ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Les lésions par arme de guerre lors de la guerre civile à Bangui : Aspects
épidémiologiques et lésionnels
Damage by war’s weapon civil war in Bangui: Lesion and epidemiological aspects
BJD Tékpa
1
, G Komba Togowé
1
, PA Issa Mapouka
1
, L Singa
2
, A Doui-Doumgba
3
, L Nghario
3
, V Ndoma
Ngatchokpo
4
, A Gaudeuille
4
1
Service d’Orthopédie-traumatologie de l’Hôpital Communautaire;
2
Chirurgien MSF France ;
3
Service de Chirurgie générale de l’Hôpital de l’Amitié ;
4
Service de Chirurgie pédiatrique du Complexe Pédiatrique.
Auteur correspondant : Bertrand Jean-de-Dieu Tékpa, service de orthopédie-traumatologie à l’Hôpital
Communautaire ; BP 2535 Bangui (République centrafricaine), Téléphone : (+236) 75470600. Email:
tekpabertrand@yahoo.fr
Reçu le 15 décembre 2015, accepté le 08 juin 2016
Résumé
Objectif : Décrire les lésions balistiques engendrées
au cours de la guerre civile en République
centrafricaine.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
descriptive couvrant une période de quatorze mois (1
er
Octobre 2012 au 30 Novembre 2013). La population
d’étude était constituée des patients blessé par balle
d’arme de guerre et pris en charge au service
d’orthopédie-traumatologie. Les lésions balistiques
étaient reparties selon la classification du Comité
International de la Croix Rouge (CICR) et les sions
des membres selon notre classification propre. Les
données ont été analysées avec le logiciel épi-info
2000.
Résultats : Sur 212 patients inclus, 247 présentaient
des lésions balistiques dont 65 centrales et 182
appendiculaires. Il s’agissait de 186 hommes et 26
femmes, dont l’âge moyen était de 28,51 ans
(extrêmes : 5 et 75 ans). Les lésions balistiques étaient
plus observées dans la tranche d’âge de 16 à 25 ans.
Les protagonistes en conflit étaient représentés par les
combattants Séléka (n=81 soit 38,2%) et les forces
armées centrafricaines (n=14 soit 6,6%). Seules
17,0% lésions étaient consécutives au combat au corps
à corps. Les blessés ont accédé au service de
traumatologie en moyenne à 1,64 jour (extrêmes 1 et
15 jours). Le mode de transport des blessés à l’Hôpital
était plus souvent les véhicules particuliers (n=139).
Les blessés provenant de Bangui et sa périphérie
représentaient 73,6% des cas. Les lésions étaient
centrales pures chez 23,1% des patients,
appendiculaires pures chez 69,3% et mixtes chez
7,5%. La répartition des lésions observées est
présentée dans le tableau II. Douze cas de décès
étaient observés au cours de l’étude.
Conclusion : La guerre civile en République
centrafricaine a engendré des lésions graves. Les
principales victimes étaient les civiles et les
combattants de la Séléka. Les membres étaient la
principale localisation des lésions qui étaient souvent
des fractures ouvertes.
Mots clés : guerre civile, rébellion, arme d’assaut,
lésion balistique, Centrafrique
Abstract
Objective: To describe ballistic injuries caused during
the civil war in the Central African Republic.
Patients and methods: It was a descriptive
prospective study covering a fourteen month period
(1
St
October 2012 to 30 November 2013). The study
population consisted of patients shot of weapon of war
and supported at the orthopedics and traumatology
service. Ballistic lesions were distributed according to
the classification of the International Committee of the
Red Cross (ICRC) and lesions of the members
according to our own classification. The data were
analyzed with Epi-info 2000.
Results: The study included 212 patients with 247
ballistic injuries including 65 plants and 182
appendicularians in 186 men (87.7%) and 26 women
(26.3%), aged an average of 28.51 years (extremes: 5-
75 years). Ballistic lesions were more observed in the
age group of 16 to 25 years. The protagonists in
conflict were represented by veterans Seleka (n = 81
or 38.2%) and the CAR Army Forces (FACA) with (n
= 14 or 6.6%). Only 17.0% of lesions were
consecutive in hand-to-hand combat during the
conquest of Bangui. The wounded have joined trauma
service on average at 1.64 days (range 1 to 15 days)
and the mode of transport of the injured to the hospital
was more often private vehicles (n = 139). The
wounded from Bangui and its outskirts accounted for
73.6% cases. Lesions were central pure in 49 (23.1%)
patients, appendicularians pure in 69.3% of patients
and mixed in 7.5%. The observed lesions were in table
II. Twelve deaths were observed during the study in
hospital.
