1):14-8
19 - Debes JD, Wassaf MM, Pisano MB, Isa MB,
Lotto M, Marianelli LG, et al. Increased hepatitis E
virus seroprevalence correlates with lower CD4+ cell
counts in HIV-infected persons in Argentina.
PloSONE 2016;11(7):e0160082
20 - Colson P, Dhiver C, Gérolami R. Hepatitis E
virus as a newly identified cause of acute viral
hepatitis during human immunodeficiency virus
infection, Clin Microbiol and Infect, 2008;
14(12):1176-80
21 - Halac U, Béland K, Lapierre P, Patey N, Ward P,
Brassard J et al. Cirrhosis due to chronic Hepatitis E
infection in a Child Post-Bone Marrow Transplant. J
Pediatr 2012;160: 871-74
22 - Renou C, Nicand E, Pariente A, Cadranel J-F,
Pavio N. Quand rechercher et comment diagnostiquer
une hépatite E autochtone ? Gastro Clin Biol,
2009;33:27-35
23 - Sellier P, Mazeron M-C, Tesse S, Badsi E, Evans
J et al. Hepatitis E virus infections in HIV-infected
patients with elevated serum transaminases levels. J
Virol, 2011;8:171
24 - Politou M, Boti S, Androutsakos T, Valsami S,
Pittaras T, Kapsimali V. Seroprevalence of hepatitis E
in HIV infected patients in Greece. J Med Virol
2015;87:1517-20
25 - Yong MK, Paige EK, Anderson D, Hoy JF.
Hepatitis E in Australian HIV-infected patients: an
under-recognised pathogen? Sexual Health
2014;11:375-78
26 - Tam AW, White R, Yarbough PO, Murphy BJ,
McAtee CP et al. In vitro infection and replication of
hepatitis E virus in primary cynomolgus macaque
hepatocytes. Virology, 1997;238:94-102.
60