
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Introduction
La guerre civile en République centrafricaine a
modifié la pratique de la traumatologie dans le service
d’Orthopédie-Traumatologie de Bangui. La prise en
charge des lésions balistiques diffère de celle
pratiquée en traumatologie civile [1]. Cette
traumatologie garde sa particularité dans la prise en
charge des lésions particulières, familièrement
dénommée « chirurgie de guerre » dont les règles sont
développées par l’équipe chirurgicale du Comité
International de la Croix Rouge (CICR). Les lésions
sont hautement septiques du fait de la souillure
importante et de l’effet de cavitation engendré par le
projectile. Le type et la dimension des lésions
produites par des balles de fusil d’assaut sont variables
et multiples créant ainsi des effets de cavitation ou non
selon le type de projectile [1,2]. Afin d’organiser la
prise en charge et codifier la gestion de ces lésions, les
auteurs ont réalisé cette première étude sur les lésions
balistiques dont l’objectif était de décrire les lésions
balistiques engendrées et le profil épidémiologique
des blessés au cours de la guerre civile en République
centrafricaine.
Patients et méthodes
Il s’agissait d’une étude descriptive d’une durée de
quatorze (14) mois, allant du 1
er
Octobre 2012 au 30
Novembre 2013 et correspondant à la période de la
guerre civile en République centrafricaine. La
population d’étude était constituée par des blessés par
balle, de tout âge, pris en charge au service
d’Orthopédie-Traumatologie de l’Hôpital
Communautaire de Bangui. Les blessés pris en charge
dans d’autres structures de soins, les décès
préhospitaliers ainsi que les lésions par explosifs et
armes de chasse étaient exclus. Les circonstances de
survenue des lésions étaient recueillies auprès des
blessés. Toutes les lésions balistiques étaient reparties
selon la classification du CICR qui classe les lésions
balistiques selon l’existence d’un orifice d’entrée (E)
ou de sortie (X), d’une cavitation (C), de la rétention
ou non d’un corps étranger métallique (M), de
l’existence d’une fracture (F) et des lésions pouvant
engager le pronostic vital (V). Cependant, pour les
atteintes des membres, nous avons utilisé une
classification expérimentale propre au service. Les
lésions étaient ainsi reparties en 5 types : A, B, C, D et
E. Le type A correspondait à une lésion des parties
molles sans cavitation et sans fracture ; le type B, à
une lésion des parties molles avec cavitation mais sans
fracture ; le type C, une fracture diaphysaire simple
avec ou sans cavitation ; le type D, à une fracture
complexe ou articulaire avec cavitation et le type E, à
tous les types précédents (A, B, C et D) associés à une
lésion vasculaire et/ou nerveuse. Les données étaient
recueillies sur une fiche d’enquête comportant les
données sociodémographiques, les circonstances de
survenues, les données cliniques et évolutives. Les
fiches d’enquêtes étaient remplies à l’admission du
patient aux urgences chirurgicales et/ou lors de la
prise en charge dans le service. L’analyse des données
utilisait le logiciel Epi-Info 2008 version 3.5.1.
Résultats
Au cours de l’étude, 212 victimes de lésion balistique
avaient été incluses dont 186 hommes (87,7%) et 26
femmes (26,3%) pour un sex-ratio de 7 (H/F). L’âge
moyen était de 28,51 ans (extrêmes : 5 et 75 ans).
(Figure 1).
Figure 1: Répartition des victimes des lésions
balistiques selon la tranche d’âge (ans)
Les protagonistes en conflit étaient moins atteints par
rapport aux civiles. Les combattants de la coalition
Séléka étaient plus blessés (n=81) que ceux forces
armées centrafricaines (FACA) (n=14). Parmi les
civiles blessés, le personnel du secteur privé
représentait la couche socio-professionnelle la plus
touchée avec 38 blessés, suivi des sans profession
(n=32). Le braquage à main armée était le type
d’agression le plus utilisé contre les civiles. Les
agresseurs étaient souvent de la coalition Séléka. Le
tableau I nous résume les caractéristiques
sociodémographiques des sujets atteints. Le délai de
consultation des blessés dans notre étude était en
moyenne de 2,18 jours (extrêmes : 1 à 15 jours). Au
cours de l’étude, 247 lésions balistiques étaient
observées. Les lésions centrales (tête, cou et tronc)
étaient 65 fois observées et celles périphériques aux
membres 182 fois. Pour les atteintes centrales, le
thorax et l’abdomen étaient plus touchés avec 51
lésions sur les 65 (78,5%) enregistrées. 163 patients
avaient présenté des lésions aux membres, reparties en
132 fractures avec un patient polyfracturé (73,0%) et
49 lésions des parties molles sans fracture (30,0%).
Chez 40 (18,9%) patients de la série, les lésions
étaient associées dont 16 étaient mixtes (centrales et
périphériques). La cavitation (C) était quasi-constante
dans toutes les lésions balistiques de notre série (173
cas, 93,0%) (Tableau II). La répartition des lésions
balistiques selon la classification du CICR notait
plusieurs possibilités de répartition. Les formes
cliniques les plus rencontrées étaient la plaie
transfixiante sans lésion osseuse avec existence d’une
cavitation chez 39 patients (21,4%). Elle correspondait
au type B de notre classification propre. En cas
d’atteinte osseuse, les formes EXCF (plaie
7
93
76
19
13
2 2
0
50
100
5 à 15 16 à 25 26 à 35 36 à 45 46 à 55 56 à 65 66 à 75
n=212