Conclusion: The civil war in the Central African
Republic resulted in serious injury. The main victims
were civilians and the SELEKA. Civilians are often
victims of stray bullets or robbery armed during this
period of crisis. The members were the main location
of the lesions that were often open fractures.
Keywords: civil war, rebellion, assault weapon,
ballistic injury, Central African Republic.
37
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Introduction
La guerre civile en République centrafricaine a
modifié la pratique de la traumatologie dans le service
d’Orthopédie-Traumatologie de Bangui. La prise en
charge des lésions balistiques diffère de celle
pratiquée en traumatologie civile [1]. Cette
traumatologie garde sa particularité dans la prise en
charge des lésions particulières, familièrement
dénommée « chirurgie de guerre » dont les règles sont
développées par l’équipe chirurgicale du Comité
International de la Croix Rouge (CICR). Les sions
sont hautement septiques du fait de la souillure
importante et de l’effet de cavitation engendré par le
projectile. Le type et la dimension des lésions
produites par des balles de fusil d’assaut sont variables
et multiples créant ainsi des effets de cavitation ou non
selon le type de projectile [1,2]. Afin d’organiser la
prise en charge et codifier la gestion de ces lésions, les
auteurs ont réalisé cette première étude sur les lésions
balistiques dont l’objectif était de décrire les lésions
balistiques engendrées et le profil épidémiologique
des blessés au cours de la guerre civile en République
centrafricaine.
Patients et méthodes
Il s’agissait d’une étude descriptive d’une durée de
quatorze (14) mois, allant du 1
er
Octobre 2012 au 30
Novembre 2013 et correspondant à la période de la
guerre civile en République centrafricaine. La
population d’étude était constituée par des blessés par
balle, de tout âge, pris en charge au service
d’Orthopédie-Traumatologie de l’Hôpital
Communautaire de Bangui. Les blessés pris en charge
dans d’autres structures de soins, les décès
préhospitaliers ainsi que les lésions par explosifs et
armes de chasse étaient exclus. Les circonstances de
survenue des sions étaient recueillies auprès des
blessés. Toutes les lésions balistiques étaient reparties
selon la classification du CICR qui classe les lésions
balistiques selon l’existence d’un orifice d’entrée (E)
ou de sortie (X), d’une cavitation (C), de la rétention
ou non d’un corps étranger métallique (M), de
l’existence d’une fracture (F) et des lésions pouvant
engager le pronostic vital (V). Cependant, pour les
atteintes des membres, nous avons utilisé une
classification expérimentale propre au service. Les
lésions étaient ainsi reparties en 5 types : A, B, C, D et
E. Le type A correspondait à une lésion des parties
molles sans cavitation et sans fracture ; le type B, à
une lésion des parties molles avec cavitation mais sans
fracture ; le type C, une fracture diaphysaire simple
avec ou sans cavitation ; le type D, à une fracture
complexe ou articulaire avec cavitation et le type E, à
tous les types précédents (A, B, C et D) associés à une
lésion vasculaire et/ou nerveuse. Les données étaient
recueillies sur une fiche d’enquête comportant les
données sociodémographiques, les circonstances de
survenues, les données cliniques et évolutives. Les
fiches d’enquêtes étaient remplies à l’admission du
patient aux urgences chirurgicales et/ou lors de la
prise en charge dans le service. L’analyse des données
utilisait le logiciel Epi-Info 2008 version 3.5.1.
Résultats
Au cours de l’étude, 212 victimes de lésion balistique
avaient été incluses dont 186 hommes (87,7%) et 26
femmes (26,3%) pour un sex-ratio de 7 (H/F). L’âge
moyen était de 28,51 ans (extrêmes : 5 et 75 ans).
(Figure 1).
