ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Le bilan préopératoire à Bangui : A propos de 140 malades opérés au niveau des
services de chirurgie.
The preoperative assessment: study about 140 patients operated at the surgery
department in Bangui.
A Doui Doumgba
1
, L Nghario
1
, JDB Tekpa
2
, PA Issa-Mapouka
2
, S Mornandji
3
, A Gaudeuille
4
, NM Nali
1
.
1 Service de Chirurgie Générale. Hôpital de l’Amitié. BP: 2166 Bangui (RCA) ;
2 Service de Traumatologie Orthopédie. Hôpital Communautaire de Bangui ;
3 Faculté des Sciences de la Santé, Université de Bangui. BP 1383.
4 Service de Chirurgie Infantile. Complexe Pédiatrique de Bangui (RCA).
Auteur correspondant : Antoine DOUI DOUMGBA, Service de chirurgie générale, Hôpital de l’Amitié de
Bangui. BP : 2184 Bangui (RCA). Tél. +(236) 75 505953/72505953.
E-mail: dotedoui@yahoo.fr/adouidoumgba@gmail.com
Reçu le 15 décembre 2015, accepté le 18 mai 2016
Résumé
Objectif : Montrer l’intérêt du bilan préopératoire
chez les malades en attente d'intervention chirurgicale
à Bangui.
Patients et méthodes : Il s’agissait d’une étude
prospective réalisée au niveau des services de
chirurgie de l’hôpital Communautaire, de l’hôpital de
l’Amitié et du Complexe Pédiatrique à Bangui de mai
à octobre 2011. Etaient inclus, tous les sujets reçus
pour une consultation pré anesthésique, ayant réalisé
des examens para cliniques dans le cadre du bilan
préopératoire. Pendant la consultation pré
anesthésique, une fiche d’enquête a permis de
recueillir les données qui comprenaient l'indication
opératoire, les antécédents pathologiques, les résultats
des examens paracliniques réalisés avant
l'intervention. L'état de chaque malade a été évalué en
utilisant la classification de l'American Society of
anesthesiologist et le risque infectieux selon la
classification de Althémeir. Les malades étaient suivis
jusqu'à la sortie et certains examens para cliniques qui
étaient anormaux avant l’intervention avaient été
contrôlés à la sortie.
Résultats : Sur un total de 684 malades opérés durant
la période de l’étude, 140 malades (20,5%) ont été
incluses. Le sex-ratio était de 2,7 en faveur des
hommes. L’âge moyen des malades était de 40,7 ans
(Extrêmes: 0 et 86 ans). Les antécédents
pathologiques relevés étaient le diabète sucré (2,1%)
et l’hypertension artérielle (4,3%). Les principales
indications opératoires étaient les appendicites aiguës
(17,85%), les hernies et hydrocèles (15,71%), les
fractures de membre (11,42%), les occlusions
intestinales (6,42%), la maladie de Hirchprung
(6,42%), les adénomes de la prostate (6,42%). Dans
74,3% des cas les malades relevaient de chirurgie
propre (classe I d’Altemeier). Le bilan préopératoire
systématique comprenait le groupe sanguin et rhésus,
l’hémogramme, l’urée sanguine, la créatinine
sanguine, la, glycémie, le temps de céphaline activé, le
temps de saignement et les transaminases. Seulement
20,5% des malades opérés pendant la période avaient
réalisé la totalité de ces examens. Les anomalies
relevées dans le bilan préopératoire réalisé étaient 5
cas de diabète sucrés, 2 cas d’insuffisance rénale, et
une anémie chez 10 malades. Les suites opératoires
étaient normales dans 80,7% des cas. Nous avons
relevé 3 cas (2,1%) de décès suite à une septicémie,
une anémie et une insuffisance rénale. Le bilan de
contrôle réalisé chez les mêmes malades n’a pas
révélé de variation par rapport aux données de départ.
Conclusion : La prescription systématique du bilan
préopératoire demeure une préoccupation au niveau
des services de chirurgie à Bangui. La prescription
d’examens complémentaires doit être adaptée à l’état
du patient après un examen clinique bien mené par
l’anesthésiste. Elle doit prendre en compte l’âge,
l’état général du patient, ses antécédents et la
pathologie nécessitant l’intervention chirurgicale.
Mots clés: Bilan préopératoire, Chirurgie, Bangui,
République Centrafricaine.
Abstract
Objective: To demonstrate the value of preoperative
assessment in patients awaiting surgery in Bangui.
