ANNALES DE L’UNIVERSITE DE BANGUI
Série D, VOL. 2, N°001 / Juin 2016 -
Les attitudes de prescription du bilan préopératoire
varient d’un auteur à l’autre. Koumare et al. [3] ont
relevé que les examens les plus prescrits étaient, la
numération formule sanguine, la vitesse de
sédimentation, la radiographie pulmonaire, la
glycosurie, l’urée sanguine, la créatinine sanguine, le
temps de céphaline activé. Turnbull [6] quant à lui a
noté que la NFS, la radiographie pulmonaire, le taux
de prothrombine, le TCA, l’électrocardiogramme, et
l’ionogramme étaient les analyses les plus prescrites.
Pour notre échantillon, les examens du bilan
préopératoire prescrit était presque les mêmes que
ceux cités par ces auteurs. Le Groupe sanguin et
facteur rhésus (GS/Rh) a été réalisé par tous les
malades. Souvent demandé dans les interventions
majeures, il est généralement indispensable, en
prévision d'une éventuelle transfusion sanguine
peropératoire [33]. Pour Scherpereel [5], le GS/Rh est
demandé dans un but médico-légal mais sa
prescription n’est pas justifiée si le risque de
transfusion per opératoire est faible. La numération
formule sanguine (NFS) prescrite aux malades n'avait
été réalisée que dans 92,3% des cas. Cet examen
permet de connaître le taux d’hémoglobine. Il est
indispensable à l’anesthésiste, pour décider d’une
transfusion sanguine ou non en per opératoire. En
effet, un taux d’Hémoglobine supérieur ou égal à 7g
/dl de sang est considéré comme suffisant pour les
interventions mineures [1]. Quant au nombre des
leucocytes, une augmentation de leur nombre dans le
sang peut être en faveur d’une infection. Cependant,
en l’absence de signes d’appel, il n'y a pas d’intérêt à
réaliser une numération formule sanguine complète
avant une intervention chirurgicale. L’urée sanguine et
la Créatinine sanguine occupent la troisième place
avec respectivement, 57 examens puis, 40 examens
réalisés. Ces deux examens renseignent sur la fonction
rénale. Selon Blery et al., ces examens sont souvent
prescrits chez les sujets de plus de 50 ans [7]. Un taux
élevé de la créatinine sanguine explique une
insuffisance rénale. Sa disponibilité permet à
l’anesthésiste de choisir les drogues pouvant
s’éliminer par d’autres voies telles que le foie, les
poumons. La Glycémie a été prescrite et réalisée chez
45 malades sur 140. Son intérêt est plus marqué si le
patient a un antécédent de diabète [8]. Dans notre série
la glycémie était anormalement élevée chez 5
malades dont 2 seulement étaient diabétiques connus.
François et al [7] estiment qu’en dehors d’une extrême
urgence, il faut un bilan minimum, comportant le
dosage de la glycémie. Le Bilan de l’hémostase
permet d’identifier des malades susceptibles de
saignement anormal d’une part et ceux présentant un
risque de thrombose majeur. Il comprend le T.C.A, le
TS et le taux de prothrombine (TP). Dans notre série,
seulement le T.C.A et le T.S. avaient été demandés
chez 11 patients et les résultats étaient tous normaux.
Le bilan d’hémostase est utile lorsque le patient
présente des signes prémonitoires de troubles de la
coagulation tels que les ecchymoses, les
gingivorragies. Dans les interventions mineures, sa
prescription n’est pas nécessaire. Mais il est
raisonnable de réaliser le bilan d’hémostase pour les
interventions ayant un risque telle que
l’amygdalectomie surtout chez les enfants [1]. Pour
Scherpereel, la prescription du bilan d’hémostase
n’est pas justifiée car leur réalisation est longue et
comporte plus de risque d’erreurs, et souvent peu
sensibles [5]. Les transaminases, n’avaient été
demandées que chez un seul malade avec un résultat
normal. Les transaminases permettent de doser les
enzymes contenu dans les différents tissus : foie,
muscle cardiaque, reins. Il serait souhaitable que cet
examen soit discuté dans la cadre du tableau clinique.
Il est à noter qu’aucun électrocardiogramme (ECG),
n’a été demandé aux malades de notre série. Beaucoup
d’auteurs recommandent de disposer d’un
électrocardiogramme récent pour tout opéré de plus de
40 ans. Par contre, il n’y a aucune justification pour
réaliser un ECG préopératoire systématique, chez les
sujets de moins de 40 ans asymptomatique, sans
facteur de risque des classes ASA I ou ASA II [4,10].
Ainsi, pour les cures de hernies et hydrocèles chez les
sujets en bon état général, sous anesthésie locale ou
loco régionale, la prescription du bilan préopératoire
systématique n’est pas indispensable. Dans les cas de
myomectomies, le bilan préopératoire systématique
est inutile. Pour les adénomectomies, même chez les
sujets en bon état général, une exploration de la
fonction rénale, surtout la créatinine sanguine
s’impose.
Conclusion
Les examens préopératoires posent véritablement de
problèmes en raison de leurs caractères systématiques,
surtout lorsqu’il s’agit d’un sujet sain. A l’issue de
cette étude, nous pensons qu’après le diagnostic, le
malade doit être adressé à la consultation de
l’anesthésiste. Il appartiendra à l’anesthésiste de
prescrire les examens complémentaire après un
examen clinique bien mené en tenant compte de l’âge,
de l’état général du patient, de ses antécédents et de la
pathologie nécessitant l’intervention chirurgicale. Les
prescriptions ne devraient pas être l'objet d'un
automatisme mais plutôt d'un raisonnement
scientifique.
Références
1. Harberer JP. Le bilan anesthésique préopératoire.
Rev Prat 1992;6:49-54.
2. Hatton F, Tiret L, Manjol LN, Doyen N, Vourch G,
Desmonts JM et al. Enquête épidémiologique sur les
accidents d’anesthésies, premiers résultats. Ann Fr.
Anesth Reanim 1983;2:333-85.
3. Koumare AIK, Diop AKT, Dolo S, Ongoiba N,
Diallo A, Leroy P. Proposition pour un bilan
préopératoire sélectif. Med Afr Noire
1991;38(2):161-5.