Figure 1: Répartition des victimes des lésions
balistiques selon la tranche d’âge (ans)
Les protagonistes en conflit étaient moins atteints par
rapport aux civiles. Les combattants de la coalition
Séléka étaient plus blessés (n=81) que ceux forces
armées centrafricaines (FACA) (n=14). Parmi les
civiles blessés, le personnel du secteur privé
représentait la couche socio-professionnelle la plus
touchée avec 38 blessés, suivi des sans profession
(n=32). Le braquage à main armée était le type
d’agression le plus utilisé contre les civiles. Les
agresseurs étaient souvent de la coalition Séléka. Le
tableau I nous résume les caractéristiques
sociodémographiques des sujets atteints. Le délai de
consultation des blessés dans notre étude était en
moyenne de 2,18 jours (extrêmes : 1 à 15 jours). Au
cours de l’étude, 247 lésions balistiques étaient
observées. Les lésions centrales (tête, cou et tronc)
étaient 65 fois observées et celles périphériques aux
membres 182 fois. Pour les atteintes centrales, le
thorax et l’abdomen étaient plus touchés avec 51
lésions sur les 65 (78,5%) enregistrées. 163 patients
avaient présenté des lésions aux membres, reparties en
132 fractures avec un patient polyfracturé (73,0%) et
49 lésions des parties molles sans fracture (30,0%).
Chez 40 (18,9%) patients de la série, les lésions
étaient associées dont 16 étaient mixtes (centrales et
périphériques). La cavitation (C) était quasi-constante
dans toutes les lésions balistiques de notre série (173
cas, 93,0%) (Tableau II). La répartition des lésions
balistiques selon la classification du CICR notait
plusieurs possibilités de répartition. Les formes
cliniques les plus rencontrées étaient la plaie
transfixiante sans lésion osseuse avec existence d’une
cavitation chez 39 patients (21,4%). Elle correspondait
au type B de notre classification propre. En cas
d’atteinte osseuse, les formes EXCF (plaie
7
93
76
19
13
2 2
0
50
100
5 à 15 16 à 25 26 à 35 36 à 45 46 à 55 56 à 65 66 à 75
n=212
38
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Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
transfixiante avec cavitation et fracture) étaient
majoritaires et se classaient en type C ou D en
fonction de la complexité de la fracture ou de l’atteinte
articulaire ou non au niveau du membre.
Tableau I : Données sociodémographiques
Caractéristiques
sociodémographiques
Effectif (%)
N=212
Sexe
Masculin
Féminin
Sex-ratio
186 (87,7%)
26 (12,3%)
7,15 (H/F)
Profession
Coalition SELEKA
Armée centrafricaine
Sans profession
Secteur privé
Elève-Etudiants
Paysans
Secteur publique
Humanitaire
81 (38,2%)
14 (6,6%)
32 (15,1%)
38 (17,9%)
24 (11,3%)
16 (7,5%)
6 (2,8%)
1 (0,5%)
Provenance
Bangui
Province
Périphérie de Bangui
134 (63,2%)
56 (26,4%)
22 (10,4%)
Circonstance de l’accident
Agression à main armée
Balle perdue
Combat entre belligérants
Mauvaise manipulation
Braquage
73 (34,4%)
70 (33,0%)
36 (17,0%)
27 (12,7%)
6 (2,8%)
Mode de transport à l’Hôpital
Véhicule particulier
Taxis
Ambulance
Pousse-pousse
139 (65,6%)
40 (18,9%)
25 (11,8%)
8 (3,8%)
Ces deux formes cliniques représentaient
respectivement 72 cas (39,5%) pour le type C et 32
cas (17,6%) pour le type D. Enfin l’atteinte vasculaire
et/ou nerveuse était observée avec ou sans fracture
chez toutes les 17 amputations enregistrées au cours
de l’étude. Tous les membres amputés pour lésion
balistique étaient classés types EMV, EXV, EXCV et
EXCFV correspondant au type E de notre
classification. Parmi les patients classés type E, cinq
(5) paralysies définitives étaient aussi observées au
cours de l’évolution. Onze (11) décès hospitaliers ont
été recensés. Les décès étaient consécutifs à un hémo-
pneumo-hémothorax (n=5), une plaie abdominale
(n=3) et à une plaie crânio-encéphalique (n=3). Tous
les décès étaient consécutifs à une lésion centrale.
Discussion
Pendant la période de l’étude, 212 victimes des lésions
balistiques prises en charge au service d’Orthopédie-
Traumatologie de l’Hôpital Communautaire de Bangui
ont été incluses selon les critères retenus. Les études
sur les lésions balistiques se pratiquent souvent en
période de guerre donc d’insécurité. Cette situation
justifie le peu de publications sur le sujet. En cas de
réalisation, ces études sont conduites par les
humanitaires du CICR ou des ONG s’occupant du
sujet et par des chirurgiens du pays concerqui se
sont mis à l’abri des balles. Nous avions bravé cette
insécurité pour réaliser cette étude et obtenir cet
échantillon, de taille raisonnable, comparée à celle des
séries décrites dans la littérature. Certains auteurs
comme Brunner et al. [3] aux Etats Unies en 1990,
avaient enregistré au cours d’une étude randomisée
163 blessés par balle à l’université de Floride. Rautio
et al. [4] en 1998 avaient retenu au cours de la guerre
d’Afghanistan 200 cas colligés à l’Université
d’Helsinki en Finlande. Cette étude visait à étudier la
distribution anatomique des blessures de guerre.