Patients and methods: This was a prospective study
conducted at the surgical services from hôpital
Communautaire, hôpital de l’Amitié and Complexe
Pédiatrique de Bangui from May to October 2011.
Were included, all subjects received for a pre
anesthetic consultation, who have produced diagnostic
tests as part of the preoperative evaluation. During the
pre-anesthetic consultation, a survey sheet has
collected data that included the indication for surgery,
the medical history, the results of diagnostic tests
performed before surgery. The status of each disease
was assessed using the classification of the American
Society of anesthesiologist and the risk of infection
according to the Althemeir’s classification. Patients
were followed up until discharge and some para
clinical examinations that were abnormal prior to
surgery were checked at discharge.
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Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Results: From a total of 684 patients operated during
the study period, 140 patients (20.5%) were included.
The mean age of patients was 40.7 years (extremes: 0
and 86 years). The pathological findings were diabetes
mellitus (2.1%) and arterial hypertension (4.3%). The
main indications for surgery were acute appendicitis
(17.85%), hernia and hydroceles (15.71%), limb
fractures (11.42%), intestinal occlusions (6.42%),
Hirchprung (6.42%) and prostate adenomas (6.42%).
The patients were clean surgery (class I of Altemeier)
in 74.3%. Systematic pre-operative assessment
included blood group and rhesus, hemogram, blood
urea, blood creatinine,, blood glucose, activated partial
thromboplastin time, bleeding time and transaminases.
Only 20.5% of patients operated during the period had
completed all of these examinations. The anomalies
detected in the preoperative assessment were 5 cases
of diabetes mellitus, 2 cases of renal insufficiency and
anemia in 10 patients. The surgery was normal in
80.7% of cases. We found 3 cases (2.1%) of deaths
due to septicemia, anemia and renal insufficiency. The
control results for the same patient did not show any
variation from the baseline data.
Conclusion: The systematic prescription of the
preoperative assessment remains a concern at the level
of surgical services in Bangui. The prescription of
complementary examinations must be adapted to the
patient after a good clinical examination by the
anesthesiologist. It must take into account the patient’s
age, general condition, history and pathology
requiring surgery.
Keywords: Preoperative evaluation, surgery, Bangui,
Central African Republic.
Introduction
Le bilan préopératoire est un ensemble d’examens
qu’un patient effectue avant une intervention
chirurgicale. Souvent, il permet l’évaluation de l’état
de santé du patient, mais également et avant tout
l’évolution d’une maladie [1]. Les examens para
cliniques demandés avant une intervention
chirurgicale posent problème en raison de leur
caractère systématique devant toute intervention
chirurgicale chez les sujets sains. Pour les
interventions d’une certaine importance, un bilan de
dépistage systématique est entrepris dont les éléments
sont discutés et justifiés en fonction de leur intérêt
médical et de leur coût. Toute prescription d’examens
complémentaires doit être adaptée à l’état du patient
[2,3]. En République Centrafricaine les examens
préopératoires sont prescrits systématiquement par les
praticiens. Cette pratique a des conséquences sur le
malade dont le pouvoir d’achat est très limité.
Souvent, le malade n'est pas en mesure de réaliser tous
les examens, ou ne réalise que ceux dont le coût est
abordable. Ainsi, le traitement du malade peut être
retardé, voire abandonné. Parfois, les chirurgiens sont
obligés d'opérer sans tenir compte des résultats de ces
analyses. L’analyse des pratiques du bilan
préopératoire est indispensable pour déterminer quels
examens sont nécessaires avant une intervention
chirurgicale. L’objectif de l’étude était de déterminer
l’intérêt du bilan préopératoire chez les malades
opérés à Bangui, et de faire les recommandations
dans le but d'améliorer la prise en charge desdits
malades en milieu chirurgical.
Patients et Méthodes
Il s’agissait d’une étude prospective ayant porté sur
les malades opérés du 1
er
mai au 31 octobre 2011.
L’étude a été réalisée au niveau des services de
chirurgie de l’hôpital Communautaire, de l’hôpital de
l’Amitié et du Complexe Pédiatrique à Bangui. Etaient
inclus, les patients en attente d'intervention
chirurgicale, reçus en consultation de d’anesthésie et
disposant des résultats des examens para cliniques
réalisés dans le cadre du bilan préopératoire. Au cours
de la consultation d’anesthésie, l'enquêteur remplissait
la fiche d’étude pour chaque patient inclus. Cette fiche
était complétée lors de l’intervention chirurgicale et
une mise à jour était faite jusqu'à la sortie de l'hôpital.
