ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Les antipaludiques étaient prescrits en association
avec d’autres médicaments, principalement les
antipyrétiques 58,5% (93/159) et les antibiotiques
28,3% (45/159). Sur les 159 malades traités pour
paludisme simple, 138 soit 86,8% avaient compris la
prescription et ont pu répéter correctement la
posologie et la durée des traitements.
Discussion
L’étude a été réalisée pendant une période caractérisée
par les crises militaro-sociopolitiques où l’insécurité
était généralisée à travers le pays. Non entretenu, l’état
des routes était très dégradé par endroits. Ces facteurs
nous ont empêchés d’accéder à l’ensemble des
formations sanitaires fonctionnelles du district.
Cependant, l’accès à 18 formations sanitaires sur 25
nous a permis de disposer de données pouvant
atteindre notre objectif qui était d’évaluer la qualité de
la prescription des antipaludiques au cours paludisme
simple en milieu rural. Les enfants de moins de cinq
ans étaient majoritaires parmi les malades enquêtés.
Cela peut s’expliquer par la faible prémunition vis-à-
vis de la maladie ; ils font partie des groupes
vulnérables au paludisme [6]. Les motifs de
consultation étaient variés. Les patients présentaient
plusieurs signes fonctionnels à la fois. La fièvre était
le motif le plus régulièrement retrouvé (95,6%). Le
paludisme se caractérise par la survenue d’épisodes
aigus de fièvre (accès palustres). Les premiers
symptômes fièvre, céphalées, frissons, vomissements,
douleurs musculaires, apparaissent en général une
dizaine de jours après la piqûre de moustique [6]
Selon les principes directeurs relatifs au traitement du
paludisme simple, la cible des CTA est tout sujet, quel
que soit son âge, présentant de la fièvre. En outre, les
doses des médicaments devraient être calculées en
fonction de l’âge et du poids des malades [5]. Dans
notre étude, la température a été prise chez 93,1% des
malades et dans 70% des cas, le poids a été déterminé
afin d’adapter la posologie des médicaments. Dans
l’ensemble, le taux de dépistage du paludisme est resté
faible, 62,3% seulement en dépit des
recommandations. 37,7% des malades (60/159) ont été
traités sans preuve parasitologique. Selon les
directives nationales, le traitement présomptif du
paludisme ne doit se faire que dans les cas où l’accès à
un test diagnostique n’est pas possible [5]. Au cours
de ce travail, la fréquence du traitement présomptif
semble trop élevée. Le paludisme n’étant pas la seule
cause de fièvre [7], il est judicieux de disposer d’une
confirmation parasitologique avant la prescription
d’un antipaludique, surtout dans les structures de santé
où un TDR ou une microscopie est possible [6]. Des
efforts supplémentaires doivent être consentis afin
d’accroitre l’utilisation des TDR ou de la
microspcopie pour la confirmation des cas suspects de
paludisme. S’agissant du traitement de paludisme
simple, l’artéméther et la quinine injectables ont été
les antipaludiques les plus fréquemment prescrits avec
des proportions respectives de 47,2% et 42,1%. Il
s’avère que la gratuité des CTA (subventionnées par le
Fonds Mondial) entraînerait des effets négatifs sur le
fonctionnement des structures de santé. Les structures
sanitaires dont une partie des recettes est issue de la
vente des médicaments, se voient privées de
ressources financières qui permettent leur
fonctionnement. Elles n’ont donc pas intérêt à
proposer des CTA gratuites, d’où, une dérive des
pratiques vers l’utilisation des produits dont la vente
assure un revenu pour la structure (arthéméter et
quinine injectables). L’utilisation abusive des
antipaludiques injectables rapportée ici pourrait être
justifiée soit par l’état clinique des malades qui rend
aléatoire un traitement per os (vomissements), soit par
la méconnaissance des directives de prise en charge du
paludisme. La prescription conforme du traitement
antipaludique a été enregistrée dans 7,5% des cas.
L’artémether-luméfantrine, médicament recommandé
en première ligne dans le traitement du paludisme, est
rarement prescrit. Ce qui atteste d’une faible adhésion
des prescripteurs au nouveau protocole thérapeutique.
Un pourcentage élevé de cas de paludisme confirmés
ou suspects ont reçu des traitements non recommandés
en première ligne. Cette faible adhésion des
prescripteurs au nouveau protocole constitue un défi
pour le programme national de lutte contre le
paludisme qui cherche à assurer un large accès des
malades aux CTA [5]. Environ une décennie après les
changements des protocoles thérapeutiques, la
progression de la proportion des malades mis sous
antipaludique recommandé est très variable d’un pays
à l’autre en Afrique. Elle a été rapide par exemple en
Guinée Conakry (60,2%), au Cameroun (51%), au
Burkina-Faso (82,4%) mais reste faible en RCA
(7,5%) [8,9,10]. Une étude réalisée au Congo
démocratique en 2005 rapportait que la quasi-totalité
des prescriptions n’était pas conforme aux directives
thérapeutiques standards [20]. Dans le cas de la RCA,
ceci serait dû probablement à l’effet de la crise que
traverse le pays ou à l’insuffisance de la formation et
de l’information sur les nouvelles directives.
Conclusion
Les résultats de notre étude montrent que le traitement
du paludisme simple conforme aux directives
nationales est une attitude minoritaire chez les agents
de santé en milieu rural centrafricain. Une recherche
des facteurs associés à cette mauvaise pratique et le
renforcement de capacité du personnel sur les
nouvelles directives ainsi que des supervisions
régulières sont nécessaires pour améliorer la qualité de
la prise en charge du paludisme en République
centrafricaine. Cela permettra de prévenir l’apparition
des souches parasitaires pharmaco-résistantes.
Références
1. Gresenguet G, Methode M, Koffi B, Bangamingo
JP. : Policy brief on improving access to
artemisinin-based combination therapies for
malaria in Central African Republic. International