Notons que Geissler et al. [5], avaient fait une étude
comparative entre le traitement antibiotique par voie
orale et parentérale à l’université de Mississipi chez
25 patients victimes de lésions balistiques. Par
ailleurs, Bakir et al. [6], dans une étude comparative
menée à Bagdad en Irak entre 2004 et 2008 chez les
blessés par balle et missile pris en charge entre 6
heures et 24 heures avaient sélectionné 102 patients.
Toutes ces séries témoignent l’origine humanitaire des
auteurs des études, à l’exception de la série de Bakir et
al. [6]. Les victimes dessions balistiques étaient
plus dans la tranche de 16 à 35 ans dans 79,7% des
cas. C’est une tranche constituée de la population
active et dynamique, pouvant être enrôlées dans une
rébellion ou une armée gulière. Cette tranche d’âge
est aussi celle qui pendant les tirs d’arme de guerre,
sort des cachettes pour chercher à ravitailler le reste de
la famille cachée. Ainsi, elle est exposée aux balles
perdues, aux agressions et aux règlements de compte
courant pendant la crise en République centrafricaine.
Cette constatation diffère de l’étude de Bakir et al. qui
avaient observé une représentation de toutes les
tranches d’âge entre 12 et 65 ans. Cette différence
entre les extrêmes d’âge peut s’expliquer par le fait
que dans le conflit Irakien, les lésions étaient souvent
causées par les attentats par engins explosifs dans les
rues de Bagdad. Ce qui expose toute la population
civile déambulant dans les rues en période «paix»
dans cette ville. Parmi les victimes, le sexe masculin
était beaucoup plus toucque le sexe féminin avec
un sex-ratio de 7.15. Ce qui montre que le sexe
masculin est plus exposé au risque de lésions par balle
que le sexe opposé dans notre étude. L’explication à
cette différence est que, néralement lors des conflits
armés, ce sont les hommes qui s’affrontent,
s’agressent et se règlent les comptes. Celiköz et al.
[7], dans leur étude en Turquie sur les temps de
cicatrisation des lésions balistiques de la jambe
avaient recen215 patients exclusivement masculins.
Dans notre étude, les combattants de la coalition
Séléka étaient les plus touchés que les autres
catégories socioprofessionnelles. Cela témoigne de
leur engagement aux combats et leur exposition aux
règlements de comptes lors des partages de butins de
guerre. Ces combattants de la coalition Séléka étaient
composés des hommes armés non conventionnels ne
sachant manier les armes.
39
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Tableau II : Données cliniques
Siège d’atteinte balistique et lésion
Effectif (%)
Siège centrale
(n=65)
Céphalique (plaie crânio-encéphalique)
Cervicale (plaie cervicale)
Thoracique (Hémo-pneumo-thorax)
Abdominal (hémopéritoine)
Bassin (hémorragie)
Maxillo-facial (fracture os face)
6 (9,2%)
1 (1,5%)
36 (55,4%)
15 (23,1%)
4 (6,2%)
3 (4,6%)
Siège périphérique
(n= 182)
MSD
MSG
MID
MIG
MSG-MSD
MIG-MID
MSG-MID
MIG-MSG
MIG-MSG
15 (9,2%)
20 (12,3%)
53 (32,5%)
57 (35,0%)
3 (1,8%)
10 (6,1%)
1 (0,6%)
3 (1,8%)
1 (0,6%)
Lésion périphérique
(n=182)
Fracture ouverte
Lésion parties molles
Polyfracture
132 (72,5%)
49 (26,9%)
1 (0,5%)
La détention d’armes par cette force, pour la plupart
ne connaissant pas les mesures de sécurité à l’usage et
au maniement des armes de guerre explique les
incidents de tir enregistrés dans leur milieu. Les
agressions à main armée étaient le mode courant de
survenue des lésions dans la population civile. Les
fonctionnaires du secteur privé et public étaient