Avant la sortie, certains examens para cliniques qui
étaient anormaux avant l'intervention chirurgicales ont
été contrôlés. Les paramètres étudiés étaient: l'âge, le
sexe, l'indication opératoire, les antécédents
pathologiques, les résultats des examens paracliniques
réalisés, la qualification des prescripteurs, le risque
infectieux, le risque opératoire, l'évolution post
opératoire et la durée de séjour hospitalier. Le risque
infectieux a été défini selon la classification
d'Altemeier des interventions à savoir le type 1 ou
chirurgie propre, le type 2 ou chirurgie propre
contaminée, le type 3 ou chirurgie contaminée le type
4 ou la chirurgie sale. Le risque opératoire a été défini
en fonction du score de l’American Society of
Anesthesiology (ASA): ASA I (Malade sans trouble
organique, physiologique, métabolique ou
psychiatrique. la pathologie nécessitant l'intervention
est isolée), ASA II (Malade présentant des troubles
systémiques moyens ou légers en rapport en rapport
ou non avec l'affection motivant l'intervention), ASA
III (malade présentant des troubles systémiques graves
sur lequel on se propose d'intervenir pour une
affection chirurgicale), ASA IV (Malade présentant
des troubles systémiques graves, menaçant la vie et
non susceptibles d'être améliorés par l'acte chirurgical
envisagé et ASA V (Malade moribond opéré en
désespoir de cause). Les malades opérés en
ambulatoire et ceux n'ayant pas réali le bilan
préopératoire étaient exclus de l’étude.
Résultats
Cent quarante patients étaient inclus, soit représentent
20,5% de l'ensemble des malades opérés pendant la
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
période (140/684). La majorité d’entre eux (98,5%)
provenaient de Bangui et 1,5% de la banlieue de
Bangui. Les femmes représentaient 26,4%) et le sex-
ratio (H/F) était de 2,7. L’âge moyen était de 40,7 ans
(extrêmes 1 et 86 ans). La répartition des patients
selon l’âge est présentée dans le Tableau I.
Tableau I : Répartition des patients opérés selon le
sexe et la tranche d’âge.
Tranche d’âge
Sexe
%
F
M
0-15
6
7
9,3 %
16-30
9
22
22,1 %
31-45
15
27
30,0 %
46-60
4
23
19,3 %
61-75
3
19
15,7 %
> 75
0
5
3,6 %
Total
37
103
100,0 %
Les interventions réalisées comportaient les
appendicectomies (17,8%), les interventions portant
sur la paroi abdominale et le scrotum (15,7%),
l’appareil locomoteur (11,4%), les laparotomies
(6,4%) et des interventions portant sur l'appareil
génital masculin (6,4%). Les différentes affections
pour lesquelles les malades ont été opérés sont
détaillées dans le Tableau II.
Concernant l’évaluation des risques infectieux et
opératoire l’on a noté que 2,1% des malades étaient
diabétiques connus, 4,3% avaient une hypertension
artérielle et 14,3% un terrain d'allergie à certains
médicaments dont la chloroquine (65%), les
sulfamides (25%) et la pénicilline procaïne (10%). En
fonction du risque de contamination opératoire 104
malades (74,3%) relevaient de la chirurgie propre
(Classe I), 16 (11,4%) de la chirurgie propre
contaminée (Classe II), 14 (10%) de la chirurgie
contaminée (Classe III) et 6 (4,3%) de la chirurgie
sale (Classe IV). Selon le score de l’American society
of anesthesiologist (ASA), 46,4% des patients étaient
classés ASA I, 49,3% ASA II et 4,3% ASA III. Aucun
malade n’était classé ASA IV.
Sur le plan du bilan paraclinique réali en
préopératoire, nous avons distingué deux groupes :
Pour l’imagerie médicale nous avions enregistré 101
examens répartis comme suit :
- 13 radiographies de l’abdomen sans préparation
(ASP) réalisées pour syndrome occlusif et masse
abdominale.
- 50 échographies+ réalisés respectivement pour
douleurs abdominales aiguës (16 cas), masses
abdominales (11 cas), rétentions igues des urines
(19 cas) et masses pelviennes (4 cas).