souvent blessés lors des braquages et des agressions
de la part des éléments de la coalition SELEKA selon
que l’on soit opposant à leurs idées ou que l’on soit
d’une classe aisée pouvant constituer une cible pour
les braquages à main armée. La plupart des victimes
était de Bangui et sa périphérie, ce qui fait comprendre
qu’au cours de notre étude. Bangui était l’épicentre de
la crise comparé à l’intérieur du pays. La faible
fréquentation du site d’étude par les blessés par balle
de la périphérie de Bangui est liée aux conditions
sécuritaires précaires et au moyen de transport non
disponibles Pourtant les provinces bien que plus
éloignées accédaient à l’Hôpital Communautaire
facilement que la périphérie de Bangui. L’explication
était que les victimes des provinces étaient souvent
prises en charges par les ONG s’occupants des
victimes de guerre qui assuraient leur évacuation
sanitaire par voie aérienne (MSF et CICR) et pour
d’autres par les militaires des forces impartiales de la
MINUSCA. La majorité de nos blessés de Bangui et
sa banlieue était évacuée par des véhicules particuliers
138 (65.4%) suivis des taxis 40 (19%), viennent
ensuite les ambulances 25 (11.8%) et les pousse-
pousses 8 (3.8%). Ceci témoigne d’une grande
difficulté à accéder au service de soins pendant les
périodes de conflit par manque de moyens de
transport. Dans beaucoup de pays en conflit, les
blessés sont transportés par des moyens privés ce qui
est affirpar Giannou et al. dans leur étude [8]. Ces
difficultés de transport entrainent des risques pour les
patients par des retards dans la prise en charge [6].
Bhatnagar et al. [9], dans leur étude sur les
conséquences du manque d’accès aux soins dans un
contexte de guérilla urbaine en Afghanistan, retiennent
que ce retard peut entrainer des décès prématurés et de
nombreuses complications par ce retard de soins. Ils
ont conclu que le traitement chirurgical précoce et
l’évacuation des blessés de guerre dans une structure
de soins pourraient considérablement réduire la
mortalité précoce et les complications ultérieures.
Bakir et al. [6], dans leur étude en Irak avaient
observé aussi cette difficulté de transfert des blessés
en raison de l’insécurité, et des mauvaises installations
des services de soins d’urgence à Bagdad en Irak. Les
fractures ouvertes et les lésions sans fracture au niveau
des membres sont les lésions les plus observées au
cours de notre étude. L’explication à cette forte
proportion des lésions balistiques aux membres est
que c’est les parties du corps les plus exposées aux
lésions balistiques. Les patients présentant des lésions
centrales avec les retards d’accès à l’Hôpital
Communautaire seraient pour la plupart décédées
avant l’accès à l’Hôpital Communautaire. Ce qui
justifie le faible taux de mortalité de notre série. Tous
les décédés de notre série avaient pour localisation
lésionnelle la tête, le thorax et l’abdomen. Rautio et al.
en 1988 en Afghanistan sur leur série de 200 blessés
ont montré que les blessures de la tête et de l’abdomen
étaient au même niveau de fréquence [4]. Saurabh et
al. en 2010 dans une étude à l’Institut médico-légale
de Vârânasî en Inde portant sur 91 victimes et notaient
que la survie aux plaies crânio-encéphaliques est
faible avec seulement 18 sur 73 lésions mortelles [10].
Willy et al. ont montré dans une étude similaire en
2008 en Afghanistan que les atteintes du thorax et de
l’abdomen étaient au premier plan (40%), suivies des
lésions cérébrales (35%) [11].