- 2 mammographies pour tumeur du sein
- 4 Urétro-cystographies rétrogrades (UCR) en
présence d'un adénome de la prostate et,
- 32 radiographies simples des membres pour
fractures.
Tableau II : Répartition du nombre des malades
opérés selon les types d’affections recensés
Types d’affections
%
Affections de l’appareil digestif
Occlusion intestinale
Appendicite aigue
Péritonite
Invagination intestinale
Maladie de Hirschspoung
Cancer du rectum
Sous total
39,3%
Affections des organes génito-urinaires
Rétention aigue d’urine
Rupture de l’urètre
Adénome de la prostate
Sténose du méat
Kyste de l’ovaire
Myome utérin
Fistule recto vaginale
Sous total
20,8%
Affections de l’appareil locomoteur
Fractures
Luxations
Ostéites
Pieds bots
Sous total
22,8%
Autres affections
Hernies et hydrocèles
Hémorroïdes
splénomégalie
Sous total
21,4%
Total
100,0%
Quant aux examens biologiques, le Groupe
sanguin/Rhésus(GS/Rh) avait été réalisé par tous les
malades (100%), la numération formule
sanguine(NFS) par 94,3% des malades, l’urée
sanguine par 40,7% des malades, la créatinine
sanguine par 28,5% des malades, la glycémie par
32,1% des malades, le temps de Céphaline activé
(TCA) par 7,8% des malades, le temps de saignement
(TS) par 7,1% des malades et, les transaminases par
0,7% des malades. Des résultats enregistrés nous
avions relevé, 5 cas de diabète sucré, 2 cas
d'insuffisance rénale, un cas d'hyper urémie et 10 cas
d'anémie (Taux d’hémoglobine inférieur à 10 g/l, où
un taux d’hématocrite inférieur ou égale à 18%. Les
malades ayant une insuffisance rénale avaient une
créatinine et une urée sanguine respectivement à 14
mg/l et à 0,60 g/l. Il s'agissait d’un cas d'adénome de
la prostate et d'un cas de cancer du rectum.
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Les autres anomalies relevées étaient une élévation ou
une diminution du nombre des globules blancs
(Tableau III).
Tableau III: Répartition du nombre des malades
opérés selon les résultats du bilan biologique
préopératoire.
Types d'examens
Nombre
de
malades
Résultats
pathologiques
%
Groupe Sanguin Rhésus
140
Sans option
Sans
option
Temps céphaline activé
11
0
0
Temps Saignement
10
0
0
Créatinine sanguine
40
2
5
Urée sanguine
57
3
5,2
Hémogramme
132
44
33,3
Glycémie
45
5
11,1
Transaminases
1
0
0
Sur le plan de l’évolution post opératoire, les analyses
de contrôle biologiques avaient été réalisées chez les
malades qui avaient des perturbations avant
l'intervention. La fonction rénale était toujours
perturbée chez les mes malades (urée sanguine
supérieur à 0,60 g/l et créatinine sanguine supérieure à
13 mg/l). Les anomalies de la formule sanguine
relevées l’étaient aussi bien avant, qu’après
l’intervention chirurgicale : augmentation du nombre
des globules blancs chez 11 malades ( à 15000
GB/mm), diminution du nombre des globules blancs
chez 8 malades < à 4000 GB/mm
3
), baisse du taux
d’hémoglobine (< à 10 g/ml) chez 2 malades. La durée
de séjour hospitalier était en moyenne de 9,2 jours
(extrêmes: 2 et 20 jours). Dans 67,2% des cas, les
malades avaient séjourné à l’hôpital entre 5-10 jours.
Les suites opératoires étaient simples chez 113
malades soit 80,7%. Nous avons enregistré 3 cas de
décès 2,1% dont un malade opéré pour cancer du
rectum par choc septique et deux malades des suites
d'une adénomectomie de la prostate compliquée
d'anémie sur un tableau d’insuffisance rénale. 14
malades (10%) avaient présenté une infection
superficielle du site opératoire.
Discussion
Le bilan préopératoire peut être reparti en deux
groupes, le bilan morphologique permettant d’assoir le
diagnostic et le bilan complémentaire réalisé pour
évaluer l'état du malade en attente d'une intervention
chirurgicale. Dans cette série, les praticiens
(chirurgiens et techniciens d’anesthésie) avaient
systématiquement prescrit huit (8) examens
biologiques aux malades en attente d'une intervention
chirurgicale. Selon notre analyse, seulement 140
malades (20,5%) avaient réalisé la totalité ou en partie
les examens prescrit. Ainsi, 79,5% des malades
avaient été opérés sans que l’on ait besoin du bilan
biologique préopératoire. La prescription du bilan
préopératoire suscite toujours des discussions en
raison de leur caractère systématique avant toute
intervention chirurgicale chez les sujets sains. Au
regard de ce qui précède, on se rend compte des
difficultés de réaliser le bilan préopératoire à Bangui.
Les problèmes de prescription du bilan préopératoire à
Bangui sont probablement liés à l'absence de médecin-
anesthésiste dans les services. En effet, les visites p
anesthésique sont effectuées par les techniciens
supérieurs d'anesthésie. Les malades arrivent souvent
à cette consultation munis des résultats d'examen
réalisés sur prescription du chirurgien, des assistants
opératoires où des étudiants en médecine. Or, on sait
que les techniciens supérieurs en anesthésie ne
disposent pas de toutes les compétences nécessaires
pour évaluer le risque infectieux et opératoire. La
consultation d'anesthésie est pourtant le moment
privilégié pour décider de la prescription des examens
qu’un patient doit effectuer avant une intervention
chirurgicale. Souvent, il permet l’évaluation de l’état
de santé du patient, mais également et avant tout
l’évolution d’une maladie [1]. Le seul examen
indispensable avant toute intervention chirurgicale, est
donc l’examen clinique qui permet d’apprécier le
risque opératoire du patient [4]. En effet, la mortalité
opératoire dépend étroitement du type d’intervention
chirurgicale et des facteurs de risque. Ces facteurs de
risque tiennent à la fois à l’état du malade, à l’acte
opératoire et à l’anesthésie. Etant donné qu’il n’est pas
possible de déterminer avec précision la part de
responsabilité de ces trois entités, l’évaluation du
risque opératoire permet de prendre les mesures
préventives. Pour évaluer le risque opératoire,
l’anesthésiste dispose de plusieurs classifications les
plus usuelles sont la classification d’Altemeier [5],
celle de l'American Society of anesthesiologist [1] et
celle de la New York Heart Association [1,5]. La
classification selon ASA demeure la plus simple. Bien
qu'elle n'évalue que le l'état du patient, il y a une
bonne corrélation entre l'état du malade avant
l'opération et le risque chirurgical. L’âge du malade,
l’état général, les antécédents pathologiques, l’examen
clinique des organes, sont véritablement
indispensables pour décider d’un examen
complémentaire. Dans certains cas, la consultation
pré-anesthésique suffit, et aucun autre examen
complémentaire n’est nécessaire, d’autant plus qu’aux
coûts des examens complémentaires, il faut rajouter le
coût de l’acte opératoire, et celui de la durée du séjour
hospitalier postopératoire. En République
Centrafricaine, les soins sont à la charge des patients
et Il n'y a pas un système de couverture universelle de
la santé. De ce fait, la réalisation systématique du
bilan biologique préopératoire a des conséquences sur
le traitement du malade. Lorsque les résultats de ce
bilan n'est pas disponible, ils peuvent conduire au
report de l'intervention voire l’abandon. Dans notre
série, les affections ayant fait l’objet des indications de
chirurgie concernaient par ordre décroissant l’appareil
digestif, l’appareil locomoteur et l’appareil urogénital.
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Les attitudes de prescription du bilan préopératoire
varient d’un auteur à l’autre. Koumare et al. [3] ont
relevé que les examens les plus prescrits étaient, la
numération formule sanguine, la vitesse de
sédimentation, la radiographie pulmonaire, la
glycosurie, l’urée sanguine, la créatinine sanguine, le
temps de céphaline activé. Turnbull [6] quant à lui a
noque la NFS, la radiographie pulmonaire, le taux
de prothrombine, le TCA, l’électrocardiogramme, et
l’ionogramme étaient les analyses les plus prescrites.