40
ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Tableau III : Répartition des lésions des membres selon notre classification et celle du CICR
Notre classification
Corrélation CICR
Effectif (%)
Lésions des parties molles sans fracture
Type A
(Pas cavitation)
EM
1 (0,01%)
EX
2 (0,02%)
Type B
(Cavitation présente)
ECM
2 (0,02%)
EXCM
2 (0,02%)
EXC
39 (21,4%)
Type E(1)
(Type A ou B associé à une lésion vasculaire ou nerveuse)
ECMV
-
EXCMV
-
EMV
2 (0,02%)
EXV
1 (0,01%)
EXCV
1 (0,01%)
Fracture associée
Type C
(Type A ou B associées à une fracture simple)
EMF
-
EXF
2 (0,02%)
ECMF
7 (3,8%)
EXCMF
-
EXCF
72 (39,5%)
Type D
(Type A ou B associées à une fracture complexe ou
articulaire)
EMF
-
EXF
-
ECMF
1 (0,01%)
EXCMF
1 (0,01%)
EXCF
32 (17,6%)
Type E(2)
(Types Cou D associés une lésion vasculaire ou nerveuse)
EMFV
-
EXFV
-
ECMFV
-
EXCFV
17 (9,3%)
EXCMFV
-
Total
182 (100%)
Légendes
Classification des lésions balistiques des membres sans fracture
Type A : EM= Plaie balistique avec rétention métallique, EX= Plaie balistique transfixiante, Type B : ECM=
Plaie balistique avec cavitation et rétention métallique, EXCM=Plaie balistique transfixiante avec cavitation et
rétention métallique, EXC= Plaie balistique transfixiante avec cavitation. Type E(1) : EMV= Plaie balistique
avec rétention métallique avec lésion vasculaire et/ou nerveuse, EXV= Plaie balistique transfixiante avec lésion
vasculaire et/ou nerveuse, ECMV= Plaie balistique avec cavitation, rétention métallique et lésion vasculaire
et/ou nerveuse, EXCMV=Plaie balistique transfixiante avec cavitation, rétention métallique et lésion vasculaire
et/ou nerveuse, EXCV= Plaie balistique transfixiante avec cavitation,
Fractures balistique des membres
Type C : Lésion des parties molles (EMF, EXF, ECMF, EXCF, EXCMF) associée à une fracture diaphysaire
simple Type D : Lésion des parties molles (EMF, EXF, ECMF, EXCF, EXCMF) associée à une fracture
complexe ou articulaire. Type E (2) : Lésion des parties molles (EMF, EXF, ECMF, EXCF, EXCMF)
associée à une fracture et à une lésion vasculaire et/ou nerveuse.
Brunner et al. en 1990 sur une étude menée sur 163
patients ont montré que tous les patients présentaient
une lésion du tronc [3]. Cette différence de fréquence
est liée au type d’arme en cause et à l’environnement
de combat et les profils des victimes. Dans notre
étude, il s’agissait des civiles non-combattantes. Alors
que les militaires avec gilet pare balle et casque de
protection ne présentent que des lésions des membres
avec ainsi un très faible taux de mortalité. Sur les 212
cas étudiés, 163 patients avaient présenté 182 lésions
aux membres. La cavitation était observée dans 173
cas (93,0%). Cette cavitation fait la gravité des lésions
balistiques en termes d’infection. Il s’agit d’une zone
d’attrition crée par la balle et créant une zone de
pullulation microbienne en absence de parage.
L’atteinte vasculaire ou nerveuse en absence d’une
fracture est déjà une lésion exceptionnelle pouvant
conduire à une séquelle grave à type d’amputation ou
de paralysie définitive du membre. La complexité de
la fracture au même titre qu’une fracture articulaire
constitue des éléments d’aggravation de ces lésions
balistiques des membres. Ces fondements sont à la
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
base de notre classification originale qui permettrait de
classer les lésions des membres en dehors de la
classification du CICR qui est très complexe dans sa
reproductibilité (voir tableau III). Rosell et Lasper
déploraient l’absence de classification existante de ces
lésions balistiques depuis leur étude de 2005 [12].
D’autres auteurs font aussi mention de la
prédominance de l’atteinte des membres [4,13]. Dans
notre étude, les blessés n’avaient utilisé aucun moyen
de protection, donc toutes les parties du corps étaient
exposées. Dans notre série, la mortalité était observée
chez 11 patients. Il s’agissait des décès hospitaliers.
Dans l’étude, de Bhatnagar et al. [9], entre 1985 à
1987 en Afghanistan, les blessés décédés avant le
traitement avaient les lésions de la tête, du cou et du
tronc. Dans une étude analytique menée en 2010 en
Inde sur la gravité des lésions mortelles, Saurabh et al.
[10] avaient constaté que les lésions cérébrales sont
des lésions fatales. La faible fréquence de la mortalité
dans notre série s’expliquerait par des décès avant
l’arrivée aux urgences chirurgicales par manque de
moyen de transport en commun et d’éloignement.
Conclusion
La guerre civile en République centrafricaine a
engendré des lésions graves. Les principales victimes
étaient les civiles et les combattants de la SELEKA.
Les civiles sont souvent victimes des balles perdues
ou des agressions à main armée pour vol ou règlement
de compte pendant cette période de crise. Les
membres étaient la principale localisation des lésions
qui étaient souvent des fractures ouvertes. Notre
classification expérimentale parait simple et
reproductible. Nous recommandons une étude de
validation pour proposer sa diffusion aux autres
confrères dans la classification des membres par arme
de guerre.
Références
1. Gray R. Blessures de guerre : principes de prise en
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Conflit d’intérêt
Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt.
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