Pour notre échantillon, les examens du bilan
préopératoire prescrit était presque les mêmes que
ceux cités par ces auteurs. Le Groupe sanguin et
facteur rhésus (GS/Rh) a été réalisé par tous les
malades. Souvent demandé dans les interventions
majeures, il est généralement indispensable, en
prévision d'une éventuelle transfusion sanguine
peropératoire [33]. Pour Scherpereel [5], le GS/Rh est
demandé dans un but médico-légal mais sa
prescription n’est pas justifiée si le risque de
transfusion per opératoire est faible. La numération
formule sanguine (NFS) prescrite aux malades n'avait
été réalisée que dans 92,3% des cas. Cet examen
permet de connaître le taux d’hémoglobine. Il est
indispensable à l’anesthésiste, pour décider d’une
transfusion sanguine ou non en per opératoire. En
effet, un taux d’Hémoglobine supérieur ou égal à 7g
/dl de sang est considéré comme suffisant pour les
interventions mineures [1]. Quant au nombre des
leucocytes, une augmentation de leur nombre dans le
sang peut être en faveur d’une infection. Cependant,
en l’absence de signes d’appel, il n'y a pas d’intérêt à
réaliser une numération formule sanguine complète
avant une intervention chirurgicale. L’urée sanguine et
la Créatinine sanguine occupent la troisième place
avec respectivement, 57 examens puis, 40 examens
réalisés. Ces deux examens renseignent sur la fonction
rénale. Selon Blery et al., ces examens sont souvent
prescrits chez les sujets de plus de 50 ans [7]. Un taux
élevé de la créatinine sanguine explique une
insuffisance rénale. Sa disponibilité permet à
l’anesthésiste de choisir les drogues pouvant
s’éliminer par d’autres voies telles que le foie, les
poumons. La Glycémie a été prescrite et réalisée chez
45 malades sur 140. Son intérêt est plus marqué si le
patient a un antécédent de diabète [8]. Dans notre série
la glycémie était anormalement élevée chez 5
malades dont 2 seulement étaient diabétiques connus.
François et al [7] estiment qu’en dehors d’une extrême
urgence, il faut un bilan minimum, comportant le
dosage de la glycémie. Le Bilan de l’hémostase
permet d’identifier des malades susceptibles de
saignement anormal d’une part et ceux présentant un
risque de thrombose majeur. Il comprend le T.C.A, le
TS et le taux de prothrombine (TP). Dans notre série,
seulement le T.C.A et le T.S. avaient été demandés
chez 11 patients et les résultats étaient tous normaux.
Le bilan d’hémostase est utile lorsque le patient
présente des signes prémonitoires de troubles de la
coagulation tels que les ecchymoses, les
gingivorragies. Dans les interventions mineures, sa
prescription n’est pas nécessaire. Mais il est
raisonnable de réaliser le bilan d’hémostase pour les
interventions ayant un risque telle que
l’amygdalectomie surtout chez les enfants [1]. Pour
Scherpereel, la prescription du bilan d’hémostase
n’est pas justifiée car leur réalisation est longue et
comporte plus de risque d’erreurs, et souvent peu
sensibles [5]. Les transaminases, n’avaient été
demandées que chez un seul malade avec un résultat
normal. Les transaminases permettent de doser les
enzymes contenu dans les différents tissus : foie,
muscle cardiaque, reins. Il serait souhaitable que cet
examen soit discuté dans la cadre du tableau clinique.
Il est à noter qu’aucun électrocardiogramme (ECG),
n’a été demandé aux malades de notre série. Beaucoup
d’auteurs recommandent de disposer d’un
électrocardiogramme récent pour tout opéré de plus de
40 ans. Par contre, il n’y a aucune justification pour
réaliser un ECG préopératoire systématique, chez les
sujets de moins de 40 ans asymptomatique, sans
facteur de risque des classes ASA I ou ASA II [4,10].
Ainsi, pour les cures de hernies et hydrocèles chez les
sujets en bon état général, sous anesthésie locale ou
loco régionale, la prescription du bilan préopératoire
systématique n’est pas indispensable. Dans les cas de
myomectomies, le bilan préopératoire systématique
est inutile. Pour les adénomectomies, même chez les
sujets en bon état général, une exploration de la
fonction rénale, surtout la créatinine sanguine
s’impose.
Conclusion
Les examens préopératoires posent véritablement de
problèmes en raison de leurs caractères systématiques,
surtout lorsqu’il s’agit d’un sujet sain. A l’issue de
cette étude, nous pensons qu’après le diagnostic, le
malade doit être adressé à la consultation de
l’anesthésiste. Il appartiendra à l’anesthésiste de
prescrire les examens complémentaire après un
examen clinique bien mené en tenant compte de l’âge,
de l’état néral du patient, de ses antécédents et de la
pathologie nécessitant l’intervention chirurgicale. Les
prescriptions ne devraient pas être l'objet d'un
automatisme mais plutôt d'un raisonnement
scientifique.
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ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
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